Après…

cam

Après…

Réinstallé dans mon petit logement plus ou moins douillet après ce voyage aux Iles de la Madeleine, je réfléchis aux futurs gestes à poser. Je suis hésitant .Je regarde par la fenêtre  qui est semi bloquée par le tilleul que j’ai nommé Alfred en l’honneur de mon grand père maternel. J’aime cet arbre qui me procure sa bienfaisante ombre l’été, sa fraîcheur lors de journées très chaudes. Le seul inconvénient c’est qu’il prend beaucoup de place et empêche la lumière de pénétrer  dans la pièce.  J’apprécie le froissement des ses feuilles lors de vents modérés ou vigoureux. C’est un ami. Je médite donc sur  les jalons que je vais devoir faire d’ici quelques  mois. Une date de déménagement est plus ou moins fixée. Mes fils ne sont pas au courant de mes intentions je compte bien les informer bientôt. Ma décision est prise et rien ne me fera changer d’idée. Je sais que ça me demandera beaucoup d’efforts physiques et mentaux pour arriver à mettre tout ce branle-bas de combat en marche. Le voilà mon coup de pied ou le dos perd son nom.

En attendant je suis rivé à ma chaise tout en pensant d’une façon logique et rationnelle aux choses à faire. Lorsque mon fils revient de son travail  je lui annonce mon intention et mon désir de quitter cet appartement et d’aller m’installer aux Iles de la Madeleine en colocation avec mon amie Ginette. Il n’est pas surpris et avoue même qu’il en est heureux : ‘’ Enfin tu vas abandonner le mur de briques en arrière, il est grand temps papa ! Je vais t’aider et on va préparer tout ça. Quand penses-tu partir ? ‘’

Je ne sais pas encore et lui demande si nous avons suffisamment de temps d’ici – nous sommes en septembre, le vingt – à la fin octobre ?

J’opte pour le début décembre mais selon moi c’est trop long et aussi ,lui et ses frères, ont à déménager tout ce qu’il y a dans l’appartement. Car je quitte sans meubles ou autres choses inutiles pour moi. Où je vais la maison est toute meublée et mon amie a beaucoup de choses. Je me dis: ‘’ Si j’ai à acheter quelque chose bien je le ferai là-bas. ‘’ Nous avons donc pris la décision, mon fils et moi,  que le tout se fasse d’ici la fin octobre. Ma date de départ le vingt-cinq octobre à neuf heures du matin en avion. Et c’est parti pour le grand dérangement .Un sentiment de nostalgie, d’insécurité  et d’aventure m’envahissent. Je suis habitué depuis plusieurs années de vivre seul; là nous serons deux. S’adapter sera un mot à la mode .Je fais une liste de tout ce que j’ai à faire et accomplir d’ici un mois. Je ne manquerai pas de temps. J’ai encore de l’espace pour penser, méditer et réfléchir.

Un jour je suis à regarder par la fenêtre et mes yeux font le tour de l’appartement et je me dis : ‘’ Je m’en vais et je ne reviendrai plus ici. C’est fini.’’ C’est comme si je prenais conscience que je me dois de lire le dernier chapitre et, enfin, fermer ce livre.  Beaucoup de souvenirs me sont remontés à l’idée. Nous sommes arrivés dans ce logement  en deux mille six donc  cent mois plus tard nous quittons. Et il s’en est passé des choses dans ces cent mois de notre vie. Je n’ai pas de regrets et c’est l’important. Au fil des jours je ramasse mes choses et entasse cela dans des boîtes. Car elles partiront par bateau et arriveront avant que j’arrive aux Iles. Au bout de quelques semaines tout est empaqueté et prêt  à faire le voyage.

L’appartement est de plus en plus vide. Il ne reste que l’essentiel pour nos besoins à moi et à mon fils. C’est triste et ennuyeux mais ce n’est que pour un temps. Aucune télévision, téléphone et ordinateur. L’appartement a été mis en sous-location et nous avons régulièrement des visites. Cela ne me regarde plus car j’ai pris entente avec le proprio et lui ai cédé mon bail tout en défrayant des frais d’administration. Je pars donc l’esprit en paix  je n’ai pas à me soucier si c’est loué ou non.

La semaine avant de partir j’ai un rendez-vous avec mon médecin pour lui annoncer ma décision de quitter Laval pour les Iles de la Madeleine. Mais je ne vais pas bien du tout .Je fais de l’arythmie cardiaque, et ce, depuis plusieurs jours. Cette journée là c’est ma sœur et mon beau-frère qui viennent m’accompagner chez le docteur. En arrivant à la maison ma sœur voit bien que je ne suis pas en très grande forme. On parle de m’envoyer en ambulance à l’urgence  mais je lui dis que j’aime mieux voir mon médecin .Cela ne s’avère pas une bonne idée du tout. J’ai le cœur qui bat à cent trente battements à la minute depuis deux heures. En arrivant au bureau du médecin il voit bien que je ne vais pas du tout et m’envoie à l’urgence. C’est ma sœur et mon beau-frère qui m’y amènent. En arrivant là il me donne un lit et me connectent sur un moniteur. Ils finissent par stabiliser mon état. Je passe une nuit à l’urgence et je ne veux pas être là.

Là je réfléchis profondément à mes projets et remets tout en question. Je me dis : ‘’ Adieu veau, vache, cochon, couvée ? ‘’ Je me dis : ‘’ Non ! ‘’

La nuit aux urgences c’est une nuit aux urgences d’un hôpital avec beaucoup de patients dans les corridors et des gens très mal en point. Une peur angoissante me submerge ; celle ou je me dis j’espère qu’ils ne me trouveront pas des symptômes de maladie quelconque et que je devrai passer des jours et des jours  ici. Oui je remets en question mon départ et mon déménagement  mais ma petite voix intérieure me dit : ‘’ Non, on y va après être sorti d’ici. ‘’

Le lendemain je rencontre le médecin qui m’avait accueilli aux urgences de l’année précédente, celui du pace-maker. Il me fait passer des tests et rectifie certaines choses au niveau de la petite machine cardiaque. On ajuste mes doses de médication et on me retourne chez moi. Plus de peurs que toutes autres choses. Je suis bien heureux et content. Le projet continu et le samedi suivant je vais prendre l’avion.

Il me reste quelques jours à passer dans ce logement quasi vide et face à moi-même. J’assume et j’accepte toute cette situation. J’ai la visite des mes fils qui savent bien que je ne serai pas de retour ici avant un très long temps. Je passe les derniers jours à me reposer et planifier les derniers préparatifs du départ. Je tourne et retourne dans ma tête le pourquoi de tout ce qui m’arrive. Depuis le tout début de cet épisode de ma vie ; donc de deux mille douze à aujourd’hui. Je le figure comme une descente et ensuite une montée d’un mont inatteignable. On sait les efforts et l’énergie que cela demande. Il s’agit d’avoir la volonté, le courage et la détermination pour avancer. Quelques fois ta vue, tes pensées sont obstruées par un épais brouillard qui est lent, très lent à se dissiper. Parfois aussi, tout autours de toi, surgit le néant et tu perds tes points de repère. Quelques fois, aussi, ce sont les mirages qui te cachent la vue et sans t’en rendre compte tu interagis avec eux tu vis de réalité et d’illusion. La conscience est altérée et ne sait plus où donner de la tête. Dans un demi sommeil éveillé tu tergiverse sur des flots parfois mais souvent tumultueux. Je ne prends plus d’alcool ; par chance mais j’ai toujours, dans ce laps de temps, songé au suicide.

Geste que je n’ai pas  mis à exécution mais y ai pensé très sérieusement. Un jour, assis sur mon banc au parc, je me dis qu’il suffit de descendre dans la rivière et de me laisser couler à pic. On me retrouve au barrage d’électricité un peu plus bas. Une autre fois, au Monastère en haut à la Tour de l’Horloge, je me dis il suffit que je me lance dans le vide pour planer comme un oiseau. Mais ce geste aussi je ne l’ai pas posé. Je vis un combat continuel entre la vie et la mort, le beau et le laid, le grand et le petit, le bien et le mal. Je suis déchiré de toutes parts dans mon être. Et, tout cela, se passe dans mon imagination .Je ne peux même pas l’écrire je me sens vide comme un puits à sec. Mais qu’est ce qui me retient à la vie d’une telle façon ?

Mes dernières choses sont prêtes; ma valise est presque bouclée reste à me coucher et le lendemain c’est le départ. Je  me lève tôt à cause de l’excitation. Il y a trente-quatre ans que je n’ai pas pris l’avion la dernière fois c’est en France que j’allais. Arrivés à l’aéroport et après les formules d’usage de vérification de bagage et de fouille j’attends l’avion qui m’amènera vers les Iles de la Madeleine. Je me sens léger et très heureux. Lorsque l’avion décolle, intérieurement, je dis Adieux à ce que je vois par le hublot. Un sanglot me monte à la gorge mais le retient. ‘’Enfin ! Me dis-je ‘’ je l’ai fait ; je l’ai fait enfin! ‘’ J’ai posé le geste de me libéré, de me sortir de la torpeur qui m’engluait depuis quelques années.

Il est évident que cette nouvelle vie demandera beaucoup d’acceptation, d’abnégation. Ma santé est bonne, du moins pas mal mieux de ce que j’ai vécu quelques mois auparavant. De nouveaux horizons s’ouvrent à moi. Je ne m’en vais pas dans un monde hostile et rébarbatif. Oui ce sera une adaptation de tous les jours et, aussi, d’exploration et de découvertes. Je laisse aller et j’ai lâché prise tout en me laissant transporter par le courant. Je suis toute voile tendue  à tous les vents. Je sens ma personnalité, mon être se reconstruire doucement et délicatement. Mes pensées ont changées, évoluées. J’y vais paisiblement sans débordement et recommence à voir le beau, le bien et la vie !

C’est beau la Vie ! 

 

Pierre 

Les Ailes du Temps

Iles de la Madeleine

( 11 et 12 novembre 2014) 


Archive pour novembre, 2014

Pendant…

no mans and 3

Pendant…

La date fatidique de l’opération vient de tomber, ce sera le vingt-six mai à huit heures du matin. L’opération, selon le médecin, doit être d’une durée d’environ cinq à six heures s’il ne surgit pas de complications, ensuite récupération.

Dans mon agenda je fais un compte à rebours, dix-neuf jours, dix huit jours, dix sept jours jusqu’au matin de la chirurgie. La veille je me couche et tout en prière je demande au Seigneur de me protéger et de guider les mains de ce médecin qui ira me ‘’jouer’’ dans les viscères.

Le matin du vingt-six je me lève, confiant, volontaire et décidé. Je suis à prendre une douche avec le savon spécial recommandé par l’hôpital. Je ne fume pas et ne veux pas fumer. Je me sens comme un mouton qu’on amène à l’abattoir et qui ne dit mot ou bêlement. Je suis dans cet état d’âme. Mon fils vient me chercher pour que nous soyons à l’hôpital pour six heures trente.

Après les formalités administratives d’usage on me dirige vers la salle d’opération. Suis-je conscient ? Est-ce que je sais ce qui m’attend : non ! Je regarde tout autours de moi et vois des visages souriants; je ne souris pas je crois. Et lorsqu’on m’installe sur la table d’opération je fais une dernière prière et l’anesthésiste fait son boulot  je quitte ce monde pour celui d’un sommeil profond. Je n’ai conscience de rien évidemment. Je me réveille en pleine nuit  le lendemain ; il est deux heures quarante du matin et ma première pensée est : ‘’ Thank God i’m alive ! ‘’ Je regarde partout pour essayer de trouver un regard plus ou moins familier d’une infirmière ou d’une préposée aux malades. L’infirmière en charge du quart de nuit vient me voir et me parle. Elle me dit que l’opération a duré plus de douze heures et que j’ai failli y perdre un rein. Le chirurgien a travaillé pendant tout ce temps. Merci Mon Dieu ! Ils m’ont donné tout le sang qu’ils avaient à donner  donc changer mon sang jusqu’au dernier litre.

Aux soins intensifs, tout en attendant, je reçois les soins de base  avec l’attention des infirmières des plus compétentes et humaines. J’ai de la visite de mes fils  et je récupère tout en douceur. Je suis intubé de partout ; tubes qu’ils enlèvent les jours suivants. Je pense et réfléchis avec peine et misère.

En fait si quelqu’un me demanderait si je recommencerais cette expérience je ne suis pas sûr du tout de ma réponse. Je viens de m’imbriquer dans un processus de remise en question très profond. Les prochains quatre-vingt dix jours seront cruciaux pour ma vie et ma survie. C’est dans cette chambre en soins intensifs que cette remise en question commence. J’ai l’impression de me glisser dans le no man’s land  au beau milieu de nulle part et dans le néant. Je reste aux soins intensifs pendant une huitaine de jours ensuite transfert en cardiologie parce que une nuit j’ai fait de l’arythmie cardiaque. Je suis donc sous haute surveillance médicale pendant plus de quatre jours. Mais, dans un sens, tout va bien.

 Les séquelles de l’opération sont minimes. Un matin je signale au médecin que je suis constipé alors il me prescrit un médicament, un laxatif. Résultat : ce fût une cascade que dis-je les chutes du Niagara d’excréments; il y en avait partout et je n’avais pas le temps de me rendre aux cabinets. Cet épisode je l’ai appelée l’épisode du vidage. Pas de quoi avoir de la fierté et de l’orgueil. C’est aussi avec des expériences comme celle-là que l’on constate que l’on devient très dépendant des autres .Je passerai par d’autres épisodes aussi cocasses les unes que les autres rendus à la maison pendant plus de quatre-vingt dix jours. Les nuits sont longues à l’hôpital .On y dort très mal dans des positions inconfortables et on déambule dans l’insomnie. Je me lève la nuit, encore une fois, et surveille la circulation sur l’autoroute. Je trouve le temps long et ennuyeux. J’ai mon Ipad et y lit les nouvelles du jour .Je constate que plusieurs personnes demandent des nouvelles à mon fils Philippe, il est réconfortant que les gens pense à toi dans ces moments. Je me suis éloigné des autres depuis un bon laps de temps et j’en ai des regrets. Des peurs m’habitent et me rongent. La peur des complications dues à l’opération, la peur  de l’effet de la médication, la peur d’avoir peur. On m’a transféré dans une chambre à quatre. Les gémissements se font entendre, les bruits d’intolérance et les critiques acerbes des autres malades surgissent. La misère humaine quoi ! À toute heure et à tout bout de champs on se fait réveiller, brasser et berdasser. On essaie de se rendormir mais peine perdue, le sommeil est déjà léger  et fuyant. Ce n’est qu’au petit matin qu’on trouve la force de fermer les paupières et glisser dans une minime léthargie  qui ne dure qu’un temps avant les prises de sang et de pression doublées de la prise de médication. Enfin au bout de douze jours on signifie mon congé.

 Il était temps car je n’en pouvais simplement plus. Mon fils vient me chercher et lorsque je mets le nez dehors le soleil vient me saluer avec ses rayons coulants et bienfaisants sur mon visage. Tous les arbres  sont  d’un beau vert tendre, nous sommes début juin, une brise joyeuse vient me caresser la peau si longtemps demeurée enfouie dans la lumière  blafarde des néons de la chambre d’hôpital. Nous nous dirigeons vers la maison. Je sais que ce ne sera pas une sinécure et que dans quelques instants je vais me retrouver seul, encore une fois avec moi-même et ma réhabilitation.  Arrivé à la maison, Philippe doit retourner au travail; il me quitte en me disant qu’il sera de retour ce soir. En attendant je fais comme la dernière fois je m’assois sur ma chaise face à mon ordinateur mais cette fois aucune larme. De la fatigue par contre. Et de façon instinctive je vais à l’armoire de cuisine ou j’avais dissimulé un paquet de cigarettes mais il n’y est plus. Je cherche et cherche et ne trouve pas. J’ai une envie morbide d’une cigarette car moi je n’ai pas arrêté définitivement  seulement temporairement à cause de l’opération. J’ai su que c’est mon fils qui  a jetés mes cigarettes, mon briquet et tout ce qui se rattache au tabac. Je ne suis pas content et lui exprime. Je sais qu’il a cherché à bien faire mais malgré mes désirs. Imaginatif j’ai trouvé le moyen de m’en procurer la semaine suivante.

 

Commence alors cette exploration de ce no man ’ s land qui ne m’est pas inconnu en fait mais tout à fait nouveau; différent des autres. Cette fois je suis diminué physiquement, je ne peux vraiment mais vraiment rien faire sans l’aide de quelqu’un. Je fais la navette entre ma chaise et le divan  sur lequel on y a installé des couvertures et des oreillers car je ne peux dormir étendu. Je dors assis. Les trente premiers jours sont pénibles et souffrants. Je me réveille la nuit tout en sueur et je cours après mon souffle. Je prends des médicaments qui me font avoir des secrétions immondes que je recrache .Les derniers composants de l’anesthésie. Par chance ma cicatrice ne me fait pas souffrir. Ça aurait pu arriver. J’ai du temps à moi. Des infirmières viennent tous les jours changer un pansement à mon aine droite dont la cicatrice est mal refermée .d’autres viennent aux deux jours pour des prises de sang. Je recommence à avoir des rendez-vous avec des spécialistes, encore et encore. Mes nuits se passent bien mais souvent j’ai le souffle court et je suis obligé de rester éveillé une partie de la nuit. Sommeil que je reprends dans le jour.

Mon état mental, malgré cela, s’améliore. Les pensées suicidaires ont disparues  et me quittent peu à peu. Je glisse dans une sorte de torpeur mais j’en suis très conscient. Je laisse aller et vis un jour à la fois  Je rêve du jour ou j’en sortirai tout en sourire et en énergie mais pour cela il me faudra me donner un coup de pied ou le dos perd son nom.  Je crois que ça s’en vient mais le moment n’est pas encore décisif. Après un mois je reprends du poil de la bête et j’entame le deuxième mois avec plus d’espoir et de courage.

En août je remets un séjour au Monastère, je ne me sens pas prêt et, pour moi, tout est fait de routine et avec raison. Ma condition physique n’est pas à son meilleur et il me prend énormément de temps pour accomplir de simples petits gestes qui avec le temps deviennent des victoires ; tels enfiler mes bas, me laver, me raser et combien autres choses. J’ai pris une première douche après 38 jours de ma sortie d’hôpital l’eau qui coulait sur mon corps fut si bienfaisante que je me suis attardé sous la douche jusqu’à temps que l’eau devienne froide.

Je me réveillais la nuit et le sommeil n’y était plus. Je me remémorerais les films que j’avais visionnés ou les chansons que j’avais écoutées. Je me ramène à mes souvenirs du Monastère les années précédentes. Un jour je suis assis dans ma chaise et, tout d’un coup sans crier gare, je me mets à pleurer comme un enfant. Je chante n’importe quoi tout haut et fais des folies dignes d’un aliéné. Je prie, je médite, je contemple je supplie Dieu de m’aider à passer au travers de ce mauvais temps. Je reçois des courriels de gens que j’aime et qui m’aiment.

Avec mon amie Ginette qui demeure aux Iles de la Madeleine nous concoctons un projet pour que j’aille passer une vingtaine de jours ou elle demeure. J’en suis ravi mais aussi, selon ma condition physique je remets fréquemment en question ce voyage .Je ne me sens pas en superbe grande forme.  J’entre avec une certaine sérénité dans le troisième mois. Nous sommes au début du mois d’août, l’été tire à sa fin. Le projet d’aller aux Iles de la Madeleine se concrétise malgré mes hésitations. Je sais que pour y aller il me faudra faire un voyage de seize heures d’autobus et cinq heures de bateau-traversier. Vais –je me sentir suffisamment en forme physique et mentale pour ce voyage; je le crois mais attends à la dernière minute pour le réaliser concrètement. En attendant je récupère au niveau sommeil et repos.

Je me sens seul et solitaire. Mes fils sont à la campagne les fins de semaine et je me retrouve seul dans cet appartement. J’assume cette solitude mais il est temps que quelque chose arrive. Il y a trop longtemps maintenant que je suis au neutre, je recherche cette flamme et je ne sais ou elle est. Je recherche ma passion d’autrefois et je suis sur que je vais la retrouver ou bien c’est elle qui va me retrouver. L’espoir y est toujours. Je sais que ce voyage sera le début d’un autre livre de ma vie. Je vais donc terminer le dernier chapitre et fermer le livre. Le vingt huit août je quitte Laval ; direction les Iles de la Madeleine. J’y passe vingt jours. Ce qui me frappe le plus c’est l’immensité; la mer est omni présente. En plus d’avoir retrouvé une amie de longue date, quarante-trois ans sans se voir, je vis temporairement dans ce petit paradis. Et subtilement nous faisons le projet d’une colocation d’une maison pour probablement y finir nos jours. C’est un projet quelque peu farfelu mais réalisable. Je reviens donc à la maison au bout de vingt jours emballé et décidé de vaincre ce mal qui me ronge depuis quelques années.

Le no man’s land est terminé.  

 

Avant…

desespoir

Avant…

Tout comme un vieil arbre sur le déclin de ses jours je vis une grave remise en question depuis un certain laps de temps. Un questionnement profondément axé sur le sens de la vie. Qui suis-je ? Ou vais-je ? Il me semble que j’ai amplement vu dans ma vie .J’ai fait ce que j’avais à faire, il me semble, dit ce que j’avais à dire et accompli ce que j’ai dû accomplir. Maintenant ou est le véritable sens à ma vie ?

Je vais au Monastère, à Saint-Benoît du Lac, pendant plus de cent jours en 2012 et sur les derniers temps je n’y vois plus l’intérêt comme aux premiers moments : la prière, la méditation et la contemplation ne me passionnent plus  comme auparavant. Je ne pense qu’à retourner chez moi dans mon antre  de solitude et de désarrois. Une fois là, enfermé et isolé, je ne pense qu’à revenir à l’Abbaye ; une fois  de plus mais sans ferveur. Un goût amer flotte dans mon cerveau je ne vis plus à présent, j’existe  et sans trop savoir pourquoi. Je laisse inlassablement écouler les jours bâtis de petites routines, parfois aberrantes. Je vis et je respire sans trop y croire .Je suis dans un esprit quasi léthargique  tout comme on laisse son auto au neutre  pour dévaler une  pente.

Je me pose la question à savoir : mais qu’est ce que je fais ici moi ? Je regarde ma silhouette dans un miroir posé sur le mur et m’interroge rondement : tu es qui toi ? Aucune réponse encore une fois. Je me dis ça ne peut continuer comme ça. J’en parle à quelques moines mais mon désarroi est si profond que je n’entends pas leurs réponses à mes missives ; je ne veux pas les entendre ! Je m’enferme dans un mutisme à outrance .J’évite les gens.Tout comme l’animal blessé je vais me cacher au plus profond de mon être en ignorant ce qui m’entoure. Je me dis fréquemment que cela va passer, va s’atténuer et le soleil brillera de tous ses feux. Non ! Rien n’y fait.

L’angoisse me  saisit à la gorge et m’enserre ; je ne veux que fuir  et comme le dit le vieil adage : ce que tu fuis te suit ce à quoi tu fais face s’efface. Pour le moment c’est une fuite déraisonnable dont j’ignore tout, même de son existence!

 Ce n’est pas moi ça et je ne pense jamais que cela peux m’arriver. J’en suis rendu là. Mes valeurs, physiques, mentales et spirituelles flottent à la dérive sur l’onde blanche bleutée. Ma santé se détériore dans un silence lancinant ; je le sais. J’ai des avertissements  au niveau cardiaque qui ne mentent pas, mais on se dit constamment : ‘’ Ça va passer, ça va revenir ‘’ mais ça ne revient pas. J’ignore les signaux et continue mon petit bonhomme de chemin.

Un soir après avoir fait le service à la cafétéria des hôtes, au Monastère, un malaise me prend et je pense que j’ai perdu connaissance, par chance je suis assis, mais tout cela n’a duré qu’un court instant. Ignorance ? Insensibilité ? Inconscience ? Toujours est-il je laisse vaguement cet épisode de malaise derrière moi. Je me sens fatigué et quelques fois exténué  mais je continue à vaquer à mes occupations. Je sais que je devrai, lors de mon retour à la maison, communiquer avec mon médecin pour lui faire part de mes malaises .J’hésite car nous avons eu une prise de bec l’année auparavant pour des peccadilles j’ai donc décidé de cesser de le voir. Mais là il me faut descendre de ma tour d’ivoire et le consulter. Avec le temps me dis-je, avec le temps. Mais le temps, lui, n’attend pas. Je reviens chez moi, fin décembre en 2012 et attend la suite des évènements qui ne tardent pas à venir au courant du printemps et sans crier gare. Un jour, je vais faire quelques courses, je sors de l’épicerie et je manque de souffle et perd connaissance encore une fois, le temps d’un éclair. Je conduis l’auto et me tasse sur l’accotement du chemin et cela me met dans une position précaire et passablement dangereuse. Mais encore une fois j’ignore ce signal d’alarme et continue de vivre comme si de rien n’était. J’en paierai le prix quelques mois plus tard. Je me sens diminué, j’ai un mal terrible aux jambes  je sais que mes artères sont bloquées, sclérosées. Il y a quelques années j’ai entrepris le processus pour subir une opération mais j’ai reculé ; les peurs me motivent. Je ne me préoccupe plus du diabète qui fait des ravages en moi et je continue à vivre comme je l’ai toujours fait. Combinaison  on ne peut plus risquée et avec un danger imminent.

Arriva  ce qui devait arriver : les arrêts cardiaques successifs, cinq en deux jours. Jusqu’à la toute dernière quand mon fils, Sacha, a appelé l’ambulance pour me faire entrer d’urgence à l’hôpital à Laval. Diagnostique : le cœur s’arrête de battre et reprends son rythme au bout de sept ou  huit secondes; le syndrome de la mort subite.

L’urgentologue m’a tout de suite prescrit la pose d’un ‘’pace-maker’ pour régulariser les battements de cœurs. Et je suis demeuré à l’urgence, en soins intensifs, pendant sept jours. Là, tout comme un prisonnier sur lequel la porte de sa cellule se referme sur lui, je suis couché sur ce lit inconfortable et je suis épuisé.

Tout autours de moi, dans cette salle d’urgence, domine et prédomine les bruits des va et viens des infirmières et aides-soignants  et, ce, toute les nuits. De visites en visites des uns et des autres, médecins, infirmières, prises de sang, prise de pression etc … je suis entre les mains de ces gens qui y travaillent; on n’a pas le choix que de leur faire confiance. J’ai le temps de réfléchir à ma condition. Je suis tombé  bas, très …très bas. Ma condition mentale s’effrite encore plus. Je me raccroche à la prière; à Dieu, à la vie. C’est dans ces moments –là que la foi subi des chocs et des entrechocs. Non par soucis d’obtenir quelques bénéfices physiques sur notre état de santé mais bien sur la force et le courage de passer au travers. Les ailes du courage sembles si loin. La force, tant qu’à elle, tergiverse au gré des beep-beep des moniteurs qui m’entourent. Je me laisse aller comme lorsqu’on s’emmitoufle d’une couverture de laine en plein hiver près d’un feu de foyer .Je laisse couler le temps ; j’accepte. Je me lève souvent pour faire un peu d’exercice et me dégourdir les jambes qui me font encore souffrir. Et c’est dans cette alcôve de l’urgence que je décide lors de mon retour à la maison de recontacter le chirurgien pour la suite des choses pour cette opération. Je m’inquiète à savoir si mon dossier est toujours actif et si l’opération peut se faire ; je laisse cela dans les mains du Créateur. Je pose bien des questions ici et là mais personne ne peut me répondre. Alors j’attends d’être revenu à la maison pour agir.

Une nuit je me lève, il est deux heures trente et le sommeil m’a quitté. Je vais vers la fenêtre et y voit l’autoroute et me demande ou vont les gens à cette heure là, heure si tardive et il y avait beaucoup de circulation. Je me sens impuissant en me disant :’’ Eux peuvent aller ou ils veulent et moi je suis attacher  à cette chambre, patience et longueur de temps feront leur travail. ‘’

Je songe à l’opération que je dois subir dans les prochains mois et cela me fait peur, énormément peur. Mais, dans un sens, je ne sais vraiment pas ce qui va m’arriver et quelles en sont les conséquences mais je me dois de vivre tout en ayant une meilleure qualité de vie. Car la douleur est parfois si insoutenable la nuit et je reste éveillé des heures durant. Les jambes crient au secours.

Arrive enfin la journée de libération de l’hôpital, je suis ravi.  Après les moult recommandations et inondé de documents  des infirmières et médecins je retourne à la maison  avec mon fils Philippe. Après m’être installé et refamiliariser de mon entourage je  m’assois sur ma chaise face à mon ordinateur, ne l’ouvre pas et éclate en sanglots.

Je pleure pendant plusieurs minutes. Je prends conscience de mon état et je dois m’y faire si je veux vivre adéquatement. Je sais que je vais avoir des choses à changer, à améliorer et à jeter par-dessus bord. La première c’est la cigarette. Je recommence à fumer une cigarette ici et là jusqu’au matin, sur le bord de l’eau, ou je suis à prendre un café et allumer ma deuxième cigarette en quelques dix minutes. Je me dis que c’est illogique et suicidaire.

Je décide donc d’arrêter sur les champs. Je tiendrai soixante-cinq jours  d’affilés. Ce qui m’a beaucoup aidé. Pendant ce temps j’ai réussi à rejoindre le chirurgien qui devait, quelques années auparavant, m’opérer pour les artères. J’ai eu un rendez-vous assez rapidement  avec lui et ils ont réactivé le dossier. Mais il y a un temps d’attente énorme. J’ai appelé en juillet, j’ai eu le rendez-vous au mois d’août et ils m’ont opéré qu’en mai l’année suivante. Temps d’attente, d’angoisse et de souffrances.  J’accepte ma condition et me dis que tout cela est la conséquence de mon irresponsabilité et de mon inconscience. Il est plus facile à vivre lorsqu’on accepte.

Les jours, les semaines et les mois s’écoulent lentement. Je regagne de l’énergie  et un peu plus de tonus mental. Au niveau spirituel des choses ont changées. La profondeur de mes méditations est différente. Je vais à l’essentiel ; conséquence du temps à vivre et éviter la perte de ce  temps.

J’ai une ribambelle  de rendez-vous avec toutes sortes de spécialistes, cardiologue, docteur pour le diabète, docteur pour le pace-maker, infirmière, diététiste, prises de sang, etc… ce qui me tient passablement occupé. En janvier j’ai un premier rendez-vous en pré-opération pour la chirurgie aux artères. Ensuite un rendez-vous avec le médecin que je n’ai revu encore. Cette fois il me dit les conséquences que peut avoir cette opération car, selon lui, c’est majeur. Il me  fait une nomenclature des suites  que mon organisme peut ressentir; pas quelque chose pour assurer et rassurer. Mais je lui affirme que je suis prêt à subir cette opération et que je suis prêt, aussi,   à prendre toutes les chances possibles. Maintenant il s’agit d’attendre une date. Ce qui vient  que quelques mois plus tard ; en mai.

Je vais avoir une chirurgie qui s’appelle angioplastie ; on enlève l’artère principale du sternum au bas du ventre et dans les aines. Temps de récupération au moins  trois à quatre mois s’il n’y a pas de complications mineures ou majeures. Comme j’ai toujours fait cela dans ma vie, je me prédispose à cette opération et je sais que ce sera un calvaire  mais oh! Combien libérateur pour ces douleurs insoutenables aux jambes. Le médecin –chirurgien me l’a affirmé : ‘’c’est cette opération ou dans un certain temps c’est l’amputation des jambes.’’  

Tout comme un seul homme, prêt au combat, j’attends l’opération de pieds fermes.

Pendant…

Après un an …..

lever 7

Après un an….

Après un an de silence voici ce qui s’est passé ( en trois textes courts ).

D’autres textes suivront ces descriptions.

Pierre

Les Ailes du Temps

Iles de la Madeleine ( 12 novembre 2014)

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose