Autonomie

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Autonomie…

Grand-maman, Mamie vient, voir vite. Viens voir ce que j’ai trouvé. Le petit Jason souriant à pleine dents blanches, l’œil pétillant et fier de sa trouvaille va chercher sa grand-mère par la main. Elle se laisse conduire par le gamin. Lui veut aller plus hâtivement, courir mais l’aïeule ne suit pas mais y parvient malgré son âge. L’enfant la mène directement où les vagues viennent finir de s’étaler. Une écume blanche s’avère subsister et recouvre le trésor de Jason. Il se penche et pousse du bout d’une branche qu’il a trouvé sur la grève, un petit crabe encore vivant. Jason soupire profondément tout en parlant au crustacé :
-Tu es encore en vie, toi, après un long périple je suppose. D’ou viens-tu ? Viens –tu des grandes profondeurs ou bien des hauts fonds ? On ne le saura jamais en plus je ne parle pas le langage de crabe. Sa grand-mère, en entendant cela rit aux éclats. Elle regarde son petit fils s’épivarder avec son crabe faiblard plus ou moins vivant. Il semble épuiser le petit crustacé.
Éloïse, la grand-mère, se penche près de son petit fils et lui demande :
-Que vas-tu en faire mon petit Jason ?
Le garçon la fixe dans les yeux et lui répond :
Je ne sais pas grand-maman, toi tu le sais ?
La grand-mère lui caresse les cheveux tout soyeux :
-Je crois que tu pourrais le remettre à l’eau pour qu’il continue sa vie de crabe. Qu’en penses-tu ?
Le garçon un peu déçu rechigne :
-Oui mais c’est moi qui l’ai trouvé ! Je vais le mettre dans un aquarium et je vais l’élever comme mon ami ce crabe à moi.
Jason met son petit étrille en sureté près d’une falaise et va à l’entrée de la plage, il lui semble avoir vu une bouteille vide de plastique lancée par un quelconque quelqu’un qui ne s’intéresse pas à l’environnement. Il prend son canif et coupe la bouteille en deux, il jette le reste aux ordures toujours sous l’œil attentif de sa grand-mère. Elle le trouve très autonome. Il va à la mer et remplit, ce qu’il reste du flacon, d’eau de mer.

Ce qui semble faire un bien énorme au petit crabe qui, lui, en arrache. Jason lève le bouteille hauteur de ses yeux pour examiner l’animal ainsi prisonnier. Éloïse lui demande alors :
-Tu ne crois pas que tu devrais le laisser aller ce petit crabe, Jason ? Tu sais il ne survirera peut-être pas. Il a été créé pour être en liberté au fond de la mer, et non dans un aquarium. Que dirais-tu, toi, si quelqu’un te tiendrais prisonnier ou enfermé dans une cage ? Je ne crois pas que tu aimerais cela .Comme je te connais tu voudras t’échapper et fuir au loin.
Jason réfléchit aux propos de sa grand-mère et lui réplique :
-Je crois que tu as raison, Mamie, et non je n’aimerais pas ça du tout être prisonnier ou sous le giron de quelqu’un en étant dépendant de cette personne. Je préfère ma liberté à toutes ces choses. Je ne me sentirais pas du tout bien dans ma peau et, oui, je voudrais fuir loin très loin de cette personne.
Éloïse n’en revenait pas de son étonnement et d’entendre son petit fils parler de la sorte.
Il avait murit avec le temps. Depuis la mort des ses parents il avait pris de l’age malgré ses douze ans. Lors de la lecture du testament des ses parents, il a refusé catégoriquement l’aide financière d’un de ses oncles en moyen. Il avait affirmé qu’il voulait vivre avec sa grand-mère et que tout l’argent laissé en fiducie lui servira plus tard.
Il se disait :
-J’ai le temps de vivre ce que j’ai à vivre et par après on verra.
Éloïse l’approuve complètement. Elle le prit sous son aile malgré son âge avancé. Jason n’en finissait plus de l’étonner.
L’enfant s’avance d’un pas rassuré vers les flots, il est pieds-nus .Il entre dans l’eau jusqu’aux genoux, se penche et dépose le minuscule crabe au fond de l’eau. Ce dernier ne demande que son reste et se redirige vers le large. Jason se sent noble dans son geste .Il reviens vers Mamie qui l’attends sur la rive. Ils vont, tous les deux s’assoir sur un petit banc de sable à quelques dizaines de mètres de l’océan. Le soleil se met de la partie amenant de doux rayons chauds et bienfaisants tout en coulant sur la peau. Jason s’adresse à sa grand-mère :
Mamie, crois-tu qu’il vivra le petit crabette même s’il a atterri ici sur la plage ?

Sa Mamie lui répond :
-On ne peut pas savoir mon petit Jason. On ne sait jamais ce qui peut nous arriver, tu sais, une journée tout va bien et le lendemain rien n’y fait on est malade et au lit. Et un autre jour tout va bien à nouveau. Je te félicite de l’avoir relâché tu sais c’est comme un oiseau dans une cage. J’ai beaucoup de difficultés avec les gens qui s’obstinent à les garder dans ce genre de prison. La beauté de l’oiseau se cache dans son vol. S’il ne vole plus il devient inutile. Et la liberté, aussi, peut se retrouver de cette façon, regardes.
Éloïse prend une poignée de sable et le tient serré dans sa main :
-Plus tu serres la main plus le sable ne peut s’échapper mais si tu ouvres la main le sable s’écoule comme il doit le faire, et c’est si doux entre les doigts. Tu sais les gens c’est aussi la même chose. Si tu essaies de les contrôlés ou de les manipuler un jour ou l’autre ils finiront par se révolter et partir. Aucun humain n’aime se faire conduire, dicter sa conduite ou se faire diriger contre son gré. Il y a des gens qui sont champions à faire cela, tu verras tu les reconnaîtras lorsque tu les verras ou rencontreras. Tiens-toi loin, très loin. Ne laisses personnes te diriger, l’homme est debout aujourd’hui ce n’est pas pour se remettre à genoux devant les autres.
Jason réfléchit profondément aux paroles de sa Mamie. Il se lève et se dirige vers la mer pour y tremper ses pieds. Tout en contemplant le flux et le reflux des vagues ses yeux se posent sur l’horizon lointain de cet océan bleu-vert. Des goélands chapardeurs viennent virevolter au dessus des flots. Leurs cris stridents enflamment le cœur de Jason. Il les regarde faire des vrilles pour ensuite frôler les flots à la recherche de nourriture. Jason pense à son petit crabe et ne désire pas du tout qu’il tombe dans le bec lacéré d’un de ces prédateurs dénués de remord.

Il se lève et va rejoindre sa Mamie qui baigne au soleil il lui dit :
-Tu sais Mamie, comme tu dis, si un jour je fais face à ce genre de personne je vais tout de suite le savoir .On ne peut pas les ignorer, je crois.

Sa Mamie s’adresse à lui tendrement :
-Oui tu vas les reconnaitre, ce sont des gens qui ne pensent qu’à eux. Ils font tout pour que tout reviennent à eux. Ils sont extrêmement égoïstes et manipulateurs. Ils sont subtils et ne laissent rien voir. Ils te comblent de petits cadeaux et d’intentions mais c’est toujours pour eux qu’ils font ça. Ils veulent te mélanger dans tes pensées, ton vécu et ta vie. Si un jour cela se produit dans ta vie, viens m’en parler si je suis toujours vivante, sinon parles en à quelqu’un. Ils ne veulent que subtiliser ton autonomie, te rendre dépendant d’eux. Ce sont comme des trous noirs de l’univers, ni plus ni moins .Ils vont te siphonner toute ton énergie à te rendre plus dépendant d’eux. Tu sais comme un parasite qui s’accroche sur le ventre d’un gros poisson.
Jason écoutait religieusement et demande à sa grand-mère :
-Mamie en as-tu déjà connu des gens comme ça ?
La grand-mère, posée, entre dans un profond silence et regarde son petit-fils qui attend sa réponse :
-Oui malheureusement mais je ne te dirai pas qui c’est personnel. Mais il faut se méfier de ce genre de prédateur mon enfant. Je ne veux pas te faire peur avec cela mais vaut mieux être prudent.
Les vagues se rapprochent de plus en plus c’est la marée montante. Jason et sa Mamie reculent vers les falaises pour ne pas être envahis par les flots. Du mur des falaises des hirondelles ont construit leur nid. Un va et vient constant les agite. On entend leurs rejetons piailler lorsqu’un des deux, du père ou de la mère reviennent avec la pitance. Quelques fleurs magnifiques pendouillent sur les rochers. Elles ont réussi à s’agripper à la vie et à survivre. Une corneille frondeuse s’approche un peu trop du couvoir d’un des couples d’hirondelles. Tout de go c’est l’alerte et aussi les vols en piqué vers l’intrus. Chacune leur tour les oiseaux plongent vers la voleuse noire qui fuit sans demander son reste. Elle ne peut pas lutter contre cette bande solidaire. Les hirondelles retournent à chacun son nid, le danger est passé.
Jason, curieux, redemande sa grand-mère pensive :
- Tu ne veux pas me le dire Mamie c’est qui celui que tu connais qui est comme ça ?
La Mamie réfléchit et murmure :
-Non mon petit Jason, d’ailleurs ça ne donnerait rien que tu le saches. Ces gens là ne veulent qu’on parle d’eux, alors nous allons cesser de parler de celle-là et nous parlerons autre chose. Qu’en penses-tu ?
Jason, un peu déçu acquiesce :
Tu as raison il y a tellement de belles choses ici en ce moment pourquoi ne pas en profiter. Tu sais je me baignerais volontiers mais je crains que l’eau soit trop froide pour ce temps ci de l’année.
Sa Mamie sourit et approuve la décision de son petit fils pas seulement pour la température de l’eau mais aussi par prudence. Il y a des courants assez puissants pour cette partie de plage .Des pancartes avertissent du danger .Jason se plante debout devant sa grand-mère et lui dit :
-Mamie je vais prendre une petite marche est-ce que tu viens avec moi ?
Éloïse lui répond :
-Non Jason, je vais rester ici au soleil mais ne t’éloigne pas trop. Il est presque midi et nous allons casser la croute dans moins d’une heure.

-Ne t’inquiète pas Mamie je serai de retour dans une demi-heure environ. Je veux aller explorer un peu plus loin vers ce mur de falaises là bas à gauche.
Sa Mamie regarde et vérifie qu’elle pourra le surveiller même s’il s’éloigne un peu. Elle se souvient que lorsque Jason était jeune, il partait comme ça à l’aventure sans en dire mot à personne. Ils l’ont cherché souvent et, souvent, aussi, ce sont les voisins qui le ramenaient. Une fois ce sont des policiers qui sont venus le reconduire à la maison au grand dam de ses parents.

Jason s’éloigne d’un pas alerte de sa Mamie. Il jette un regard furtif et sent les yeux de cette dernière se poser sur sa nuque. Il lui répond :
-Oui Mamie je vais être prudent.
Il sourit et continue son périple. Il marche allégrement dans les vagues qui viennent lui caresser les pieds..Il aime cette sensation. Il se penche et trouve une énorme écaille d’huitre toute blanche tachée de bleu. Il la rince dans l’eau de mer et contemple le nacre de l’ex maison d’un mollusque. Il la met dans sa poche et se dit :
-Souvenir !
Il déambule en trainant les pieds dans l’eau qui vient s’étaler sur la grève. Il se penche à nouveau et cette fois il ramasse un caillou blanc, tout blanc. Pas d’impuretés .Il le glisse dans sa poche et continue sa petite escapade. La plage est jonchée de cailloux, de coquillages et d’algues. Il remarque des fleurs d’algues de toutes les couleurs. Il en prendrait bien quelques unes mais il le sait qu’elles ne se garderont pas. Il arrive à un petit cumul d’eau de mer entre deux petites collines de sable parallèles à la mer. L’eau y semble accumulée depuis quelques temps. Il se risque et y met un pied ensuite l’autre. L’eau est chaude très chaude même. Le soleil a fait son œuvre .Quelle belle sensation se dit-il .
Il marche maintenant vers les falaises qui se dressent comme de vieux soldats au garde à vous. Il est impressionné par la hauteur et surtout la couleur d’un rouge vif terreux.
Tout le long de la falaise il y a de minuscules cavernes mais aussi d’immenses trous béants qui peuvent y loger un homme debout. Jason s’y risque mais ne va pas trop loin. Il se sent à l’abri .La caverne dégage une odeur forte de salin et d’eau de mer. Il respire à fond.Il ressort de la caverne et s’avance à nouveau vers la mer. Il se dit :
-C’est temps que je retourne, Mamie va s’inquiéter.
Il reprend donc le chemin par l’autre sens. En quelques pas il rejoint sa grand-mère qui sommeille au soleil sous un petit parasol. Jason s’approche tout doucement pour ne pas la faire sursauter. Il lui caresse la joue avec sa petite pierre blanche. Éloïse ouvre les yeux candidement et sourit à Jason .Ce dernier lui tend la petite roche.
Mamie est ravie. Elle prend la pierre et la roule dans ses mains gercées. Elle sent la douceur du caillou et dit :
-Merci mon petit Jason, ça me fait plaisir de l’accepter.
Jason lui montre aussi les trouvailles qu’il a fait sur la plage durant sa marche surtout l’énorme coquillage qu’il tend à sa grand-mère. Éloïse n’a qu’admiration pour ce trésor et elle en fait chaudement mention à son petit fils.
-Mamie j’ai faim. Est-ce qu’on va manger ?
La grand-mère se lève de sa chaise et plie son petit parasol et dit à Jason :
-Oui allons-y.
Le soleil darde maintenant. Les deux s’éloignent et leurs ombres les suit en s’agrandissant.
Pierre Dulude
Les Ailes du Temps
Iles de la Madeleine
23 décembre 2014.

 


Archive pour 25 décembre, 2014

Autonomie

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Autonomie…

Grand-maman, Mamie vient, voir vite. Viens voir ce que j’ai trouvé. Le petit Jason souriant à pleine dents blanches, l’œil pétillant et fier de sa trouvaille va chercher sa grand-mère par la main. Elle se laisse conduire par le gamin. Lui veut aller plus hâtivement, courir mais l’aïeule ne suit pas mais y parvient malgré son âge. L’enfant la mène directement où les vagues viennent finir de s’étaler. Une écume blanche s’avère subsister et recouvre le trésor de Jason. Il se penche et pousse du bout d’une branche qu’il a trouvé sur la grève, un petit crabe encore vivant. Jason soupire profondément tout en parlant au crustacé :
-Tu es encore en vie, toi, après un long périple je suppose. D’ou viens-tu ? Viens –tu des grandes profondeurs ou bien des hauts fonds ? On ne le saura jamais en plus je ne parle pas le langage de crabe. Sa grand-mère, en entendant cela rit aux éclats. Elle regarde son petit fils s’épivarder avec son crabe faiblard plus ou moins vivant. Il semble épuiser le petit crustacé.
Éloïse, la grand-mère, se penche près de son petit fils et lui demande :
-Que vas-tu en faire mon petit Jason ?
Le garçon la fixe dans les yeux et lui répond :
Je ne sais pas grand-maman, toi tu le sais ?
La grand-mère lui caresse les cheveux tout soyeux :
-Je crois que tu pourrais le remettre à l’eau pour qu’il continue sa vie de crabe. Qu’en penses-tu ?
Le garçon un peu déçu rechigne :
-Oui mais c’est moi qui l’ai trouvé ! Je vais le mettre dans un aquarium et je vais l’élever comme mon ami ce crabe à moi.
Jason met son petit étrille en sureté près d’une falaise et va à l’entrée de la plage, il lui semble avoir vu une bouteille vide de plastique lancée par un quelconque quelqu’un qui ne s’intéresse pas à l’environnement. Il prend son canif et coupe la bouteille en deux, il jette le reste aux ordures toujours sous l’œil attentif de sa grand-mère. Elle le trouve très autonome. Il va à la mer et remplit, ce qu’il reste du flacon, d’eau de mer.

Ce qui semble faire un bien énorme au petit crabe qui, lui, en arrache. Jason lève le bouteille hauteur de ses yeux pour examiner l’animal ainsi prisonnier. Éloïse lui demande alors :
-Tu ne crois pas que tu devrais le laisser aller ce petit crabe, Jason ? Tu sais il ne survirera peut-être pas. Il a été créé pour être en liberté au fond de la mer, et non dans un aquarium. Que dirais-tu, toi, si quelqu’un te tiendrais prisonnier ou enfermé dans une cage ? Je ne crois pas que tu aimerais cela .Comme je te connais tu voudras t’échapper et fuir au loin.
Jason réfléchit aux propos de sa grand-mère et lui réplique :
-Je crois que tu as raison, Mamie, et non je n’aimerais pas ça du tout être prisonnier ou sous le giron de quelqu’un en étant dépendant de cette personne. Je préfère ma liberté à toutes ces choses. Je ne me sentirais pas du tout bien dans ma peau et, oui, je voudrais fuir loin très loin de cette personne.
Éloïse n’en revenait pas de son étonnement et d’entendre son petit fils parler de la sorte.
Il avait murit avec le temps. Depuis la mort des ses parents il avait pris de l’age malgré ses douze ans. Lors de la lecture du testament des ses parents, il a refusé catégoriquement l’aide financière d’un de ses oncles en moyen. Il avait affirmé qu’il voulait vivre avec sa grand-mère et que tout l’argent laissé en fiducie lui servira plus tard.
Il se disait :
-J’ai le temps de vivre ce que j’ai à vivre et par après on verra.
Éloïse l’approuve complètement. Elle le prit sous son aile malgré son âge avancé. Jason n’en finissait plus de l’étonner.
L’enfant s’avance d’un pas rassuré vers les flots, il est pieds-nus .Il entre dans l’eau jusqu’aux genoux, se penche et dépose le minuscule crabe au fond de l’eau. Ce dernier ne demande que son reste et se redirige vers le large. Jason se sent noble dans son geste .Il reviens vers Mamie qui l’attends sur la rive. Ils vont, tous les deux s’assoir sur un petit banc de sable à quelques dizaines de mètres de l’océan. Le soleil se met de la partie amenant de doux rayons chauds et bienfaisants tout en coulant sur la peau. Jason s’adresse à sa grand-mère :
Mamie, crois-tu qu’il vivra le petit crabette même s’il a atterri ici sur la plage ?

Sa Mamie lui répond :
-On ne peut pas savoir mon petit Jason. On ne sait jamais ce qui peut nous arriver, tu sais, une journée tout va bien et le lendemain rien n’y fait on est malade et au lit. Et un autre jour tout va bien à nouveau. Je te félicite de l’avoir relâché tu sais c’est comme un oiseau dans une cage. J’ai beaucoup de difficultés avec les gens qui s’obstinent à les garder dans ce genre de prison. La beauté de l’oiseau se cache dans son vol. S’il ne vole plus il devient inutile. Et la liberté, aussi, peut se retrouver de cette façon, regardes.
Éloïse prend une poignée de sable et le tient serré dans sa main :
-Plus tu serres la main plus le sable ne peut s’échapper mais si tu ouvres la main le sable s’écoule comme il doit le faire, et c’est si doux entre les doigts. Tu sais les gens c’est aussi la même chose. Si tu essaies de les contrôlés ou de les manipuler un jour ou l’autre ils finiront par se révolter et partir. Aucun humain n’aime se faire conduire, dicter sa conduite ou se faire diriger contre son gré. Il y a des gens qui sont champions à faire cela, tu verras tu les reconnaîtras lorsque tu les verras ou rencontreras. Tiens-toi loin, très loin. Ne laisses personnes te diriger, l’homme est debout aujourd’hui ce n’est pas pour se remettre à genoux devant les autres.
Jason réfléchit profondément aux paroles de sa Mamie. Il se lève et se dirige vers la mer pour y tremper ses pieds. Tout en contemplant le flux et le reflux des vagues ses yeux se posent sur l’horizon lointain de cet océan bleu-vert. Des goélands chapardeurs viennent virevolter au dessus des flots. Leurs cris stridents enflamment le cœur de Jason. Il les regarde faire des vrilles pour ensuite frôler les flots à la recherche de nourriture. Jason pense à son petit crabe et ne désire pas du tout qu’il tombe dans le bec lacéré d’un de ces prédateurs dénués de remord.

Il se lève et va rejoindre sa Mamie qui baigne au soleil il lui dit :
-Tu sais Mamie, comme tu dis, si un jour je fais face à ce genre de personne je vais tout de suite le savoir .On ne peut pas les ignorer, je crois.

Sa Mamie s’adresse à lui tendrement :
-Oui tu vas les reconnaitre, ce sont des gens qui ne pensent qu’à eux. Ils font tout pour que tout reviennent à eux. Ils sont extrêmement égoïstes et manipulateurs. Ils sont subtils et ne laissent rien voir. Ils te comblent de petits cadeaux et d’intentions mais c’est toujours pour eux qu’ils font ça. Ils veulent te mélanger dans tes pensées, ton vécu et ta vie. Si un jour cela se produit dans ta vie, viens m’en parler si je suis toujours vivante, sinon parles en à quelqu’un. Ils ne veulent que subtiliser ton autonomie, te rendre dépendant d’eux. Ce sont comme des trous noirs de l’univers, ni plus ni moins .Ils vont te siphonner toute ton énergie à te rendre plus dépendant d’eux. Tu sais comme un parasite qui s’accroche sur le ventre d’un gros poisson.
Jason écoutait religieusement et demande à sa grand-mère :
-Mamie en as-tu déjà connu des gens comme ça ?
La grand-mère, posée, entre dans un profond silence et regarde son petit-fils qui attend sa réponse :
-Oui malheureusement mais je ne te dirai pas qui c’est personnel. Mais il faut se méfier de ce genre de prédateur mon enfant. Je ne veux pas te faire peur avec cela mais vaut mieux être prudent.
Les vagues se rapprochent de plus en plus c’est la marée montante. Jason et sa Mamie reculent vers les falaises pour ne pas être envahis par les flots. Du mur des falaises des hirondelles ont construit leur nid. Un va et vient constant les agite. On entend leurs rejetons piailler lorsqu’un des deux, du père ou de la mère reviennent avec la pitance. Quelques fleurs magnifiques pendouillent sur les rochers. Elles ont réussi à s’agripper à la vie et à survivre. Une corneille frondeuse s’approche un peu trop du couvoir d’un des couples d’hirondelles. Tout de go c’est l’alerte et aussi les vols en piqué vers l’intrus. Chacune leur tour les oiseaux plongent vers la voleuse noire qui fuit sans demander son reste. Elle ne peut pas lutter contre cette bande solidaire. Les hirondelles retournent à chacun son nid, le danger est passé.
Jason, curieux, redemande sa grand-mère pensive :
- Tu ne veux pas me le dire Mamie c’est qui celui que tu connais qui est comme ça ?
La Mamie réfléchit et murmure :
-Non mon petit Jason, d’ailleurs ça ne donnerait rien que tu le saches. Ces gens là ne veulent qu’on parle d’eux, alors nous allons cesser de parler de celle-là et nous parlerons autre chose. Qu’en penses-tu ?
Jason, un peu déçu acquiesce :
Tu as raison il y a tellement de belles choses ici en ce moment pourquoi ne pas en profiter. Tu sais je me baignerais volontiers mais je crains que l’eau soit trop froide pour ce temps ci de l’année.
Sa Mamie sourit et approuve la décision de son petit fils pas seulement pour la température de l’eau mais aussi par prudence. Il y a des courants assez puissants pour cette partie de plage .Des pancartes avertissent du danger .Jason se plante debout devant sa grand-mère et lui dit :
-Mamie je vais prendre une petite marche est-ce que tu viens avec moi ?
Éloïse lui répond :
-Non Jason, je vais rester ici au soleil mais ne t’éloigne pas trop. Il est presque midi et nous allons casser la croute dans moins d’une heure.

-Ne t’inquiète pas Mamie je serai de retour dans une demi-heure environ. Je veux aller explorer un peu plus loin vers ce mur de falaises là bas à gauche.
Sa Mamie regarde et vérifie qu’elle pourra le surveiller même s’il s’éloigne un peu. Elle se souvient que lorsque Jason était jeune, il partait comme ça à l’aventure sans en dire mot à personne. Ils l’ont cherché souvent et, souvent, aussi, ce sont les voisins qui le ramenaient. Une fois ce sont des policiers qui sont venus le reconduire à la maison au grand dam de ses parents.

Jason s’éloigne d’un pas alerte de sa Mamie. Il jette un regard furtif et sent les yeux de cette dernière se poser sur sa nuque. Il lui répond :
-Oui Mamie je vais être prudent.
Il sourit et continue son périple. Il marche allégrement dans les vagues qui viennent lui caresser les pieds..Il aime cette sensation. Il se penche et trouve une énorme écaille d’huitre toute blanche tachée de bleu. Il la rince dans l’eau de mer et contemple le nacre de l’ex maison d’un mollusque. Il la met dans sa poche et se dit :
-Souvenir !
Il déambule en trainant les pieds dans l’eau qui vient s’étaler sur la grève. Il se penche à nouveau et cette fois il ramasse un caillou blanc, tout blanc. Pas d’impuretés .Il le glisse dans sa poche et continue sa petite escapade. La plage est jonchée de cailloux, de coquillages et d’algues. Il remarque des fleurs d’algues de toutes les couleurs. Il en prendrait bien quelques unes mais il le sait qu’elles ne se garderont pas. Il arrive à un petit cumul d’eau de mer entre deux petites collines de sable parallèles à la mer. L’eau y semble accumulée depuis quelques temps. Il se risque et y met un pied ensuite l’autre. L’eau est chaude très chaude même. Le soleil a fait son œuvre .Quelle belle sensation se dit-il .
Il marche maintenant vers les falaises qui se dressent comme de vieux soldats au garde à vous. Il est impressionné par la hauteur et surtout la couleur d’un rouge vif terreux.
Tout le long de la falaise il y a de minuscules cavernes mais aussi d’immenses trous béants qui peuvent y loger un homme debout. Jason s’y risque mais ne va pas trop loin. Il se sent à l’abri .La caverne dégage une odeur forte de salin et d’eau de mer. Il respire à fond.Il ressort de la caverne et s’avance à nouveau vers la mer. Il se dit :
-C’est temps que je retourne, Mamie va s’inquiéter.
Il reprend donc le chemin par l’autre sens. En quelques pas il rejoint sa grand-mère qui sommeille au soleil sous un petit parasol. Jason s’approche tout doucement pour ne pas la faire sursauter. Il lui caresse la joue avec sa petite pierre blanche. Éloïse ouvre les yeux candidement et sourit à Jason .Ce dernier lui tend la petite roche.
Mamie est ravie. Elle prend la pierre et la roule dans ses mains gercées. Elle sent la douceur du caillou et dit :
-Merci mon petit Jason, ça me fait plaisir de l’accepter.
Jason lui montre aussi les trouvailles qu’il a fait sur la plage durant sa marche surtout l’énorme coquillage qu’il tend à sa grand-mère. Éloïse n’a qu’admiration pour ce trésor et elle en fait chaudement mention à son petit fils.
-Mamie j’ai faim. Est-ce qu’on va manger ?
La grand-mère se lève de sa chaise et plie son petit parasol et dit à Jason :
-Oui allons-y.
Le soleil darde maintenant. Les deux s’éloignent et leurs ombres les suit en s’agrandissant.
Pierre Dulude
Les Ailes du Temps
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23 décembre 2014.

 

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