Avant…

desespoir

Avant…

Tout comme un vieil arbre sur le déclin de ses jours je vis une grave remise en question depuis un certain laps de temps. Un questionnement profondément axé sur le sens de la vie. Qui suis-je ? Ou vais-je ? Il me semble que j’ai amplement vu dans ma vie .J’ai fait ce que j’avais à faire, il me semble, dit ce que j’avais à dire et accompli ce que j’ai dû accomplir. Maintenant ou est le véritable sens à ma vie ?

Je vais au Monastère, à Saint-Benoît du Lac, pendant plus de cent jours en 2012 et sur les derniers temps je n’y vois plus l’intérêt comme aux premiers moments : la prière, la méditation et la contemplation ne me passionnent plus  comme auparavant. Je ne pense qu’à retourner chez moi dans mon antre  de solitude et de désarrois. Une fois là, enfermé et isolé, je ne pense qu’à revenir à l’Abbaye ; une fois  de plus mais sans ferveur. Un goût amer flotte dans mon cerveau je ne vis plus à présent, j’existe  et sans trop savoir pourquoi. Je laisse inlassablement écouler les jours bâtis de petites routines, parfois aberrantes. Je vis et je respire sans trop y croire .Je suis dans un esprit quasi léthargique  tout comme on laisse son auto au neutre  pour dévaler une  pente.

Je me pose la question à savoir : mais qu’est ce que je fais ici moi ? Je regarde ma silhouette dans un miroir posé sur le mur et m’interroge rondement : tu es qui toi ? Aucune réponse encore une fois. Je me dis ça ne peut continuer comme ça. J’en parle à quelques moines mais mon désarroi est si profond que je n’entends pas leurs réponses à mes missives ; je ne veux pas les entendre ! Je m’enferme dans un mutisme à outrance .J’évite les gens.Tout comme l’animal blessé je vais me cacher au plus profond de mon être en ignorant ce qui m’entoure. Je me dis fréquemment que cela va passer, va s’atténuer et le soleil brillera de tous ses feux. Non ! Rien n’y fait.

L’angoisse me  saisit à la gorge et m’enserre ; je ne veux que fuir  et comme le dit le vieil adage : ce que tu fuis te suit ce à quoi tu fais face s’efface. Pour le moment c’est une fuite déraisonnable dont j’ignore tout, même de son existence!

 Ce n’est pas moi ça et je ne pense jamais que cela peux m’arriver. J’en suis rendu là. Mes valeurs, physiques, mentales et spirituelles flottent à la dérive sur l’onde blanche bleutée. Ma santé se détériore dans un silence lancinant ; je le sais. J’ai des avertissements  au niveau cardiaque qui ne mentent pas, mais on se dit constamment : ‘’ Ça va passer, ça va revenir ‘’ mais ça ne revient pas. J’ignore les signaux et continue mon petit bonhomme de chemin.

Un soir après avoir fait le service à la cafétéria des hôtes, au Monastère, un malaise me prend et je pense que j’ai perdu connaissance, par chance je suis assis, mais tout cela n’a duré qu’un court instant. Ignorance ? Insensibilité ? Inconscience ? Toujours est-il je laisse vaguement cet épisode de malaise derrière moi. Je me sens fatigué et quelques fois exténué  mais je continue à vaquer à mes occupations. Je sais que je devrai, lors de mon retour à la maison, communiquer avec mon médecin pour lui faire part de mes malaises .J’hésite car nous avons eu une prise de bec l’année auparavant pour des peccadilles j’ai donc décidé de cesser de le voir. Mais là il me faut descendre de ma tour d’ivoire et le consulter. Avec le temps me dis-je, avec le temps. Mais le temps, lui, n’attend pas. Je reviens chez moi, fin décembre en 2012 et attend la suite des évènements qui ne tardent pas à venir au courant du printemps et sans crier gare. Un jour, je vais faire quelques courses, je sors de l’épicerie et je manque de souffle et perd connaissance encore une fois, le temps d’un éclair. Je conduis l’auto et me tasse sur l’accotement du chemin et cela me met dans une position précaire et passablement dangereuse. Mais encore une fois j’ignore ce signal d’alarme et continue de vivre comme si de rien n’était. J’en paierai le prix quelques mois plus tard. Je me sens diminué, j’ai un mal terrible aux jambes  je sais que mes artères sont bloquées, sclérosées. Il y a quelques années j’ai entrepris le processus pour subir une opération mais j’ai reculé ; les peurs me motivent. Je ne me préoccupe plus du diabète qui fait des ravages en moi et je continue à vivre comme je l’ai toujours fait. Combinaison  on ne peut plus risquée et avec un danger imminent.

Arriva  ce qui devait arriver : les arrêts cardiaques successifs, cinq en deux jours. Jusqu’à la toute dernière quand mon fils, Sacha, a appelé l’ambulance pour me faire entrer d’urgence à l’hôpital à Laval. Diagnostique : le cœur s’arrête de battre et reprends son rythme au bout de sept ou  huit secondes; le syndrome de la mort subite.

L’urgentologue m’a tout de suite prescrit la pose d’un ‘’pace-maker’ pour régulariser les battements de cœurs. Et je suis demeuré à l’urgence, en soins intensifs, pendant sept jours. Là, tout comme un prisonnier sur lequel la porte de sa cellule se referme sur lui, je suis couché sur ce lit inconfortable et je suis épuisé.

Tout autours de moi, dans cette salle d’urgence, domine et prédomine les bruits des va et viens des infirmières et aides-soignants  et, ce, toute les nuits. De visites en visites des uns et des autres, médecins, infirmières, prises de sang, prise de pression etc … je suis entre les mains de ces gens qui y travaillent; on n’a pas le choix que de leur faire confiance. J’ai le temps de réfléchir à ma condition. Je suis tombé  bas, très …très bas. Ma condition mentale s’effrite encore plus. Je me raccroche à la prière; à Dieu, à la vie. C’est dans ces moments –là que la foi subi des chocs et des entrechocs. Non par soucis d’obtenir quelques bénéfices physiques sur notre état de santé mais bien sur la force et le courage de passer au travers. Les ailes du courage sembles si loin. La force, tant qu’à elle, tergiverse au gré des beep-beep des moniteurs qui m’entourent. Je me laisse aller comme lorsqu’on s’emmitoufle d’une couverture de laine en plein hiver près d’un feu de foyer .Je laisse couler le temps ; j’accepte. Je me lève souvent pour faire un peu d’exercice et me dégourdir les jambes qui me font encore souffrir. Et c’est dans cette alcôve de l’urgence que je décide lors de mon retour à la maison de recontacter le chirurgien pour la suite des choses pour cette opération. Je m’inquiète à savoir si mon dossier est toujours actif et si l’opération peut se faire ; je laisse cela dans les mains du Créateur. Je pose bien des questions ici et là mais personne ne peut me répondre. Alors j’attends d’être revenu à la maison pour agir.

Une nuit je me lève, il est deux heures trente et le sommeil m’a quitté. Je vais vers la fenêtre et y voit l’autoroute et me demande ou vont les gens à cette heure là, heure si tardive et il y avait beaucoup de circulation. Je me sens impuissant en me disant :’’ Eux peuvent aller ou ils veulent et moi je suis attacher  à cette chambre, patience et longueur de temps feront leur travail. ‘’

Je songe à l’opération que je dois subir dans les prochains mois et cela me fait peur, énormément peur. Mais, dans un sens, je ne sais vraiment pas ce qui va m’arriver et quelles en sont les conséquences mais je me dois de vivre tout en ayant une meilleure qualité de vie. Car la douleur est parfois si insoutenable la nuit et je reste éveillé des heures durant. Les jambes crient au secours.

Arrive enfin la journée de libération de l’hôpital, je suis ravi.  Après les moult recommandations et inondé de documents  des infirmières et médecins je retourne à la maison  avec mon fils Philippe. Après m’être installé et refamiliariser de mon entourage je  m’assois sur ma chaise face à mon ordinateur, ne l’ouvre pas et éclate en sanglots.

Je pleure pendant plusieurs minutes. Je prends conscience de mon état et je dois m’y faire si je veux vivre adéquatement. Je sais que je vais avoir des choses à changer, à améliorer et à jeter par-dessus bord. La première c’est la cigarette. Je recommence à fumer une cigarette ici et là jusqu’au matin, sur le bord de l’eau, ou je suis à prendre un café et allumer ma deuxième cigarette en quelques dix minutes. Je me dis que c’est illogique et suicidaire.

Je décide donc d’arrêter sur les champs. Je tiendrai soixante-cinq jours  d’affilés. Ce qui m’a beaucoup aidé. Pendant ce temps j’ai réussi à rejoindre le chirurgien qui devait, quelques années auparavant, m’opérer pour les artères. J’ai eu un rendez-vous assez rapidement  avec lui et ils ont réactivé le dossier. Mais il y a un temps d’attente énorme. J’ai appelé en juillet, j’ai eu le rendez-vous au mois d’août et ils m’ont opéré qu’en mai l’année suivante. Temps d’attente, d’angoisse et de souffrances.  J’accepte ma condition et me dis que tout cela est la conséquence de mon irresponsabilité et de mon inconscience. Il est plus facile à vivre lorsqu’on accepte.

Les jours, les semaines et les mois s’écoulent lentement. Je regagne de l’énergie  et un peu plus de tonus mental. Au niveau spirituel des choses ont changées. La profondeur de mes méditations est différente. Je vais à l’essentiel ; conséquence du temps à vivre et éviter la perte de ce  temps.

J’ai une ribambelle  de rendez-vous avec toutes sortes de spécialistes, cardiologue, docteur pour le diabète, docteur pour le pace-maker, infirmière, diététiste, prises de sang, etc… ce qui me tient passablement occupé. En janvier j’ai un premier rendez-vous en pré-opération pour la chirurgie aux artères. Ensuite un rendez-vous avec le médecin que je n’ai revu encore. Cette fois il me dit les conséquences que peut avoir cette opération car, selon lui, c’est majeur. Il me  fait une nomenclature des suites  que mon organisme peut ressentir; pas quelque chose pour assurer et rassurer. Mais je lui affirme que je suis prêt à subir cette opération et que je suis prêt, aussi,   à prendre toutes les chances possibles. Maintenant il s’agit d’attendre une date. Ce qui vient  que quelques mois plus tard ; en mai.

Je vais avoir une chirurgie qui s’appelle angioplastie ; on enlève l’artère principale du sternum au bas du ventre et dans les aines. Temps de récupération au moins  trois à quatre mois s’il n’y a pas de complications mineures ou majeures. Comme j’ai toujours fait cela dans ma vie, je me prédispose à cette opération et je sais que ce sera un calvaire  mais oh! Combien libérateur pour ces douleurs insoutenables aux jambes. Le médecin –chirurgien me l’a affirmé : ‘’c’est cette opération ou dans un certain temps c’est l’amputation des jambes.’’  

Tout comme un seul homme, prêt au combat, j’attends l’opération de pieds fermes.

Pendant…

 


Autres articles

Répondre

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose