Ce que tu fuis….te suit, ce que tu fais face s’efface.

aborigene

Ce que tu fuis te suit…ce que tu fait face s’efface .

Les pommiers éblouissants de leur parure printanière, roses et d’un parfum étincelant  bordent l’allée du parc. Des pétales jonchent le sol ,elles forment un tapis tout doucereux et moelleux . Nos pas , à Naoko et moi nous amènent vers l’étang ou trônent des oies blanches vêtues de leurs plus beaux duvets.  Leur ballet aquatique enchante et émerveille . Qu’il est suave de les voir se dandiner  sur l’onde miroir. Un banc ,tout de bois , nous attend. Nous nous y installons et laissons le soleil nous caresser tendrement . Qu’il est bon et merveilleux de se trouver ici aujourd’hui surtout en si bonne compagnie .

Naoko vient d’Osaka  du Japon, elle est de passage  pour quelques jours. Une très bonne amie correspondante rencontrée sur internet. Elle parle un excellent français , tant qu’à moi , je ne connais que quelques mots en japonais , les plus essentiels. Nous nous comprenons parfaitement . Une bonne entente règne entre nous et nous connaissons nos limites et notre honnêteté. Nous ne discourons pas beaucoup en admirant la scène de l’étang et des oiseaux . J’aborde:

-En fait comment a été ton voyage ? Long et fatiguant ?

Naoko  me regarde et me dit :

-Non ,ça bien été au contraire. J’ai pu dormir un peu .

Ce qui est le plus long  ce sont les arrêts un peu partout et on a hâte d’arriver, en plus je savais que j’étais pour être ne bonne compagnie .

Elle me sourit et je reprends:

-La prochaine fois c’est moi qui vais te rejoindre au Japon. Tu me montreras tout ce que j’ai envie de voir depuis des années.

Elle me sourit ,encore , et me dit :

-Mais avec plaisir mon ami , mais maintenant c’est toi qui va me guider ici à Montréal  et me montrer ce que je veux voir depuis des années.

Nous acquiesçons  tous les deux en chœur.

Un silence complice s’installe entre nous . Un silence de repos et de sérénité. Des pigeons viennent pigosser  près de notre banc à la recherche de quelques graines ou d’arachides, dommage nous n’en avons pas. Nous les laissons flirter avec nous pour nous amadouer . Une troupe de mésanges vient investir un bosquet d’arbustes  à l’arrière du banc. leur petits cris fascinent  et enchantent nos oreilles. Le soleil s’est mis de la partie et ,aussi derrière nous ,un érable immense nous couvre de son ombre protectrice .Une brise douce et soyeuse nous couvre la peau. Une journée de printemps magnifique . Naoko  dit :

-Comment vas-tu  mon ami depuis notre dernière conversation ?

Je regarde ses yeux en amande et adorables et lui répond:

-Ça va bien , très bien même . Ma santé est en constante amélioration suite à mon opération et je vais mieux. Et toi ? Tu m’avais parlé de ton Maître Spirituel …

Naoko, pensive et sérieuse me fixe et me dit :

-Oui mon Maître Spirituel Monsieur Juro il est très profond et je l’aime bien . La dernière fois que je l’ai vu il m’a raconté une fable. As-tu envie de l’entendre ?

Je  fais signe oui de la tête et me calle sur le banc tout en contemplant mon amie si jolie et délicate .

Elle commence par me dire :

- Tu sais j’ai des problèmes avec une voisine. Elle fait tellement de bruit le soir, la nuit et à toute heure du jour . Quelques fois je n’arrive pas à m’endormir ou bien je me réveille en pleine nuit et incapable de dormir.

 

J’ai raconté ceci à Monsieur Juro , un matin ou j’ai à peine sommeillé pendant la nuit. C’était très embarrassant et épuisant . Alors c’est là qu’il m’a conté la fable . Il emploie toujours des images de la sorte pour nous faire comprendre notre réalité. La fable va comme ceci…

ll était une fois , beau commencement d’histoire n’est ce pas ?

Naoko sourit de toutes ses belles dents  et continue :

-Il était une fois  un papillon qui adore se poser sur des fleurs dans un énorme champs. Se croyant seul au monde, il va et vient comme  bon lui semble .Il est libre de ses coups d’ailes, de ses effleurements et de ses repos sur les fleurs. Par une belle journée débordante de soleil , notre papillon virevolte de fleurs en fleurs en exécutant un ballet que seul lui connaissait . Il entend de la musique céleste et s’adonne à ses effluves  de danse. Insouciant il gambade d’une fleur à l’autre toutes aussi mirifiques les unes que les autres.

Arrivé sur un lys ,tout de blanc vêtu, il laisse aller son imagination et sans se rendre compte qu’un peu plus loin un colibri aux couleurs extraordinaires quête le nectar de quelques fleurs sur son passage . Le moment fatidique arrive enfin. Les deux , le colibri et le papillon se rencontrent . Oh! quelle surprise et étonnement de voir un intrus dans le domaine du papillon , car il pense que le champs lui appartient. Tous les deux fuient , de peur, vers des endroits sécuritaires.
Le papillon réfléchit et se dit :

_ Mais c’est qui cet espèce de voleur qui vient prendre mon espace ? Pour qui se prend-t-il ? Et d’ailleurs d’où vient-il ? je ne l’ai pas vu venir ?

Et le papillon ne pense qu’à ce colibri de malheur et s’imagine toutes sortes de scénarios pour s’en débarrasser . Mais un colibri c’est un oiseau et il possède un bec lacéré. Et les colibris se délectent des papillons. Alors que faire ?

Tout en faisant sa tournée des ses fleurs, notre ami le papillon surveille du coin de ses antennes l’intrus. cette journée il ne le vit pas mais reste sur ses gardes.

Par un beau matin ,après avoir fait le tour de son jardin champêtre , le papillon vient se reposer sur une rose tout en parfum. Il ne se doute pas que de l’autre côté du rosier l’oiseau mouche gobe du nectar. Le papillon entend les battements d’ailes et prends la poudre d’escampette . Le colibri, pour sa part le voit détaler et n’y fait aucun cas. Le lépidoptère va se cacher dans son antre habituel. Haletant et tout tremblant il se dit qu’il l’a échappé belle . Il se met à imaginer toutes sortes de choses abracadabrantes et plus ça va plus le problème devient une énorme montagne qui en fait n’est qu’une minuscule colline .

 

Un jour, après plusieurs déblatérations, le papillon décide de parler , du moins  d’essayer de dialoguer avec le colibri et de prendre une entente avec lui pour sa sécurité. Si le colibri accepte. Le papillon se bâtit toutes sortes de trames toujours en camouflant sa peur :

-Je vais attendre l’occasion  et je lui parlerai.

Le jour fatidique arrive et le papillon armé de son courage se risque en quelques coups d’ailes et se retrouve près de l’oiseau;

Monsieur le Colibri, est-ce que je peux vous parler  s’il vous plaît ?

Le Colibri, surpris , fixe le papillon et lui dit :

-Bien sur que l’on peut se parler . Je sais  ce que tu  penses, tu crois que  je suis dans ton champs mais il est à tout le monde  ce champs ne trouves-tu pas ? Veux -tu le partager avec moi. Il y a tellement de jolies fleurs appétissantes ici. Je te promet que je ne veux aucun mal et  que nous pourrons nous entendre . Le colibri se pose, lui aussi sur une rose et attend la réponse du papillon. Ce dernier dit :

-Bien sur que nous pouvons partager, les fleurs sont pour tous . J’ai vu de très beaux chrysanthèmes un peu plus loin vers le bas de la pente, je vous monterai l’endroit si cela vous intéresse. Le colibri reprend son vol tout en disant :

-Oui cela m’intéresse ce sont ces fleurs que je préfère le plus ; quel délice .

Depuis ce jour les deux comparses ne se séparent plus jamais .

Monsieur Juro m’a regardé et m’a dit:

-Ce que tu fuis te suit et ce que tu fais face s’efface . Le papillon a vaincu sa peur et s’est libéré. Vois -tu ma belle petite Naoko ta voisine a peut-être besoin de parler avec quelqu’un, tu ne sais pas .Elle fait du bruit pour signaler sa présence . Fais comme le papillon et essaye de dialoguer.

Naoko reste silencieuse quelques secondes et me dit:

-C’est ce que j’ai fait et je suis allé parler avec la voisine. Nous avons eu une très bonne conversation et elle m’a raconté ce qu’elle vit . Son mari est décédé et elle se sent tellement seule depuis son départ. Depuis ce temps c’est ma meilleure amie et nous sommes toujours ensembles. Tiens je vais te montrer une photo d’elle.

Naoko me montre la photo et notre attention se dirige vers l’étang où une envolée d’outarde vient d’arriver. Qu’elles sont gracieuses et flamboyantes. Nos yeux s’émerveillent . Je prends la main de mon amie et lui dit:

-Merci pour cette histoire et merci d’être venue me voir.

Quelques jours plus tard Naoko s’envole vers sa terre natale le Japon. Je lui ai fait visiter Montréal qu’elle a apprécié au plus haut point. Elle est partie en emportant ma promesse que l’an prochain ce sera mon tour .

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe des Monts

4 février 2016

 


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