Joyeux Noël

vers-bethléem

Joyeux Noël

Tout est effervescent, tout plie sous l’excitation et tout mise sur la surprise de la fête.  Les lutins et les anges se baladent en se dandinant. Les rires sont prédominants, hauts et forts. La musique, des cantiques de Noel, retentissent dans les haut-parleurs faisant vibrer l’atmosphère. La joie explose et ravit tout le monde. Des décorations roses  et dorées posées à la vitesse de l’éclair  donnent une échevelure étincelante aux contours des fenêtres et aux encadrage des portes. De petites lumières multicolores scintillent dans l’antre  de la nuit. Elles  sont magnifiques et bienvenues.

J’entends les voix heureuses  s’approcher en esclaffes .Je distingue celle de  Marie-Thérèse avec ses expressions bon-enfant, elle est gentille  Marie-T, elle vient d’un pays lointains, en Afrique je pense qu’elle disait l’autre jour, souvent elle porte un foulard, comme le mien mais elle, le sien, est religieux, ce qui lui va bien. Elle tient des conversations de rêveries d’animaux sauvages et de paysage de jungle et de désert, elle est très colorée dans son discours, elle rassure et se montre très humaine. Sa compagne, Selma, est musulmane. Elle aussi porte un tchador, souvent de couleurs vives, mais jamais le même .Elle réconforte. Je remarque les minuscules lumières brillant dans l’obscurité de l’extérieur. L’extérieur où la neige trône.

Nous en sommes, déjà, rendus à Noël, et il me semble que l’année est passée comme un train  à pleine vapeur. Malgré ce qui m’arrive. Il me vient dans les narines une odeur succulente de gâteau aux fruits, j’ai toujours aimé les gâteaux aux fruits ; c’est exquis mais je dois en manger qu’un peu à la fois. Je suis assise et sur ma table, à côté de moi, il y a une petite crèche toute discrète. Jésus, malgré l’heure, se trouve dans son petit berceau dans l’étable. Je le regarde tendrement et je prie. Le cantique de Noël  de : Sainte Nuit résonne dans les haut-parleurs à ce moment là.

Je  joins mes mains et une larme vient se hasarder sur ma frêle joue. Je me transporte il y a  deux milles ans et je suis une bergère à qui on vient d’annoncer la naissance du Sauveur; le Christ. Avec ma famille on se dirige vers cette étable d’où, couché dans une mangeoire, un enfant nouveau-né dort. Près de lui sa mère et son père semblent exténués et de leur voyage, ils viennent de Nazareth et la mère vient d’accoucher; quelle épreuve. Mais c’est de voir l’extrême pauvreté de ces gens. Pourtant le Christ est Dieu, c’est le Fils de Dieu et il n’est pas venu au monde dans un palais ou un château ; non il est venu dans ce monde habillé de haillons et est couché sur la paille. Il est venu nous dire, comme le dit les Écritures, qu’il est le Sauveur de l’humanité et que tous nos péchés nous sont pardonnés. De toute sa vie, pourtant, il sera rejeté par plusieurs et plusieurs chercheront à le faire mourir. Il ne prêche que la Paix et l’Amour  ce monde le repoussera, mais ils vont y perdre au change. Je contemple la figure de l’Enfant et il semble sourire, me sourire ; j’en suis ravie  et pleine d’émotions.

Je reviens de mes rêveries d’enfant dans l’atmosphère féérique du moment à laquelle il faut bien profiter, les gens me le disent :

« Profites-en beaucoup « .

C’est ce que je fais. Je veux que tous les enfants sur cette terre soient heureux ce soir et profitent, eux aussi de ces bonheurs. Mon amie Judith me lance un clin d’œil car elle a aperçu le gros monsieur habillé tout en rouge avec sa grande barbe blanche immaculée. Nous attendons impatiemment son arrivée. Marie-T. vient me voir et s’assoie sur le pied de mon lit. Elle me sourit de toutes ses belles dents blanches et de son air innocent elle me tend un petit paquet qu’elle veut que j’ouvre immédiatement. C’est ce que je fais en écoutant mon cœur battre la chamade. Quel geste charmant de sa part. Délicatement je déchire le papier d’emballage et furtivement je jette un regard curieux à l’intérieur du petit colis. Je vois comme une statuette en bois avec une minuscule corde pour se mettre autours du cou. Je suis si contente qu’en remerciant Marie-T. je l’embrasse tendrement sur les deux joues. Elle me dit :

« C’est un talisman qui vient de mon pays, il te portera chance et t’accompagnera où tu iras ma belle petite blondinette. Tout comme ton Jésus il ne partage que l’Amour.
Marie-T. m’aide à me l’attacher au cou. Je le serre dans ma petite main en fixant Marie T. dans les yeux en lui disant :

«  Merci« 

Elle me répond :

« Je suis heureuse que tu l’aime, tu vas me manquer tu sais « 

Je ne sais plus comment contenir mes larmes mais l’instant est à la joie parce que le bonhomme rouge vient d’arriver. Avec des Ho! Ho! Ho! Il s’approche de moi et s’assoie sur le rebord de mon lit et me demande si j’ai été une petite fille sage tout au long de l’année, il regarde un semblant de document  et dit mon nom :

« Sophie, c’est bien cela, ma grande ?« 

Je lui réponds par l’affirmative  et cherche à voir sur sa feuille mon nom mais il la cache me disant que c’est un secret et que seulement lui doit avoir accès  à ce document, il continue et lance :

« Oui tu as été bien sage cette année, toi. J’ai un beau présent pour toi. Mais avant je veux que tu prennes connaissance de cette carte que toutes tes amies t’ont dédicacée seulement à ton intention  à toi. Tu le mérites. Tes amies t’aiment beaucoup tu sais. « 

Je prends la carte de Noël  avec un paysage féérique et à l’intérieur une multitude de signatures emplissent les deux côtés de la carte ouverte. Un minuscule mécanisme fait entendre «  Sainte Nuit’’. Je suis confuse mais aussi  très heureuse, Je pleure de joie. Marie-T. me serre dans ses bras et me console, je lis les signatures avec les commentaires. J’en suis abasourdie et je veux donc que cet instant reste  éternel.
Le Père Noël pour égayer l’atmosphère me tend une grande boîte enveloppée d’un papier couleur bleuté. Il me dit de l’ouvrir et de ne pas faire attention aux rubans. Tout le monde se met à rire. Je déchire, en vitesse, le papier et y découvre ce que j’ai toujours voulu depuis des années : une ferme miniature avec tous les animaux, Chevaux, vache, bœuf, poules, coq, poussins, moutons, canards et tous les autres. Un tracteur pour les travaux dans les champs et pour terminer une girouette pour aller sur le toit. Le bâtiment est d’un rouge vif avec des clôtures pour en faire le tour. Je suis si contente que je remercie le Père Noël et ses lutins qui l’accompagnent.

Et Hop ! Il continue sa tournée vers mon amie Judith, qui elle aussi, s’attend à du fameux. J’ouvre ma boîte et sors la ferme et les animaux Je les baptise à chacun leur tour. Je place le tout sur mon lit. En déballant les choses mon foulard s’est déplacé quelque peu. Selma vient le replacer gentiment, je continue mon installation. Entoure la ferme de sa clôture et y place les animaux un peu partout pour qu’ils aient l’impression d’être libre malgré tout .J’installe la girouette sur le toit et me voilà fermière d’un jour. Je m’assure que les petits sont avec leurs parents respectifs et fais exprès pour placer un petit mouton dans l’enclos du cheval et de sa jument. Je le replacerai en faisant semblant de chercher et le trouve  perdu, et lui dis :
«  Pauvre petit mouton, viens on va retrouver ta maman.« Je contemple ma ferme et je suis fière.je demande à Judith ce qu’elle a eu et elle me dit que son cadeau ne lui faisait pas plaisir mais qu’elle s’en contentera.

La musique s’est tue et les lumières se tamisent graduellement. Les bruits s’estompent dans la mince noirceur. Selma vient me voir pour jaser un peu avant le repos. Elle me dit :

« Tu es chanceuse d’avoir ce que tu voulais, beaucoup d’enfants ne sont pas aussi choyés que toi, ma belle. « 

Je ne dis rien et j’écoute et je me décide à parler. Un torrent de larmes vient dégouliner sur mes joues, Selma  me prends dans ses bras et me dit de me laisser aller, je dis :

« Beaucoup d’enfant ne sont pas aussi choyés que moi tu penses ? Beaucoup d’enfants ne sont pas aussi heureux que moi ce soir mais Selma je suis si malheureuse et profondément, je vous remercie de vous occuper de moi de la sorte, j’ai beaucoup de gratitude envers vous. Mais vois-tu je suis ici au pavillon des cancéreux et je n’ai que dix ans et je vais mourir. Ma vie va s’achever dans deux mois c’est irrémédiable que m’ont dit les médecins. Je souffre d’une leucémie et j’arrive en phase terminale. Je ne pourrai pas connaître les expériences de la vie que tous les enfants et jeunes adultes connaîtront. Je n’irai pas au secondaire ou à l’université, je ne tomberai pas en amour, je ne voyagerai dans des pays lointains et même dans deux mois je ne pourrai pas jouer avec ma ferme miniature. J’emporte rien.« 
Je pleure et Selma me dit :

«  Tu sais c’est la naissance du Christ ce soir. Même si moi je n’y crois pas mais toi tu y crois, demande lui de t’accueillir  dans son paradis. Demande-Lui de t’accompagner pour le reste de jours qu’il te reste ici sur terre. Et, si cela peut te consoler, je vais m’en occuper de ta ferme, de tes animaux et surtout ton petit mouton perdu,- j’esquisse un léger sourire-. Maintenant tu dois dormir  .Tu as passé une belle journée et tes parents vont venir demain pour te voir. Bonsoir ma grande et fais de beaux rêves. « 
Elle m’embrasse sur le front et quitte la pièce.
Les lumières sont éteintes maintenant et les bruits et éclats de voix ont cessés.

 

Je suis sous mes couvertures tout en séchant mes larmes et je parle à Jésus :
« Jésus aides les gens qui sont autours de moi d’accepter mon départ; ils vont en avoir de besoin car ils vont avoir  beaucoup de  peine . Amen« 

leucémie

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

13 décembre 2016

St-Benoît du Lac

 


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