Fable…suite

touche pas a ma boule de merde maudit

Fable…….suite.

Maître Tchang  toujours profondément consacré par l’entretient de ses bonzaïs , cette fois son attention  se porte sur son cèdre miniature : un vrai chef d’œuvre. Depuis plusieurs décennies  il y porte une concentration particulière , en effet, cet arbre miniature lui a été cédé par son père et ce dernier l’a obtenu de son grand-père . En fait  cela fait plus de cinq générations d’arboriculteurs qui taillent retaillent et découpent ce cèdre du Liban. De toute beauté, Maître Tchang l’admire intensément. Sa concentration est telle qu’il n’a pas  une nécessité de méditer dans ces moments là.  Les liens qui l’unissent  à ce minuscule géant le rapproche de la nature . Il le sent, le touche, le pénètre jusqu’à la profondeur de ses racines.

Absorbé  dans l’abysse des ses réflexions il n’entends pas son élève entrer  dans la pièce. Li à pas feutrés pour ne pas déranger le Maître dans ses réflexions s’installe dans un coin. Il aime voir son Maître prendre soins de ses petits enfants :les bonzaïs et de l’imiter. Jusqu’ici il a eu quelques succès mais le premières tentatives furent vaines, cela n’est pas important dit le Maître ce qu’il faut c’est d’essayer et c’est ce que Li fait et a fait. Pour sa part il travaille depuis quelques mois sur un Pin de Douglas et la victoire  lui sourit. Mais aujourd’hui il vient voir le Maître pour  de toutes autres raisons. Plusieurs choses qui le préoccupent. Il se sent un peu anxieux et un tantinet impatient. Son Maître ne démontre pas d’empressement. Patience.

Li va vers la cage aux oiseaux. Comme d’habitude la porte est entrouverte. Maître Tchang ne tolère pas que ses petits amis ailés soient enfermés, enchainés et dans l’impossibilité de voler à leur guise. Un mésange vient se poser  sur l’épaule de Li. Il le reconnaît et lui jase par son nom:

- Bonjour Néo comment vas-tu ? Bien j’espère .Moi aussi je vais bien.

L’oiseau s’envole et vient se poser sur le comptoir du Maître. Sans y porter trop attention le Maître jardinier continue la découpe de quelques petites branches, Satisfait il prends un léger recul. Il regarde autours de lui et voit Li ,son élève , assis sur un tabouret dans le coin. Il s’approche de lui et le salue Li se lève et salue son sensei . Les deux échangent une prière après le traditionnel Namasté . Maître Tchang invite Li vers le minuscule boudoir au fond de l’atelier pour y prendre le thé. Li demande de servir le liquide de la façon japonaise. Maître Tchang consent . Et tous les deux entament une conversation légère au début et devient un peu plus intensive lorsque Li fait part au Maître de ses préoccupations. Ce dernier écoute avec une oreille attentive .:

- »Vous savez Maître que j’essaie de ne pas juger les autres ni de les dénigrer. C’est toujours ce que vous m’avez enseigné et je suis à la lettre vos dires. Mais là depuis quelques jours je suis en contact avec une personne qui a des problèmes de poids et de comportement . Je ne sais pas quoi faire , Maître, cette personne est très négative et elle dit des choses pas toujours bien gentille , blessantes même . Elle cherche toujours à me provoquer et à me sortir de mes gongs. Mais comme vous me l’avez toujours montré je garde silence et je ne réponds pas à ces attaques et provocations. »

-  »Tu fais bien Li, cette personne cherche à te déséquilibrer et à te contrôler. Il ya  en ce monde beaucoup de gens comme ça . J’en sais quelque chose. J’ai eu affaire à ce genre de personne dans ma vie, et crois moi ils ne sont pas tout repos . »

Li écoute religieusement son Maître et il se sent rassuré. Le Maître lui demande:

- » Et…….qu’est ce que tout cela t’apporte à toi ? Y vois-tu un message, une destinée ,une remise en question. Comment réagis-tu intérieurement, es-tu en colère, dans le calme, en ressentiments ?

Posé ,Li , regarde le Maître dans les yeux et une lumière semble y briller. Il n’avait pas  penser à cet aspect de la question. Son esprit s’ouvre. Il écoute attentivement les paroles de son Vénéré Maître.

- » Tu sais li, te souviens -tu de la fable que je t’ai conté il y a de ça quelques années…

- » Oui, oui Maître je m’en souviens   le fameux hanneton glouton….

- » Oui cette histoire là avec une bonne morale. je vais t’en raconter une autre qui met en scène un cousin plutôt une cousine du hanneton. Le bousier, un gros scarabée qui  mange, vit de, et construit sa vie sur de la bouse ou si tu veux de la merde. C’est son destin. Voilà l’histoire.

- » Un scarabée comme celui-là roule sa boule de bouse dans un grand champ. Pour lui sa boule est  son trésor ,son apanage. Il dit à tout le monde que cette boule vaut des valeurs énormes. Mais tout le monde lui dit  que cette boule est  de la merde et qu’elle pue. Mais  le bousier continue à rouler sa boule au gré des dénivellations du terrain . Lorsqu’il rencontre  quelqu’un , il a développé un sens de convaincre  puissant que les gens le croient. Les autres scarabées ne remettent pas en question ses dires. Et notre scarabée va dans la vie avec ses illusions et sa boule de bouse.

Un jour il rencontre un cousin scarabée qui lui ne roule pas de boule. Notre ami scarabée voit en lui un ennemi et s’empresse de le menacer tout en étant installé sur sa boule . Son cousin lui dit:

- » Comment ça va mon cousin mais sur quoi es-tu juché donc ? Ça pue cette affaire là. Descends et nous allons parler.

Mais le bousier ne voulait surtout pas se faire voler sa boule qu’il se campe avec ses pattes et ses mandibules sur sa boule . Il dit les mandibules serrées:

- » Non je ne descends pas c’est ma boule et tu ne l’auras pas, m’entends -tu ?

Son cousin ne fait ni un ni deux et recule .

-’Bien tu sais ta boule ne m’intéresse  pas le moins du monde. Tu vis d’illusions et de phantasmes en disant à tout le monde que tu as un trésor mais tu n’as qu’une boule de merde. Tu traînes ta boule depuis des années et tu ne t’en rends pas compte. Tu fais semblant tout en racontant aux autres tes belles images, tes beaux rêves et tes beaux atours. Mais tu n’as rien, que de la merde. Je m’excuse de te dire cela mais on ne m’y prends pas moi. Continue de faire accroire, de manipuler et de mentir, un jour viendra le temps de rendre des comptes. Ceux que tu as écrasé avec tes histoires de boules te reviendront pour entendre ta vraie version de l’histoire .

Maître Tchang prends une pause et demande à Li:

- » Qu’en penses-tu Li ? Qu’est ce que cela veut dire pour toi ?

Li, comme à son habitude, réfléchit calmement en silence il lève la tête et dit :

-Je pense que l’on ne peut cacher bien longtemps notre vraie nature, comme le dit le proverbe – Chassez le naturel et il reviendra au galop….au triple galop. Trop souvent ,justement, des gens de la sorte souffrent à outrances. Ils cherchent à berner l’entourage et à vouloir contrôler leur propre vie complètement ruinée . Ils contrôlent- du moins ils le pensent- l’image qu’ils donnent . C’est épuisant tout ça  je pense Maître.

Maître Tchang sourit et avoue à Li:

- » Quelle sagesse  mon élève, bientôt tu vas dépasser le Maître et c’est bien .Tu sais la personne qui te fais des misères doit avoir vécu des souffrances en étant jeune, du rejet, de la peine, de la souffrance. Dis moi  Li  sans offusquer quelqu’un cette personne  a  un poids en surplus ? »

Li, hésitant, réponds :

_ Oui , Maître , un très gros surplus.

Le Maître reprend et dit sans méchanceté :

- » Tu vois qu’elle traîne sa boule  et probablement depuis bien des années.

Li rajoute :

- » Il faut avoir de la compréhension et de la Charité envers ces gens je pense.

Maître Tchang   verse le thé  à son tour à Li et tous les deux gardent silence admirant les œuvres du Maître.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du temps

Ste-Agathe des Monts

24 août 2017

 


Autres articles

Répondre

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose