Noel .

noel

Noël

 Machinalement les morceaux de musique s’enchaînent d’un ton lancinant ; presque ennuyant. L’immense couloir du grand centre d’achat criant de lumières, de décorations et de gens plus ou moins éberlués qui déambulent tout comme des ombres égarés. Le tempo, le timing  n’y est pas. On dirait une vieille rengaine  revenant hanter cet espace temps de cette période de l’année, encore une fois. Ce cycle, sans cesse renouvelé, s’étiole sur un laps  de temps de quelques semaines. Quelques semaines parfois longues et interminables. Les mêmes vieilles habitudes viennent nous rappeler, en nous martelant, les mêmes chansons qu’on écoute; qu’on écoutait il y a cinquante ans et plus. Le lavage de cerveau va bon train.

L’essence même de la  Fête est évacué par la panoplie commerciale affichée sans pudeur et sans restriction. Le gros bonhomme rouge trône ici et là tout le long du corridor achalandé du centre commercial; les enfants en perdent le nord. Les commerçants ne savent plus où donner de la tête et de l’esprit pour vendre leur salade. On ne sait plus à quel stratagème se vouer pour écouler la marchandise. Tout déborde à profusion, tout regorge de richesses et de vanités. : ‘’ Offrez ceci, offrez cela !’’ Disent les panneaux publicitaires. Ne regardez pas à la dépense c’est Noel après tout ! Et les gens se laissent submergés par la féérie des couleurs et l’attrait du miroitant et du flamboyant.

Jean-Paul, bien campé sur son banc, au beau milieu du passage, reluque tous ces gens qui gigotent dont certain les bras remplis de ces sacs multicolores à offrir en cadeau. Des enfants innocents suivent leurs parents en se faisant tirer par la main. On semble pressés, en retard sur l’horaire et stressé. Et pourtant il n’y a pas de quoi.

Jean-Paul, à la retraite depuis peu aime bien se retrouver dans ce centre d’achats par les matins tristounets des jours de semaines. Mais là il avoue qu’il y a trop de monde, de va et vient et de bruits. Il se laisse emporter dans ses pensées et son imagination. Lui aussi il revient au temps quand il avait huit ou dix ans.  Il se souvient des ces Noel en famille et toute la joie et le plaisir qu’il y avait. Il se souvient  des jours, juste avant la Grande Fête, quand les enfants  tous ensembles montent le sapin de Noel. La magie des jeux de lumières, des boules scintillantes et des guirlandes serpentant sur le plancher du salon. Installer la crèche dans son petit enclos et : ‘’ Oh non on n’installe pas le petit Jésus avant le vingt quatre au soir ; c’est la tradition’’.En dernier ce sont les glaçons d’argent qu’on installe délicatement. Sans parler des prises de becs entre les artisans de ce chef d’œuvre. Les empoignes du temps des fêtes comme disait sa mère .Ah ! Quels bons souvenirs. Jean-Paul aimait ce temps de joies de réjouissances. Sa mère cuisinait tous les jours et étalait ses créations sur le comptoir de la cuisine : pâtés au poulet, tourtières et les différentes tartes sans oublier les canneberges d’un rouge vif. Et la musique qui enchantait tout ce beau monde. L’atmosphère était à la fête. Le soir venu tout le monde à la messe de minuit, sauf la mère qui préparait la table. Lorsque les enfants arrivaient avec quelques adultes tout était illuminé dans la maison et il avait une odeur de cuisson à faire saliver.
Les chandelles brillent de tous leurs feux et la musique si douce à l’oreille caresse les tympans. Jean-Paul repense comme ils ont hâte d’aller au salon pour développer les présents offert par les parents .Ensuite tout en famille ce sont les chants traditionnels qui se font entendre surtout  Sainte Nuit tout en plaçant le petit Jésus à sa place dans la crèche. Tous en chœur, doucement et mielleusement, chantent ce4 magnifique chant du temps de Noel. Les larmes coulent et c’est le seul moment de tristesse de la soirée; tradition exige. Par la suite c’est une explosion de rires de joies et de folie.
Jean-Paul essuie une larme qui s’est faufilée sur sa joue .Qu’il se sent donc seul et solitaire de ces beaux souvenirs.

Une foule bizarre et bigarrée passe non loin de lui le tirant des ses rêvasseries. Des cris et des effusions se font sentir au loin. Ils sont bruyants et excités  ce qui déplaît à Jean-Paul. Il s’aperçoit qu’avec le temps il aime le silence et apprécie le calme. Encore cette année il sait qu’il n’aura pas de visite, encore une fois. Ses enfants tous éloignés les uns les autres ne viennent pas. C’est pour cette raison qu’il se retrouve là pour avoir quelques peu de compagnie; même si ce sont des étrangers. Et il n’est pas le seul. Tout le long du passage  des personnes âgées sont installées sur ces bancs pour les promeneurs. Ils regardent passer la foule par curiosité. Tout en se posant des questions sur un ou sur l’autre. Quelle solitude. Chacun sait qu’il entre chez lui, sur la fin de l’après-midi, ouvre la télé et prend son petit repas, seul et dans la solitude. C’est Noel après tout !

Jean-Paul fixe une vieille dame en chaise roulante qui roule tranquillement en se frayant un chemin au travers les marcheurs. Tous l’ignorent sauf pour ne pas s’accrocher dans la chaise. Elle est vêtue simplement et humblement. Elle ne parle pas avec qui que ce soit. Elle vient s’installer près du banc à Jean-Paul. Un silence gênant surplombe les deux personnes âgées. La vieille dame sort un paquet de biscuits d’un sac plastique et commence à en grignoter. Elle se retourne vers Jean-Paul, qui lui, occupé à regarder des enfants se débattre pour un jouet  quelconque reçut du Père Noel d’un des magasins.

-‘’ Voulez-vous un biscuit monsieur ? ‘’

Jean-Paul pose ses yeux sur elle et regarde les petits gâteaux qui semblent bien appétissants .Il en prend un et dit :

-Merci madame c’est gentil de votre part.
Il déguste la petite pâtisserie et fais un signe de tête à la dame lui signalant que c’est bon.

La dame lui répond :

-Bienvenu monsieur ça me fait plaisir.

Elle entame alors le dialogue, la glace est brisée:

-Vous venez souvent ici, je vous vois souvent  la semaine. Je viens, moi aussi, quelques jours par semaine. Je viens voir comment va le monde.

Elle a un petit sourire narquois et des yeux pétillants. Elle continue :

-Et vous, allez-vous avoir de la visite à Noel  ou bien ce sera comme moi vide et sans perspective de présences? Je ne vois plus cela de la même manière aujourd’hui.

Jean-Paul, un peu timide et gêné vient pour répondre mais elle ne lui en laisse pas le temps…

-Depuis quelques années je découvre que c’est de plus en plus difficile. Je suis en chaise roulante, je ne peux plus marcher et l’aide ne vient pas souvent. Mes enfants m’ont plus ou moins abandonnée ; je les vois que très rarement. L’an passé j’ai eu beaucoup de difficultés avec le gouvernement qui m’a envoyé une lettre me disant que je dois voir un médecin pour avoir une deuxième opinion sur mon handicap et pendant ce temps je ne reçois  plus mes allocations. J’ai dû  faire appel à beaucoup de gens et aux comptoirs alimentaires.
Difficile pour l’orgueil ça monsieur. J’ai fait appel à mes enfants mais aucun des quatre n’a répondu. Et encore cette année je vais aller au repas communautaire de ma paroisse.

Il y a des gens  très intentionnés et charitables à cet endroit. Ils ont le vrai sens de la fête. Ce sont des personnes dévouées et humaines. Pas ce qu’on voit ici. Ici ce n’est que du superficiel ; de la poudre aux yeux. Les gens sont insensibles et  ont oublié le pourquoi de cette fête. La naissance de Jésus.

Jean-Paul, un peu mal à l’aise, approuve d’un hochement de la tête les propos de la dame, il rajoute :

-Moi qui me croyais dans une situation désespérante et difficile; je vois par ce que vous vivez ce n’est rien de mon vécu. Moi aussi mes enfants ne viennent presque plus me voir mais ce n’est pas si terrible. Je sais qu’ils vont m’appeler ce soir et que je vais pouvoir parler à mes petits enfants. Tandis que vous…

-Oh vous savez, monsieur, j’en ai l’habitude et en fait on s’habitue à tout. J’en ai pris mon parti depuis toutes ces années.

Des marcheurs solitaires frôlent les vitrines des boutiques à la recherche du cadeau idéal pour un mari, une épouse un ou une amie ou une personne aimée. Les flâneurs s’agrippent à quelques images qui poussent au rêve. La vieille dame continue la conversation :

-Avez-vous acheté vos cadeaux de Noel ?

Jean-Paul lui dit :

-Pour qui ?

Et tout de go elle dit :

-Mais pour vous mon cher monsieur. Vous ne vous faites pas de présent en ce temps de réjouissance. Je m’en fais toujours un à chaque année. Oh ! Ce n’est pas grand-chose mais ça me fait tellement plaisir. Elle sourit à pleine dents. Ça me rappelle mon enfance. Tiens cette année je me suis acheté  des petits bibelots; des personnages de la crèche. Elle exhibe les petits personnages, les Rois Mage. Elle les caresse et les fait tenir debout dans le creux de sa main. Elle est toute fière de les montrer à Jean-Paul.  L’an passé, aussi, je me suis acheté cela alors je complète cette année. Il me manque encore un petit mouton et un âne et ce sera pour l’an prochain. Je respecte mon budget  et je ne suis pas pressée.

Jean-Paul  admirait cette dame. Lui qui avait une généreuse pension et qui, selon lui, vivait au-dessus de ses moyens. Il offrit de l’aide à la dame qui s’empressa de refuser :

-Merci quand même monsieur mais je me débrouille assez bien.

J’ai appris une prière il y a de ça plusieurs années et ça  dit :

‘’ Mon Dieu donne moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer,
Le Courage de changer les choses que je peux et
La Sagesse d’en connaître la différence.’’

Je la récite souvent et ça m’aide beaucoup à accepter ce que je vis.

Jean-Paul continue :

-Puis-je vous offrir un café au moins ? En passant quel est votre nom ?

La dame répond :

-Merci je ne bois pas de café, et mon nom est Madame Rose  et vous, vous vous appelez ?

Jean-Paul lui tends la main et lui dit :

Jean-Paul, Madame Rose.

Il prit sa main dans la sienne et s’aperçut qu’elle est rugueuse ; des mains qui ont et travaillent dur. Leur regard s’éloigne et Madame Rose enchaîne :

-Bon je dois partir car, pour moi maintenant c’est plus long me rendre chez moi. Il faut que je roule .Joyeux Noel Jean-Paul et Paix à vous.

-Joyeux Noel Madame Rose et soyez heureuse.

Et elle sourit. Ce qui vient illuminer les idées à Jean-Paul. Il la voit quitter tout doucement l’enceinte du centre d’achat. Il se promet que lui appellera ses enfants ce soir il n’attendra pas. Ce sera son cadeau de Noel.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

10 décembre 2014 


Archive pour 10 décembre, 2014

Noel .

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Noël

 Machinalement les morceaux de musique s’enchaînent d’un ton lancinant ; presque ennuyant. L’immense couloir du grand centre d’achat criant de lumières, de décorations et de gens plus ou moins éberlués qui déambulent tout comme des ombres égarés. Le tempo, le timing  n’y est pas. On dirait une vieille rengaine  revenant hanter cet espace temps de cette période de l’année, encore une fois. Ce cycle, sans cesse renouvelé, s’étiole sur un laps  de temps de quelques semaines. Quelques semaines parfois longues et interminables. Les mêmes vieilles habitudes viennent nous rappeler, en nous martelant, les mêmes chansons qu’on écoute; qu’on écoutait il y a cinquante ans et plus. Le lavage de cerveau va bon train.

L’essence même de la  Fête est évacué par la panoplie commerciale affichée sans pudeur et sans restriction. Le gros bonhomme rouge trône ici et là tout le long du corridor achalandé du centre commercial; les enfants en perdent le nord. Les commerçants ne savent plus où donner de la tête et de l’esprit pour vendre leur salade. On ne sait plus à quel stratagème se vouer pour écouler la marchandise. Tout déborde à profusion, tout regorge de richesses et de vanités. : ‘’ Offrez ceci, offrez cela !’’ Disent les panneaux publicitaires. Ne regardez pas à la dépense c’est Noel après tout ! Et les gens se laissent submergés par la féérie des couleurs et l’attrait du miroitant et du flamboyant.

Jean-Paul, bien campé sur son banc, au beau milieu du passage, reluque tous ces gens qui gigotent dont certain les bras remplis de ces sacs multicolores à offrir en cadeau. Des enfants innocents suivent leurs parents en se faisant tirer par la main. On semble pressés, en retard sur l’horaire et stressé. Et pourtant il n’y a pas de quoi.

Jean-Paul, à la retraite depuis peu aime bien se retrouver dans ce centre d’achats par les matins tristounets des jours de semaines. Mais là il avoue qu’il y a trop de monde, de va et vient et de bruits. Il se laisse emporter dans ses pensées et son imagination. Lui aussi il revient au temps quand il avait huit ou dix ans.  Il se souvient des ces Noel en famille et toute la joie et le plaisir qu’il y avait. Il se souvient  des jours, juste avant la Grande Fête, quand les enfants  tous ensembles montent le sapin de Noel. La magie des jeux de lumières, des boules scintillantes et des guirlandes serpentant sur le plancher du salon. Installer la crèche dans son petit enclos et : ‘’ Oh non on n’installe pas le petit Jésus avant le vingt quatre au soir ; c’est la tradition’’.En dernier ce sont les glaçons d’argent qu’on installe délicatement. Sans parler des prises de becs entre les artisans de ce chef d’œuvre. Les empoignes du temps des fêtes comme disait sa mère .Ah ! Quels bons souvenirs. Jean-Paul aimait ce temps de joies de réjouissances. Sa mère cuisinait tous les jours et étalait ses créations sur le comptoir de la cuisine : pâtés au poulet, tourtières et les différentes tartes sans oublier les canneberges d’un rouge vif. Et la musique qui enchantait tout ce beau monde. L’atmosphère était à la fête. Le soir venu tout le monde à la messe de minuit, sauf la mère qui préparait la table. Lorsque les enfants arrivaient avec quelques adultes tout était illuminé dans la maison et il avait une odeur de cuisson à faire saliver.
Les chandelles brillent de tous leurs feux et la musique si douce à l’oreille caresse les tympans. Jean-Paul repense comme ils ont hâte d’aller au salon pour développer les présents offert par les parents .Ensuite tout en famille ce sont les chants traditionnels qui se font entendre surtout  Sainte Nuit tout en plaçant le petit Jésus à sa place dans la crèche. Tous en chœur, doucement et mielleusement, chantent ce4 magnifique chant du temps de Noel. Les larmes coulent et c’est le seul moment de tristesse de la soirée; tradition exige. Par la suite c’est une explosion de rires de joies et de folie.
Jean-Paul essuie une larme qui s’est faufilée sur sa joue .Qu’il se sent donc seul et solitaire de ces beaux souvenirs.

Une foule bizarre et bigarrée passe non loin de lui le tirant des ses rêvasseries. Des cris et des effusions se font sentir au loin. Ils sont bruyants et excités  ce qui déplaît à Jean-Paul. Il s’aperçoit qu’avec le temps il aime le silence et apprécie le calme. Encore cette année il sait qu’il n’aura pas de visite, encore une fois. Ses enfants tous éloignés les uns les autres ne viennent pas. C’est pour cette raison qu’il se retrouve là pour avoir quelques peu de compagnie; même si ce sont des étrangers. Et il n’est pas le seul. Tout le long du passage  des personnes âgées sont installées sur ces bancs pour les promeneurs. Ils regardent passer la foule par curiosité. Tout en se posant des questions sur un ou sur l’autre. Quelle solitude. Chacun sait qu’il entre chez lui, sur la fin de l’après-midi, ouvre la télé et prend son petit repas, seul et dans la solitude. C’est Noel après tout !

Jean-Paul fixe une vieille dame en chaise roulante qui roule tranquillement en se frayant un chemin au travers les marcheurs. Tous l’ignorent sauf pour ne pas s’accrocher dans la chaise. Elle est vêtue simplement et humblement. Elle ne parle pas avec qui que ce soit. Elle vient s’installer près du banc à Jean-Paul. Un silence gênant surplombe les deux personnes âgées. La vieille dame sort un paquet de biscuits d’un sac plastique et commence à en grignoter. Elle se retourne vers Jean-Paul, qui lui, occupé à regarder des enfants se débattre pour un jouet  quelconque reçut du Père Noel d’un des magasins.

-‘’ Voulez-vous un biscuit monsieur ? ‘’

Jean-Paul pose ses yeux sur elle et regarde les petits gâteaux qui semblent bien appétissants .Il en prend un et dit :

-Merci madame c’est gentil de votre part.
Il déguste la petite pâtisserie et fais un signe de tête à la dame lui signalant que c’est bon.

La dame lui répond :

-Bienvenu monsieur ça me fait plaisir.

Elle entame alors le dialogue, la glace est brisée:

-Vous venez souvent ici, je vous vois souvent  la semaine. Je viens, moi aussi, quelques jours par semaine. Je viens voir comment va le monde.

Elle a un petit sourire narquois et des yeux pétillants. Elle continue :

-Et vous, allez-vous avoir de la visite à Noel  ou bien ce sera comme moi vide et sans perspective de présences? Je ne vois plus cela de la même manière aujourd’hui.

Jean-Paul, un peu timide et gêné vient pour répondre mais elle ne lui en laisse pas le temps…

-Depuis quelques années je découvre que c’est de plus en plus difficile. Je suis en chaise roulante, je ne peux plus marcher et l’aide ne vient pas souvent. Mes enfants m’ont plus ou moins abandonnée ; je les vois que très rarement. L’an passé j’ai eu beaucoup de difficultés avec le gouvernement qui m’a envoyé une lettre me disant que je dois voir un médecin pour avoir une deuxième opinion sur mon handicap et pendant ce temps je ne reçois  plus mes allocations. J’ai dû  faire appel à beaucoup de gens et aux comptoirs alimentaires.
Difficile pour l’orgueil ça monsieur. J’ai fait appel à mes enfants mais aucun des quatre n’a répondu. Et encore cette année je vais aller au repas communautaire de ma paroisse.

Il y a des gens  très intentionnés et charitables à cet endroit. Ils ont le vrai sens de la fête. Ce sont des personnes dévouées et humaines. Pas ce qu’on voit ici. Ici ce n’est que du superficiel ; de la poudre aux yeux. Les gens sont insensibles et  ont oublié le pourquoi de cette fête. La naissance de Jésus.

Jean-Paul, un peu mal à l’aise, approuve d’un hochement de la tête les propos de la dame, il rajoute :

-Moi qui me croyais dans une situation désespérante et difficile; je vois par ce que vous vivez ce n’est rien de mon vécu. Moi aussi mes enfants ne viennent presque plus me voir mais ce n’est pas si terrible. Je sais qu’ils vont m’appeler ce soir et que je vais pouvoir parler à mes petits enfants. Tandis que vous…

-Oh vous savez, monsieur, j’en ai l’habitude et en fait on s’habitue à tout. J’en ai pris mon parti depuis toutes ces années.

Des marcheurs solitaires frôlent les vitrines des boutiques à la recherche du cadeau idéal pour un mari, une épouse un ou une amie ou une personne aimée. Les flâneurs s’agrippent à quelques images qui poussent au rêve. La vieille dame continue la conversation :

-Avez-vous acheté vos cadeaux de Noel ?

Jean-Paul lui dit :

-Pour qui ?

Et tout de go elle dit :

-Mais pour vous mon cher monsieur. Vous ne vous faites pas de présent en ce temps de réjouissance. Je m’en fais toujours un à chaque année. Oh ! Ce n’est pas grand-chose mais ça me fait tellement plaisir. Elle sourit à pleine dents. Ça me rappelle mon enfance. Tiens cette année je me suis acheté  des petits bibelots; des personnages de la crèche. Elle exhibe les petits personnages, les Rois Mage. Elle les caresse et les fait tenir debout dans le creux de sa main. Elle est toute fière de les montrer à Jean-Paul.  L’an passé, aussi, je me suis acheté cela alors je complète cette année. Il me manque encore un petit mouton et un âne et ce sera pour l’an prochain. Je respecte mon budget  et je ne suis pas pressée.

Jean-Paul  admirait cette dame. Lui qui avait une généreuse pension et qui, selon lui, vivait au-dessus de ses moyens. Il offrit de l’aide à la dame qui s’empressa de refuser :

-Merci quand même monsieur mais je me débrouille assez bien.

J’ai appris une prière il y a de ça plusieurs années et ça  dit :

‘’ Mon Dieu donne moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer,
Le Courage de changer les choses que je peux et
La Sagesse d’en connaître la différence.’’

Je la récite souvent et ça m’aide beaucoup à accepter ce que je vis.

Jean-Paul continue :

-Puis-je vous offrir un café au moins ? En passant quel est votre nom ?

La dame répond :

-Merci je ne bois pas de café, et mon nom est Madame Rose  et vous, vous vous appelez ?

Jean-Paul lui tends la main et lui dit :

Jean-Paul, Madame Rose.

Il prit sa main dans la sienne et s’aperçut qu’elle est rugueuse ; des mains qui ont et travaillent dur. Leur regard s’éloigne et Madame Rose enchaîne :

-Bon je dois partir car, pour moi maintenant c’est plus long me rendre chez moi. Il faut que je roule .Joyeux Noel Jean-Paul et Paix à vous.

-Joyeux Noel Madame Rose et soyez heureuse.

Et elle sourit. Ce qui vient illuminer les idées à Jean-Paul. Il la voit quitter tout doucement l’enceinte du centre d’achat. Il se promet que lui appellera ses enfants ce soir il n’attendra pas. Ce sera son cadeau de Noel.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

10 décembre 2014 

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