Fable…suite

touche pas a ma boule de merde maudit

Fable…….suite.

Maître Tchang  toujours profondément consacré par l’entretient de ses bonzaïs , cette fois son attention  se porte sur son cèdre miniature : un vrai chef d’œuvre. Depuis plusieurs décennies  il y porte une concentration particulière , en effet, cet arbre miniature lui a été cédé par son père et ce dernier l’a obtenu de son grand-père . En fait  cela fait plus de cinq générations d’arboriculteurs qui taillent retaillent et découpent ce cèdre du Liban. De toute beauté, Maître Tchang l’admire intensément. Sa concentration est telle qu’il n’a pas  une nécessité de méditer dans ces moments là.  Les liens qui l’unissent  à ce minuscule géant le rapproche de la nature . Il le sent, le touche, le pénètre jusqu’à la profondeur de ses racines.

Absorbé  dans l’abysse des ses réflexions il n’entends pas son élève entrer  dans la pièce. Li à pas feutrés pour ne pas déranger le Maître dans ses réflexions s’installe dans un coin. Il aime voir son Maître prendre soins de ses petits enfants :les bonzaïs et de l’imiter. Jusqu’ici il a eu quelques succès mais le premières tentatives furent vaines, cela n’est pas important dit le Maître ce qu’il faut c’est d’essayer et c’est ce que Li fait et a fait. Pour sa part il travaille depuis quelques mois sur un Pin de Douglas et la victoire  lui sourit. Mais aujourd’hui il vient voir le Maître pour  de toutes autres raisons. Plusieurs choses qui le préoccupent. Il se sent un peu anxieux et un tantinet impatient. Son Maître ne démontre pas d’empressement. Patience.

Li va vers la cage aux oiseaux. Comme d’habitude la porte est entrouverte. Maître Tchang ne tolère pas que ses petits amis ailés soient enfermés, enchainés et dans l’impossibilité de voler à leur guise. Un mésange vient se poser  sur l’épaule de Li. Il le reconnaît et lui jase par son nom:

- Bonjour Néo comment vas-tu ? Bien j’espère .Moi aussi je vais bien.

L’oiseau s’envole et vient se poser sur le comptoir du Maître. Sans y porter trop attention le Maître jardinier continue la découpe de quelques petites branches, Satisfait il prends un léger recul. Il regarde autours de lui et voit Li ,son élève , assis sur un tabouret dans le coin. Il s’approche de lui et le salue Li se lève et salue son sensei . Les deux échangent une prière après le traditionnel Namasté . Maître Tchang invite Li vers le minuscule boudoir au fond de l’atelier pour y prendre le thé. Li demande de servir le liquide de la façon japonaise. Maître Tchang consent . Et tous les deux entament une conversation légère au début et devient un peu plus intensive lorsque Li fait part au Maître de ses préoccupations. Ce dernier écoute avec une oreille attentive .:

- »Vous savez Maître que j’essaie de ne pas juger les autres ni de les dénigrer. C’est toujours ce que vous m’avez enseigné et je suis à la lettre vos dires. Mais là depuis quelques jours je suis en contact avec une personne qui a des problèmes de poids et de comportement . Je ne sais pas quoi faire , Maître, cette personne est très négative et elle dit des choses pas toujours bien gentille , blessantes même . Elle cherche toujours à me provoquer et à me sortir de mes gongs. Mais comme vous me l’avez toujours montré je garde silence et je ne réponds pas à ces attaques et provocations. »

-  »Tu fais bien Li, cette personne cherche à te déséquilibrer et à te contrôler. Il ya  en ce monde beaucoup de gens comme ça . J’en sais quelque chose. J’ai eu affaire à ce genre de personne dans ma vie, et crois moi ils ne sont pas tout repos . »

Li écoute religieusement son Maître et il se sent rassuré. Le Maître lui demande:

- » Et…….qu’est ce que tout cela t’apporte à toi ? Y vois-tu un message, une destinée ,une remise en question. Comment réagis-tu intérieurement, es-tu en colère, dans le calme, en ressentiments ?

Posé ,Li , regarde le Maître dans les yeux et une lumière semble y briller. Il n’avait pas  penser à cet aspect de la question. Son esprit s’ouvre. Il écoute attentivement les paroles de son Vénéré Maître.

- » Tu sais li, te souviens -tu de la fable que je t’ai conté il y a de ça quelques années…

- » Oui, oui Maître je m’en souviens   le fameux hanneton glouton….

- » Oui cette histoire là avec une bonne morale. je vais t’en raconter une autre qui met en scène un cousin plutôt une cousine du hanneton. Le bousier, un gros scarabée qui  mange, vit de, et construit sa vie sur de la bouse ou si tu veux de la merde. C’est son destin. Voilà l’histoire.

- » Un scarabée comme celui-là roule sa boule de bouse dans un grand champ. Pour lui sa boule est  son trésor ,son apanage. Il dit à tout le monde que cette boule vaut des valeurs énormes. Mais tout le monde lui dit  que cette boule est  de la merde et qu’elle pue. Mais  le bousier continue à rouler sa boule au gré des dénivellations du terrain . Lorsqu’il rencontre  quelqu’un , il a développé un sens de convaincre  puissant que les gens le croient. Les autres scarabées ne remettent pas en question ses dires. Et notre scarabée va dans la vie avec ses illusions et sa boule de bouse.

Un jour il rencontre un cousin scarabée qui lui ne roule pas de boule. Notre ami scarabée voit en lui un ennemi et s’empresse de le menacer tout en étant installé sur sa boule . Son cousin lui dit:

- » Comment ça va mon cousin mais sur quoi es-tu juché donc ? Ça pue cette affaire là. Descends et nous allons parler.

Mais le bousier ne voulait surtout pas se faire voler sa boule qu’il se campe avec ses pattes et ses mandibules sur sa boule . Il dit les mandibules serrées:

- » Non je ne descends pas c’est ma boule et tu ne l’auras pas, m’entends -tu ?

Son cousin ne fait ni un ni deux et recule .

-’Bien tu sais ta boule ne m’intéresse  pas le moins du monde. Tu vis d’illusions et de phantasmes en disant à tout le monde que tu as un trésor mais tu n’as qu’une boule de merde. Tu traînes ta boule depuis des années et tu ne t’en rends pas compte. Tu fais semblant tout en racontant aux autres tes belles images, tes beaux rêves et tes beaux atours. Mais tu n’as rien, que de la merde. Je m’excuse de te dire cela mais on ne m’y prends pas moi. Continue de faire accroire, de manipuler et de mentir, un jour viendra le temps de rendre des comptes. Ceux que tu as écrasé avec tes histoires de boules te reviendront pour entendre ta vraie version de l’histoire .

Maître Tchang prends une pause et demande à Li:

- » Qu’en penses-tu Li ? Qu’est ce que cela veut dire pour toi ?

Li, comme à son habitude, réfléchit calmement en silence il lève la tête et dit :

-Je pense que l’on ne peut cacher bien longtemps notre vraie nature, comme le dit le proverbe – Chassez le naturel et il reviendra au galop….au triple galop. Trop souvent ,justement, des gens de la sorte souffrent à outrances. Ils cherchent à berner l’entourage et à vouloir contrôler leur propre vie complètement ruinée . Ils contrôlent- du moins ils le pensent- l’image qu’ils donnent . C’est épuisant tout ça  je pense Maître.

Maître Tchang sourit et avoue à Li:

- » Quelle sagesse  mon élève, bientôt tu vas dépasser le Maître et c’est bien .Tu sais la personne qui te fais des misères doit avoir vécu des souffrances en étant jeune, du rejet, de la peine, de la souffrance. Dis moi  Li  sans offusquer quelqu’un cette personne  a  un poids en surplus ? »

Li, hésitant, réponds :

_ Oui , Maître , un très gros surplus.

Le Maître reprend et dit sans méchanceté :

- » Tu vois qu’elle traîne sa boule  et probablement depuis bien des années.

Li rajoute :

- » Il faut avoir de la compréhension et de la Charité envers ces gens je pense.

Maître Tchang   verse le thé  à son tour à Li et tous les deux gardent silence admirant les œuvres du Maître.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du temps

Ste-Agathe des Monts

24 août 2017


Archive de l'auteur

Joyeux Noël

vers-bethléem

Joyeux Noël

Tout est effervescent, tout plie sous l’excitation et tout mise sur la surprise de la fête.  Les lutins et les anges se baladent en se dandinant. Les rires sont prédominants, hauts et forts. La musique, des cantiques de Noel, retentissent dans les haut-parleurs faisant vibrer l’atmosphère. La joie explose et ravit tout le monde. Des décorations roses  et dorées posées à la vitesse de l’éclair  donnent une échevelure étincelante aux contours des fenêtres et aux encadrage des portes. De petites lumières multicolores scintillent dans l’antre  de la nuit. Elles  sont magnifiques et bienvenues.

J’entends les voix heureuses  s’approcher en esclaffes .Je distingue celle de  Marie-Thérèse avec ses expressions bon-enfant, elle est gentille  Marie-T, elle vient d’un pays lointains, en Afrique je pense qu’elle disait l’autre jour, souvent elle porte un foulard, comme le mien mais elle, le sien, est religieux, ce qui lui va bien. Elle tient des conversations de rêveries d’animaux sauvages et de paysage de jungle et de désert, elle est très colorée dans son discours, elle rassure et se montre très humaine. Sa compagne, Selma, est musulmane. Elle aussi porte un tchador, souvent de couleurs vives, mais jamais le même .Elle réconforte. Je remarque les minuscules lumières brillant dans l’obscurité de l’extérieur. L’extérieur où la neige trône.

Nous en sommes, déjà, rendus à Noël, et il me semble que l’année est passée comme un train  à pleine vapeur. Malgré ce qui m’arrive. Il me vient dans les narines une odeur succulente de gâteau aux fruits, j’ai toujours aimé les gâteaux aux fruits ; c’est exquis mais je dois en manger qu’un peu à la fois. Je suis assise et sur ma table, à côté de moi, il y a une petite crèche toute discrète. Jésus, malgré l’heure, se trouve dans son petit berceau dans l’étable. Je le regarde tendrement et je prie. Le cantique de Noël  de : Sainte Nuit résonne dans les haut-parleurs à ce moment là.

Je  joins mes mains et une larme vient se hasarder sur ma frêle joue. Je me transporte il y a  deux milles ans et je suis une bergère à qui on vient d’annoncer la naissance du Sauveur; le Christ. Avec ma famille on se dirige vers cette étable d’où, couché dans une mangeoire, un enfant nouveau-né dort. Près de lui sa mère et son père semblent exténués et de leur voyage, ils viennent de Nazareth et la mère vient d’accoucher; quelle épreuve. Mais c’est de voir l’extrême pauvreté de ces gens. Pourtant le Christ est Dieu, c’est le Fils de Dieu et il n’est pas venu au monde dans un palais ou un château ; non il est venu dans ce monde habillé de haillons et est couché sur la paille. Il est venu nous dire, comme le dit les Écritures, qu’il est le Sauveur de l’humanité et que tous nos péchés nous sont pardonnés. De toute sa vie, pourtant, il sera rejeté par plusieurs et plusieurs chercheront à le faire mourir. Il ne prêche que la Paix et l’Amour  ce monde le repoussera, mais ils vont y perdre au change. Je contemple la figure de l’Enfant et il semble sourire, me sourire ; j’en suis ravie  et pleine d’émotions.

Je reviens de mes rêveries d’enfant dans l’atmosphère féérique du moment à laquelle il faut bien profiter, les gens me le disent :

« Profites-en beaucoup « .

C’est ce que je fais. Je veux que tous les enfants sur cette terre soient heureux ce soir et profitent, eux aussi de ces bonheurs. Mon amie Judith me lance un clin d’œil car elle a aperçu le gros monsieur habillé tout en rouge avec sa grande barbe blanche immaculée. Nous attendons impatiemment son arrivée. Marie-T. vient me voir et s’assoie sur le pied de mon lit. Elle me sourit de toutes ses belles dents blanches et de son air innocent elle me tend un petit paquet qu’elle veut que j’ouvre immédiatement. C’est ce que je fais en écoutant mon cœur battre la chamade. Quel geste charmant de sa part. Délicatement je déchire le papier d’emballage et furtivement je jette un regard curieux à l’intérieur du petit colis. Je vois comme une statuette en bois avec une minuscule corde pour se mettre autours du cou. Je suis si contente qu’en remerciant Marie-T. je l’embrasse tendrement sur les deux joues. Elle me dit :

« C’est un talisman qui vient de mon pays, il te portera chance et t’accompagnera où tu iras ma belle petite blondinette. Tout comme ton Jésus il ne partage que l’Amour.
Marie-T. m’aide à me l’attacher au cou. Je le serre dans ma petite main en fixant Marie T. dans les yeux en lui disant :

«  Merci« 

Elle me répond :

« Je suis heureuse que tu l’aime, tu vas me manquer tu sais « 

Je ne sais plus comment contenir mes larmes mais l’instant est à la joie parce que le bonhomme rouge vient d’arriver. Avec des Ho! Ho! Ho! Il s’approche de moi et s’assoie sur le rebord de mon lit et me demande si j’ai été une petite fille sage tout au long de l’année, il regarde un semblant de document  et dit mon nom :

« Sophie, c’est bien cela, ma grande ?« 

Je lui réponds par l’affirmative  et cherche à voir sur sa feuille mon nom mais il la cache me disant que c’est un secret et que seulement lui doit avoir accès  à ce document, il continue et lance :

« Oui tu as été bien sage cette année, toi. J’ai un beau présent pour toi. Mais avant je veux que tu prennes connaissance de cette carte que toutes tes amies t’ont dédicacée seulement à ton intention  à toi. Tu le mérites. Tes amies t’aiment beaucoup tu sais. « 

Je prends la carte de Noël  avec un paysage féérique et à l’intérieur une multitude de signatures emplissent les deux côtés de la carte ouverte. Un minuscule mécanisme fait entendre «  Sainte Nuit’’. Je suis confuse mais aussi  très heureuse, Je pleure de joie. Marie-T. me serre dans ses bras et me console, je lis les signatures avec les commentaires. J’en suis abasourdie et je veux donc que cet instant reste  éternel.
Le Père Noël pour égayer l’atmosphère me tend une grande boîte enveloppée d’un papier couleur bleuté. Il me dit de l’ouvrir et de ne pas faire attention aux rubans. Tout le monde se met à rire. Je déchire, en vitesse, le papier et y découvre ce que j’ai toujours voulu depuis des années : une ferme miniature avec tous les animaux, Chevaux, vache, bœuf, poules, coq, poussins, moutons, canards et tous les autres. Un tracteur pour les travaux dans les champs et pour terminer une girouette pour aller sur le toit. Le bâtiment est d’un rouge vif avec des clôtures pour en faire le tour. Je suis si contente que je remercie le Père Noël et ses lutins qui l’accompagnent.

Et Hop ! Il continue sa tournée vers mon amie Judith, qui elle aussi, s’attend à du fameux. J’ouvre ma boîte et sors la ferme et les animaux Je les baptise à chacun leur tour. Je place le tout sur mon lit. En déballant les choses mon foulard s’est déplacé quelque peu. Selma vient le replacer gentiment, je continue mon installation. Entoure la ferme de sa clôture et y place les animaux un peu partout pour qu’ils aient l’impression d’être libre malgré tout .J’installe la girouette sur le toit et me voilà fermière d’un jour. Je m’assure que les petits sont avec leurs parents respectifs et fais exprès pour placer un petit mouton dans l’enclos du cheval et de sa jument. Je le replacerai en faisant semblant de chercher et le trouve  perdu, et lui dis :
«  Pauvre petit mouton, viens on va retrouver ta maman.« Je contemple ma ferme et je suis fière.je demande à Judith ce qu’elle a eu et elle me dit que son cadeau ne lui faisait pas plaisir mais qu’elle s’en contentera.

La musique s’est tue et les lumières se tamisent graduellement. Les bruits s’estompent dans la mince noirceur. Selma vient me voir pour jaser un peu avant le repos. Elle me dit :

« Tu es chanceuse d’avoir ce que tu voulais, beaucoup d’enfants ne sont pas aussi choyés que toi, ma belle. « 

Je ne dis rien et j’écoute et je me décide à parler. Un torrent de larmes vient dégouliner sur mes joues, Selma  me prends dans ses bras et me dit de me laisser aller, je dis :

« Beaucoup d’enfant ne sont pas aussi choyés que moi tu penses ? Beaucoup d’enfants ne sont pas aussi heureux que moi ce soir mais Selma je suis si malheureuse et profondément, je vous remercie de vous occuper de moi de la sorte, j’ai beaucoup de gratitude envers vous. Mais vois-tu je suis ici au pavillon des cancéreux et je n’ai que dix ans et je vais mourir. Ma vie va s’achever dans deux mois c’est irrémédiable que m’ont dit les médecins. Je souffre d’une leucémie et j’arrive en phase terminale. Je ne pourrai pas connaître les expériences de la vie que tous les enfants et jeunes adultes connaîtront. Je n’irai pas au secondaire ou à l’université, je ne tomberai pas en amour, je ne voyagerai dans des pays lointains et même dans deux mois je ne pourrai pas jouer avec ma ferme miniature. J’emporte rien.« 
Je pleure et Selma me dit :

«  Tu sais c’est la naissance du Christ ce soir. Même si moi je n’y crois pas mais toi tu y crois, demande lui de t’accueillir  dans son paradis. Demande-Lui de t’accompagner pour le reste de jours qu’il te reste ici sur terre. Et, si cela peut te consoler, je vais m’en occuper de ta ferme, de tes animaux et surtout ton petit mouton perdu,- j’esquisse un léger sourire-. Maintenant tu dois dormir  .Tu as passé une belle journée et tes parents vont venir demain pour te voir. Bonsoir ma grande et fais de beaux rêves. « 
Elle m’embrasse sur le front et quitte la pièce.
Les lumières sont éteintes maintenant et les bruits et éclats de voix ont cessés.

 

Je suis sous mes couvertures tout en séchant mes larmes et je parle à Jésus :
« Jésus aides les gens qui sont autours de moi d’accepter mon départ; ils vont en avoir de besoin car ils vont avoir  beaucoup de  peine . Amen« 

leucémie

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

13 décembre 2016

St-Benoît du Lac

Contre vents et marées…..!

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Deux mondes…

2mondes

Deux mondes…

Il me semble, cette fois, que le tunnel du métro n’en finit plus d’être interminable. D’une station à l’autre toujours la même rengaine. Lorsque la rame démarre, le train émet un son de notes de musique qu’avec le temps on le sifflote . Lorsque le convoi entre à nouveau dans le tunnel noir éclairé seulement par des faibles lumières blafardes à distances calculées,blanche….blanche…..blanche….blanche…..bleue.
Au  rythme des ces ondes lumineuses je laisse divaguer mon esprit à toutes sortes de pensées, de phantasmes et d’imagination. Le convoi ralentit à nouveau, une nouvelle station. Les wagons sont à moitié plein et un va et vient s’opère en toute quiétude. Les gens , tout comme dans tous les métros du monde, semblent las et ennuyés. Est-ce le manque de lumière , d’air ou de joie tout simplement ?

La rame s’arrête à la station centrale de Berri-Uqam . Plusieurs personnes descendent sans trop de conviction et d’autres y montent pour s’agripper aux poteaux qui aident à garder l’équilibre . Une odeur de pneus chauffés nous parvient aux narines. Je regarde  au plafond et y voit que la ventilation fonctionne . Les portes sont sur le point de se fermer qu’arrivent en trombe  deux jeunes filles. Elles s’accrochent au poteau central du wagon. De mon siège je les observe, que peut on faire de plus  dans le métro avec son espace si restreint. Je n’ai aucune intention maladive ni obsessionnelle je remarque c’est tout. Les deux filles sont, faut le dire très jolies. Elles portent de beaux vêtements à la mode mais un tantinet provocants, c’est de notre temps me dis-je . Elles sont maquillées, toutes les deux de façon à faire ressortir leurs beaux yeux et une peau lisse et délicate . Un rouge à lèvres leur rend ,justement , ces lèvres saillantes et désirables. Elles  sont  , le duo , étincelantes d’une beauté certaine.

Blanche……blanche…..bleue  me rappellent les lumières du tunnel . Je fixe la ligne imaginaire que trace ces néons de fond de tunnel. L’ennui du trajet me reprend et je repose mes yeux sur les deux jeunes filles toutes souriantes. Elles ont de très belles dents bien entretenues. Il y en a une qui porte ce qu’on appelle une camisole bedaine , c’est à dire que l’on peut voir son nombril ,et elle, elle a un anneau qui la transperce, toujours de nos jours. La seconde, pour sa part porte des boucles d’oreilles d’un style africain, elles sont mirifiques. Elles portent ,toutes les deux , des jupes style écolières carottées courtes. Je me demande:

-Et si c’était tes filles ? Que dirais-tu ? Les aurais-tu laissé aller tel quel ? T’aurais-tu poser des questions? Les aurais-tu repris ? Sans les vexer, les choquer ,les insulter ou les réprimander ? Sans avoir de jugement arriéré ou vieux jeu ?

-Je ne sais pas. Les jeunes femmes , aujourd’hui pas toutes, s’habillent provocant car c’est ce qui est à la mode et cela fait l’affaire des bonzes de la mode, des magasins et des compagnies de tissus . Nous vendons qu’ils disent.

Mes réflexions m’ont ramené dans le tunnel ou je vois défiler, encore et encore , les lumières blanches et bleues. Nous croisons une autre rame de l’autre côté qui file à toute allure À nouveau le train ralentit, nous arrivons à une nouvelle station. La rame s’immobilise quelques secondes et repart. J’essaie de m’imaginer quelles sont les notes de musique qui ressort lors du départ. Sol…la…si…do…..je ne sais pas n’étant pas un expert en musique je n’ai pas suffisamment l’oreille . Encore cette odeur de pneus chauffés et nous sommes repartis. Le trajet entre les deux stations est court cette fois . Nous arrivons subito presto à l’autre arrêt . Sur le quai beaucoup de gens attendent. Ils entrent dans le wagon et se tassent vers les portes du fond. C’est à ce moment que je vois embarquer deux autres jeunes filles  elles sont musulmanes. Elles portent le tchador. Pas le niquab mais bien ce genre de foulard qui leur recouvre la tête. Elles sont sobrement vêtues et discrètes. Elles n’ont pas de maquillage ni bijoux étincelants . Elles ont à la main le petit chapelet musulman, le tesbih, qu’elles égrènent tout doucement . Pour moi , évidemment c’est une curiosité mais je m’arrête là dans mes préjugés, car on en a tous . Elles me rappellent les religieuses de mon temps, elles ont l’air de saintes . Mais il est fini ce temps -là. Les deux jeunes filles du départ les regardent avec un air de mépris. Les deux musulmanes n’en font pas de cas , elles doivent être habituées aux sarcasmes et aux  regards désapprobateurs. Elles continuent leurs prières, c’est ce que je pense. Elles ne sont ni provocantes  ni arrogantes, en fait ,tout le contraire des deux autres.

Blanche…..blanche…blanche…..bleue…et le petit train va loin. Nous arrivons à la prochaine station toute éblouissante de lumière. Maintenant j’ai le portrait dans son ensemble, je vois les deux couples si différents l’un de l’autre. Tout comme sur un côté le désert et de l’autre la mer. Le jour et la nuit .

Sol….la…..si…..do….la rame repart inlassablement avec son refrain de solo. Nous pénétrons dans le tunnel envahit de noirceur avec les lumières blanches-bleutées.  Il ne me reste plus beaucoup de stations à faire avant mon arrivée. Je regarde les deux couples de jeunes filles et me demande:

-Lesquelles préfères-tu? Auxquelles est-ce que tu t’identifies-tu le plus ? Avec lesquelles tu aimerais avoir une conversation ?

Une myriade de questions me viennent à l’esprit. Aujourd’hui je n’ai plus trente ou quarante ans. Je suis d’un âge avancé et les valeurs avec les années ont changées et évoluées.

Le premier couple sont jolies et désirables, il faut le dire  par leurs attraits et leur allures. Elles sont belles et attrayantes. Attirantes aussi le sont-elles . Évidemment elles sont jeunes et vont à avoir à passer leurs expériences et vivre ,peut-être ,plus sobrement avec le temps . Toutes modes passent avec le temps . Nous aussi nous avons été jeunes et fou-fou. Elles sont un attrait ,faut le dire .

Le deuxième couple, malgré ce qu’on l’on pense, respirent le respect et la simplicité. Leur prestance n’est pas déplacé et elles ne veulent pas attirer l’attention , ce qui dans notre société est de plus en plus rare . Entre les deux couples il y a comme un équilibre qui s’installe. Ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous avons été. Un jour les deux feront fusion pour en arriver à une sobriété saine et respectable -Alors lesquelles préfères-tu ?

-Je dirais les deux. Les deux sont humaines et ce sont des sœurs, en terme de famille. La famille humaine .Le train s’immobilise en station. Les lumières de néon aveuglent et le bruit devient plus strident. La rame repart avec les mêmes notes et s’engage au plus profond de l’antre. Le tunnel avale le serpent de métal et de plastique. Les deux jeunes musulmanes s’échangent entre elles quelques mots. J’aime les regarder, sans les dévisager. Je les trouve très belles. Il est vrai qu’avec leurs vêtements et leurs signes religieux il y a toute une panoplie de remises en question chez nous . Elles vivent dans une société où l’homme dirige. Elles sont séparées, en fait lors de cérémonies religieuses ,des hommes. Ont-elles une voix ?  Est-ce un choix  profondément de leur part ? Je le crois.Ils vivent leur spiritualité.Voilà le genre de questions auxquelles je me suis confronté. Mais  si j’y pense sérieusement les deux autres jeunes filles ont leurs choix aussi mais ont-elles vraiment le choix de s’habiller comme elles veulent ? Oui me dis-je mais qui fabrique ces vêtements, qui leur dit de porter ceci ou cela. Qui leur dicte leur apparat ? Qui leur dicte, il y en a qui vont dire suggère, mais ont-elles vraiment le choix. Ces valeurs qu’elles démontrent viennent -elles d’elles ou bien de quelques penseurs pervers assis dans des bureau de compagnies de guenille qui exploitent une main d’œuvre à bon marché dans les pays du tiers monde?

Leurs allures , avec les années , sont de plus en plus provocantes suite aux soubresauts de leurs idoles tout aussi dévergondées. Exprimez-vous, faites vous valoir, montrez-vous et on vous remarquera . Portez ceci ou cela, montrez ce qui est caché mais n’en dévoilez pas trop , laissez l’imagination prendre sa place . Agacez et provoquez, vous aurez du succès. À qui cela plaît-il ? La superficialité est à l’honneur.

La rame entre à nouveau dans l’avant dernière station. Les deux musulmanes sortent tout doucement du train . Avant de dépasser la porte une des deux filles musulmanes me sourit et me fais un signe de tête, comme si elle m’avait entendu réfléchir. Je lui rend son sourire. Ma journée est faite me dis-je .

Arrivés au terminus ,je me lève pour sortir du wagon presque vide. Les deux jeunes filles du début sont debout face à la porte . Je suis à l’arrière d’elles . La rame s’immobilise et les portes s’ouvrent pour vomir les restes des passagers. Je m’engage sur le quai tout en suivant les filles ,les hommes et les gars se retournent à leur passage, elles en sont fières. Je ralentis le pas et elles disparaissent dans la foule bigarrée. Le train entre dans le tunnel pour virer de côté pour reprendre son voyage dans l’autre sens . Sol….la…..si…..do….

Je monte l’escalier sans me presser et arrive à l’extérieur où il fait un soleil éclatant. Je respire à fond et je me dis :

-Enfin !

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe des Monts

6 février 2016

Ce que tu fuis….te suit, ce que tu fais face s’efface.

aborigene

Ce que tu fuis te suit…ce que tu fait face s’efface .

Les pommiers éblouissants de leur parure printanière, roses et d’un parfum étincelant  bordent l’allée du parc. Des pétales jonchent le sol ,elles forment un tapis tout doucereux et moelleux . Nos pas , à Naoko et moi nous amènent vers l’étang ou trônent des oies blanches vêtues de leurs plus beaux duvets.  Leur ballet aquatique enchante et émerveille . Qu’il est suave de les voir se dandiner  sur l’onde miroir. Un banc ,tout de bois , nous attend. Nous nous y installons et laissons le soleil nous caresser tendrement . Qu’il est bon et merveilleux de se trouver ici aujourd’hui surtout en si bonne compagnie .

Naoko vient d’Osaka  du Japon, elle est de passage  pour quelques jours. Une très bonne amie correspondante rencontrée sur internet. Elle parle un excellent français , tant qu’à moi , je ne connais que quelques mots en japonais , les plus essentiels. Nous nous comprenons parfaitement . Une bonne entente règne entre nous et nous connaissons nos limites et notre honnêteté. Nous ne discourons pas beaucoup en admirant la scène de l’étang et des oiseaux . J’aborde:

-En fait comment a été ton voyage ? Long et fatiguant ?

Naoko  me regarde et me dit :

-Non ,ça bien été au contraire. J’ai pu dormir un peu .

Ce qui est le plus long  ce sont les arrêts un peu partout et on a hâte d’arriver, en plus je savais que j’étais pour être ne bonne compagnie .

Elle me sourit et je reprends:

-La prochaine fois c’est moi qui vais te rejoindre au Japon. Tu me montreras tout ce que j’ai envie de voir depuis des années.

Elle me sourit ,encore , et me dit :

-Mais avec plaisir mon ami , mais maintenant c’est toi qui va me guider ici à Montréal  et me montrer ce que je veux voir depuis des années.

Nous acquiesçons  tous les deux en chœur.

Un silence complice s’installe entre nous . Un silence de repos et de sérénité. Des pigeons viennent pigosser  près de notre banc à la recherche de quelques graines ou d’arachides, dommage nous n’en avons pas. Nous les laissons flirter avec nous pour nous amadouer . Une troupe de mésanges vient investir un bosquet d’arbustes  à l’arrière du banc. leur petits cris fascinent  et enchantent nos oreilles. Le soleil s’est mis de la partie et ,aussi derrière nous ,un érable immense nous couvre de son ombre protectrice .Une brise douce et soyeuse nous couvre la peau. Une journée de printemps magnifique . Naoko  dit :

-Comment vas-tu  mon ami depuis notre dernière conversation ?

Je regarde ses yeux en amande et adorables et lui répond:

-Ça va bien , très bien même . Ma santé est en constante amélioration suite à mon opération et je vais mieux. Et toi ? Tu m’avais parlé de ton Maître Spirituel …

Naoko, pensive et sérieuse me fixe et me dit :

-Oui mon Maître Spirituel Monsieur Juro il est très profond et je l’aime bien . La dernière fois que je l’ai vu il m’a raconté une fable. As-tu envie de l’entendre ?

Je  fais signe oui de la tête et me calle sur le banc tout en contemplant mon amie si jolie et délicate .

Elle commence par me dire :

- Tu sais j’ai des problèmes avec une voisine. Elle fait tellement de bruit le soir, la nuit et à toute heure du jour . Quelques fois je n’arrive pas à m’endormir ou bien je me réveille en pleine nuit et incapable de dormir.

 

J’ai raconté ceci à Monsieur Juro , un matin ou j’ai à peine sommeillé pendant la nuit. C’était très embarrassant et épuisant . Alors c’est là qu’il m’a conté la fable . Il emploie toujours des images de la sorte pour nous faire comprendre notre réalité. La fable va comme ceci…

ll était une fois , beau commencement d’histoire n’est ce pas ?

Naoko sourit de toutes ses belles dents  et continue :

-Il était une fois  un papillon qui adore se poser sur des fleurs dans un énorme champs. Se croyant seul au monde, il va et vient comme  bon lui semble .Il est libre de ses coups d’ailes, de ses effleurements et de ses repos sur les fleurs. Par une belle journée débordante de soleil , notre papillon virevolte de fleurs en fleurs en exécutant un ballet que seul lui connaissait . Il entend de la musique céleste et s’adonne à ses effluves  de danse. Insouciant il gambade d’une fleur à l’autre toutes aussi mirifiques les unes que les autres.

Arrivé sur un lys ,tout de blanc vêtu, il laisse aller son imagination et sans se rendre compte qu’un peu plus loin un colibri aux couleurs extraordinaires quête le nectar de quelques fleurs sur son passage . Le moment fatidique arrive enfin. Les deux , le colibri et le papillon se rencontrent . Oh! quelle surprise et étonnement de voir un intrus dans le domaine du papillon , car il pense que le champs lui appartient. Tous les deux fuient , de peur, vers des endroits sécuritaires.
Le papillon réfléchit et se dit :

_ Mais c’est qui cet espèce de voleur qui vient prendre mon espace ? Pour qui se prend-t-il ? Et d’ailleurs d’où vient-il ? je ne l’ai pas vu venir ?

Et le papillon ne pense qu’à ce colibri de malheur et s’imagine toutes sortes de scénarios pour s’en débarrasser . Mais un colibri c’est un oiseau et il possède un bec lacéré. Et les colibris se délectent des papillons. Alors que faire ?

Tout en faisant sa tournée des ses fleurs, notre ami le papillon surveille du coin de ses antennes l’intrus. cette journée il ne le vit pas mais reste sur ses gardes.

Par un beau matin ,après avoir fait le tour de son jardin champêtre , le papillon vient se reposer sur une rose tout en parfum. Il ne se doute pas que de l’autre côté du rosier l’oiseau mouche gobe du nectar. Le papillon entend les battements d’ailes et prends la poudre d’escampette . Le colibri, pour sa part le voit détaler et n’y fait aucun cas. Le lépidoptère va se cacher dans son antre habituel. Haletant et tout tremblant il se dit qu’il l’a échappé belle . Il se met à imaginer toutes sortes de choses abracadabrantes et plus ça va plus le problème devient une énorme montagne qui en fait n’est qu’une minuscule colline .

 

Un jour, après plusieurs déblatérations, le papillon décide de parler , du moins  d’essayer de dialoguer avec le colibri et de prendre une entente avec lui pour sa sécurité. Si le colibri accepte. Le papillon se bâtit toutes sortes de trames toujours en camouflant sa peur :

-Je vais attendre l’occasion  et je lui parlerai.

Le jour fatidique arrive et le papillon armé de son courage se risque en quelques coups d’ailes et se retrouve près de l’oiseau;

Monsieur le Colibri, est-ce que je peux vous parler  s’il vous plaît ?

Le Colibri, surpris , fixe le papillon et lui dit :

-Bien sur que l’on peut se parler . Je sais  ce que tu  penses, tu crois que  je suis dans ton champs mais il est à tout le monde  ce champs ne trouves-tu pas ? Veux -tu le partager avec moi. Il y a tellement de jolies fleurs appétissantes ici. Je te promet que je ne veux aucun mal et  que nous pourrons nous entendre . Le colibri se pose, lui aussi sur une rose et attend la réponse du papillon. Ce dernier dit :

-Bien sur que nous pouvons partager, les fleurs sont pour tous . J’ai vu de très beaux chrysanthèmes un peu plus loin vers le bas de la pente, je vous monterai l’endroit si cela vous intéresse. Le colibri reprend son vol tout en disant :

-Oui cela m’intéresse ce sont ces fleurs que je préfère le plus ; quel délice .

Depuis ce jour les deux comparses ne se séparent plus jamais .

Monsieur Juro m’a regardé et m’a dit:

-Ce que tu fuis te suit et ce que tu fais face s’efface . Le papillon a vaincu sa peur et s’est libéré. Vois -tu ma belle petite Naoko ta voisine a peut-être besoin de parler avec quelqu’un, tu ne sais pas .Elle fait du bruit pour signaler sa présence . Fais comme le papillon et essaye de dialoguer.

Naoko reste silencieuse quelques secondes et me dit:

-C’est ce que j’ai fait et je suis allé parler avec la voisine. Nous avons eu une très bonne conversation et elle m’a raconté ce qu’elle vit . Son mari est décédé et elle se sent tellement seule depuis son départ. Depuis ce temps c’est ma meilleure amie et nous sommes toujours ensembles. Tiens je vais te montrer une photo d’elle.

Naoko me montre la photo et notre attention se dirige vers l’étang où une envolée d’outarde vient d’arriver. Qu’elles sont gracieuses et flamboyantes. Nos yeux s’émerveillent . Je prends la main de mon amie et lui dit:

-Merci pour cette histoire et merci d’être venue me voir.

Quelques jours plus tard Naoko s’envole vers sa terre natale le Japon. Je lui ai fait visiter Montréal qu’elle a apprécié au plus haut point. Elle est partie en emportant ma promesse que l’an prochain ce sera mon tour .

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe des Monts

4 février 2016

Synchronicité

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Synchronicité

À tout hasard de ma déambulation je me retrouve sur une artère principale et importante de la ville . Mes pas m’ont menés jusque là. Je ne porte pas attention d’où je suis et je me retrouve mêlé à une foule bigarrée et de tous acabits. Des hommes et des femmes avec leurs enfants marchent, les uns en courant ,presque ,les autres nonchalants  traînent devant les vitrines emplies de belles chose toutes illuminées de Noel. Je me sens toujours envahi, en ces temps de réjouissance pour certains , d’une nostalgie et d’une tristesse incommensurable . Plusieurs participeront à un réveillon ce soir et la nourriture sera en abondance . Il y aura des échanges de cadeaux et des Joyeux Noel à ne plus finir. Depuis quelques années je ne peux pas vivre ce temps là en toute plénitude et gaieté. J’ai toujours hâte que ce temps s’écoule et en arriver , enfin , en janvier où les arbres s’éteignent et les guirlandes reprennent la route des garde-robes. Heureusement  qu’il y a les enfants.

Par une veille de Noel, il y a de ça plusieurs années ,mon père est partit disant à ma mère qu’il allait chercher de la bière au dépanneur et n’est jamais revenu. Tout un émoi et un désarroi s’est implanté dans notre maison et la tristesse s’est emparé de nous comme une sangsue s’accroche à la peau. Nous l’avons cherché partout et fait chercher par la police et les voisins . Nous le croyions mort , il est traumatisant de ne rien savoir .Je me souviendrai toujours de ce Noel dramatique.

Je marche ,traînant des pieds, sur le trottoir enneigé et froid , Je me suis emmitouflé dans mon parka les deux mains bien calées dans mes poches. Je me sens donc indifférent à ce qui m’entoure . Les gens , la musique, les lumières et les décorations m’énervent . Je ne regarde même plus .

 

Je marche et marche pour oublier. Je pense à mon père et me demande où peut-il bien être .Je n’en ai pas la moindre idée. Cette pensée me poursuit, maintenant, depuis des années et des années; depuis son départ. Cette situation a créé en moi un vide  que je ne peux pas combler. Tout en marchant je rencontre des itinérants qui quêtent pour leur survie. Probablement pour se payer une petite bouteille de bière ou un fond de flasque de bagosse . J’en ai pitié et leur donne ce que je peux trouver dans le fond mes poches. Une petite compensation pour ce jour de Fête. Ils sont heureux de recevoir cette maigre aumône . Je ne leur pose pas aucune question je leur donne sans espoir de retour pour eux et pour moi . Je me sens un peu mieux tout en aidant le prochain. Je ne me préoccupe plus de la peine qui me cisaille le fond du cœur.

Arrivé à une intersection mouvementée j’attends la lumière verte pour passer. Elle brille enfin cette lueur verdâtre et je m’engage sur le passage à piétons . Rendu de l’autre côté je regarde à gauche et ensuite à droite me demandant de quel bord irais-je . Je regarde ma montre et me dis que j’ai le temps . Je tourne à droite  et suis la foule qui se dirige vers un immense sapin de Noel tout illuminé de lumières multicolores. C’est magnifique . Je reste là à admirer ce petit chef-d’œuvre d’humains . Sous le sapin une crèche ,avec les personnages, représente bien le sens de la Fête; la naissance de Jésus . Je me dis:

-L’aurais-tu oublier ,lui ?

Je me joins à la foule qui chante avec le quatuor à cordes des airs de Noel. Un chagrin  profond m’envahit. Je continue ma marche tout en essuyant une larme sur ma joue. Je prie le petit Jésus qu’il vienne me consoler. Tout en zigzaguant sur le trottoir, entre les gens, j’arrive à un autre coin de rue achalandé. Dans le portail d’un magasin fermé pour l’occasion , un homme s’y est installé avec un verre de café vide et mendiant . Ses vêtements sont tachés d’huile d’auto et ils sont extrêmement sales. Il me lance:

-Un petit vingt-cinq cents ,monsieur s’il vous plaît ! Pour un café et manger un peu. Je cherche au fond de mon manteau et y touche un deux dollars . Je lui tend et le regarde dans les yeux. Ces yeux là me sont familiers ; il me semble le connaître. Je n’en suis pas sûr. Ou bien c’est moi qui m’illusionne ou bien je fabule . Je continue mon chemin mais m’arrête près d’un réverbère pour surveiller de plus proche ce robineux.  Au bout d’un certain temps il se lève et se dirige vers le dépanneur le plus proche . Sa démarche ne mens pas.

Je le suis et arrive à sa hauteur, je le regarde et lui dis:

-Papa, est-ce que c’est toi ? Je suis Jean-Paul, ton fils !

Il me regarde et me dit:

-Vous vous trompez ,monsieur , je n’ai pas de fils, ni de famille .

Des autos passent tout en écrasant la neige fraîchement tombée. Mon itinérant essaie de s’esquiver à l’anglaise. Je le retiens par la manche de son manteau défraîchit et lui dit:

-Papa, que fais-tu ici ? Papa nous te croyions mort. Pourquoi nous as-tu quitté cette vieille de Noel il y a plusieurs années ? Qu’es-tu devenu ?

Il continue à dire qu’il n’avait pas de famille ni de fils Jean-Paul mais je vois dans ses yeux  remplis de larmes qu’il fuit et me fuit . Nous restons tous les deux silencieux .Je voudrais le prendre dans mes bras et l’amener avec moi. Je sens sa réticence. Il ne s’ouvre pas ce qui me blesse encore plus . Je reste avec lui et l’accompagne sur sa route . Ce qui ne semble pas lui déplaire . Arrivés dans une arrière-cour il me montre son habitat, sa maison faite de carton. Il continue à me dire qu’il ne me connaît pas et qu’il n’a pas de famille, ou du moins c’est un souvenir lointain et effacé de sa mémoire .Je prends ma patience à deux mains et essaie de lui parler de sa famille. Son épouse Marie-Claire, moi et mon frère Sébastien ainsi que ma petite sœur Andrée. Il me dit:

-Non je ne me souviens pas de ça ,monsieur . Ça ne me dit rien du tout .

Je vois que ce que je lui dis le met mal à l’aise et il cherche à éviter mon regard et ma présence . Un long et pénible silence s’est installé entre nous . Il sort de sa poche un flacon de Rhum rempli d’une boisson quelconque et y boit goulûment. Comme s’il voulait faire disparaître  ce que ses yeux voient. Je le sens devenir enivré je lui demande:

-Comment en êtes vous arrivé ici ,vous monsieur ?

Il me réponds évasivement avec des balbutiements:

-C’est une bien longue histoire ça monsieur …

Je lui dis:

-J’ai le temps ,vous savez.

Il reprends encore une bonne lampée de sa mixture tout en caressant sa barbe moutonnée  et continue:

-Il y a de ça plusieurs années j’ai eu beaucoup de déceptions avec mon  travail. Travail que j’ai perdu.

J’étais marié je crois – tout en me lançant un regard de biais pour ne pas se trahir- et là-dedans aussi j’ai eu des déceptions. ma femme a eu un enfant qui ne venait pas de moi et je l’ai su la vieille de Noel.

Alors je suis parti de chez moi et plus personne n’a entendu parler de moi . Mais vous monsieur ,je ne vous connais pas , Je ne sais pas qui vous êtes. Je suis bien dans ce que je vis c’est mon monde et ma vie . Vous n’en faites pas partie !

Il prenait un ton plutôt agressif et je prends un petit recul. Je suis abasourdi parce qu’il vient de me dire. Ma mère nous a toujours caché son secret et ne voulait jamais en parler .  Ma petite sœur est venue au monde pas tellement longtemps après son départ. Donc, elle savait . Je suis tout confus et les larmes me coulent abondamment. Que devrais-je faire ? Je ne savais pas. Je sais que c’est mon père mais je me sens impuissant devant son geste . Il est devenu une loque humaine et seul Dieu va pouvoir l’y en sortir. Je ne peux rien faire . Alerter la police ? Les services sociaux? La famille ? Je ne sais que penser .Je le regarde et je me dis que je l’aime. Comme j’aimerais qu’il s’en vienne avec moi mais je sais qu’il sera réticent et rébarbatif. Je lui dis alors:

-Je sais que tu es mon père- il m’écoute attentivement mais n’approuve toujours pas- et je voudrais faire quelque chose pour toi. Si jamais tu veux revenir avec nous je te laisse mon adresse et mon numéro de téléphone .Tu seras toujours le bienvenu et nous te pardonnons ce qui a pu se passer .

Sur ce je me lève et avec le cœur gros, comme on dit, je le quitte avec désarroi et amertume . Je pense que je ne le reverrai jamais .Je laisse le reste à Dieu . Je sors de l’arrière cour et me dirige vers chez moi tout en pleurant . Mais au moins j’ai retrouvé mon paternel disparu depuis beaucoup d’années. Je revois encore son image ,sa physionomie . Un bonhomme barbu vêtu de guenilles.  Nous somme la veille de Noel et chez moi tout est illuminé et les enfants m’attendent depuis un bon moment. Je les prends dans mes bars et les serre très fort. Ma petite fille ,Sandrine, me dit:

-Papa, tu as pleuré toi ? Encore l’histoire de ton père ?

Je lui réponds tout en douceur :

-Oui mais ça va aller .

Je me joins à mon épouse et mes trois enfants pour le repas de Noel toujours en ayant en tête l’image de mon bonhomme en haillons dans la rue . Vers onze heures c’est l’heure des cadeaux . Je dis aux enfants :

-Tout à L’heure il va y avoir un gros bonhomme habillé en rouge qui venir  et aura des choses pour vous .

Les enfants s’exclament tous en chœur:

-Youppie, on a hâte . Qui va en avoir le premier ? Moi  dit  Sandrine je suis la plus petite .

Vers onze heure trente on frappe à la porte et je dis :

-Ah ! tiens qui ça peut être ? Le Père Noel? On va aller voir ,viens-tu avec moi ma petite Sandrine ?

Nous nous dirigeons vers l’entrée et en ouvrant doucement la porte ce que je vois me renverse; c’est mon père qui est devant la porte. Il semble hésitant je m’exclame:

-Papa tu es venu ? Papa viens que je te serre dans mes bras . Papa!

Ce Noel fut , est et restera mémorable !

 

Pierre Dulude

Ste-Agathe des Monts.

7  décembre 2015.

Vivre en Paix

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Vivre en Paix.

Ce soir, pour cette Veille de Noel , je suis avec ma petite fille Nadine. Elle  a dit à sa maman et son papa qu’elle veux être avec moi pour ne pas que je sois seul. Je me plait beaucoup en sa présence car elle est spontanée et perspicace. Elle a amené avec elle toute sa ribambelle de poupées ,d’ourson et une petite crèche que je lui avais donné il y a quelques années; pour me faire plaisir . Nous sommes installés sur mon divan emmitouflés de couverture douce . Le foyer crépite , de douces flammes orangées et rougeâtres nous éclairent et nous encensent. La lumière nous envahit pour nous sécuriser; il fait froid à l’extérieur   et il neige .Un temps excellent pour une Veille de Noel. Je fais jouer de la musique traditionnelle de Noel et Nadine apprécie beaucoup. J’ai monté un petit sapin , pour se sentir dans l’atmosphère , qui nous lance son éclat un peu blafard. La petite a insisté pour y installer sa petite crèche sous le sapin, sans le petit Jésus évidemment . On attendra minuit me dit-elle. Je souris et lui dis:

-Vos désirs sont des ordres mademoiselle .

Elle me sourit candidement et se cale dans les couvertures toutes pleine de douceurs  et chaudes. Nous n’allumons pas la télé et écoutons simplement la musique .
Nous regardons les flammes tournoyer et nous dessiner un ballet. Le crépitement lancinant nous hypnotise. Quel calme et quelle sérénité . Les flocons dansent à la fenêtre. La chanson Sainte Nuit nous ravive . Nadine me dit :

-C’est tellement beau grand-papa

Tout en serrant dans ses bras un petit ourson que sa maman m’avait donné avec lequel elle est en amour . Elle me lance :

-Je t’aime Papy.

On sent la chaleur bienfaisante de l’antre de feu. Les yeux de l’enfant sont électrisants et lumineux. Quel bel enfant. Elle me questionne:

-Papy, j’écoutais les nouvelles avec papa et maman ce matin et on y disait que des immigrés ont demandé de venir ici dans notre pays mais les gens ont peur. La majorité de ces réfugiés sont des enfants comme moi. Pourquoi cette peur ? Si moi je demandais l’asile , est-ce que le monde aurait peur de moi ?

Je sais le sujet très délicat et essaie de lui répondre de façon adulte, ce que je pense elle est. Lui donner une réponse simple et sans parti pris:

-Tu sais le pays d’où  ils viennent, ils sont en guerre depuis très longtemps . Ce sont des gens qui ne savent plus où aller. Ils veulent être  neutres dans le conflit qui oppose les uns aux autres. Alors ils fuient pour vivre en paix. Et dans ces personnes il y a  les enfants innocents.

Nadine m’interromps et me demande:

-Mais pourquoi ne pas les accueillir et en prendre soin ? Nous avons un pays immense et riche, pourquoi ne pas partager ? Je partagerais avec eux ma chambre et mes jouets. Ils en ont pas. J’ai vu des photos et ils couchent en pleine forêt sur des vieux matelas et dans des tentes toutes sales. Ils n’ont rien à manger et doivent quêter pour survivre .

J’écoute la bambine et une larme me vient à l’œil:

-Tu es très généreuse ma grande mais il y a , malheureusement des lois , des lois de la peur. Tu sais comme la chanson  » Imagine » de John Lennon  où il n’y aurait pas de frontière ou de pays ,seulement l’humanité et les humains. L’Amour pourrait mener le monde et non la guerre. Et tout ça fait des malheureux et des pauvres. Pendant que les riches ne pensent qu’à bombarder et détruire ,les humains se cachent et fuient. Il y a des enfants qui ne connaissent rien d’autre que tout cela. Tu sais on est bien ici dans notre pays mais il y a eu des évènements qui se sont passés en France dernièrement qui nous ont fait réfléchir que nous aussi nous ne sommes pas à l’abris de cette guerre. Pas à la même échelle que ces pays mais en guerre tout de même.

Je vois que Nadine réfléchit profondément. Je ne veux pas la froissée et commence à lui parler de ce que nous vivions ce soir .

-Celui ,dont nous célébrons la naissance aujourd’hui ,nous a dit :  » Aimez-vous les uns les autres  » . Il y a très longtemps qu’Il nous l’a dit mais le genre humain reste le genre humain.

L’homme ne naît pas mauvais; il le devient avec le temps et  les circonstances.
Nadine appuyée sur mon bras me dit:

-Parles-moi de Lui grand-papa.

Je me lève doucement et je vais attisé les flammes  et rajoute une buche qui fait monter une myriade de flammèches vers la cheminée. Je viens me ré- assoir près de ma petite fille . Je replace la couverture et lui demande si elle est bien et elle me répond  :

- Cent pour cent mon papy.

Je reprends la conversation:

-Jésus est venu au monde dans un étable. Ses parents n’avaient rien. Pourtant c’était le Roi du Ciel, Dieu. Dans cet étable seulement un bœuf et un âne pour réchauffer l’atmosphère.

Nadine me regarde et m’affirme :

-Oh que ça dû être plaisant !

Je reprends et continue mon récit:

-Plusieurs cherchaient à le faire mourir…..

Nadine , toute surprise :

-Hein ! Un enfant innocent ?

Je poursuis :

-Oui car ceux qui voulaient le faire mourir avaient peur de Lui, peur de perdre leurs avoirs, leur couronne , leur trône . Tu vois que ça ne date pas d’hier cette peur . Mais le Père Céleste du petit Jésus le protégeait . Toute sa vie ,Jésus n’a jamais rien eu , ni de possessions matérielles ou d’argent. Ils aidait les autres, ils étaient malades il les guérissait . Il a même ressuscité des morts . Il écoutait les gens et ils l’ont crucifié. Mais sa mort est une délivrance pour nous . Il nous a montré le chemin de la Vie. Nous fêtons sa Naissance encore ce soir et cela fait plus de deux milles ans.

Nadine bien calée dans sa couverture ,elle me tient la main et me dit:

-Bien moi je suis comme Lui ,je veux aider les autres et leur faire du bien . En passant ,as-tu vu sous ton petit sapin il y a une petite boîte pour toi ?

Je lui dis:

-Oui j’ai remarqué et moi aussi j’en ai une boîte pour toi mais nous allons ouvrir cela que sur les douze coups de minuit. Elle est d’accord.

Le temps s’écoule doucement et calmement, on voudrait l’arrêté et vivre cela indéfiniment. Nadine regarde l’heure et me dit:

-Je crois que je vais dormir un peu, veux-tu me réveiller à minuit moins  dix ensuite nous ouvrirons nos cadeaux.

Je lui fais signe que oui. Elle ferme les yeux et il n’est pas long qu’elle tombe dans les bras de Morphée. Elle s’est accotée sur mon épaule et je ne bouge pas pour ne pas la déranger. Je crois que moi aussi je sommeille un tantinet. À minuit moins le quart j’ouvre les yeux et le feu a diminué d’intensité. je me lève très doucement et furtivement pour ne pas réveiller Nadine et va brasser les tisons. Le feu redonne signe de vie et je rajoute une bonne buche. Je vais dans ma chambre et amène le cadeau de la petite. Une ferme miniature avec tout plein de petits animaux et leurs bébés. Je dépose la boîte sous l’arbre et je réveille Nadine. Tout endormie elle s’assied dans le divan tout en chassant le sommeil . Je lui dis:

-Il est minuit moins cinq ma grande. Places-tu ton petit Jésus à sa place .

Elle acquiesce, se lève et prends son petit Jésus tendrement et le place dans on berceau sous l’arbre de Noel. Elle vient se replacer sur le divan et je lui dis:

-On va garder une minute de silence mon amour si tu veux bien. Ensuite on ouvrira nos cadeaux.

Elle fait signe de la tête de oui.

Nous restons silencieux où ce temps appartient aux anges.

Je me lève et lui tends son présent. Les yeux tout pleins de surprises elle me demande :

-Qu’est ce que c’est papy ?

 »Bien, je lui dis  , ouvre-la et tu verra.

Tout délicatement ,sans rien froisser ,tout comme elle veux jouir de ce moment pour l’éternité . Lorsqu’elle voit sous le papier d’emballage l’image de la ferme elle s’éclate:

-Papy nous en parlions à l’école avant les vacances, comment as-tu su ?

Je lui dis en me moquant un peu:

-C’est mon petit doigt qui me l’a dit.

Elle rit de bon cœur.

Elle sort les différents animaux et d’exclamations en exclamations avec des Oh! et des Ah! elle admire les petits moutons, poulains , veaux, et tous les autres. Elle me saute dans les bras et m’embrasse sur les deux joues. Elle se lève et va sous le sapin et me ramène la petite boîte qu’elle a pour moi . Elle me la tend et attends que je l’ouvre. J’y vais tranquillement et déballe le papier d’emballage . Une petite boîte à bijoux apparait. Je la regarde et je glisse furtivement un regard curieux à l’intérieur. Impatiente Nadine me dit:

-Allez ouvres-la  tu vas aimer.

J’ouvre la boîte et y découvre une clef. Je lui demande:

-Mais elle débarre quoi cette clef ma grande?

Elle me réponds de façon narquoise:

-Tu le saura quand tu viendras demain à la maison au souper que donne mes parents à toute la famille . Je veux m’assurer que tu sois là.

Sur ce, elle se colle sur moi et me dit:

-Je t’aime Papy et beaucoup de gens t’aiment aussi.

Je lui dis:

-Moi aussi je t’aime et ne t’en fais pas je vais être là demain. Car c’est ton papa qui vient nous chercher.

Fatiguée et encore ensommeillée Nadine me dit qu’elle veut dormir maintenant. Je lui dis:

-Tu vas coucher dans mon lit ce soir moi je vais dormir sur le divan et demain matin nous allons prendre un bon déjeuner.

Je la porte jusqu’à mon lit ,l’installe et l’emmitoufle dans les couvertures et lui donne un baiser sur le front:

-Dors bien mon ange et fais de beaux rêves.

-Bonne nuit Papy et merci encore, je t’aime .

Je retourne sur le divan et me met à pleurer……je dis:

-Merci mon Dieu.

Pierre Dulude

Ste-Agathe des Monts.

3 Décembre 2015

Le silence à pas feutrés…

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Le silence à pas feutrés…

 »LE SECRET DU SILENCE…
le Silence évite les querelles,
le Silence rend l’adversaire stupide,
le Silence écarte toute sorte de condamnation,
le Silence vous distingue,
le Silence vous donne l’autorité et le pouvoir,
le Silence vous conserve,
le Silence engage Dieu, car il a dit « Gardez silence et je combattrai pour vous,
le Silence est l’ami de l’humilité  »
le Silence ferme l’accès au diable,
le Silence donne raison,
le Silence vous libère. »

 

Tout comme le navire qui glisse furtivement sur l’onde, le silence s’immisce sobrement avec les ailes du vent. Pas âme qui vive ne s’exprime, aucun mot et aucun son. Nous sommes tous là, regardant les deux urnes , qui scintillent à l’astre du jour blafardisé par une mince couche de nuages opaque. Le temps est à la réflexion, à la peine . Après le service funèbre simple et concis , nous sommes tous retrouvés au columbarium, attendant que les restes de nos amis soient enfermés dans leur niche.

À la suite d’un dernier hommage tous les invités quittent le salon funéraire , je reste encore un petit moment pour exprimer à Marie et Jean-Paul mon amour pour eux.  Ils  sont décédés dans un accident bête de la route. Un chauffard a emboutit leur auto et ne leur a pas donné aucune chance . Ils sont morts sur le coup. Dans la fleur l’âge ,ils avaient pourtant plusieurs années devant eux  et , pour aussi , réaliser leur rêve chéri de partir sur un voilier dans le Pacifique et se rendre aux Iles Fidji . Je les imaginais en toute liberté conquérir cet océan bleuâtre et leur joie de vivre .

Assis près d’eux , en face de moi , je leur dialogue tout doucement :

-Que voulez-vous que je fasse pour vous mes amis; je sais que vos rêves vous suivront et vous pourrez faire votre voyage dans vos Iles.

Je garde le silence ne sachant plus quoi leur dire et tout en essuyant les larmes qui me dégoulinent sur les joues. C’étaient de très grands amis . Toujours  en quiétude je ferme à demi les yeux et revois les bons moment passés en leur présence. Un vrai frère et une vraie sœur qui ont su toujours être à l’écoute de nos petits désagréments de la vie tout comme les moments d’extrême joie. Oh! Combien nous avons partagé tous ces moments d’extase. Les pensées dans mon esprit se taisent elles aussi . Immobile ,les mains sur les genoux, je prie. Et c’est à ce moment que j’entend la voix de Jean-Paul:

-Pierre, Pierre ne nous laisses pas ici enfermés dans ce minuscule abris ,perdu avec tous les autres. Ne nous abandonnes pas dans cet endroit flegmatique, froid et impersonnel.

Je regarde partout pour essayer de voir d’ou vient cette voix. Rien autours ni dans l’autre salle la voix reprend:

-Pierre c’est nous Jean-Paul et Marie – Marie rajoute- Bonjour Pierre et comme le dis Jean-Paul ne nous laisses pas ici mon ami . Nous aimons les grands espaces et l’immensité, et c’est pour cette raison que nous allions entreprendre ce voyage sur le Pacifique . Aides nous à concrétiser ce rêve de nos vies. Amènes nous avec toi .

Je constate que les voix viennent des urnes, je me frotte les yeux et hoche la tête et dis:

-C’est bien vous autres -dis-je- en chuchotant  mais…mais vous êtes morts.

La voix de Jean-Paul reprend:

- Oui nous sommes morts mais nous n’avons qu’un bref  moment pour te demander  de ne pas nous laisser ici, Pierre va épandre nos cendres dans un endroit qui reflète nos vies, nos ambitions notre amour et nos désirs . Va les éparpiller ou il y l’immensité ,la grandeur, la beauté et la vie. Mélange nos cendres à Marie et les miennes pour que nous soyons toujours ensembles pour cet éternité. Tu n’es pas obligé d’aller aux Iles Fidji mais sur le bord de la mer là ou il y a le son des vagues et de magnifiques couchers de soleil. Là ou les oiseaux sont en liberté dans leur vol et acrobaties. Nous n’avons plus beaucoup de temps mon Pierre . Nous promets-tu de faire cela pour nous ?

Je fixe les urnes ,prends une bonne respiration et leur affirme:

-Oui je vais le faire pour vous deux en guise de notre profonde amitié et l’amour que je vous portais. Vous voyagerez avec moi.

Le silence a repris sa place tout discrètement. Je me demande  si ce n’était pas une hallucination ou bien un rêve éveillé. Je vais dans la grande salle adjacente au columbarium et y trouve une boîte en fer blanc qui devait servir à contenir les cendres d’une autre personne décédée. Je regarde tout autour et je m’en saisi . je retourne devant les urnes de mes amis et ouvre celle de Jean-Paul et verse délicatement ses cendres dans la boîte de fer blanc et ensuite celles de Marie:

-Voilà vous êtes ensembles ,j’espère que vous êtes confortables.

J’ai un peu rire narquois  et je quitte le salon mortuaire avec mes amis sous le bras. Je me suis assuré que le couvercle est bien hermétiquement fermé. Et place la boîte dans mon sac à dos .Tout joyeux et heureux je prends le bus et me dis :

-Mes amis sont encore et toujours avec moi. Je serre bien fort mon sac conservant ce trésor avec moi. J’arrive chez moi et dépose mon sac à dos tout doucement sur la table de cuisine. Je sors la boîte en fer blanc et la dépose sur un bout de la table. Je me prépare un café et commence à parler avec mes amis disparus. Je me rappelle ma promesse. J’ai tout mon temps , je ne travaille pas et je n’ai aucune attache. Je réfléchis de l’endroit ou je pourrais aller pour répandre les cendres ,car selon les lois il est défendu de faire cela maintenant. Je me dis:

- Au diable les lois et conventions je vais vous amener là ou serez heureux. Je vais dans ma bibliothèque au salon et sors des livres sur des voyages et de photos de voyages déjà faits. Je reviens à la cuisine et étale les bouquins et les photos devant la boîte de fer blanc. Je dis:

-Alors les amis où voulez vous aller ? Barbade, Floride, Californie, Gaspésie ou Iles de la Madeleine ? Où ?   Je ne m’attend pas à aucune réponse et j’y vais par déduction.

Barbade, Floride et Californie ; ça prends un passeport et le mien est expiré et aussi ce sont des endroits que vous ne connaissez pas pour ne jamais y avoir mis les pieds. Reste la Gaspésie et les Iles de la Madeleine chose tout à fait possible. Les Iles de la Madeleine vous êtes déjà allés et , tout comme moi , vous aviez détesté le vent. C’est bien et beau  mais il vente à n’en plus finir et souvent ce sont des vents à écorner les bœufs. Reste donc la Gaspésie. Qu’en pensez-vous ? Vous étiez tombés en amour avec cette région , tout comme moi et surtout, surtout au Parc Forillon et plus précisément au Cap Bon Ami. Endroit de prédilection car nous étions allés une année tous les trois ensembles. Nous nous étions baignés dans l’eau glacé près du rocher aux phoques. Quel beau souvenir .Il faisait un soleil éclatant cette fois là, toi Jean-Paul tu avais amené de la bière froide pour nous désaltérer . Marie et toi vous vous embrassiez à toutes les trois ou quatre minutes pour vous démontrer que vous appréciiez le temps et le magnifique paysage .  Oui c’est là que je vais vous amener .

Je vais à mon ordinateur et vais sur le site de la Gaspésie ,autant pour le transport et l’hébergement. Après avoir fureté près d’une heure j’ai enfin trouvé ce que je veux . Une petite cabine près du Rocher Percé. Les prix sont abordables et elles se trouvent non loin du terminus d’autobus. Pour aller à Forillon il y a des excursions mais aussi des gens qui s’y rendent pour toute la journée; suffit de demander. Les anges seront sur mon chemin. J’appelle au terminus d’autobus pour savoir s’il reste des places pour l’autobus qui va à Percé et la réponse est affirmative . Ensuite j’appelle à l’endroit des cabines pour savoir s’ils ont de la place et vu que nous sommes hors saison le préposé me dit oui.  Je vais donc  partir le surlendemain ce qui me donne le temps de préparer mes bagages et d’aller à la banque.

Enfin  la journée du départ est enfin arrivée. Nous quittons Montréal de très bonne heure le matin ;direction Québec  . Mon sac avec mes choses personnelles est dans la soute à bagages et je garde avec moi mon sac à dos avec la boîte de fer blanc et les cendres de mes amis .Je garde un œil gardien sur mon sac que j’ai déposé à mes pieds. Je m’appuie la tête au dossier du banc et me laisse bercer par le roulement des pneus sur l’asphalte . Je sais que ce sera douze heures et peut-être un peu plus avant d’arriver  Percé. Je suis patient et heureux de refaire ce voyage . Je regarde les autres voyageurs dans l’autobus et tout le monde semble à sa petite affaire. Nous ignorant les uns les autres le contact est difficile .Ce n’est pas important pour le moment .Je ferme les yeux et m’assoupis et essaie de dormir un peu. Le brassement de l’autobus m’y aide un peu . Je me réveille au bout d’une heure environ et nous sommes pratiquement rendus à Québec. De mon sac à dos je sors une bouteille d’eau et me désaltère. Je regarde par la fenêtre et y voit un panneau routier qui nous indique que nous serons à Québec dans la demie heure qui suit .

Premier arrêt pour déjeuner. Il fait beau et la route est remarquable , je suis heureux de voyager à nouveau et ça me donne de l’énergie. En descendant du bus nous allons tous au même petit restaurant choisi par la compagnie d’autobus; un genre de casse-croûte .Je m’assied au comptoir et j’y commande quelques victuailles. Assise à côté de moi une jolie jeune fille aux cheveux tressés. Elle porte une robe ample et des bracelets minces. Elle a un teint en santé. Elle commande une salade verte et de l’eau . Ma commande arrive et j’ai presque honte de manger ce que j’ai demandé. Nous mangeons sans précipitation . À la fin de repas je me lève et va payer l’addition à la caisse. La jeune fille me suit de quelques pas, son parfum embaume. Nous attendons tous les deux la caissière qui est fort occupée à servir et desservir les tables. Elle arrive enfin et prends ma facture et la poinçonne sur sa caisse enregistreuse . Je lui laisse un pourboire et me dirige vers l’autobus d’où le chauffeur nous attend. Je monte et me réinstalle dans mon banc et vérifie si la boîte de fer blanc y est toujours et ça me rassure elle n’a pas bougé de place. L’autobus reprend la route qu’elle va déguster encore pendant un autre quatre heures. Je m’installe confortablement et regarde défiler le paysage. Nous n’avons pas atteint le bord du fleuve mais cela ne sera pas bien long. C’est la plus belle partie qui s’en vient, celle que je préfère. Je jette un coup d’œil dans l’autobus pour voir où se trouve la jeune fille du resto. Elle est environ sept ou huit bancs plus loin à l’arrière. Elle me sourit lorsque je la regarde et je lui souris également .Cela me rassure et je me sens moins seul.

Arrivés à Rimouski nous faisons une courte halte. Le temps d’un café et d’une cigarette. Et l’autobus repart sans demander son reste . C’est à ce moment que la jeune fille vient se joindre à moi, probablement pour briser sa solitude à elle aussi . Après plus de sept heures le temps commence à être long et ennuyeux. Je l’accueille avec joie. Je me nomme  et elle se présente :

-Je suis Andréanne , avec deux n.

Elle sourit et je reprends :

-Enchanté Andréanne avec deux n.

Nous rions de bon cœur. je lui demande:

-Ou vas-tu ? En Gaspésie ?

Elle me répond:

-Oui Percé , pour quelques jours de vacances. Je vais faire du yoga et de la méditation. Et toi tu vas à Percé ? Des vacances ?

Je la regarde dans ses beaux yeux bleus et lui dis:

-Des vacances, oui et non. Je vais à Forillon pour une chose bien spéciale.

Intriguée Andréanne me questionne du regard et je continue:

-La semaine passée nous avons perdu un couple de nos amis que nous aimions beaucoup et je leur ai promis d’aller épandre leurs cendres sur le bord de la mer et dans un endroit de toute beauté et je crois que Forillon au Cap Bon Ami était l’endroit idéal.

Andréanne reprend, curieuse:

- Très bon choix. Ça fait longtemps qu’ils t’avaient demandé cela ?

Je regarde à mes pieds mon sac à dos  et lui réponds:

-Non avant hier .

Intriguée elle rajoute et quand sont- ils morts tu me disais ?

Je lui dis :

-La semaine passé…

Il y a des silences qui ne mentent pas et celui-là en est un . Elle me regarde de façon bizarre et étonnante :

-Tu parles aux esprits toi ?

Je la fixe et lui dis :

-Ce sont eux qui m’ont parlé pour me demander de ne pas les laisser poireauter dans des niches au salon mortuaire , alors ils m’ont fait promette de les amener – leurs cendres- dans un endroit magique et féérique .Le Cap Bon Ami a toujours été leur endroit de prédilection avec les années. Alors c’est ce que je vais faire pour l’amour que je leur voue et c’est réciproque . Lorsque j’étais seuls avec les cendres au columbarium j’ai clairement entendu leurs voix me supplier de ne pas les abandonner. Et aujourd’hui je tiens ma promesse. Voilà.

Andréanne me prends par la main et me dit:

-C’est un geste très altruiste qui t’honore . J’aimerais avoir des amis comme toi .Des amis sur qui on peut compter .

Le silence reprends doucement sa place .

Le cahin-caha de l’autobus nous berce tout doucement. Nous allons arriver d’ici quelques minutes et le chauffeur ralentit. Je demande à  Andréanne ou elle va aller à Percé elle me répond:

-Je vais dans une auberge de jeunesse pour les quelques jours ou je serai là. Et toi ?

Je  réponds :

-Je vais dans une petite cabine non loin du Rocher Percé je vais y être bien. Tu viendras me voir si tu veux.

Elle me sourit et me dit :

-Pourquoi pas. Quand comptes-tu aller à Forillon ?

Je réfléchis et lui dis :

-Je ne sais pas une belle journée ou il fera beau et chaud.

C’est alors que la jeune fille dit :

-Je vais y aller avec toi. Je te laisse mes coordonnés à l’auberge tu laisses le message et cette journée-là je viendrai te rejoindre . D’accord ?

Je lui dis:

-Oui bonne idée, ça va être dans les prochains jours.

Arrivé à Percé ,il faisait encore jour et le soleil descendait à l’horizon en feu . Les goélands ,toute en folie lançaient des cris rauques à faire dresser les oreilles Une odeur salin ,charriée par le vent , nous vient aux narines. les vagues de la marée montante viennent se briser sur la berge sur les roches rondes . Je me sens ailleurs, hors de la ville .Je me dirige  à pieds vers les cabines. Le préposé m’accueille et me dit que je suis chanceux car il y a eu une cancellation le matin même . Il m’indique le numéro de ma cabine qui fait face directement au Rocher Percé. Le spectacle en vaut le coup; c’est magnifique . Il y a une table à pique-nique où je vais m’installer pour prendre mon café. Ça fait un bien extrême d’être là. Je retourne à ma cabine et sors la boîte en fer blanc et l’amène dehors et l’installe sur la table et je dis à mes amis :

-Voilà, vous êtes rendus admirez le paysage, profitez en comme moi, aussi , j’en profite .Regardez les oiseaux sur le faîte du rocher. Entendez-vous la mer ?

Tout cela c’est pour vous mes amis et je suis très heureux de partager cela avec vous , entre nous .S’il fait beau demain nous irons à Forillon.

À la suite d’une nuit reposante ,je me lève avec le soleil .Je sors à l’extérieur et va admirer galarneau qui se montre le bout du nez juste à côté du rocher. Je prends plusieurs photos. Je savoure mon café matinal et vérifie les prévisions atmosphériques. On annonce du beau temps et de la chaleur en masse aujourd’hui ; alors ce sera aujourd’hui la visite au cap Bon Ami. Je retourne à ma cabine et sors le numéro de téléphone d’Andréanne , je sais qu’il est trop de bonne heure mais je me dis j’appellerai vers huit heures. Je déguste mon café et le lever de l’astre du jour en pleine effervescence . Quel spectacle éblouissant . Je n’en finis pas d’admirer et de m’extasier .Quel beau moment de plénitude et de sérénité. Laisser le calme nous envahir et nous caresser. Vient douceur caresser mon âme.

Vers huit heures j’appelle à l’auberge et demande à parler à Andréanne .La préposée me dit que c’est de bonne heure alors je lui dis :

-Dites lui que c’est Pierre et que nous allons à Forillon ce matin , elle va comprendre et me parler.

J’attends quelques minutes et une voix encore endormie me répond:

-Pierre, ce matin d’accord je vais aller te rejoindre aux cabines et comment comptes tu aller là ?

Je lui dis que je ne savais pas mais qu’il y aura un bon samaritain sur notre route pour aller à Forillon. Je lui dis:

-Je vais t’attendre, prends ton temps .

Lorsqu’Adréanne arrive je suis prêt mon sac à dos sur mes épaules et nous quittons le terrain des cabines. Nous faisons du pouce et une auto s’arrête immédiatement. Nous demandons au chauffeur s’il va à Forillon et nous répond par l’affirmative .Il nous dit qu’il y travaille depuis le début de l’été. Et nous lui demandons :

-Dans quel secteur ?

Il nous dit, tout de go:

-Au Cap Bon Ami nous refaisons les passerelles.

Quel bon moment. Nous lui disons que nous allons au Cap pour une bonne partie de la journée .Il nous dit je travaille jusqu’à trois heures si vous voulez revenir avec moi ça me fera plaisir. Notre transport est trouvé.

Arrivés au Cap Bon Ami notre chauffeur nous dépose et nous dit qu’il nous reprendras vers trois heures à cet endroit ;nous acquiesçons. Nous allons vers la plate forme ou sont les écriteaux pour renseigner les gens sur la faune et flore de l’endroit .Nous descendons l’escalier qui mène sur le bord de l’océan. Il fait beau et c’est chaud. Nous marchons  sur le gravier vers le rocher aux phoques. Les vagues submergent la grève et une odeur d’océan envahissent nos narines. Le roulement de l’eau nous envahit, nous imprègne jusqu’a nos cœurs. Nous allons nous installer sur des roches face au rocher et nous contemplons le roulis des vagues sur la grève. Nous admirons avec douceur et  volupté l’horizon doucereux de la mer. Andréanne se sent l’âme d’un enfant et moi aussi . J’enlève mes souliers et Andréanne fait la même chose. Nous allons prendre un bain de pied pour vérifier la température de l’eau; qui s’avère ne pas être très chaude mais on  s’habitue tout doucement et nous sentons les vagues venir nous caresser les chevilles. Je respire à fond et me tourne vers l’horizon. Plus loin sur notre gauche quelques personnes font comme nous tout en s’avançant vers nous . Andréanne les reconnaît, ce sont des gens de son groupe de yoga. Elle les salue :

-Namasté mes amis et amies Namasté.

Une très jolie jeune femme vient la voir et lui fait la bise. Elle lui demande:

-Que fais -tu ici ce matin ? Nous sommes sensé nous voir cet après-midi au centre à Percé.

Andréanne lui répond:

-Je suis ici avec mon ami Pierre qui est venu épandre les cendres de ses amis décédés la semaine passée. Est-ce que ça vous dirait de vous joindre à nous ?

La jeune femme va à la rencontre des autres personnes qui sont avec elle et les invite à se joindre à nous pour une cérémonie officieuse funèbre . Tous nous nous présentons et ils me demandent de présenter mes amis décédés:

-Je vous présente Marie et Jean-Paul, couple marié depuis plusieurs années et toujours en amour . Quoi dire d’eux que c’était des gens formidables,  avec beaucoup de compassion de charité et d’amour . C’était des humains avec un cœur de chair.

Une larme se faufile sur ma joue:

-Je vous remercie d’être ici pour leur permette de partir pour leur long périple vers l’océan Pacifique et séjourner dans leur Ile magique les Fidji.

En demi cercle autours de moi et faisant face à l’immensité de l’océan je m’avance dans les eaux un tantinet glacées .Tous nous avançons et nous avons de l’eau jusqu’à mi-cuisse, les vagues vous submergent peu à peu. Je tiens ma boîte de fer blanc et j’arrête. Je l’ouvre et dis:

-Voilà Marie et Jean-Paul vous êtes libres de voguer , tel que promis, sur la mer .Tout comme un voilier silencieux dans les brumes du matin je vous souhaite un très bon voyage vers l’éternité. Tous les gens autours de moi commencent à chanter la chanson de Raymond Lévesque : Quand les hommes vivront d’amour…..

 »Quand les hommes vivront d’amour il n’y aura plus de misère,
les soldats seront troubadours,
mais nous nous serons morts mon frère . »

Je répands les cendre sur la surface de l’onde et elles disparaissent en quelques instants dans l’eau. Maintenant elle voguent vers leur destination, Marie et Jean-Paul sont libres.

Le moment est triste et poignant. mais je garde toujours l’espoir qu’ils s’en vont vers une vie de Lumière .

Le lendemain je reprend l’autobus pour Montréal. Je ne revis pas Andréanne ni les autres, mais le Créateur nous met toujours ses anges sur notre chemin. Il fait beau et je quitte Percé en me disant que ce n’est que partie remise me promettant d’y revenir .

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe, 12 juillet 2015.

Merci…

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Merci…

Bill Wilson, un des fondateurs des Alcooliques Anonyme dit dans ses Réflexions ( Réflexions de Bill ) :
-‘’Un cœur remplit de gratitude ne peut renfermer haine et ressentiments.’’

La gratitude c’est l’Amour en marche; la Miséricorde. Tout comme notre bon Père Saint Benoît nous dit dans la Règle :
-‘’Ne jamais désespérer de la Miséricorde de Dieu.’’

Père Abbé,et tous les frères moines, je n’ai que ça de la gratitude pour vous tous. Un merci éclatant et d’humilité. Un Merci qui vient du fond du cœur.

Pendant ces quelques mois que j’ai passé avec vous tous et , surtout, en la Présence du Seigneur m’ont fait un bien énorme et apaisant. Vous m’avez accueilli en décembre au moment ou j’en avais un urgent besoin.Merci de vos bonnes paroles et vos encouragements.
Merci de m’avoir écouté dans ma vie perturbée et merci de vos conseils judicieux. Ici au Monastère je me sens en famille . Et ,tout au long de ces mois, j’ai repris cette confiance . Prier, méditer, contempler et revenir aux choses de base , dans le calme, m’ont été bénéfique au plus haut point.
Je sais que l’epreuve par laquelle j’ai passé fut un ‘’test’’,une épreuve, pour savoir si je reviendrais au Christ. Et j’y suis revenu; il n’y avait pas d’autre issues. Tous les jours,aussi, communier m’a donné l’energie pour panser les blessures ressenties ( autant physiques que psychologiquement).
Une parole du Seigneur me revenait sans cesse a l’esprit :
-A chaque jour suffit sa peine ……recherchez toujours le Royaume des Cieux et le reste vous sera donné par surcroît et en abondance . Et c’est donc vrai.
Comme Oblat, comme Soldat de Dieu, nous n’en avons jamais fini de lutter contre le mal. Nous ne pouvons prétendre de nous asseoir sur nos lauriers et dire :
-‘’J’en ai assez fait ….!’’ Le malin ne prends pas de vacances….lui !
On ne sait jamais ce qui nous pends au bout du nez, on ne sait jamais si nous pouvons nous établir dans la stagnation et dire j’en ai assez fait et dit…les Voies de Dieu sont impénétrables nous devons toujours être prêts au combat et tout comme l’Abbé Pierre dit :
-‘’ Seigneur mes voiles sont tendues et je n’attend que ton souffle Divin. ‘’

Mon séjour depuis décembre dernier m’a permis de me remettre en question, encore une fois dans ma vie et Dieu sait qu’il y en a eu ,de me revoir et voir dans mes agissements et comportements. J’ai vécu une expérience, disons-le pénible mais oh! Combien enrichissante et pleine de leçons. Souvent ,sur le bord de la mer je pensais au Seigneur, le priant de m’aider et de me guider et……Il l’a fait ! Ses anges m’ont guidé pour en arriver parmis vous; blessé,épuisé et abattu. La côte a été longue à remonter et je me cache pas qu’il y a quelques fois, dans le secret de ma chambre, je laissais jaillir quelques larmes très bienfaisantes.
Des problèmes de santé ont ressurgit……coagulation sanguine,diabète, sommeil et j’en passe mais le tout ,avec le temps s’est résorbé.
Ce que je peux dire de ce que j’ai vécu ( pour ne pas dénigrer) ça été de me rendre compte que lorsque le mal s’accapre de quelqu’un c’est comme si on avait a faire face à un serpent à sept têtes, rapide et très dangereux. Garder son équilibre est primordial. Merci à la Règle de Saint Benoît qui nous montre à rester en équilibre dans nos gestes et en paroles. De la mesure dans tout. Et surtout ne rien préféré à l’oeuvre de Dieu; ne rien préféré à L’Amour du Christ. Pas toujours facile mais on y parvient , un pas à la fois et une journée a la fois.
Je me suis retrouvé dans une situation, démuni de tout ( matériellement et mentalement), où tout était à refaire. Ma mère me disait :
-Relève tes manches et recommence .
Merci de m’avoir soutenu pour le faire, le refaire à nouveau; encore une fois et à mon âge c’est pas facile et évident .

Merci Père Abbé de m’avoir compris dans mon cheminement,et de m’acceuillir pour un certain laps de temps ,de demander régulièrement de mes nouvelles,
Merci Père Carette de m’avoir accueilli avec autant de chaleur et de fraternité,de m’avoir écouté comme un fils malheureux, de prendre soin de moi,
Merci Père Hubert d’avoir entendu mes déblatérations et me suivre comme vous l’avez fait,merci de vos conseils judicieux,
Merci Père Delorme pour le suivi médical et toutes les démarches ( prises de sang,médicaments etc……)J’ai beaucoup apprécié, merci de votre préoccupation sur ma santé,
Merci à tous ceux qui se préoccupaient de mon relèvement en me demandant comment j’allais et m’encourageaient à continuer, ( Père Garand,Père Minier,Père Bessette,Père Côté,Père Salvas,frère Loubier, frère Lamontagne et j’en passe )ça faisait chaud au cœur,
Merci de ne pas m’avoir laissé tomber et de vous préoccuper de moi,
Merci Michel Lapierre,Claude Cyr,Alain Nadeau, et tous les autres.
Merci à Louis Denoncourt ,Oblat, de sa bienveillance, merci à Martin Quesnel(Oblat),merci à Luc Gagnon (Oblat). Et j’en passe encore et encore. Merci pour votre sollicitude.
Merci à mon frère Serge, mes fils Jonathan,Phillipe, Sacha et Sabrina .
Mais surtout,surtout Merci Seigneur de m’aimer comme vous le faites.

Et lorsque j’allais vous entendre chanter le Grégorien , aux Offices,je me sentais avec des ailes pour reprendre mon envol , encore une fois .
Oui je reviens de loin ,non seulement en kilométrage mais bien en souffrances et désolation.
2014 fut une année pénible. En mai il y a eu cette opération aux artères et ensuite le relèvement. Et la décision de partir m’etablir au loin de chez moi ‘en octobre, aux Îles de la Madeleine,décision plus ou moins réfléchie. Il m’aurait fallu attendre au moins minimum un an avant de faire ce geste. Mais quelqu’un insistait tellement que j’ai cédé et arriva ce qui arriva. C’est à ces moments qu’on apprécie notre liberté et notre capacité à vivre pleinement sa vie .
Je n’ai pas de regrets sauf celui d’avoir perdu ,littéralement,une amie.Le pardon est la meilleure arme que l’on puisse utiliser. Mais j’ai retrouvé la Communauté ici à St-Benoit du Lac et ça c’est le plus important et primordial.
Je suis revenu à la Maison du Père.

Maintenant j’ai les yeux rivés sur le reste du temps que j’ai à vivre.
Je m’en vais demeurer à Ste-Agathe des Monts où mes fils ont une grande maison et j’y aurai un logement confortable et accueillant. Je serai proche d’eux , maintenant à l’année. Les choses se replacent graduellement et tout cela sera au delà des espérances.
Je pense même à m’acheter une auto pour mes déplacements,chose que je ne croyais plus possible encore il y a un an .

 
Pierre Dulude
Les Ailes du Temps
6 mai 2015

colombe veille

 

 

 

 

Colibri…

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Colibri

La serenitė flotte dans les airs du grand jardin chinois. Les arbres,arbustes et les fleurs étiolent leurs plus somptueux atours et dégagent leur volutes exquises. Les saules pleureurs en bordure de l’étang gardent jalousement leur ombre pour quelques nénuphars jaunâtres fraîchement florissants. Les oiseaux gais ,piailleurs et enjoués s’epivardent d’une cime à l’autre. Des papillons multicolores et kaléidoscopiques butinent en toute douceur de fleurs en fleurs. Quand un oiseau mouche vient survoler la fleur ils déguerpissent plus loin . Un fond de musique soyeuse composée de chants d’ailés ,de grillons et de criquets résonne en sourdine . Le soleil , de partie depuis l’aube , fait dandiner ses rayons paresseusement au travers les branches des arbres encore imprégnés de fraîche rosée matinale. La surface de l’etang stagne insensiblement reflétant les doux rayons du soleil.

Madame Tchen marche lentement vers un bosquet de ses fleurs préférées des Digitalis ou Mains de Notre-Dame. Elle préfère et de loin ces fleurs coniques invitantes pour les butineuses et aussi les colibris magnifiques de leurs couleurs et de leur vol gracieux.Les Digitalis,d’un bleu royal exaltent la beauté. Elles regorgent de suc ,un délice pour les oiseaux- mouches toujours friands de ce précieux nectar. Ce matin elle porte son Ao Dai des grands jours , rouge vif avec un motif de feuilles dorées. Elle et son époux attendent leur petite fille ,Loan, qui vient les voir a l’occasion de leur quarantième anniversaire de mariage celle des émeraudes. Ils attendent ,aussi, d’autres invités aussi importants les uns que les autres.Loan fréquente depuis quelques années un Monastere Bouddhiste de la région; au grand plaisir de son grand-père : Maître Tchen connu de tous les Bouddistes et spirituels de son patelin.

Maître Tchen, installé près de la fontaine pour les oiseaux se délecte du bruissement et de l’ecoulement de la fontaine . Il regarde en direction de madame Tchen et se dit :
-Elle a toujours été une si belle compagne depuis toutes ces années. Loan me fait profondément penser à elle dans toute sa beauté et sa fragilité.
Long cheveux noirs et yeux pers avec une démarche si féminine et distinguée. Et lorsqu’elle porte ses Ao Dai elle ressemble a un ange drapé de soie.
Madame Tchen ressent les pensées de son mari et lui envoie un doux sourire . Elle approche furtivement et doucement d’une tale de Digitalis .
Elles ont un magnifique teint bleu et serti de petites taches blanches. Inopinément et tout furtivement un colibri viént lui frôler l’epaule. Elle ressent le minuscule déplacement d’air des minuscules ailes qui battent à vive allure . Quel délice ! Elle ne bouge pas pour ne pas l’effrayer. L’oiseau d’un éclatant vert métallique et aux ailes bleues ,en surplace, introduit son bec dans une Digitalis pour y extraire le suc avec son long bec . Quel spectacle . Tout en admirant son nouvel ami cherchant une autre fleur a dérober madame Tchen n’entend pas les murmures qui viennent en direction de monsieur Tchen. Elle se retourne et y voit que sa petite fille qui viént d’arriver . Elle embrasse son grand-père et envoie la main à sa grand-mère. Cette dernière lui lance un grand sourire accueillant. Loan porte, elle aussi , un Ao Dai de couleur printemps. D’un vert éclatant de feuillage avec des motifs de roses sur le devant. Elle est radieuse. Madame Tchen va les rejoindre en passant par le petit pontet qui traverse une partie de l’étang. Arrivée à leur hauteur elle s’exclame sur la beauté de sa petite fille qui a tellement grandie. Elle est devenue une jeune femme a présent . Les deux femmes se serrent l’une et l’autre dans leurs bras et s’embrassent sur les joues. Madame Tchen invite Loan à venir s’asseoir sur la petite terrasse près du bain d’oiseau. Des mésanges s’y adonnent gaiement et de façon effrontée car voyant les humains ils ne bougent pas et continuent leurs ablutions au grand plaisir de Loan.

Madame Tchen suggère le thé qui est déjà infusé dans la théière aux motifs de fleurs des champs . Maître Tchen regarde son épouse et sa petit e fille et dit :
-Mes deux anges ,vous êtes tellement belles.
Les deux femmes rougissent du compliment et monsieur Tchen continue :
-Et alors Loan comment va ton cheminement spirituel ? J’ai rencontré un de tes professeurs le mois passé et il m’a dit que tu progresse à grands pas.
Loan se demande de qui il s’agit mais elle n’en fait pas de cas elle répond à son grand-père :
-Ca va bien papy, ça va très bien même. Mais j’ai eu quelques accrochages avec une autre élève de ma classe. Ce n’est pas quelque chose de trop sérieux mais le tout va se résorber d’ici quelques temps j’en suis sûre.
Sur ce elle garde le silence ,un certain malaise s’est installé. Maître Tchen connaît ces situations et il rajoute :
-As tu envie d’en parler Ca va te faire du bien tu sais . Et à nous tu peux tout dire .
Loan ,pensive ,réfléchissant à ce qu’elle va dire s’ouvre :
-Tu sais grand-père ce n’est pas toujours facile avec les autres et quelques fois ils nous blessent et peut-être sans le savoir . Et c’est ce qui est arrivé. Cette compagne m’a dit des choses pas trop gentille et a chaque jour cela continue . Je lui en ai parlé mais ellle ne semble pas écouter et tout cela me met en rogne et pourtant le Bouddha parle de réconciliation et de Paix mais j’ai beaucoup de difficultés. Je crois que quelques fois je la haïs et me voit loin d’elle. Voilà ce que je vis.

Maître Tchen féru d’histoire semblables regarde sa petite fille qui laisse échapper une larme. Il lui dit :
- Je vais te conter une fable si tu veux bien, écoute bien.

Loan et aussi madame Tchen sont toutes ouïes et pendues aux lèvres de monsieur Tchen.

´´ Il y avait une fois un colibri besognant pour recueillir le suc des fleurs. Son plumage et son ramage de couleurs si belles et brillantes en faisait un des plus beau de son espèce . Il n’en était pas orgueilleux pour autant et vivant tout simplement . Un jour tout en volant à hauteur d’un mètre, environ, il entend une voix qui lance des cris de secours. Il cherche et cherche et ne voit pas . Il se promène de bosquet en bosquet et le son semble se rapprocher. Tout au fond d’une des Digitalis baignant dans un liquide visqueux ,du suc de la plante ,une guêpe solitaire jaune et noire se débat pour essayer de sortir de son impasse. N’y parvenant pas elle a commencé à lancer ses SOS pour que quelqu’un l’entende . C’est le colibri qui l’a entendu. Mais il se méfie de ce genre de guêpe qui a un dard envenimé. Il se dit si j’approche trop elle va me lacérer avec son dard vaut mieux rester prudent. La guêpe de plus en plus empêtrée dans le suc gluant dit au colibri :
-Viens m’aider s’il te plaît je m’epuise et je vais mourir au fond de cette fleur. Je ne te ferai rien c’est promis. Je ne te ferai aucun mal.
L’oiseau mouche perplexe hésite car il connaît ce genre de prédateur. Il dit à la guêpe :
-Qu’est ce qui me dit que tu n’utilisera pas ton dard contre moi un coup que je t’aurai sorti de ta fâcheuse position ?
La guêpe lui promet :
-Je te le promet et en plus si tu me transporte dans ton bec tu n’as qu’a me broyer.
Le colibri hésitant entre son bec dans la fleur et saisi la guêpe par l’abdomene pour éviter le dard empoisonné. La guêpe ne cesse de le remercier. Mais le dard ressort de l’abdomen de la guêpe et elle se confond en excuses. Les instincts sont forts.
Le colibri pose la guêpe sur le rebord d’une minuscule fontaine . Elle est encore toute engluée de suc. Et avec son grand bec il fait couler de l’eau sur le dos de la guêpe qui bat des ailes et de contentement et aussi pour les faire sécher. Elle s’élève dans les airs et dit a l’oiseau mouche :
-Si jamais tu as besoin de moi laisse le moi savoir ; tu m’as sauvé la vie et ça je vais m’en souvenir. Adieu colibri.
L’oiseau mouche , encore abasourdi de ce qu’il viént de faire eut un grand éclat de rire et s’envole vers d’autres fleurs à butiner.
Quelques temps plus tard , par une belle journée d’été c’est au tour de la guêpe de fureter pour trouver sa pitance. Elle s’approche d’un buisson mais reste prudente car elle n’ignore pas que les Nephiles, araignées a la piqûre mortelle, installent leurs toiles dans ces environs. Tout en inspectant les lieux elle entend des cris et des battements accélérés d’ailes. Elle s’élève a la hauteur de la tête du buisson et y voit un oiseau qui de débat éperdument pour se défaire des fils excessivement collants de la toile d’un de ces monstres . Ce dernier avec ses grandes pattes velues et son corps orange ayant senti les vibrations se dirige vers le captif.
La guêpe ne faisant ni un ni deux va vers l’oiseau empêtré dans les cordages fatals. Tout de suite il reconnaît le colibri qui l’a sauvé d’une mort certaine quelques temps auparavant. Elle dit au colibri :
-C’est le temps de payer nos dettes colibri . Ne te débat pas trop vivement car tu vas te prendre encore plus et avec mes ailes laisse moi sécher cette colle .
Sitôt dit sitôt fait », le colibri réussit à se défaire étape par étape de l’emprise mortelle de la nephrine et enfin peut se libérer de l’etreinte assassine de la toile d’araignee. Au grand déplaisir de cette dernière. Mais n’ayant pas remarqué la guêpe, à son tour , se prit dans les fils visqueux de la toile et cette fois elle était bien prise . L’araignee comme sur des patins se glisse vers sa nouvelle proie s’epuisant a se débattre comme une forcenée. Trop tard la nephrine lui injecte son poison mais la guepe d’un geste désespéré lui plante son dard dans le flanc. La nephrine tombe de sa toile en laissant la guêpe emberlificoter dans des fils gluants. Ayant perdu son dard il ne lui retait qu’uns chose a faire et c’est mourir dignement. Elle sentit que quelque chose la soulevait et l’amenait. Elle sentit l’air sur ses antennes et entend le bruit d’une fontaine. C’est le colibri qui l’a transportée vers cet endroit calme et serein. Elle dit a l’oiseau mouche :
-J’ai essayé mon ami et c’est moi qui doit partir. Adieu mon ami et c’est vrai cette fois.
Le colibri lui dit :
-Laisse toi aller mon amie et merci de m’avoir sauvé.
Il lui ferma les yeux et la transporta dans un terrier non loin de l’arbuste meurtrier ou gisait la nephrine. Il donna sépulture aux deux insectes. Et s’envola.

Loan et madame Tchen restent pensives. Monsieur Tchen reprend :
-Alors Loan qu’en déduis tu ? Et si ton amie te demandait de l’aide ?
Toujours absorbée dans ses réflexions elle dit à Maître Tchen :
-Qui que ce soit qui soit dans les difficultés nous devons les aider. On ne sait jamais qui viendra à notre secours et qui pourrait nous aider. J’ai compris grand-père pour ce qui est de mon amie, je vais lui parler demain. Elle ne pourra sûrement pas me piquer et elle a un rire franc et enjoué. M. Tchen rajoute en grand sage :
-Il n’y a rien de plus beau que de donner sa vie pour ses amis .

Les oiseaux mouche en myriade viennent investir les plantes de madame Tchen.
La journée de fête s’annonce belle et joyeuse. Les invités arrivent.

Pierre Dulude
Les Ailes du Temps
7 mars 2015

 

 

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