Après…

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Après…

Réinstallé dans mon petit logement plus ou moins douillet après ce voyage aux Iles de la Madeleine, je réfléchis aux futurs gestes à poser. Je suis hésitant .Je regarde par la fenêtre  qui est semi bloquée par le tilleul que j’ai nommé Alfred en l’honneur de mon grand père maternel. J’aime cet arbre qui me procure sa bienfaisante ombre l’été, sa fraîcheur lors de journées très chaudes. Le seul inconvénient c’est qu’il prend beaucoup de place et empêche la lumière de pénétrer  dans la pièce.  J’apprécie le froissement des ses feuilles lors de vents modérés ou vigoureux. C’est un ami. Je médite donc sur  les jalons que je vais devoir faire d’ici quelques  mois. Une date de déménagement est plus ou moins fixée. Mes fils ne sont pas au courant de mes intentions je compte bien les informer bientôt. Ma décision est prise et rien ne me fera changer d’idée. Je sais que ça me demandera beaucoup d’efforts physiques et mentaux pour arriver à mettre tout ce branle-bas de combat en marche. Le voilà mon coup de pied ou le dos perd son nom.

En attendant je suis rivé à ma chaise tout en pensant d’une façon logique et rationnelle aux choses à faire. Lorsque mon fils revient de son travail  je lui annonce mon intention et mon désir de quitter cet appartement et d’aller m’installer aux Iles de la Madeleine en colocation avec mon amie Ginette. Il n’est pas surpris et avoue même qu’il en est heureux : ‘’ Enfin tu vas abandonner le mur de briques en arrière, il est grand temps papa ! Je vais t’aider et on va préparer tout ça. Quand penses-tu partir ? ‘’

Je ne sais pas encore et lui demande si nous avons suffisamment de temps d’ici – nous sommes en septembre, le vingt – à la fin octobre ?

J’opte pour le début décembre mais selon moi c’est trop long et aussi ,lui et ses frères, ont à déménager tout ce qu’il y a dans l’appartement. Car je quitte sans meubles ou autres choses inutiles pour moi. Où je vais la maison est toute meublée et mon amie a beaucoup de choses. Je me dis: ‘’ Si j’ai à acheter quelque chose bien je le ferai là-bas. ‘’ Nous avons donc pris la décision, mon fils et moi,  que le tout se fasse d’ici la fin octobre. Ma date de départ le vingt-cinq octobre à neuf heures du matin en avion. Et c’est parti pour le grand dérangement .Un sentiment de nostalgie, d’insécurité  et d’aventure m’envahissent. Je suis habitué depuis plusieurs années de vivre seul; là nous serons deux. S’adapter sera un mot à la mode .Je fais une liste de tout ce que j’ai à faire et accomplir d’ici un mois. Je ne manquerai pas de temps. J’ai encore de l’espace pour penser, méditer et réfléchir.

Un jour je suis à regarder par la fenêtre et mes yeux font le tour de l’appartement et je me dis : ‘’ Je m’en vais et je ne reviendrai plus ici. C’est fini.’’ C’est comme si je prenais conscience que je me dois de lire le dernier chapitre et, enfin, fermer ce livre.  Beaucoup de souvenirs me sont remontés à l’idée. Nous sommes arrivés dans ce logement  en deux mille six donc  cent mois plus tard nous quittons. Et il s’en est passé des choses dans ces cent mois de notre vie. Je n’ai pas de regrets et c’est l’important. Au fil des jours je ramasse mes choses et entasse cela dans des boîtes. Car elles partiront par bateau et arriveront avant que j’arrive aux Iles. Au bout de quelques semaines tout est empaqueté et prêt  à faire le voyage.

L’appartement est de plus en plus vide. Il ne reste que l’essentiel pour nos besoins à moi et à mon fils. C’est triste et ennuyeux mais ce n’est que pour un temps. Aucune télévision, téléphone et ordinateur. L’appartement a été mis en sous-location et nous avons régulièrement des visites. Cela ne me regarde plus car j’ai pris entente avec le proprio et lui ai cédé mon bail tout en défrayant des frais d’administration. Je pars donc l’esprit en paix  je n’ai pas à me soucier si c’est loué ou non.

La semaine avant de partir j’ai un rendez-vous avec mon médecin pour lui annoncer ma décision de quitter Laval pour les Iles de la Madeleine. Mais je ne vais pas bien du tout .Je fais de l’arythmie cardiaque, et ce, depuis plusieurs jours. Cette journée là c’est ma sœur et mon beau-frère qui viennent m’accompagner chez le docteur. En arrivant à la maison ma sœur voit bien que je ne suis pas en très grande forme. On parle de m’envoyer en ambulance à l’urgence  mais je lui dis que j’aime mieux voir mon médecin .Cela ne s’avère pas une bonne idée du tout. J’ai le cœur qui bat à cent trente battements à la minute depuis deux heures. En arrivant au bureau du médecin il voit bien que je ne vais pas du tout et m’envoie à l’urgence. C’est ma sœur et mon beau-frère qui m’y amènent. En arrivant là il me donne un lit et me connectent sur un moniteur. Ils finissent par stabiliser mon état. Je passe une nuit à l’urgence et je ne veux pas être là.

Là je réfléchis profondément à mes projets et remets tout en question. Je me dis : ‘’ Adieu veau, vache, cochon, couvée ? ‘’ Je me dis : ‘’ Non ! ‘’

La nuit aux urgences c’est une nuit aux urgences d’un hôpital avec beaucoup de patients dans les corridors et des gens très mal en point. Une peur angoissante me submerge ; celle ou je me dis j’espère qu’ils ne me trouveront pas des symptômes de maladie quelconque et que je devrai passer des jours et des jours  ici. Oui je remets en question mon départ et mon déménagement  mais ma petite voix intérieure me dit : ‘’ Non, on y va après être sorti d’ici. ‘’

Le lendemain je rencontre le médecin qui m’avait accueilli aux urgences de l’année précédente, celui du pace-maker. Il me fait passer des tests et rectifie certaines choses au niveau de la petite machine cardiaque. On ajuste mes doses de médication et on me retourne chez moi. Plus de peurs que toutes autres choses. Je suis bien heureux et content. Le projet continu et le samedi suivant je vais prendre l’avion.

Il me reste quelques jours à passer dans ce logement quasi vide et face à moi-même. J’assume et j’accepte toute cette situation. J’ai la visite des mes fils qui savent bien que je ne serai pas de retour ici avant un très long temps. Je passe les derniers jours à me reposer et planifier les derniers préparatifs du départ. Je tourne et retourne dans ma tête le pourquoi de tout ce qui m’arrive. Depuis le tout début de cet épisode de ma vie ; donc de deux mille douze à aujourd’hui. Je le figure comme une descente et ensuite une montée d’un mont inatteignable. On sait les efforts et l’énergie que cela demande. Il s’agit d’avoir la volonté, le courage et la détermination pour avancer. Quelques fois ta vue, tes pensées sont obstruées par un épais brouillard qui est lent, très lent à se dissiper. Parfois aussi, tout autours de toi, surgit le néant et tu perds tes points de repère. Quelques fois, aussi, ce sont les mirages qui te cachent la vue et sans t’en rendre compte tu interagis avec eux tu vis de réalité et d’illusion. La conscience est altérée et ne sait plus où donner de la tête. Dans un demi sommeil éveillé tu tergiverse sur des flots parfois mais souvent tumultueux. Je ne prends plus d’alcool ; par chance mais j’ai toujours, dans ce laps de temps, songé au suicide.

Geste que je n’ai pas  mis à exécution mais y ai pensé très sérieusement. Un jour, assis sur mon banc au parc, je me dis qu’il suffit de descendre dans la rivière et de me laisser couler à pic. On me retrouve au barrage d’électricité un peu plus bas. Une autre fois, au Monastère en haut à la Tour de l’Horloge, je me dis il suffit que je me lance dans le vide pour planer comme un oiseau. Mais ce geste aussi je ne l’ai pas posé. Je vis un combat continuel entre la vie et la mort, le beau et le laid, le grand et le petit, le bien et le mal. Je suis déchiré de toutes parts dans mon être. Et, tout cela, se passe dans mon imagination .Je ne peux même pas l’écrire je me sens vide comme un puits à sec. Mais qu’est ce qui me retient à la vie d’une telle façon ?

Mes dernières choses sont prêtes; ma valise est presque bouclée reste à me coucher et le lendemain c’est le départ. Je  me lève tôt à cause de l’excitation. Il y a trente-quatre ans que je n’ai pas pris l’avion la dernière fois c’est en France que j’allais. Arrivés à l’aéroport et après les formules d’usage de vérification de bagage et de fouille j’attends l’avion qui m’amènera vers les Iles de la Madeleine. Je me sens léger et très heureux. Lorsque l’avion décolle, intérieurement, je dis Adieux à ce que je vois par le hublot. Un sanglot me monte à la gorge mais le retient. ‘’Enfin ! Me dis-je ‘’ je l’ai fait ; je l’ai fait enfin! ‘’ J’ai posé le geste de me libéré, de me sortir de la torpeur qui m’engluait depuis quelques années.

Il est évident que cette nouvelle vie demandera beaucoup d’acceptation, d’abnégation. Ma santé est bonne, du moins pas mal mieux de ce que j’ai vécu quelques mois auparavant. De nouveaux horizons s’ouvrent à moi. Je ne m’en vais pas dans un monde hostile et rébarbatif. Oui ce sera une adaptation de tous les jours et, aussi, d’exploration et de découvertes. Je laisse aller et j’ai lâché prise tout en me laissant transporter par le courant. Je suis toute voile tendue  à tous les vents. Je sens ma personnalité, mon être se reconstruire doucement et délicatement. Mes pensées ont changées, évoluées. J’y vais paisiblement sans débordement et recommence à voir le beau, le bien et la vie !

C’est beau la Vie ! 

 

Pierre 

Les Ailes du Temps

Iles de la Madeleine

( 11 et 12 novembre 2014) 

 


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