Lumière !

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Lumière

Dans un semi sommeil , encore entre chiens et loups, j’entrouvre les yeux , qu’à peine. Une lumière blafarde mais éclatante m’aveugle . Je ne sais si je suis encore campé dans un rêve ou bien, ancré dans la réalité. Il me semble que mon appartement crasseux soit bien agréable tout à coup. Je n’entends plus le vacarme de la rue et de son va et viens d’autos dans la neige mouillée. Ma fenêtre est dissimulée par cette lumière éblouissante je ne vois plus les maisons de l’autre côté je n’entrevois que cette scène saisissante .

Je sens , pressens, une présence il y a quelqu’un j’en suis sûr. J’ouvre un peu plus les yeux et j’y aperçois trois personnages sans les voir . Je les sens , l’atmosphère est imprégnée d’une douceur et d’une franche camaraderie . Tout comme des soldats assis autours d’un feu en pleine forêt lors d’une halte .Ce sont les miens , mes frères d’arme , mes compagnons .Mes frères soldats de la Lumière . Je ressens leur solidarité nous ne faisons qu’un . Je suis arrivé à destination après toutes ces années. Ils sont venus me retrouver parce que ma mission était sur le point de s’achever ;mais quelle mission ? Ils le savaient, eux , que j’aurais a passer par beaucoup de choses pour redevenir fonctionnel.

Les coups endurés et les blessures quasi-mortelles furent nombreuses. Ma mission finissait je devais réapprendre La Lumière , ce sera long , douloureux et pénible quelques fois . Je suis prêt.
Le samedi soir ( 15 décembre 1979) je décidai d’arrêter de boire et de fumer de la mari. Après 20 ans .
‘’ Nous savons que tu as pris ta décision hier soir , nous sommes venus aussitôt ‘’

Ces paroles résonnent encore dans ma tête ‘’ je vous attendais ‘’ leur dis-je . Tout comme le soldat blessé je n’avais plus de force pour lutter contre les assauts des Ténèbres et ils ne l’ignoraient pas .

‘’Je n’ai plus d’emploi, je n’ai plus d’argent, je n’ai plus de standing social en fait je n’ai plus rien .’’ J’ai tout perdu en cours de route .

‘’Ne t’inquiète pas de ça , nous nous en occupons ‘’ me dit un des ‘’ Frères d’Armes’’ .

Laisses-toi aller et nous sommes là et serons toujours là. Va faire ce que tu as a faire ( les toilettes),recouches-toi et reposes-toi demain tu as des pas a faire .
Je reste couché encore plusieurs minutes, paralysé , tout comme lorsque l’on fait un rêve et on veut en analyser le contenu avant qu’il disparaisse .J’avais peine a y croire ,c’est ce que j’attendais depuis belle lurette ; j’ai 33 ans .

Je me lève et va aux toilettes. Je reviens me coucher , la Lumière a disparue tout comme elle est arrivée . Je regarde éberlué mon salon presque vide , la fenêtre avec son carreau brisé est bien là et le bruit est revenu mais la présence est toujours là mais sous une autre forme .Je ne suis plus seul. Je le sais .

Je m’emmitoufle dans mes couvertures pour me protéger du froid et ferme les yeux pour les ouvrir à nouveau pour vérifier s’Ils ne sont pas là. Je m’endors comme un enfant dans les bras de son père .
Le lendemain matin j’appelle AA.

Pierre D.(C)

Laval, Québec


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De Père…au fils.

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Lettre d’un père à son fils !

 

C’est ce que tu te dis : ‘’ Je veux vivre ! ‘’ C’est ce qui tu te motive a faire et vivre à 100 kilomètres à l’heure. Tu veux tout voir , tout sentir et tout vivre .Tu as 18 ans .
Tu as commencé a boire et tu as commencé a fumer de la marijuana. La vie t’appartient et les autres, bien , tu les ignore. Tu veux vivre, vivre et vivre.
Enfoui dans des paradis artificiels tu ne vis pas; tu te détruit . Tu ne vois pas et tu ne vois plus le beau spectacle de la vie .Quel paradoxe. Tu veux vivre et tu te tue à petit feu.

Et, plus t’avance , plus tu te coule ; plus tu descends dans de sombres galeries interminables de la dépression. Les autres te voient, te le dise et t’avertissent ; mais toi , révolté, tu fais fi de leurs dires, tu vis .
Tu vis ton autodestruction ,il n’y a rien de beau, de bon et d’excitant quand tu ne bois pas ou que tu ne fumes pas .La vie est tout simplement plate .
Tu as essayé ,par tes propres moyens : ( exercices physiques, vélo, marche, natation) de te remettre sur tes pieds mais ce fût peine perdue tu es retombé encore plus bas .Les fumées de la ‘’marijeanne’’ et les brumes de l’alcool t’attirent ,comme un immense aimant. Tu ne veux pas voir cette réalité qui t’explose en pleine figure . Il te semble que ta vie ,remplie de déceptions , ne te plaise pas du tout , c’est ce que tu ne veux sûrement pas voir . Tu le sais et tu te dis : ‘’ C’est ma vie après tout ! Laissez moi donc tranquille ; je veux vive ma vie comme je l’entend.‘’
Et vogue la galère .
D’une petite bière avec les amis accompagnée d’un petit joint ça n’a pas pris beaucoup de temps que les quantités ont augmentées .Tu suis les autres et , pour toi, la vie est belle.
Maintenant , plus souvent qu’à ton tour, tu te retrouve seul a boire cette bière et fumer ce joint qui te font relaxer et oublier ta condition et tu te fais accroire que c’est ça Vivre !
Mais que s’est –il donc passé pour que tu en sois rendu là ? Quels évènements sont venus te frapper en pleine figure pour tu te sente si démotivé, dévalorisé et renfermé sur toi-même ? Tu cherche et tu ne trouve pas et tu n’ose pas demander à qui que ce soit de peur de faire rire de toi et de te faire traiter d’alcoolique ou de toxicomane ou de quoi que ce soit ;tu ne pourrais pas le prendre .

Pourtant quand tu étais petit tu souriais à cette vie , tu étais toujours le premier a dire oui à une activité tu trouvais cela excitant et emballant. Tu étais inventif et créatif . Tu aimais te promener dans les bois , à vélo et nager. Tu avais beaucoup d’amis qui t’appréciaient

Maintenant aujourd’hui tu reste des heures et des heures hypnotiser devant ta télévision ou ton jeu Nintendo , ‘’ gelé’’ de marijuana et sous l’effet de l’alcool. Rien ne te tente, tu ne vois plus la vie comme tu la voyais , tu descends et tu es extrêmement déçu de presque tout .
Tu es prêt a attendre ton ‘’ pusher’’ de ‘’mari’’ des heures sous la pluie pour qu’il me procure ta petite dose tout en sirotant une bière que tu cache dans un sac de plastic. Je le sais parce que ton frère t’a vu . Tu as commencé a mentir à ton père, ta mère ,tes frères et tes amis .Tes résultats scolaires étaient désastreux et tu ne fini plus ce que tu commence .Ton rire éclatant d’enfant n’est plus qu’un vague souvenir lointain .Tu n’as plus d’ambition ni encore moins de projet. Tu as choisi cette vie; mais quel choix douloureux.
Et moi dans tout cela que puis-je te dire ? Que puis-je faire ? J’ai connu les affres de l’alcool et des drogues et j’ai arrêté de consommer depuis belle lurette. Mais te voir descendre comme ça , je suis totalement impuissant devant cette situation. Les parents, dans un sens , sont toujours les plus mauvais conseillers car on ne les écoute pas .
Comment te faire comprendre que tu te dirige vers un fiasco, je le sais j’ai passé par là. Mais tu dis ,encore souvent, je fais comme mon père ! Mais justement ton père s’est écrasé totalement et sa vie a été a rebâtir d’un bout à l’autre grâce aux bons soins de l’alcool et de la ‘’ marijuana’’.

Je souhaite ardemment ,maintenant, que tu fasses comme ton père……abstinent et essayant de vivre une vie remplie de joies et de petits bonheurs. Je prie pour toi.
Ton père.

Pierre D.(C)

Laval,Québec

L’oiseau.

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À vol d’oiseau !

Un certain jeudi soir , je suis allé transmettre le message .
Avant d’aller m’installer en avant à la tribune , pour parler, je me suis bien concentré et une pensée est venue m’effleurer l’esprit .Je vais transmettre ce message là comme si je devenais un oiseau en vol et dire aux gens… : ‘’ regardez , regardez vous pouvez faire la même chose tout en vous sentant libre; libre comme un oiseau.
Je me voyais sur le pic d’un rocher au bord de la mer . J’entendais le roulis des vagues et je sentais la douceur de la brise. Je gardais silence et je regardais les gens dans la salle. Et lorsque j’ai prononcé mon nom et de dire :’’ je suis alcoolique ‘’ je venais de prendre mon envol vers le bas de la falaise les ailes toutes déployées. Je descendais à pleine vitesse et au moment opportun je me laissai glissé sur le dos du vent et tout de go je remontais vers le zénith. Les gens , autant que moi , en étaient tous éberlués et admiraient le vol. Je ne le dit pas en fonction de l’orgueil du ‘’ regardez-moi’’ ;non , mais en fonction que eux aussi pouvaient faire la même chose et même en mieux.
Tourniquets, cercles , demi-cercles, descentes fulgurantes, remontées tout aussi enivrantes ,planer au dessus des vagues, toucher le sommet de la vague avec le bout de l’aile ; tout en douceur et en accord avec le vent et la chaleur de soleil. Je transcendais ce magnifique oiseau savourant à pleines ailes sa liberté en Dieu . ‘’ Je ne suis pas le message, dis-je , je suis le messager et ce que je peux faire vous pouvez le faire vous aussi ; s’agit d’essayer ‘’.
Ce partage là m’a amené a voir ma condition que je recherchais depuis 1983 depuis que j’avais vu la première fois le film de Jonathan Livingstone le Goéland. Quel beau film qui nous touche droit au cœur.
Je me sentais comme Jonathan qui découvre ,lui-même, son vol et ses prouesses. Lorsqu’il s’aperçoit qu’il vole la nuit , car aucun goéland ne vole la nuit , il venait de prendre conscience qu’il n’y a rien d’impossible et que Dieu nous permettrait de le faire sans obstacle. Je me sentais , dans mon corps et dans mon Esprit comme cet oiseau qui virevoltait et se promenais au gré des vents et des techniques de vol. Quelle belle sensation, quel engouement et quelle ivresse .
Les paroles que je prononçais étaient les différents coups d’ailes et les différentes figures que je dessinais dans un ciel d’un beau bleu azuré et ensoleillé.
C’était vraiment la première fois que j’avais ce Contact Conscient avec Dieu et le faire voir et valoir auprès de d’autres humains.
Aimer c’est de faire prendre conscience aux autres qu’ils peuvent dépasser leurs limites , leurs peurs, sans rien exiger d’eux ni de Dieu en retour .
Je ne suis pas dans AA pour me faire aimer , mais bien apprendre a aimer et aimer et , moi aussi , dépasser ces limites et le montrer aux autres.
C’est ce que j’ai démontré ce soir là. Une grande Paix ,un Calme immense s’est accaparé de moi ce soir là et me suit encore .

Le message était transmis .

Pierre D.(C)

Laval, Québec

7 Secondes.

 

7 Secondes. dans Liens 7

 

7 Secondes

La neige ,encore fraîchement tombée, dégouline sur mon pare-brise. Une odeur suffocante m’entoure dans la voiture . Les lampadaires reflètent de manière rigolote leur lumière blafarde dans cette neige virevoltante .

Je venais de me stationner devant le dépanneur et, juste devant la vitrine, qui arbore un étalage de caisses bières, toutes aussi appétissantes les unes que les autres.

Oui j’ai soif. Et , pour moi, boire c’est mourir.

Mon moteur d’auto presque surchauffé en avait assez des efforts a fournir,;je le laisse se reposer pendant que je sombre dans des pensées envahissantes.

Cette journée de février pénible avec tous ses lots d’accros me hante. Je relis mentalement la lettre que ma patronne m’a écrite. Évidemment après son larcin elle se faufile pour disparaître sans laisser d’adresse aux secrétaires. Impossible de lui parler ou de la rejoindre.

Elle s’est évanouie dans les rues étroites de la ville. Lorsque j’ouvre cette lettre c’est comme si je recevais une tonne de briques sur les épaules. Pourquoi m’avait –elle écrit cette lettre, juste avant mon départ pour une semaine de vacance que je méritais et à laquelle j’avais le droit .Je ne le saurai jamais.

Jamais me dit le vent dans la neige.

Sa missive contient un ramassis d’humiliations et de désapprobations. Elle a eu son effet. Elle m’a avoué qu’eux, les patrons, ne donnent pas ça trois semaines de vacances aux employés et que ça ne s’est jamais fait .

Mais moi je l’ai fait, j’en avais le droit, d’où découle la lettre. Elle voulait gagner, avoir raison et démontrer qui était ‘’le patron’’. Je l’ai défiée quand même.

Écrasé dans ma voiture, fatigué, face au magasin, je me remémore ce qui s’est passé depuis un an à ce travail. Il y a eu l’incendie ou quatre personnes ont perdu la vie et les millions de dollars de dommage……l’enquête et les assurances et, on en cachait des choses, beaucoup de choses. Mais le silence était de mise. Ces gens là prépare leur sortie et ça se voit .Mais avant de partir ils vont faire le ménage.

Perdus dans mes rêveries, une pensée en particulier vint m’ébranler, je m’en vais à notre chalet pour finir les travaux commencés quelques semaines auparavant. Et si je m’achète une caisse de bière, tout en reluquant les cartons amoncelées devant mes yeux, personne ne le saurais, ni vu ni connu.
Cet éclair diabolique me traverse l’esprit que quelques secondes, sept secondes. Sept secondes qui fait d’un être humain une bête sans scrupules.

Pour moi boire signifiait la mort à coup sûr et sûrement la mort de d’autres .Cette idée de folie me traverse le cerveau à la vitesse de l’éclair.

Je goûte, en pensée, le liquide que entre dans ma bouche et l’euphorie qui s’en suit, tout une machination maléfique commence a se bâtir dans mes pensées; comment expliquer mon geste , quels mensonges employer, quelles raisons invoquer, quel, quel, quel !
Sept secondes d’irrationalisme, sept secondes de dépassement du point de non retour, sept secondes dans le monde la folie irréversible .

Tout en fixant d’un regard hypnotique les cartons de bières au travers la vitrine les essuies glaces font leur travail.
J’ai une conjointe qui ne me soutient plus depuis belle lurette ,au contraire elle approuve même le geste de celle qui m’a écrit cette lettre, et, ce n’était pas la première fois qu’elle agissait de la sorte, elle était mue par un monde de négativisme a me faire perdre ,sont lot était la haine , sa haine qu’elle a pour moi . Le couple est dysfonctionnel. Je ne demande pas l’impossible, l’irréel, je demande qu’un peu de compassion, d’amour, de fraternité et de solidarité mais c’est peine perdue.
Je me retrouve seul ,ce soir –là , en face d’un dilemme effrayant que j’ai déjà connu dans ma vie .Quelle déception d’entendre ces paroles d’une femme si malheureuse et si maligne .Mon désarrois est au comble .

Je fixe encore mon regard à la vitrine et ma vie s’y déroule translucidement .

La radio lance ses inepties comme à l’habitude mais je n’entends plus.
Je ne souhaite plus vivre.
Qu’est-ce qui m’a sorti de ma torpeur est-ce l’image de mon fils Sacha, le plus jeune, qui m’appelle ? J’entends sa voix dans ma torpeur.

- Papa ! Papa !
Ou est-ce la fin d’une chanson à la radio ou bien est-ce que le froid qui vient me saisir ? Toujours est-il que d’un grand coup de soubresauts je revins les deux pieds sur la planète et je commence a pleurer.

Réalisant mon emportement je pense à mon fils Sacha qui vient en courant, lorsque je revenais de travailler, vers moi en me sautant dans les bras et en me disant : ‘’ Papa, papa je me suis ennuyé’’ et moi de répondre :
- Mais Sacha ça ne fait que quinze minutes que je suis parti.
Et lui de rajouter :
- Ça fait rien ; c’était long…….!
Les larmes me coulent le long des joues. Je me sentais donc seul, isolé et solitaire. Je pense à mes trois enfants avec qui je n’aurais plus de contacts si je bois et, surtout, plus aucun contact avec Dieu.
Je crois que Sacha ne réalisera jamais à quel point, ce soir –là, il m’a sauvé la vie et sauvé la vie à beaucoup de gens.
Car je sais que si moi je bois de l’alcool, ça faisait quinze ans à cette époque que je ne buvais plus, j’aurais déclanché l’apocalypse pour moi et bien d’autres personnes.

Dix-huit mois plus tard j’ai perdu cet emploi; restructuration disaient-ils.

Et je n’ai pas bu.

Pierre D. (C)
Laval,Québec,Canada

 

Un jour dans la vie .

 

Un jour dans la vie . dans Liens al

Un jour……dans la vie…!

 

-Mais qu’est ce que je vais lui dire ce soir ? Je me le demande. Va-t-elle m’écouter ou bien rester dans l’indifférence que je lui connais depuis quelques temps ? Qu’est ce que je pourrais bien lui dire ?Marchant d’un pas assuré et évitant les flaques de glace qui risquent de me faire tomber à chaque pas je me dirige vers l’entrée.

Mon collet, remonté jusqu’à mes oreilles, ne me réchauffe plus. J’ai hâte de sentir la chaleur bienfaisante de l’établissement. J’y vais seul ce soir car les autres sont occupés, du moins c’est ce qu’ils m’ont affirmé.

J’y vais, à reculons. Je ne me sens pas à l’aise et rabaissant mon encolure je me dirige droit vers l’ascenseur qui va me monter aux étages.

Déjà il y a une odeur d’éther qui flotte lourdement dans l’atmosphère.

Des infirmières sont occupées ici et là avec les patients .La soirée débute dans l’effervescence car un malade a fait un arrêt cardiaque et les hauts parleurs geulent le nom de quelques médecins inconnus.

Les employés s’affairent comme des abeilles à l’entrée d’une ruche. Le calme revient quelque peu; et, on ne saura pas la fin de l’histoire .

J’arrive, enfin, à la salle commune.

Un groupe de malades, silencieux, sont assis en cercle et ne se regardent pas; ne se regardent plus .

Il y a dans leurs yeux une absence démesurée; vide.

Aucune expression ou émotion ne viennent trahir leurs gestes. Je me crois sur une autre planète dans une autre dimension.

Une impression d’intuition, de sixième sens, vient me morfondre et m’étourdir.

Je vais prendre siège sur la droite de ma mère .

Elle ne m’a pas encore vu car elle fixe les portes de l’élévateur à sa gauche qui sont hermétiquement fermées. Je ne parle pas et ne bouge pas.

Elle a soudé son regard sur les portes de métal teintes en vert. Je respire doucement pour ne pas la surprendre.

Je l’observe du coin de l’œil et attends sa réaction lorsqu’elle s’apercevra que je suis là. En face de nous un vieillard éberlué, probablement par la prise des ses médicaments, marmonne des choses inaudibles et je me dis tout bas, pour ne pas que ma mère m’entende:
-C’est malheureux de terminer ses jours de cette façon. Et je me tais.
Ma mère m’a entendu et elle me dit :
-Qu’est ce que vous avez dit monsieur ?
Elle ne me reconnaîtra pas non plus ce soir me dis-je avec amertume. Les larmes me sont montent aux yeux. Je prends mon courage à deux mains et lui dis :
-Bonsoir maman, comment vas-tu ?

Comment a été ta journée ?
Je sais qu’elle ne me répondra pas ou qu’elle va me répondre tout autre chose mais je lui demande quand même. Elle détourne le regard pour fixer, encore une fois, les portes de l’élévateur qui ne s’ouvrent toujours pas.

Et, avec un profond soupir, elle lance :
-Bon mes enfants ne viendront pas ce soir; encore une soirée a attendre. Attendre toujours attendre.
Elle se mit a fredonner une vieille chanson de Trenet qu’elle nous murmurait lorsque nous étions petits pour nous endormir.
-J’attendrai le jour et la nuit ; j’attendrai toujours ton retour…….
Elle fit silence et d’un regard inquiet me dévisage.

Dans ses yeux se retrouve tout l’univers, tout le ciel bleu et toute la sécurité même si elle est absente physiquement. C’est ma mère. Je la contemple dans toute son innocence ; elle est redevenue comme une enfant qui cherche le chemin, la direction et l’orientation.

Elle ne sait plus .Je me sens connecté à elle car moi aussi je cherche ces sentiers :
-Mais comment vais –je les entreprendre maintenant?

Elle n’est plus là.
Elle me parle intérieurement et j’ai des difficultés a saisir ce qu’elle exprime. Mes émotions, toutes bouleversées, s’agitent en tempête et je n’entend que la cacophonie de mes sentiments qui déboulent en vrac.

Je me ressaisi et lui demande :
-Comment sont les infirmières avec toi ? Et les médecins ?
Comme si elle venait de reconnaître ma voix parmi la myriade de voix qu’elle entend tous les jours elle me dit :
-Pierre ! Comment vas-tu ? Il y a longtemps que je ne t’ai vu. Comment vont tes enfants ?
Je suis si surpris que j’en tombe, presque, en bas de ma chaise. Je reste bouche bée sans locution devant elle.

Mon sang ne fait qu’un tour et je profite de l’occasion pour, enfin, lui exprimer ce que je veux lui dire depuis des années. Les disputes, les prises de bec sont loins maintenant.
-Maman comment vas-tu ?
Elle me répond par une question :
-Quand allez-vous me sortir d’ici j’en ai assez d’attendre dans cet hôpital , moi. Pierre sors moi d’ici et ramène moi à la maison.
Je ne sais quoi lui dire. Elle était dans un centre d’accueil pour gens âgés et a fait une rechute de déshydratation.

Alors je change le sujet pour contourner l’affrontement.
-Tu te souviens quand nous étions petits et que tu disais toujours que j’étais le brise-fer de la maison ? T’en souviens –tu maman ?
-Oui Pierre je m’en souviens ; je me souviens quand tu es né, tu étais tellement chétif que je me demandais ce que je ferais avec toi et je sais que tu avais et que tu as a faire quelque chose de bien .

Tu n’as pas été bien chanceux mais tu as réussi surtout avec tes enfants ; prends en bien soin.
Je ne pouvais empêcher les larmes de couler sur mes joues et je pris la parole et dit en lui prenant la main :
-Maman merci pour ce que tu as fait et tout ce que tu nous a donné. Je t’aime maman.
-Moi aussi je t’aime mon Pierre.
La conversation prit fin abruptement lorsque les portes de l’élévateur s’ouvrirent en attirant les regards des malades qui étaient là et, aussi, lorsque la garde de service nous annonçait que les heures de visites étaient terminées.

Les hauts parleurs annonçaient le même refrain.
Ma mère, le regard vide, était retournée dans son monde ; plus rien n’existait autours d’elle. Je me levai et l’embrassée et lui dit :
-Je te laisse et vais revenir demain soir.
Son regard froid d’acier me dévisageait elle me dit :
-Monsieur je ne vous connais pas.

Pourquoi me dites vous bonsoir ; allez donc faire votre travail de nettoyeur comme vous faites d’habitude. Elle était repartie.
Je quitte l’étage des gens atteint de la maladie d’Alzheimer, je m’engouffre dans l’élévateur et attache bien mon manteau pour ne pas que le froid me saisisse mais déjà je le sens à l’intérieur de moi ce froid.

Ce soir il y a eu un moment de lucidité ; rare. Je sors dans la rue et le froid sibérien règne en empereur dans les chemins. La neige, fraîchement tombée crépite sous mes pas.
Une autre journée ……….. dans la vie.
Ma mère est décédée de la maladie d’Alzheimer quelques années plus tard.

Pierre D(C)

Laval,Québec

 

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