Le silence à pas feutrés…

hollandais-volant,-bateau-a-voile,-navire,-lune,-lune-pleine,-la-mer-sombre-163150

Le silence à pas feutrés…

 »LE SECRET DU SILENCE…
le Silence évite les querelles,
le Silence rend l’adversaire stupide,
le Silence écarte toute sorte de condamnation,
le Silence vous distingue,
le Silence vous donne l’autorité et le pouvoir,
le Silence vous conserve,
le Silence engage Dieu, car il a dit « Gardez silence et je combattrai pour vous,
le Silence est l’ami de l’humilité  »
le Silence ferme l’accès au diable,
le Silence donne raison,
le Silence vous libère. »

 

Tout comme le navire qui glisse furtivement sur l’onde, le silence s’immisce sobrement avec les ailes du vent. Pas âme qui vive ne s’exprime, aucun mot et aucun son. Nous sommes tous là, regardant les deux urnes , qui scintillent à l’astre du jour blafardisé par une mince couche de nuages opaque. Le temps est à la réflexion, à la peine . Après le service funèbre simple et concis , nous sommes tous retrouvés au columbarium, attendant que les restes de nos amis soient enfermés dans leur niche.

À la suite d’un dernier hommage tous les invités quittent le salon funéraire , je reste encore un petit moment pour exprimer à Marie et Jean-Paul mon amour pour eux.  Ils  sont décédés dans un accident bête de la route. Un chauffard a emboutit leur auto et ne leur a pas donné aucune chance . Ils sont morts sur le coup. Dans la fleur l’âge ,ils avaient pourtant plusieurs années devant eux  et , pour aussi , réaliser leur rêve chéri de partir sur un voilier dans le Pacifique et se rendre aux Iles Fidji . Je les imaginais en toute liberté conquérir cet océan bleuâtre et leur joie de vivre .

Assis près d’eux , en face de moi , je leur dialogue tout doucement :

-Que voulez-vous que je fasse pour vous mes amis; je sais que vos rêves vous suivront et vous pourrez faire votre voyage dans vos Iles.

Je garde le silence ne sachant plus quoi leur dire et tout en essuyant les larmes qui me dégoulinent sur les joues. C’étaient de très grands amis . Toujours  en quiétude je ferme à demi les yeux et revois les bons moment passés en leur présence. Un vrai frère et une vraie sœur qui ont su toujours être à l’écoute de nos petits désagréments de la vie tout comme les moments d’extrême joie. Oh! Combien nous avons partagé tous ces moments d’extase. Les pensées dans mon esprit se taisent elles aussi . Immobile ,les mains sur les genoux, je prie. Et c’est à ce moment que j’entend la voix de Jean-Paul:

-Pierre, Pierre ne nous laisses pas ici enfermés dans ce minuscule abris ,perdu avec tous les autres. Ne nous abandonnes pas dans cet endroit flegmatique, froid et impersonnel.

Je regarde partout pour essayer de voir d’ou vient cette voix. Rien autours ni dans l’autre salle la voix reprend:

-Pierre c’est nous Jean-Paul et Marie – Marie rajoute- Bonjour Pierre et comme le dis Jean-Paul ne nous laisses pas ici mon ami . Nous aimons les grands espaces et l’immensité, et c’est pour cette raison que nous allions entreprendre ce voyage sur le Pacifique . Aides nous à concrétiser ce rêve de nos vies. Amènes nous avec toi .

Je constate que les voix viennent des urnes, je me frotte les yeux et hoche la tête et dis:

-C’est bien vous autres -dis-je- en chuchotant  mais…mais vous êtes morts.

La voix de Jean-Paul reprend:

- Oui nous sommes morts mais nous n’avons qu’un bref  moment pour te demander  de ne pas nous laisser ici, Pierre va épandre nos cendres dans un endroit qui reflète nos vies, nos ambitions notre amour et nos désirs . Va les éparpiller ou il y l’immensité ,la grandeur, la beauté et la vie. Mélange nos cendres à Marie et les miennes pour que nous soyons toujours ensembles pour cet éternité. Tu n’es pas obligé d’aller aux Iles Fidji mais sur le bord de la mer là ou il y a le son des vagues et de magnifiques couchers de soleil. Là ou les oiseaux sont en liberté dans leur vol et acrobaties. Nous n’avons plus beaucoup de temps mon Pierre . Nous promets-tu de faire cela pour nous ?

Je fixe les urnes ,prends une bonne respiration et leur affirme:

-Oui je vais le faire pour vous deux en guise de notre profonde amitié et l’amour que je vous portais. Vous voyagerez avec moi.

Le silence a repris sa place tout discrètement. Je me demande  si ce n’était pas une hallucination ou bien un rêve éveillé. Je vais dans la grande salle adjacente au columbarium et y trouve une boîte en fer blanc qui devait servir à contenir les cendres d’une autre personne décédée. Je regarde tout autour et je m’en saisi . je retourne devant les urnes de mes amis et ouvre celle de Jean-Paul et verse délicatement ses cendres dans la boîte de fer blanc et ensuite celles de Marie:

-Voilà vous êtes ensembles ,j’espère que vous êtes confortables.

J’ai un peu rire narquois  et je quitte le salon mortuaire avec mes amis sous le bras. Je me suis assuré que le couvercle est bien hermétiquement fermé. Et place la boîte dans mon sac à dos .Tout joyeux et heureux je prends le bus et me dis :

-Mes amis sont encore et toujours avec moi. Je serre bien fort mon sac conservant ce trésor avec moi. J’arrive chez moi et dépose mon sac à dos tout doucement sur la table de cuisine. Je sors la boîte en fer blanc et la dépose sur un bout de la table. Je me prépare un café et commence à parler avec mes amis disparus. Je me rappelle ma promesse. J’ai tout mon temps , je ne travaille pas et je n’ai aucune attache. Je réfléchis de l’endroit ou je pourrais aller pour répandre les cendres ,car selon les lois il est défendu de faire cela maintenant. Je me dis:

- Au diable les lois et conventions je vais vous amener là ou serez heureux. Je vais dans ma bibliothèque au salon et sors des livres sur des voyages et de photos de voyages déjà faits. Je reviens à la cuisine et étale les bouquins et les photos devant la boîte de fer blanc. Je dis:

-Alors les amis où voulez vous aller ? Barbade, Floride, Californie, Gaspésie ou Iles de la Madeleine ? Où ?   Je ne m’attend pas à aucune réponse et j’y vais par déduction.

Barbade, Floride et Californie ; ça prends un passeport et le mien est expiré et aussi ce sont des endroits que vous ne connaissez pas pour ne jamais y avoir mis les pieds. Reste la Gaspésie et les Iles de la Madeleine chose tout à fait possible. Les Iles de la Madeleine vous êtes déjà allés et , tout comme moi , vous aviez détesté le vent. C’est bien et beau  mais il vente à n’en plus finir et souvent ce sont des vents à écorner les bœufs. Reste donc la Gaspésie. Qu’en pensez-vous ? Vous étiez tombés en amour avec cette région , tout comme moi et surtout, surtout au Parc Forillon et plus précisément au Cap Bon Ami. Endroit de prédilection car nous étions allés une année tous les trois ensembles. Nous nous étions baignés dans l’eau glacé près du rocher aux phoques. Quel beau souvenir .Il faisait un soleil éclatant cette fois là, toi Jean-Paul tu avais amené de la bière froide pour nous désaltérer . Marie et toi vous vous embrassiez à toutes les trois ou quatre minutes pour vous démontrer que vous appréciiez le temps et le magnifique paysage .  Oui c’est là que je vais vous amener .

Je vais à mon ordinateur et vais sur le site de la Gaspésie ,autant pour le transport et l’hébergement. Après avoir fureté près d’une heure j’ai enfin trouvé ce que je veux . Une petite cabine près du Rocher Percé. Les prix sont abordables et elles se trouvent non loin du terminus d’autobus. Pour aller à Forillon il y a des excursions mais aussi des gens qui s’y rendent pour toute la journée; suffit de demander. Les anges seront sur mon chemin. J’appelle au terminus d’autobus pour savoir s’il reste des places pour l’autobus qui va à Percé et la réponse est affirmative . Ensuite j’appelle à l’endroit des cabines pour savoir s’ils ont de la place et vu que nous sommes hors saison le préposé me dit oui.  Je vais donc  partir le surlendemain ce qui me donne le temps de préparer mes bagages et d’aller à la banque.

Enfin  la journée du départ est enfin arrivée. Nous quittons Montréal de très bonne heure le matin ;direction Québec  . Mon sac avec mes choses personnelles est dans la soute à bagages et je garde avec moi mon sac à dos avec la boîte de fer blanc et les cendres de mes amis .Je garde un œil gardien sur mon sac que j’ai déposé à mes pieds. Je m’appuie la tête au dossier du banc et me laisse bercer par le roulement des pneus sur l’asphalte . Je sais que ce sera douze heures et peut-être un peu plus avant d’arriver  Percé. Je suis patient et heureux de refaire ce voyage . Je regarde les autres voyageurs dans l’autobus et tout le monde semble à sa petite affaire. Nous ignorant les uns les autres le contact est difficile .Ce n’est pas important pour le moment .Je ferme les yeux et m’assoupis et essaie de dormir un peu. Le brassement de l’autobus m’y aide un peu . Je me réveille au bout d’une heure environ et nous sommes pratiquement rendus à Québec. De mon sac à dos je sors une bouteille d’eau et me désaltère. Je regarde par la fenêtre et y voit un panneau routier qui nous indique que nous serons à Québec dans la demie heure qui suit .

Premier arrêt pour déjeuner. Il fait beau et la route est remarquable , je suis heureux de voyager à nouveau et ça me donne de l’énergie. En descendant du bus nous allons tous au même petit restaurant choisi par la compagnie d’autobus; un genre de casse-croûte .Je m’assied au comptoir et j’y commande quelques victuailles. Assise à côté de moi une jolie jeune fille aux cheveux tressés. Elle porte une robe ample et des bracelets minces. Elle a un teint en santé. Elle commande une salade verte et de l’eau . Ma commande arrive et j’ai presque honte de manger ce que j’ai demandé. Nous mangeons sans précipitation . À la fin de repas je me lève et va payer l’addition à la caisse. La jeune fille me suit de quelques pas, son parfum embaume. Nous attendons tous les deux la caissière qui est fort occupée à servir et desservir les tables. Elle arrive enfin et prends ma facture et la poinçonne sur sa caisse enregistreuse . Je lui laisse un pourboire et me dirige vers l’autobus d’où le chauffeur nous attend. Je monte et me réinstalle dans mon banc et vérifie si la boîte de fer blanc y est toujours et ça me rassure elle n’a pas bougé de place. L’autobus reprend la route qu’elle va déguster encore pendant un autre quatre heures. Je m’installe confortablement et regarde défiler le paysage. Nous n’avons pas atteint le bord du fleuve mais cela ne sera pas bien long. C’est la plus belle partie qui s’en vient, celle que je préfère. Je jette un coup d’œil dans l’autobus pour voir où se trouve la jeune fille du resto. Elle est environ sept ou huit bancs plus loin à l’arrière. Elle me sourit lorsque je la regarde et je lui souris également .Cela me rassure et je me sens moins seul.

Arrivés à Rimouski nous faisons une courte halte. Le temps d’un café et d’une cigarette. Et l’autobus repart sans demander son reste . C’est à ce moment que la jeune fille vient se joindre à moi, probablement pour briser sa solitude à elle aussi . Après plus de sept heures le temps commence à être long et ennuyeux. Je l’accueille avec joie. Je me nomme  et elle se présente :

-Je suis Andréanne , avec deux n.

Elle sourit et je reprends :

-Enchanté Andréanne avec deux n.

Nous rions de bon cœur. je lui demande:

-Ou vas-tu ? En Gaspésie ?

Elle me répond:

-Oui Percé , pour quelques jours de vacances. Je vais faire du yoga et de la méditation. Et toi tu vas à Percé ? Des vacances ?

Je la regarde dans ses beaux yeux bleus et lui dis:

-Des vacances, oui et non. Je vais à Forillon pour une chose bien spéciale.

Intriguée Andréanne me questionne du regard et je continue:

-La semaine passée nous avons perdu un couple de nos amis que nous aimions beaucoup et je leur ai promis d’aller épandre leurs cendres sur le bord de la mer et dans un endroit de toute beauté et je crois que Forillon au Cap Bon Ami était l’endroit idéal.

Andréanne reprend, curieuse:

- Très bon choix. Ça fait longtemps qu’ils t’avaient demandé cela ?

Je regarde à mes pieds mon sac à dos  et lui réponds:

-Non avant hier .

Intriguée elle rajoute et quand sont- ils morts tu me disais ?

Je lui dis :

-La semaine passé…

Il y a des silences qui ne mentent pas et celui-là en est un . Elle me regarde de façon bizarre et étonnante :

-Tu parles aux esprits toi ?

Je la fixe et lui dis :

-Ce sont eux qui m’ont parlé pour me demander de ne pas les laisser poireauter dans des niches au salon mortuaire , alors ils m’ont fait promette de les amener – leurs cendres- dans un endroit magique et féérique .Le Cap Bon Ami a toujours été leur endroit de prédilection avec les années. Alors c’est ce que je vais faire pour l’amour que je leur voue et c’est réciproque . Lorsque j’étais seuls avec les cendres au columbarium j’ai clairement entendu leurs voix me supplier de ne pas les abandonner. Et aujourd’hui je tiens ma promesse. Voilà.

Andréanne me prends par la main et me dit:

-C’est un geste très altruiste qui t’honore . J’aimerais avoir des amis comme toi .Des amis sur qui on peut compter .

Le silence reprends doucement sa place .

Le cahin-caha de l’autobus nous berce tout doucement. Nous allons arriver d’ici quelques minutes et le chauffeur ralentit. Je demande à  Andréanne ou elle va aller à Percé elle me répond:

-Je vais dans une auberge de jeunesse pour les quelques jours ou je serai là. Et toi ?

Je  réponds :

-Je vais dans une petite cabine non loin du Rocher Percé je vais y être bien. Tu viendras me voir si tu veux.

Elle me sourit et me dit :

-Pourquoi pas. Quand comptes-tu aller à Forillon ?

Je réfléchis et lui dis :

-Je ne sais pas une belle journée ou il fera beau et chaud.

C’est alors que la jeune fille dit :

-Je vais y aller avec toi. Je te laisse mes coordonnés à l’auberge tu laisses le message et cette journée-là je viendrai te rejoindre . D’accord ?

Je lui dis:

-Oui bonne idée, ça va être dans les prochains jours.

Arrivé à Percé ,il faisait encore jour et le soleil descendait à l’horizon en feu . Les goélands ,toute en folie lançaient des cris rauques à faire dresser les oreilles Une odeur salin ,charriée par le vent , nous vient aux narines. les vagues de la marée montante viennent se briser sur la berge sur les roches rondes . Je me sens ailleurs, hors de la ville .Je me dirige  à pieds vers les cabines. Le préposé m’accueille et me dit que je suis chanceux car il y a eu une cancellation le matin même . Il m’indique le numéro de ma cabine qui fait face directement au Rocher Percé. Le spectacle en vaut le coup; c’est magnifique . Il y a une table à pique-nique où je vais m’installer pour prendre mon café. Ça fait un bien extrême d’être là. Je retourne à ma cabine et sors la boîte en fer blanc et l’amène dehors et l’installe sur la table et je dis à mes amis :

-Voilà, vous êtes rendus admirez le paysage, profitez en comme moi, aussi , j’en profite .Regardez les oiseaux sur le faîte du rocher. Entendez-vous la mer ?

Tout cela c’est pour vous mes amis et je suis très heureux de partager cela avec vous , entre nous .S’il fait beau demain nous irons à Forillon.

À la suite d’une nuit reposante ,je me lève avec le soleil .Je sors à l’extérieur et va admirer galarneau qui se montre le bout du nez juste à côté du rocher. Je prends plusieurs photos. Je savoure mon café matinal et vérifie les prévisions atmosphériques. On annonce du beau temps et de la chaleur en masse aujourd’hui ; alors ce sera aujourd’hui la visite au cap Bon Ami. Je retourne à ma cabine et sors le numéro de téléphone d’Andréanne , je sais qu’il est trop de bonne heure mais je me dis j’appellerai vers huit heures. Je déguste mon café et le lever de l’astre du jour en pleine effervescence . Quel spectacle éblouissant . Je n’en finis pas d’admirer et de m’extasier .Quel beau moment de plénitude et de sérénité. Laisser le calme nous envahir et nous caresser. Vient douceur caresser mon âme.

Vers huit heures j’appelle à l’auberge et demande à parler à Andréanne .La préposée me dit que c’est de bonne heure alors je lui dis :

-Dites lui que c’est Pierre et que nous allons à Forillon ce matin , elle va comprendre et me parler.

J’attends quelques minutes et une voix encore endormie me répond:

-Pierre, ce matin d’accord je vais aller te rejoindre aux cabines et comment comptes tu aller là ?

Je lui dis que je ne savais pas mais qu’il y aura un bon samaritain sur notre route pour aller à Forillon. Je lui dis:

-Je vais t’attendre, prends ton temps .

Lorsqu’Adréanne arrive je suis prêt mon sac à dos sur mes épaules et nous quittons le terrain des cabines. Nous faisons du pouce et une auto s’arrête immédiatement. Nous demandons au chauffeur s’il va à Forillon et nous répond par l’affirmative .Il nous dit qu’il y travaille depuis le début de l’été. Et nous lui demandons :

-Dans quel secteur ?

Il nous dit, tout de go:

-Au Cap Bon Ami nous refaisons les passerelles.

Quel bon moment. Nous lui disons que nous allons au Cap pour une bonne partie de la journée .Il nous dit je travaille jusqu’à trois heures si vous voulez revenir avec moi ça me fera plaisir. Notre transport est trouvé.

Arrivés au Cap Bon Ami notre chauffeur nous dépose et nous dit qu’il nous reprendras vers trois heures à cet endroit ;nous acquiesçons. Nous allons vers la plate forme ou sont les écriteaux pour renseigner les gens sur la faune et flore de l’endroit .Nous descendons l’escalier qui mène sur le bord de l’océan. Il fait beau et c’est chaud. Nous marchons  sur le gravier vers le rocher aux phoques. Les vagues submergent la grève et une odeur d’océan envahissent nos narines. Le roulement de l’eau nous envahit, nous imprègne jusqu’a nos cœurs. Nous allons nous installer sur des roches face au rocher et nous contemplons le roulis des vagues sur la grève. Nous admirons avec douceur et  volupté l’horizon doucereux de la mer. Andréanne se sent l’âme d’un enfant et moi aussi . J’enlève mes souliers et Andréanne fait la même chose. Nous allons prendre un bain de pied pour vérifier la température de l’eau; qui s’avère ne pas être très chaude mais on  s’habitue tout doucement et nous sentons les vagues venir nous caresser les chevilles. Je respire à fond et me tourne vers l’horizon. Plus loin sur notre gauche quelques personnes font comme nous tout en s’avançant vers nous . Andréanne les reconnaît, ce sont des gens de son groupe de yoga. Elle les salue :

-Namasté mes amis et amies Namasté.

Une très jolie jeune femme vient la voir et lui fait la bise. Elle lui demande:

-Que fais -tu ici ce matin ? Nous sommes sensé nous voir cet après-midi au centre à Percé.

Andréanne lui répond:

-Je suis ici avec mon ami Pierre qui est venu épandre les cendres de ses amis décédés la semaine passée. Est-ce que ça vous dirait de vous joindre à nous ?

La jeune femme va à la rencontre des autres personnes qui sont avec elle et les invite à se joindre à nous pour une cérémonie officieuse funèbre . Tous nous nous présentons et ils me demandent de présenter mes amis décédés:

-Je vous présente Marie et Jean-Paul, couple marié depuis plusieurs années et toujours en amour . Quoi dire d’eux que c’était des gens formidables,  avec beaucoup de compassion de charité et d’amour . C’était des humains avec un cœur de chair.

Une larme se faufile sur ma joue:

-Je vous remercie d’être ici pour leur permette de partir pour leur long périple vers l’océan Pacifique et séjourner dans leur Ile magique les Fidji.

En demi cercle autours de moi et faisant face à l’immensité de l’océan je m’avance dans les eaux un tantinet glacées .Tous nous avançons et nous avons de l’eau jusqu’à mi-cuisse, les vagues vous submergent peu à peu. Je tiens ma boîte de fer blanc et j’arrête. Je l’ouvre et dis:

-Voilà Marie et Jean-Paul vous êtes libres de voguer , tel que promis, sur la mer .Tout comme un voilier silencieux dans les brumes du matin je vous souhaite un très bon voyage vers l’éternité. Tous les gens autours de moi commencent à chanter la chanson de Raymond Lévesque : Quand les hommes vivront d’amour…..

 »Quand les hommes vivront d’amour il n’y aura plus de misère,
les soldats seront troubadours,
mais nous nous serons morts mon frère . »

Je répands les cendre sur la surface de l’onde et elles disparaissent en quelques instants dans l’eau. Maintenant elle voguent vers leur destination, Marie et Jean-Paul sont libres.

Le moment est triste et poignant. mais je garde toujours l’espoir qu’ils s’en vont vers une vie de Lumière .

Le lendemain je reprend l’autobus pour Montréal. Je ne revis pas Andréanne ni les autres, mais le Créateur nous met toujours ses anges sur notre chemin. Il fait beau et je quitte Percé en me disant que ce n’est que partie remise me promettant d’y revenir .

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe, 12 juillet 2015.


Archive pour juillet, 2015

Le silence à pas feutrés…

hollandais-volant,-bateau-a-voile,-navire,-lune,-lune-pleine,-la-mer-sombre-163150

Le silence à pas feutrés…

 »LE SECRET DU SILENCE…
le Silence évite les querelles,
le Silence rend l’adversaire stupide,
le Silence écarte toute sorte de condamnation,
le Silence vous distingue,
le Silence vous donne l’autorité et le pouvoir,
le Silence vous conserve,
le Silence engage Dieu, car il a dit « Gardez silence et je combattrai pour vous,
le Silence est l’ami de l’humilité  »
le Silence ferme l’accès au diable,
le Silence donne raison,
le Silence vous libère. »

 

Tout comme le navire qui glisse furtivement sur l’onde, le silence s’immisce sobrement avec les ailes du vent. Pas âme qui vive ne s’exprime, aucun mot et aucun son. Nous sommes tous là, regardant les deux urnes , qui scintillent à l’astre du jour blafardisé par une mince couche de nuages opaque. Le temps est à la réflexion, à la peine . Après le service funèbre simple et concis , nous sommes tous retrouvés au columbarium, attendant que les restes de nos amis soient enfermés dans leur niche.

À la suite d’un dernier hommage tous les invités quittent le salon funéraire , je reste encore un petit moment pour exprimer à Marie et Jean-Paul mon amour pour eux.  Ils  sont décédés dans un accident bête de la route. Un chauffard a emboutit leur auto et ne leur a pas donné aucune chance . Ils sont morts sur le coup. Dans la fleur l’âge ,ils avaient pourtant plusieurs années devant eux  et , pour aussi , réaliser leur rêve chéri de partir sur un voilier dans le Pacifique et se rendre aux Iles Fidji . Je les imaginais en toute liberté conquérir cet océan bleuâtre et leur joie de vivre .

Assis près d’eux , en face de moi , je leur dialogue tout doucement :

-Que voulez-vous que je fasse pour vous mes amis; je sais que vos rêves vous suivront et vous pourrez faire votre voyage dans vos Iles.

Je garde le silence ne sachant plus quoi leur dire et tout en essuyant les larmes qui me dégoulinent sur les joues. C’étaient de très grands amis . Toujours  en quiétude je ferme à demi les yeux et revois les bons moment passés en leur présence. Un vrai frère et une vraie sœur qui ont su toujours être à l’écoute de nos petits désagréments de la vie tout comme les moments d’extrême joie. Oh! Combien nous avons partagé tous ces moments d’extase. Les pensées dans mon esprit se taisent elles aussi . Immobile ,les mains sur les genoux, je prie. Et c’est à ce moment que j’entend la voix de Jean-Paul:

-Pierre, Pierre ne nous laisses pas ici enfermés dans ce minuscule abris ,perdu avec tous les autres. Ne nous abandonnes pas dans cet endroit flegmatique, froid et impersonnel.

Je regarde partout pour essayer de voir d’ou vient cette voix. Rien autours ni dans l’autre salle la voix reprend:

-Pierre c’est nous Jean-Paul et Marie – Marie rajoute- Bonjour Pierre et comme le dis Jean-Paul ne nous laisses pas ici mon ami . Nous aimons les grands espaces et l’immensité, et c’est pour cette raison que nous allions entreprendre ce voyage sur le Pacifique . Aides nous à concrétiser ce rêve de nos vies. Amènes nous avec toi .

Je constate que les voix viennent des urnes, je me frotte les yeux et hoche la tête et dis:

-C’est bien vous autres -dis-je- en chuchotant  mais…mais vous êtes morts.

La voix de Jean-Paul reprend:

- Oui nous sommes morts mais nous n’avons qu’un bref  moment pour te demander  de ne pas nous laisser ici, Pierre va épandre nos cendres dans un endroit qui reflète nos vies, nos ambitions notre amour et nos désirs . Va les éparpiller ou il y l’immensité ,la grandeur, la beauté et la vie. Mélange nos cendres à Marie et les miennes pour que nous soyons toujours ensembles pour cet éternité. Tu n’es pas obligé d’aller aux Iles Fidji mais sur le bord de la mer là ou il y a le son des vagues et de magnifiques couchers de soleil. Là ou les oiseaux sont en liberté dans leur vol et acrobaties. Nous n’avons plus beaucoup de temps mon Pierre . Nous promets-tu de faire cela pour nous ?

Je fixe les urnes ,prends une bonne respiration et leur affirme:

-Oui je vais le faire pour vous deux en guise de notre profonde amitié et l’amour que je vous portais. Vous voyagerez avec moi.

Le silence a repris sa place tout discrètement. Je me demande  si ce n’était pas une hallucination ou bien un rêve éveillé. Je vais dans la grande salle adjacente au columbarium et y trouve une boîte en fer blanc qui devait servir à contenir les cendres d’une autre personne décédée. Je regarde tout autour et je m’en saisi . je retourne devant les urnes de mes amis et ouvre celle de Jean-Paul et verse délicatement ses cendres dans la boîte de fer blanc et ensuite celles de Marie:

-Voilà vous êtes ensembles ,j’espère que vous êtes confortables.

J’ai un peu rire narquois  et je quitte le salon mortuaire avec mes amis sous le bras. Je me suis assuré que le couvercle est bien hermétiquement fermé. Et place la boîte dans mon sac à dos .Tout joyeux et heureux je prends le bus et me dis :

-Mes amis sont encore et toujours avec moi. Je serre bien fort mon sac conservant ce trésor avec moi. J’arrive chez moi et dépose mon sac à dos tout doucement sur la table de cuisine. Je sors la boîte en fer blanc et la dépose sur un bout de la table. Je me prépare un café et commence à parler avec mes amis disparus. Je me rappelle ma promesse. J’ai tout mon temps , je ne travaille pas et je n’ai aucune attache. Je réfléchis de l’endroit ou je pourrais aller pour répandre les cendres ,car selon les lois il est défendu de faire cela maintenant. Je me dis:

- Au diable les lois et conventions je vais vous amener là ou serez heureux. Je vais dans ma bibliothèque au salon et sors des livres sur des voyages et de photos de voyages déjà faits. Je reviens à la cuisine et étale les bouquins et les photos devant la boîte de fer blanc. Je dis:

-Alors les amis où voulez vous aller ? Barbade, Floride, Californie, Gaspésie ou Iles de la Madeleine ? Où ?   Je ne m’attend pas à aucune réponse et j’y vais par déduction.

Barbade, Floride et Californie ; ça prends un passeport et le mien est expiré et aussi ce sont des endroits que vous ne connaissez pas pour ne jamais y avoir mis les pieds. Reste la Gaspésie et les Iles de la Madeleine chose tout à fait possible. Les Iles de la Madeleine vous êtes déjà allés et , tout comme moi , vous aviez détesté le vent. C’est bien et beau  mais il vente à n’en plus finir et souvent ce sont des vents à écorner les bœufs. Reste donc la Gaspésie. Qu’en pensez-vous ? Vous étiez tombés en amour avec cette région , tout comme moi et surtout, surtout au Parc Forillon et plus précisément au Cap Bon Ami. Endroit de prédilection car nous étions allés une année tous les trois ensembles. Nous nous étions baignés dans l’eau glacé près du rocher aux phoques. Quel beau souvenir .Il faisait un soleil éclatant cette fois là, toi Jean-Paul tu avais amené de la bière froide pour nous désaltérer . Marie et toi vous vous embrassiez à toutes les trois ou quatre minutes pour vous démontrer que vous appréciiez le temps et le magnifique paysage .  Oui c’est là que je vais vous amener .

Je vais à mon ordinateur et vais sur le site de la Gaspésie ,autant pour le transport et l’hébergement. Après avoir fureté près d’une heure j’ai enfin trouvé ce que je veux . Une petite cabine près du Rocher Percé. Les prix sont abordables et elles se trouvent non loin du terminus d’autobus. Pour aller à Forillon il y a des excursions mais aussi des gens qui s’y rendent pour toute la journée; suffit de demander. Les anges seront sur mon chemin. J’appelle au terminus d’autobus pour savoir s’il reste des places pour l’autobus qui va à Percé et la réponse est affirmative . Ensuite j’appelle à l’endroit des cabines pour savoir s’ils ont de la place et vu que nous sommes hors saison le préposé me dit oui.  Je vais donc  partir le surlendemain ce qui me donne le temps de préparer mes bagages et d’aller à la banque.

Enfin  la journée du départ est enfin arrivée. Nous quittons Montréal de très bonne heure le matin ;direction Québec  . Mon sac avec mes choses personnelles est dans la soute à bagages et je garde avec moi mon sac à dos avec la boîte de fer blanc et les cendres de mes amis .Je garde un œil gardien sur mon sac que j’ai déposé à mes pieds. Je m’appuie la tête au dossier du banc et me laisse bercer par le roulement des pneus sur l’asphalte . Je sais que ce sera douze heures et peut-être un peu plus avant d’arriver  Percé. Je suis patient et heureux de refaire ce voyage . Je regarde les autres voyageurs dans l’autobus et tout le monde semble à sa petite affaire. Nous ignorant les uns les autres le contact est difficile .Ce n’est pas important pour le moment .Je ferme les yeux et m’assoupis et essaie de dormir un peu. Le brassement de l’autobus m’y aide un peu . Je me réveille au bout d’une heure environ et nous sommes pratiquement rendus à Québec. De mon sac à dos je sors une bouteille d’eau et me désaltère. Je regarde par la fenêtre et y voit un panneau routier qui nous indique que nous serons à Québec dans la demie heure qui suit .

Premier arrêt pour déjeuner. Il fait beau et la route est remarquable , je suis heureux de voyager à nouveau et ça me donne de l’énergie. En descendant du bus nous allons tous au même petit restaurant choisi par la compagnie d’autobus; un genre de casse-croûte .Je m’assied au comptoir et j’y commande quelques victuailles. Assise à côté de moi une jolie jeune fille aux cheveux tressés. Elle porte une robe ample et des bracelets minces. Elle a un teint en santé. Elle commande une salade verte et de l’eau . Ma commande arrive et j’ai presque honte de manger ce que j’ai demandé. Nous mangeons sans précipitation . À la fin de repas je me lève et va payer l’addition à la caisse. La jeune fille me suit de quelques pas, son parfum embaume. Nous attendons tous les deux la caissière qui est fort occupée à servir et desservir les tables. Elle arrive enfin et prends ma facture et la poinçonne sur sa caisse enregistreuse . Je lui laisse un pourboire et me dirige vers l’autobus d’où le chauffeur nous attend. Je monte et me réinstalle dans mon banc et vérifie si la boîte de fer blanc y est toujours et ça me rassure elle n’a pas bougé de place. L’autobus reprend la route qu’elle va déguster encore pendant un autre quatre heures. Je m’installe confortablement et regarde défiler le paysage. Nous n’avons pas atteint le bord du fleuve mais cela ne sera pas bien long. C’est la plus belle partie qui s’en vient, celle que je préfère. Je jette un coup d’œil dans l’autobus pour voir où se trouve la jeune fille du resto. Elle est environ sept ou huit bancs plus loin à l’arrière. Elle me sourit lorsque je la regarde et je lui souris également .Cela me rassure et je me sens moins seul.

Arrivés à Rimouski nous faisons une courte halte. Le temps d’un café et d’une cigarette. Et l’autobus repart sans demander son reste . C’est à ce moment que la jeune fille vient se joindre à moi, probablement pour briser sa solitude à elle aussi . Après plus de sept heures le temps commence à être long et ennuyeux. Je l’accueille avec joie. Je me nomme  et elle se présente :

-Je suis Andréanne , avec deux n.

Elle sourit et je reprends :

-Enchanté Andréanne avec deux n.

Nous rions de bon cœur. je lui demande:

-Ou vas-tu ? En Gaspésie ?

Elle me répond:

-Oui Percé , pour quelques jours de vacances. Je vais faire du yoga et de la méditation. Et toi tu vas à Percé ? Des vacances ?

Je la regarde dans ses beaux yeux bleus et lui dis:

-Des vacances, oui et non. Je vais à Forillon pour une chose bien spéciale.

Intriguée Andréanne me questionne du regard et je continue:

-La semaine passée nous avons perdu un couple de nos amis que nous aimions beaucoup et je leur ai promis d’aller épandre leurs cendres sur le bord de la mer et dans un endroit de toute beauté et je crois que Forillon au Cap Bon Ami était l’endroit idéal.

Andréanne reprend, curieuse:

- Très bon choix. Ça fait longtemps qu’ils t’avaient demandé cela ?

Je regarde à mes pieds mon sac à dos  et lui réponds:

-Non avant hier .

Intriguée elle rajoute et quand sont- ils morts tu me disais ?

Je lui dis :

-La semaine passé…

Il y a des silences qui ne mentent pas et celui-là en est un . Elle me regarde de façon bizarre et étonnante :

-Tu parles aux esprits toi ?

Je la fixe et lui dis :

-Ce sont eux qui m’ont parlé pour me demander de ne pas les laisser poireauter dans des niches au salon mortuaire , alors ils m’ont fait promette de les amener – leurs cendres- dans un endroit magique et féérique .Le Cap Bon Ami a toujours été leur endroit de prédilection avec les années. Alors c’est ce que je vais faire pour l’amour que je leur voue et c’est réciproque . Lorsque j’étais seuls avec les cendres au columbarium j’ai clairement entendu leurs voix me supplier de ne pas les abandonner. Et aujourd’hui je tiens ma promesse. Voilà.

Andréanne me prends par la main et me dit:

-C’est un geste très altruiste qui t’honore . J’aimerais avoir des amis comme toi .Des amis sur qui on peut compter .

Le silence reprends doucement sa place .

Le cahin-caha de l’autobus nous berce tout doucement. Nous allons arriver d’ici quelques minutes et le chauffeur ralentit. Je demande à  Andréanne ou elle va aller à Percé elle me répond:

-Je vais dans une auberge de jeunesse pour les quelques jours ou je serai là. Et toi ?

Je  réponds :

-Je vais dans une petite cabine non loin du Rocher Percé je vais y être bien. Tu viendras me voir si tu veux.

Elle me sourit et me dit :

-Pourquoi pas. Quand comptes-tu aller à Forillon ?

Je réfléchis et lui dis :

-Je ne sais pas une belle journée ou il fera beau et chaud.

C’est alors que la jeune fille dit :

-Je vais y aller avec toi. Je te laisse mes coordonnés à l’auberge tu laisses le message et cette journée-là je viendrai te rejoindre . D’accord ?

Je lui dis:

-Oui bonne idée, ça va être dans les prochains jours.

Arrivé à Percé ,il faisait encore jour et le soleil descendait à l’horizon en feu . Les goélands ,toute en folie lançaient des cris rauques à faire dresser les oreilles Une odeur salin ,charriée par le vent , nous vient aux narines. les vagues de la marée montante viennent se briser sur la berge sur les roches rondes . Je me sens ailleurs, hors de la ville .Je me dirige  à pieds vers les cabines. Le préposé m’accueille et me dit que je suis chanceux car il y a eu une cancellation le matin même . Il m’indique le numéro de ma cabine qui fait face directement au Rocher Percé. Le spectacle en vaut le coup; c’est magnifique . Il y a une table à pique-nique où je vais m’installer pour prendre mon café. Ça fait un bien extrême d’être là. Je retourne à ma cabine et sors la boîte en fer blanc et l’amène dehors et l’installe sur la table et je dis à mes amis :

-Voilà, vous êtes rendus admirez le paysage, profitez en comme moi, aussi , j’en profite .Regardez les oiseaux sur le faîte du rocher. Entendez-vous la mer ?

Tout cela c’est pour vous mes amis et je suis très heureux de partager cela avec vous , entre nous .S’il fait beau demain nous irons à Forillon.

À la suite d’une nuit reposante ,je me lève avec le soleil .Je sors à l’extérieur et va admirer galarneau qui se montre le bout du nez juste à côté du rocher. Je prends plusieurs photos. Je savoure mon café matinal et vérifie les prévisions atmosphériques. On annonce du beau temps et de la chaleur en masse aujourd’hui ; alors ce sera aujourd’hui la visite au cap Bon Ami. Je retourne à ma cabine et sors le numéro de téléphone d’Andréanne , je sais qu’il est trop de bonne heure mais je me dis j’appellerai vers huit heures. Je déguste mon café et le lever de l’astre du jour en pleine effervescence . Quel spectacle éblouissant . Je n’en finis pas d’admirer et de m’extasier .Quel beau moment de plénitude et de sérénité. Laisser le calme nous envahir et nous caresser. Vient douceur caresser mon âme.

Vers huit heures j’appelle à l’auberge et demande à parler à Andréanne .La préposée me dit que c’est de bonne heure alors je lui dis :

-Dites lui que c’est Pierre et que nous allons à Forillon ce matin , elle va comprendre et me parler.

J’attends quelques minutes et une voix encore endormie me répond:

-Pierre, ce matin d’accord je vais aller te rejoindre aux cabines et comment comptes tu aller là ?

Je lui dis que je ne savais pas mais qu’il y aura un bon samaritain sur notre route pour aller à Forillon. Je lui dis:

-Je vais t’attendre, prends ton temps .

Lorsqu’Adréanne arrive je suis prêt mon sac à dos sur mes épaules et nous quittons le terrain des cabines. Nous faisons du pouce et une auto s’arrête immédiatement. Nous demandons au chauffeur s’il va à Forillon et nous répond par l’affirmative .Il nous dit qu’il y travaille depuis le début de l’été. Et nous lui demandons :

-Dans quel secteur ?

Il nous dit, tout de go:

-Au Cap Bon Ami nous refaisons les passerelles.

Quel bon moment. Nous lui disons que nous allons au Cap pour une bonne partie de la journée .Il nous dit je travaille jusqu’à trois heures si vous voulez revenir avec moi ça me fera plaisir. Notre transport est trouvé.

Arrivés au Cap Bon Ami notre chauffeur nous dépose et nous dit qu’il nous reprendras vers trois heures à cet endroit ;nous acquiesçons. Nous allons vers la plate forme ou sont les écriteaux pour renseigner les gens sur la faune et flore de l’endroit .Nous descendons l’escalier qui mène sur le bord de l’océan. Il fait beau et c’est chaud. Nous marchons  sur le gravier vers le rocher aux phoques. Les vagues submergent la grève et une odeur d’océan envahissent nos narines. Le roulement de l’eau nous envahit, nous imprègne jusqu’a nos cœurs. Nous allons nous installer sur des roches face au rocher et nous contemplons le roulis des vagues sur la grève. Nous admirons avec douceur et  volupté l’horizon doucereux de la mer. Andréanne se sent l’âme d’un enfant et moi aussi . J’enlève mes souliers et Andréanne fait la même chose. Nous allons prendre un bain de pied pour vérifier la température de l’eau; qui s’avère ne pas être très chaude mais on  s’habitue tout doucement et nous sentons les vagues venir nous caresser les chevilles. Je respire à fond et me tourne vers l’horizon. Plus loin sur notre gauche quelques personnes font comme nous tout en s’avançant vers nous . Andréanne les reconnaît, ce sont des gens de son groupe de yoga. Elle les salue :

-Namasté mes amis et amies Namasté.

Une très jolie jeune femme vient la voir et lui fait la bise. Elle lui demande:

-Que fais -tu ici ce matin ? Nous sommes sensé nous voir cet après-midi au centre à Percé.

Andréanne lui répond:

-Je suis ici avec mon ami Pierre qui est venu épandre les cendres de ses amis décédés la semaine passée. Est-ce que ça vous dirait de vous joindre à nous ?

La jeune femme va à la rencontre des autres personnes qui sont avec elle et les invite à se joindre à nous pour une cérémonie officieuse funèbre . Tous nous nous présentons et ils me demandent de présenter mes amis décédés:

-Je vous présente Marie et Jean-Paul, couple marié depuis plusieurs années et toujours en amour . Quoi dire d’eux que c’était des gens formidables,  avec beaucoup de compassion de charité et d’amour . C’était des humains avec un cœur de chair.

Une larme se faufile sur ma joue:

-Je vous remercie d’être ici pour leur permette de partir pour leur long périple vers l’océan Pacifique et séjourner dans leur Ile magique les Fidji.

En demi cercle autours de moi et faisant face à l’immensité de l’océan je m’avance dans les eaux un tantinet glacées .Tous nous avançons et nous avons de l’eau jusqu’à mi-cuisse, les vagues vous submergent peu à peu. Je tiens ma boîte de fer blanc et j’arrête. Je l’ouvre et dis:

-Voilà Marie et Jean-Paul vous êtes libres de voguer , tel que promis, sur la mer .Tout comme un voilier silencieux dans les brumes du matin je vous souhaite un très bon voyage vers l’éternité. Tous les gens autours de moi commencent à chanter la chanson de Raymond Lévesque : Quand les hommes vivront d’amour…..

 »Quand les hommes vivront d’amour il n’y aura plus de misère,
les soldats seront troubadours,
mais nous nous serons morts mon frère . »

Je répands les cendre sur la surface de l’onde et elles disparaissent en quelques instants dans l’eau. Maintenant elle voguent vers leur destination, Marie et Jean-Paul sont libres.

Le moment est triste et poignant. mais je garde toujours l’espoir qu’ils s’en vont vers une vie de Lumière .

Le lendemain je reprend l’autobus pour Montréal. Je ne revis pas Andréanne ni les autres, mais le Créateur nous met toujours ses anges sur notre chemin. Il fait beau et je quitte Percé en me disant que ce n’est que partie remise me promettant d’y revenir .

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe, 12 juillet 2015.

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