Fable…

oiseau45(2)

Fable…

Les orchidées exhalent de leurs effluves toute la pièce. Leur parfum, mêlé à celui des  roses et l’encens produit une fragrance incomparable. L’odeur du thé au jasmin vient rajouter une touche magnanime à toute cette ionosphère. Maître Tchang attends depuis peu son disciple Li qui n’arrive jamais en retard. La musique de cithare chinoise coule tout comme une légère cascade dans un bois calme et serein. Il se verse une tasse de thé et le déguste prudemment car il est effervescent .Il savoure délicatement tout en humant les vapeurs du jasmin. Une tonalité de satisfaction le fait glousser de ravissement. Il aime ce thé. Il dépose sa tasse sur la petite table de bambou face à lui et consulte son livre de Yi-King. Il entend des pas dans l’escalier; c’est Li  qui grimpe les marches quatre à quatre de peur qu’il ne soit pas à l’heure. Maître Tchang le regarde pénétré dans la pièce tout en lui disant par un signe de la main de ralentir :

-Ne t’en fais pas mon garçon, tu n’es pas en retard c’est plutôt moi qui est en avance et prends un siège  face à moi s’il te plaît.

Li s’exécute tout en  restant silencieux, il attend pendant que son maître finisse sa lecture. Il regarde tout autours de lui et remarque les orchidées parées de leur robes toutes blanches, il se dit à lui-même :

-Quelles gracieuses fleurs et cette fragrance…

Toujours dans ses réflexions il regarde maître Tchang déposer son livre sur la table et  écoute ce qu’il a à dire. Le maître prend tout son temps comme à l’habitude. Il demande à Li :

-Et qu’as-tu fait ce matin depuis ton lever ?

 

Li lui réplique :

-Bien pour commencer, tout de suite après mon lever je me suis mis dans la position de Lotus et j’ai médité plus d’une demi-heure .Ensuite j’ai collationné de façon équilibré comme vous me l’avez enseigné. J’ai pris une douche et je suis venu directement ici.

Maître Tchang sourit pour donner son approbation. Il reprend :

-Et dans tes méditations qu’est ce qui en est ressortit ?

Li réfléchit et enchaîne :

-Le détachement de tout ce qui est matériel. Le non-attachement aux biens de la terre. S’accaparer des valeurs spirituelles, comme la bonté, le don de soi, la joie, la Paix, le bien et combien d’autres. Le donner sans espoir de retour et l’Aimer sans condition. Voilà grosso-modo ce qui en est ressortit maître.

Tchang le regarde avec admiration, son élève apprend bien et lui dit :

-Connais-tu la fable du hanneton et de la coccinelle ?

Li cherche dans sa mémoire et lui affirme :

-Non maître, je ne la connais pas celle-là, allez-vous me la raconter s’il vous plaît ?

Maître Tchang offre une tasse de thé à Li qui accepte avec plaisir, le thé du maître en est un d’un art japonais ancien et il est délicieux à outrance. Maître Tchang poursuit :

Il y a, il y a plusieurs centaines d’années, un hanneton gourmand, avare et très insécure vit au creux d’un arbre. Il a fait sa tanière à cet endroit la protégeant des prédateurs, des voleurs et escrocs de tout acabit qui pourraient  lui prendre ses provisions. Il défend bien son château fort. Sa caverne, bourrée de victuailles sent le renfermée et le moisi car il ne pouvait pas toujours garder au frais ses provisions qui pourrissent avec le temps .Il doit, souvent, se défaire de choses qu’il croit pouvoir conserver mais ces dernières deviennent si rassies avec le temps.

Dans son garde manger des fruits, légumes, insectes chapardeurs, noix et toutes sortes de victuailles aussi hétéroclites les unes que les autres font du hanneton un insecte riche.

Donc installé dans son antre qu’il surveille comme une sentinelle surveille sur son tour de garde, il ne laisse personne, pas âme qui vive, s’introduire chez lui.

Par une belle journée d’été une petite coccinelle de ton vert avec de petits pois rouges atterrit près de la mansarde du hanneton. Ce dernier, ayant senti les vibrations d’ailes, sort précipitamment de son trou pour effrayer l’intruse. Il tend ses mandibules défensivement.

La coccinelle effrayée fait quelques pas en arrière voyant ce monstre noir aux mâchoires d’acier s’approcher d’elle. Elle le supplie de ne pas lui faire de mal, qu’elle est là par erreur et qu’elle part sans demander son reste. Elle baisse ses antennes pour ne pas provoquer le hanneton menaçant. Celui-ci regarde avec mépris de toute sa grosseur la petite bête à Bon Dieu toute chétive et tremblante. Il fait encore quelques pas en direction de la coccinelle et s’arrête net car il voit bien qu’elle n’est pas une menace à sa grandeur et à son précieux avoir. Il lui dit :

-Que veux-tu coccinelle ? Es-tu venu dérober mes victuailles ? Es-tu venu manger mes provisions ou bien même me faire des problèmes ? Si c’est cela tu vas goûter de ms mâchoire .

La coccinelle, en entendant cette voix d’outre-tombe et creuse a peur :

-Non, non M. le hanneton je ne suis pas ici pour vous voler. J’ai atterri ici par erreur comme je viens vous le dire. Mais le hanneton n’écoutait pas.

Le gros insecte semble avoir un petit moment de pitié et essaie de rassurer la petite bête toute effrayée. Il reprend :

-Est-ce qu’il y a longtemps que tu n’as pas mangé ? Veux-tu des bons champignons ou quelques noix ? Je t’invite à entrer chez moi et tu pourras te servir comme tu le veux. Allez viens je ne te ferai pas de mal.

Le hanneton, de sa patte, entraîne la petite coccinelle hésitante à l’intérieur de sa cavité sombre. Il ne veut aucun mal  à la petite, pour une fois, pense-t-il, je vais faire le bien. Il pousse la coccinelle vers son garde-manger. Une odeur fétide s’en dégage et la coccinelle recule en se bouchant le nez. Elle demande au hanneton :

-Pourquoi gardez-vous toute cette nourriture qui est en état de putréfaction. Vous ne voyez pas que plus de la moitié n’est plus bonne qu’à jeter ?

Le hanneton, sur un ton grognard et insulté répond :

-Mais tout cela est bon je l’ai acquis dans mes tournées nocturnes, et diurnes.

Quelques fois je n’ai pas besoin d’aller quérir des provisions mais j’y vais pour faire des réserves pour ne rien manquer en cas de mauvais jours. Viens voir mes autres compartiments de nourriture, tu en seras étonnée.

Il entraîne la petite coccinelle dans des dédales de son terrier et tout en descendant l’odeur devient insoutenable. La coccinelle décide de revenir sur ses pas et d’aller prendre de l’air frais. Le hanneton la suit à quelques pas en arrière.

Une fois à l’extérieur la coccinelle qui respire à fond ne peut s’empêcher de dire au hanneton :

Mais qu’avez-vous donc à entasser autant de choses et de nourriture. Pourquoi est-ce  si important de thésauriser de la sorte ? Je ne comprends pas. Je vis simplement au jour le jour et une journée à la fois. Je n’accumule rien de tout cela. Je me promène de fleur en fleur en ayant tout le temps de quoi me nourrir et de bien vivre et en plus je suis libre d’aller ou je veux et quand je veux car je n’ai pas d’immondes paquets de nourriture à surveiller jour et nuit.

Le hanneton,  inconscient de son problème, son dada, dévisage la coccinelle de façon haineuse et lui dit :

-Dis-le donc que tu es jalouse de mon avoir de mes possessions ? Allez avoue ! Tu n’auras rien, tu m’entends tu n’auras absolument rien de tout cela.

La coccinelle, voyant le ton agressif du hanneton parle diplomatiquement :

-Non je ne suis pas jalouse de ton pécule, je n’en veux pas. À quoi me servirait tout ça je ne suis pas assez costaude pour le transporter ou bien même le défendre. Je crois, et je te dis cela avec toute amitié, que tu as un problème de surconsommation et que si tu continue tu vas te rendre malade.

Sur ces mots le hanneton se fait menaçant et s’avance rapidement vers la coccinelle, qui elle, s’envole vers le haut de l’arbre .Elle voit le hanneton tourner dans toutes les directions mu par sa colère. Ses ailes semblent si lourdes.

Maître Tchang regarde Li en lui disant :

Quelle est la morale de cette histoire mon cher Li ?

Li réfléchit et dit :

Que la liberté vaut tous les trésors de la terre. Que tout est relatif, tout finit par disparaître et finir en poussière. Comme dans ma méditation qui me disait de vivre le détachement de tout, tout abandonner. Il ne sert à rien d’accumuler les biens de cette terre. Et que l’humilité se cultive avec le temps.

Maître Tchang, satisfait de son élève lui sourit. Il est fier de son élève qui avance à grands pas dans la vie.

-Bravo cher petit Li, tu as très bien compris.

Sur ce, les deux adeptes du Bouddhisme s’inclinent devant un  buste de Bouddha souriant.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

15 décembre 2014 

 


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