Colibri…

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Colibri

La serenitė flotte dans les airs du grand jardin chinois. Les arbres,arbustes et les fleurs étiolent leurs plus somptueux atours et dégagent leur volutes exquises. Les saules pleureurs en bordure de l’étang gardent jalousement leur ombre pour quelques nénuphars jaunâtres fraîchement florissants. Les oiseaux gais ,piailleurs et enjoués s’epivardent d’une cime à l’autre. Des papillons multicolores et kaléidoscopiques butinent en toute douceur de fleurs en fleurs. Quand un oiseau mouche vient survoler la fleur ils déguerpissent plus loin . Un fond de musique soyeuse composée de chants d’ailés ,de grillons et de criquets résonne en sourdine . Le soleil , de partie depuis l’aube , fait dandiner ses rayons paresseusement au travers les branches des arbres encore imprégnés de fraîche rosée matinale. La surface de l’etang stagne insensiblement reflétant les doux rayons du soleil.

Madame Tchen marche lentement vers un bosquet de ses fleurs préférées des Digitalis ou Mains de Notre-Dame. Elle préfère et de loin ces fleurs coniques invitantes pour les butineuses et aussi les colibris magnifiques de leurs couleurs et de leur vol gracieux.Les Digitalis,d’un bleu royal exaltent la beauté. Elles regorgent de suc ,un délice pour les oiseaux- mouches toujours friands de ce précieux nectar. Ce matin elle porte son Ao Dai des grands jours , rouge vif avec un motif de feuilles dorées. Elle et son époux attendent leur petite fille ,Loan, qui vient les voir a l’occasion de leur quarantième anniversaire de mariage celle des émeraudes. Ils attendent ,aussi, d’autres invités aussi importants les uns que les autres.Loan fréquente depuis quelques années un Monastere Bouddhiste de la région; au grand plaisir de son grand-père : Maître Tchen connu de tous les Bouddistes et spirituels de son patelin.

Maître Tchen, installé près de la fontaine pour les oiseaux se délecte du bruissement et de l’ecoulement de la fontaine . Il regarde en direction de madame Tchen et se dit :
-Elle a toujours été une si belle compagne depuis toutes ces années. Loan me fait profondément penser à elle dans toute sa beauté et sa fragilité.
Long cheveux noirs et yeux pers avec une démarche si féminine et distinguée. Et lorsqu’elle porte ses Ao Dai elle ressemble a un ange drapé de soie.
Madame Tchen ressent les pensées de son mari et lui envoie un doux sourire . Elle approche furtivement et doucement d’une tale de Digitalis .
Elles ont un magnifique teint bleu et serti de petites taches blanches. Inopinément et tout furtivement un colibri viént lui frôler l’epaule. Elle ressent le minuscule déplacement d’air des minuscules ailes qui battent à vive allure . Quel délice ! Elle ne bouge pas pour ne pas l’effrayer. L’oiseau d’un éclatant vert métallique et aux ailes bleues ,en surplace, introduit son bec dans une Digitalis pour y extraire le suc avec son long bec . Quel spectacle . Tout en admirant son nouvel ami cherchant une autre fleur a dérober madame Tchen n’entend pas les murmures qui viennent en direction de monsieur Tchen. Elle se retourne et y voit que sa petite fille qui viént d’arriver . Elle embrasse son grand-père et envoie la main à sa grand-mère. Cette dernière lui lance un grand sourire accueillant. Loan porte, elle aussi , un Ao Dai de couleur printemps. D’un vert éclatant de feuillage avec des motifs de roses sur le devant. Elle est radieuse. Madame Tchen va les rejoindre en passant par le petit pontet qui traverse une partie de l’étang. Arrivée à leur hauteur elle s’exclame sur la beauté de sa petite fille qui a tellement grandie. Elle est devenue une jeune femme a présent . Les deux femmes se serrent l’une et l’autre dans leurs bras et s’embrassent sur les joues. Madame Tchen invite Loan à venir s’asseoir sur la petite terrasse près du bain d’oiseau. Des mésanges s’y adonnent gaiement et de façon effrontée car voyant les humains ils ne bougent pas et continuent leurs ablutions au grand plaisir de Loan.

Madame Tchen suggère le thé qui est déjà infusé dans la théière aux motifs de fleurs des champs . Maître Tchen regarde son épouse et sa petit e fille et dit :
-Mes deux anges ,vous êtes tellement belles.
Les deux femmes rougissent du compliment et monsieur Tchen continue :
-Et alors Loan comment va ton cheminement spirituel ? J’ai rencontré un de tes professeurs le mois passé et il m’a dit que tu progresse à grands pas.
Loan se demande de qui il s’agit mais elle n’en fait pas de cas elle répond à son grand-père :
-Ca va bien papy, ça va très bien même. Mais j’ai eu quelques accrochages avec une autre élève de ma classe. Ce n’est pas quelque chose de trop sérieux mais le tout va se résorber d’ici quelques temps j’en suis sûre.
Sur ce elle garde le silence ,un certain malaise s’est installé. Maître Tchen connaît ces situations et il rajoute :
-As tu envie d’en parler Ca va te faire du bien tu sais . Et à nous tu peux tout dire .
Loan ,pensive ,réfléchissant à ce qu’elle va dire s’ouvre :
-Tu sais grand-père ce n’est pas toujours facile avec les autres et quelques fois ils nous blessent et peut-être sans le savoir . Et c’est ce qui est arrivé. Cette compagne m’a dit des choses pas trop gentille et a chaque jour cela continue . Je lui en ai parlé mais ellle ne semble pas écouter et tout cela me met en rogne et pourtant le Bouddha parle de réconciliation et de Paix mais j’ai beaucoup de difficultés. Je crois que quelques fois je la haïs et me voit loin d’elle. Voilà ce que je vis.

Maître Tchen féru d’histoire semblables regarde sa petite fille qui laisse échapper une larme. Il lui dit :
- Je vais te conter une fable si tu veux bien, écoute bien.

Loan et aussi madame Tchen sont toutes ouïes et pendues aux lèvres de monsieur Tchen.

´´ Il y avait une fois un colibri besognant pour recueillir le suc des fleurs. Son plumage et son ramage de couleurs si belles et brillantes en faisait un des plus beau de son espèce . Il n’en était pas orgueilleux pour autant et vivant tout simplement . Un jour tout en volant à hauteur d’un mètre, environ, il entend une voix qui lance des cris de secours. Il cherche et cherche et ne voit pas . Il se promène de bosquet en bosquet et le son semble se rapprocher. Tout au fond d’une des Digitalis baignant dans un liquide visqueux ,du suc de la plante ,une guêpe solitaire jaune et noire se débat pour essayer de sortir de son impasse. N’y parvenant pas elle a commencé à lancer ses SOS pour que quelqu’un l’entende . C’est le colibri qui l’a entendu. Mais il se méfie de ce genre de guêpe qui a un dard envenimé. Il se dit si j’approche trop elle va me lacérer avec son dard vaut mieux rester prudent. La guêpe de plus en plus empêtrée dans le suc gluant dit au colibri :
-Viens m’aider s’il te plaît je m’epuise et je vais mourir au fond de cette fleur. Je ne te ferai rien c’est promis. Je ne te ferai aucun mal.
L’oiseau mouche perplexe hésite car il connaît ce genre de prédateur. Il dit à la guêpe :
-Qu’est ce qui me dit que tu n’utilisera pas ton dard contre moi un coup que je t’aurai sorti de ta fâcheuse position ?
La guêpe lui promet :
-Je te le promet et en plus si tu me transporte dans ton bec tu n’as qu’a me broyer.
Le colibri hésitant entre son bec dans la fleur et saisi la guêpe par l’abdomene pour éviter le dard empoisonné. La guêpe ne cesse de le remercier. Mais le dard ressort de l’abdomen de la guêpe et elle se confond en excuses. Les instincts sont forts.
Le colibri pose la guêpe sur le rebord d’une minuscule fontaine . Elle est encore toute engluée de suc. Et avec son grand bec il fait couler de l’eau sur le dos de la guêpe qui bat des ailes et de contentement et aussi pour les faire sécher. Elle s’élève dans les airs et dit a l’oiseau mouche :
-Si jamais tu as besoin de moi laisse le moi savoir ; tu m’as sauvé la vie et ça je vais m’en souvenir. Adieu colibri.
L’oiseau mouche , encore abasourdi de ce qu’il viént de faire eut un grand éclat de rire et s’envole vers d’autres fleurs à butiner.
Quelques temps plus tard , par une belle journée d’été c’est au tour de la guêpe de fureter pour trouver sa pitance. Elle s’approche d’un buisson mais reste prudente car elle n’ignore pas que les Nephiles, araignées a la piqûre mortelle, installent leurs toiles dans ces environs. Tout en inspectant les lieux elle entend des cris et des battements accélérés d’ailes. Elle s’élève a la hauteur de la tête du buisson et y voit un oiseau qui de débat éperdument pour se défaire des fils excessivement collants de la toile d’un de ces monstres . Ce dernier avec ses grandes pattes velues et son corps orange ayant senti les vibrations se dirige vers le captif.
La guêpe ne faisant ni un ni deux va vers l’oiseau empêtré dans les cordages fatals. Tout de suite il reconnaît le colibri qui l’a sauvé d’une mort certaine quelques temps auparavant. Elle dit au colibri :
-C’est le temps de payer nos dettes colibri . Ne te débat pas trop vivement car tu vas te prendre encore plus et avec mes ailes laisse moi sécher cette colle .
Sitôt dit sitôt fait », le colibri réussit à se défaire étape par étape de l’emprise mortelle de la nephrine et enfin peut se libérer de l’etreinte assassine de la toile d’araignee. Au grand déplaisir de cette dernière. Mais n’ayant pas remarqué la guêpe, à son tour , se prit dans les fils visqueux de la toile et cette fois elle était bien prise . L’araignee comme sur des patins se glisse vers sa nouvelle proie s’epuisant a se débattre comme une forcenée. Trop tard la nephrine lui injecte son poison mais la guepe d’un geste désespéré lui plante son dard dans le flanc. La nephrine tombe de sa toile en laissant la guêpe emberlificoter dans des fils gluants. Ayant perdu son dard il ne lui retait qu’uns chose a faire et c’est mourir dignement. Elle sentit que quelque chose la soulevait et l’amenait. Elle sentit l’air sur ses antennes et entend le bruit d’une fontaine. C’est le colibri qui l’a transportée vers cet endroit calme et serein. Elle dit a l’oiseau mouche :
-J’ai essayé mon ami et c’est moi qui doit partir. Adieu mon ami et c’est vrai cette fois.
Le colibri lui dit :
-Laisse toi aller mon amie et merci de m’avoir sauvé.
Il lui ferma les yeux et la transporta dans un terrier non loin de l’arbuste meurtrier ou gisait la nephrine. Il donna sépulture aux deux insectes. Et s’envola.

Loan et madame Tchen restent pensives. Monsieur Tchen reprend :
-Alors Loan qu’en déduis tu ? Et si ton amie te demandait de l’aide ?
Toujours absorbée dans ses réflexions elle dit à Maître Tchen :
-Qui que ce soit qui soit dans les difficultés nous devons les aider. On ne sait jamais qui viendra à notre secours et qui pourrait nous aider. J’ai compris grand-père pour ce qui est de mon amie, je vais lui parler demain. Elle ne pourra sûrement pas me piquer et elle a un rire franc et enjoué. M. Tchen rajoute en grand sage :
-Il n’y a rien de plus beau que de donner sa vie pour ses amis .

Les oiseaux mouche en myriade viennent investir les plantes de madame Tchen.
La journée de fête s’annonce belle et joyeuse. Les invités arrivent.

Pierre Dulude
Les Ailes du Temps
7 mars 2015

 

 


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L’enfant et le moine…

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L’enfant et le moine…

L’allée bordée d’une myriade de fleurs multicolores laissent echapper des effluves suaves, des parfums. Les gaies bleus et les mésanges jouent furtivement à cache-cache. Leurs envols et leurs piqués sont dignes des as pilotes d’avion à réaction. Leurs chants égaient doucement l’atmosphere. Les roucoulis des uns et des autres enchantent le faîte des arbres. Il y règne un climat de serenitė,de douceur,de calme et de Paix. Un sympathique soleil matinal de printemps réchauffe les peaux sensibles et réconforte. Les doux rayons, comme une cascade d’eau chaude , deglutine tout en laissant une sensation de bien-être. Il fait bon vivre et respirer la beauté de cette Paix. Il y a encore quelques grillons retardataires qui ne sont pas endormis et continuent de frotter leurs ailes pour attirer une compagne encore indifférente et éloignée. La persévérance est avantageuse , se disent –ils . Tout au fond de cette allée, à terrain ouvert, trônent trois saules pleureurs qui se sont revêtus de leur plus beau atours printaniers. Leur manteau d’un vert tendre, sensible et délicat frissonne au gré de la légère brise de la saison.

Marchant d’un pas lent mais assuré Dom Cadieux s’avance vers la porte d’entree du Monastère ; il y attend un de ses amis d’enfance – avec qui il a toujours gardé contact- et sa petite fille Marie-Soleil ,qui elle , n’a que dix ans. Mais cet enfant est douée d’une intelligence ,souvent , déconcertante. Dom Cadieux aime beaucoup avoir des conversations avec cet enfant. Il voit en elle la personnification de son Maître Spirituel : le Christ. Tout ce qu’elle dit est d’une profondeur inouïe. Et tous les deux aiment se retrouver , quand les occasions se présentent, et depuis quelques années il y en a eu plusieurs au grand bonheur du Moine. La dernière fois qu’ils ont eu une discussion le sujet princal a été la vie monastique. Elle ne saisissait pas bien pourquoi un homme ou une femme choisissait ce genre de vie . Evidemment elle est influencée par ce qu’elle vit et voit autours d’elle.
Les gens, la télévision,les journaux ,l’école . Le monde du Monastère l’intrigue et elle a bien dit a Dom Cadieux qu’ellle voulait lui en reparler. Le religieux l’attend patiemment et avec une hãte de la voir et de voir son ami Serge.
Dans la rue une auto s’arrête face à la porte de métal du Monastère Et sans attendre d’aucun préambule ,Marie-Soleil ouvre la portière et se précipite dans les bras de Dom Cadieux. Il la serre dans ses bras et lui caresse les cheveux. L’enfant l’embrasse sur les joues. Serge descends de voiture et regarde son ami et sa petite fille s’echanger des sourires. Les deux homme se serrent la main et Dom Cadieux dit :
-Que la Paix soit avec vous deux , merci d’etre venus par cette belle journée de printemps.
Allons au Monastere nous allons nous asseoir sur la terrace et nous pourrons bavarder en toute tranquillité. Tenant Marie-Soleil par la main les deux homme et l’enfant se dirigent vers le portail d’entrée du jardin qui débouche sur l’aire de repos. Des chaises y sont disposées en cercle lors de la rencontre des moines entre eux. Ils s’installent les uns pres des autres. Dom demande à Serge s’ils avait fait bon voyage et le père répond :
-Oh tu sais ,Gérard, le traffic et les embouteillages…
Serge ne finit pas sa phrase que la petite rajoute :
-Et cette chaleur de l’asphalte ….c’est presque insupportable …
Les deux hommes rient de bon cœur .
Dom Cadieux continue :
-Toi Marie-Soleil ,ça va bien a l’école ,qu’as tu appris de nouveau depuis la dernière fois ? Je te pose toute une question hein ?
La fillette aucunement déconcertée prend un air d’assurance et affirme :
-Nous avons appris a faire la différence entre un bouddiste,un catholique,un islamique et d’autres religions; c’etait intéressant . Mais moi depuis que vous m’avez parlé de Jésus je reste fidèle à son enseignement.
Elle demande tout de go :
-Pourquoi portez vous ce vêtement noir? Vous avez toujours le même? Vous en avez pas d’autres ? Vous changez vous le dimanche ?
Le prêtre répond avec un ton patient :
-Tu vois Marie-Soleil , c’est notre habit monastique; notre habit de travail. Nous avons eu cet habit quand on a prononcé nos vœux , et pour moi ça fait très longtemps. Nous portons aussi une coule qui est plus large et pour les occasions spéciales telles les messes ou les fêtes. Ces habits ne nous appartiennent pas, elles appartiennent au Monastère et si jamais un jour je quitterais le Monastere je redonnerais ces habits au Monastere et ils me redonneraient mes vêtements avec lesquels je suis arrivé ici il y a plusieurs années.
La petite semble réfléchir et lance :
-Vous n’avez rien à vous ? Et votre stylo qui est dans votre poche et vos lunettes ?

-Non rien . Et si on doit posséder quelque chose nous devons le demander la permission au Père Abbé. Rien ne nous appartient nous apprenons à vivre le détachement du monde materiel ce qui n’est pas le cas dans le monde extérieur . Qu’en penses tu ?

La fillete d’un geste de tête approuve ces dernières affirmations. Elle rajoute :
-C’est quoi les vœux ?
Le moine réfléchit et de dit en lui même ´´ Je suis sur qu’elle va comprendré’´ Alors il se risque :
-Le premier vœux est la stabilité c’est à dire rester dans le même Monastere et la même congrégation. Le deuxième vœux c’est l’obeissance c’est a dire obéir aux supérieurs aux ordres reçus. Tu as un travail à faire ; tu le fais . Pas évident ca dans le civil. Les gens sont tellement rébarbatifs et égoïstes.
Et le troisième c’est la conversion des mœurs ou la conversion de vie . Ce vœux là comprends la pauvreté et la chasteté. Mais tout aussi ce qui nous est dit dans la Règle de Saint- Benoit. Tu connais la Règle, non ? Je t’en avais glissé un mot la dernière fois.
La petite fille ,surprise, lance :
-C’est une règle en pouce ou en centimètres ?

Les deux hommes éclatent de rire .

Dom Cadieux répond :
-Tu me fais bien rire . Non la Règle c’est un petit volume écrit par Saint-Benoit il y a très longtemps et que nous appliquons dans nos Monastères; les Monastères Bénédictins. Il y a plusieurs Communautés Religieuses qui l’ont adapté aussi. C’est notre guide écrit par St-Benoit. Je vais t’en donner une copie après le dîner, car vous allez dîner avec nous hein ? Nous irons manger du côté des invités et on y mange très bien .
La fillette dit avec assurance :
-Oui je sais que nous allons aller là,les femmes n’ont pas le droit d’aller sur le côté des moines. N’est-ce pas ? Et elle sourit.

Le moine rajoute :
-Est ce que ça répond à ta question sur les vœux?
La fillette hoche la tête et demande :
-Comment se fait –il que ce ne soit que presque tous des grands pères dans votre Communauté? Pourquoi il n’y a presque pas de jeunes? J’ai vu dans mes livres à l’école ou ils nous montrent d’autre sorte de Moines qu’il y en a beaucoup de jeunes et même des enfants . Et pourquoi, nous, nos églises sont vides et qu’ils en font des maisons pour les riches ?
Surpris par la question , Dom Cadieux réfléchit un petit instant et dit :
-Vois tu mon enfant ,ici au Québec les gens sont encore en révolte contre la religion et les Communautés Religieuses. Et ça dure depuis plusieurs années.
L’enfant coupe impoliement son interlocuteur – sous le regard désapprobateur de son père et lance :
-Mais qu’est ce qu’ils ont fait ? A l’école on nous dit toutes sorties de choses , pas toujours gentilles sur les Frères , les prêtres et les Églises. Est-ce que c’est vrai tout cela Dom Cadieux?

Le prêtre répond :
-Tu sais Marie-Soleil, les gens aiment colporter toutes sortes de choses et exagérer les autres choses. Oui il y a eu des abus mais il y a de ça plusieurs années. L’enseignement du Christ demeure et demeurera quand même. Les gens vont revenir aux enseignements spirituels. Ca ne sera peut-être pas la même chose mais nous allons y revenir.

Là les gens sont fou-fou; ils se lancent dans toute sorte de choses inimaginables et impensables qui les amènent nulle part. Ils sont comme des moutons sans berger et sans dirigeant. Ils ont délaissé la religion pour embrasser d’autre sorte de religions fausses qui les a fait tourner sur eux mêmes.
Ils ne voient plus les autres , d’ailleurs la société est comme ça : tout en fonction de l’individu, on ne pense plus aux autres. Il n’y a presque plus de charité et d’Amour.
La jeune fille semble satisfaite de la réponse du moine . Elle reprend :
-Mais il y en a des jeunes qui vont dans les autres Communautés. Pourquoi la vôtre se vide?
Dom Cadieux s’attendait à une réflexion semblable il dit :
Il y a plusieurs Communautés qui ont fermé leurs portes avec les années ,les gens vieillissent et il n’y a pas de relève. Mais un jour ça va revenir ,comme je te disais .
Voulez vous quelque chose à boire ? Il y a du thé glacé c’est rafraîchissant, je vais aller en chercher.
Marie-Soleil en profite pour aller explorer les alentours ,toujours sous le regard de son père. Dans un bosquet, à l’ombre du Monastere, elle découvre des chardronets enfouis , en quelque sorte , dans un nid. Elle ne veut pas les affrayer mais les petits oiseaux, flairant un danger s’envolent laissant derrière eux un nid avec quatre petits œufs non eclots. La fillette sais qu’il ne faut pas y toucher car les parents ne reviendraient pas au nid. Alors elle s’aproche pour voir la couvée elle n’a que soupir d’admiration. Son père lui demande ce qu’elle fait, elle lui dit alors :
-Je viens de découvrir un nid avec des œufs.
Son père lui dit de n’a pas les déranger que les parents vont revenir couver leur progéniture en gestion et s’ils sentent des odeurs étrangères ils vont délaisser le nid , les oisillons vont mourir. Elle dit a son père :
-Je sais, je sais .
Elle revient s’asseoir près de son paternel lorsque Dom Cadieux revient avec un plateau sur lequel une belle cruche pleine de bon thé glacé toute frimater de gouttelettes et trois verres. Il l’installe sur la table et sers ses invités. Il offre ,aussi, quelques biscuits au gingembre . Marie jette un coup d’oeil furtif vers le buisson et y voit revenir les oisillons vers leur nid, au grand plaisir de la petite fille . Son cœur se réjouit . Elle demande à Dom Cadieux :
-Quand vous faites vos prières à l’eglise ,après un çertain temps vous vous penchez par en avant , cherchez vous quelque chose par terre ?

Dom Cadieux rit gaiement et répond :
-Non ma petite nous ne cherchons pas quelque chose par terre ,tu me fais bien rire ,tu es une vraie joie pour moi merci Serge de me l’amener. Lorsqu’en fin de psaume nous faisons la Révérence, nous rendons hommage au Seigneur,nous sommes polis parce que çe sont les paroles du Seigneur que nous récitons. Alors nous nous inclinons. Par politesse et respect. Ça te va ?
Toujours souriant il demande à la fillette :
-Et toi que veux-tu faire plus tard ?
Sans réfléchir elle dit :
-Je veux devenir moinesse,tout comme vous Dom Cadieux.

Le moine et le père de Marie sourient à belles dents Dom répond :
-Pas moinesse , Marie , mais moniale c’est à dire Soeur Bénédictine. Et elles ont leur propre Monastère. Il y a un Monastere de Benedictines non loin de chez toi.
Si tu veux je peux communiquer avec la Mère Supérieure pour qu’elle te fasse visiter . Ton père devra attendre a l’extérieur car comme pour les hommes les femmes ne sont pas admises côté Monastere c’est la même chose pour les hommes dans un Monastere de femmes. C’est ainsi.
La cloche du Monastere sonne un genre de glas et Marie-Solieil demande à Dom Cadieux si c’est l’heure de la prière ,ce dernier répond :
-Oui c’est Tierce , un petit office du matin .
Marie reprend :
-Mais vous n’y allez pas , votre Père Abbé va vous chicaner et vous punir…
Dom Cadieux s’esclaffe et dit :
-Non le Père Abbé ne me puniera pas mon enfant nous sommes plus Moyen-Age. Je suis avec des invités et le Père Abbé en est au courant , d’ailleurs nous irons à la messe tout a l’heure . Tu aimes aller a la messe n’est ce pas et entendre les chants grégoriens?

Marie, toujours surveillant les oiseaux dans le bosquet répond :
-Oui lorsque les moines chantent je ferme les yeux et je m’imagine le vol d’un oiseau qui monte, descend, tournoie, donne des coups d’ailes et plane dans le ciel bleu. Je le sens dans son élément,son domaine. Je le suis avec les notes de musique et les tonalités c’est magnifique,doux et reposant.
Les deux hommes écoutent avec admiration la petite poétesse. Elle les regarde et sourit et dit :
-Bien qu’est çe que j’ai dit cette fois ?
Le Père Cadieux lui répond :
-C’est tellement beau çe que tu viens de dire ,comparer le chant grégorien au vol d’un oiseau c’est très poétique. Bravo ma petite .

Le temps avance et les conversations vont bon train. La cloche du Monastere annonce , cette fois, l’heure de la messe. Dom Cadieux invite ses invités à le suivre à La Chapelle.
Mais avant Marie-Soleil lui fait promettre de répondre à ses questions pendant le dîner.
Dom Cadieux lui promet avec un grand plaisir.. Tous les trois entrent dans le Monastère et suivent le cloître du public jusqu’à La Chapelle ou le Père Abbé s’est installé à l’orgue. Des ses doigts de virtuose les notes vont voler haut dans La Chapelle. Se retournant vers Marie-Soleil il lui fait un beau et invitant sourire, l’enfant est joyeuse et dit à Dom Cadieux :
-Il m’a reconnu ,il est gentil.
Les moines entrent en procession , deux par deux, suivis du Célébrant. Marie est attentive à tout ce qui y est dit…les yeux émerveillés de toutes ces belles couleurs et les oreilles enchantées de ces chants.

Suite …
PierreDulude
Les Ailes du Temps
St-Benoit du Lac
17 février 2015

 

 

 

Autonomie

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Autonomie…

Grand-maman, Mamie vient, voir vite. Viens voir ce que j’ai trouvé. Le petit Jason souriant à pleine dents blanches, l’œil pétillant et fier de sa trouvaille va chercher sa grand-mère par la main. Elle se laisse conduire par le gamin. Lui veut aller plus hâtivement, courir mais l’aïeule ne suit pas mais y parvient malgré son âge. L’enfant la mène directement où les vagues viennent finir de s’étaler. Une écume blanche s’avère subsister et recouvre le trésor de Jason. Il se penche et pousse du bout d’une branche qu’il a trouvé sur la grève, un petit crabe encore vivant. Jason soupire profondément tout en parlant au crustacé :
-Tu es encore en vie, toi, après un long périple je suppose. D’ou viens-tu ? Viens –tu des grandes profondeurs ou bien des hauts fonds ? On ne le saura jamais en plus je ne parle pas le langage de crabe. Sa grand-mère, en entendant cela rit aux éclats. Elle regarde son petit fils s’épivarder avec son crabe faiblard plus ou moins vivant. Il semble épuiser le petit crustacé.
Éloïse, la grand-mère, se penche près de son petit fils et lui demande :
-Que vas-tu en faire mon petit Jason ?
Le garçon la fixe dans les yeux et lui répond :
Je ne sais pas grand-maman, toi tu le sais ?
La grand-mère lui caresse les cheveux tout soyeux :
-Je crois que tu pourrais le remettre à l’eau pour qu’il continue sa vie de crabe. Qu’en penses-tu ?
Le garçon un peu déçu rechigne :
-Oui mais c’est moi qui l’ai trouvé ! Je vais le mettre dans un aquarium et je vais l’élever comme mon ami ce crabe à moi.
Jason met son petit étrille en sureté près d’une falaise et va à l’entrée de la plage, il lui semble avoir vu une bouteille vide de plastique lancée par un quelconque quelqu’un qui ne s’intéresse pas à l’environnement. Il prend son canif et coupe la bouteille en deux, il jette le reste aux ordures toujours sous l’œil attentif de sa grand-mère. Elle le trouve très autonome. Il va à la mer et remplit, ce qu’il reste du flacon, d’eau de mer.

Ce qui semble faire un bien énorme au petit crabe qui, lui, en arrache. Jason lève le bouteille hauteur de ses yeux pour examiner l’animal ainsi prisonnier. Éloïse lui demande alors :
-Tu ne crois pas que tu devrais le laisser aller ce petit crabe, Jason ? Tu sais il ne survirera peut-être pas. Il a été créé pour être en liberté au fond de la mer, et non dans un aquarium. Que dirais-tu, toi, si quelqu’un te tiendrais prisonnier ou enfermé dans une cage ? Je ne crois pas que tu aimerais cela .Comme je te connais tu voudras t’échapper et fuir au loin.
Jason réfléchit aux propos de sa grand-mère et lui réplique :
-Je crois que tu as raison, Mamie, et non je n’aimerais pas ça du tout être prisonnier ou sous le giron de quelqu’un en étant dépendant de cette personne. Je préfère ma liberté à toutes ces choses. Je ne me sentirais pas du tout bien dans ma peau et, oui, je voudrais fuir loin très loin de cette personne.
Éloïse n’en revenait pas de son étonnement et d’entendre son petit fils parler de la sorte.
Il avait murit avec le temps. Depuis la mort des ses parents il avait pris de l’age malgré ses douze ans. Lors de la lecture du testament des ses parents, il a refusé catégoriquement l’aide financière d’un de ses oncles en moyen. Il avait affirmé qu’il voulait vivre avec sa grand-mère et que tout l’argent laissé en fiducie lui servira plus tard.
Il se disait :
-J’ai le temps de vivre ce que j’ai à vivre et par après on verra.
Éloïse l’approuve complètement. Elle le prit sous son aile malgré son âge avancé. Jason n’en finissait plus de l’étonner.
L’enfant s’avance d’un pas rassuré vers les flots, il est pieds-nus .Il entre dans l’eau jusqu’aux genoux, se penche et dépose le minuscule crabe au fond de l’eau. Ce dernier ne demande que son reste et se redirige vers le large. Jason se sent noble dans son geste .Il reviens vers Mamie qui l’attends sur la rive. Ils vont, tous les deux s’assoir sur un petit banc de sable à quelques dizaines de mètres de l’océan. Le soleil se met de la partie amenant de doux rayons chauds et bienfaisants tout en coulant sur la peau. Jason s’adresse à sa grand-mère :
Mamie, crois-tu qu’il vivra le petit crabette même s’il a atterri ici sur la plage ?

Sa Mamie lui répond :
-On ne peut pas savoir mon petit Jason. On ne sait jamais ce qui peut nous arriver, tu sais, une journée tout va bien et le lendemain rien n’y fait on est malade et au lit. Et un autre jour tout va bien à nouveau. Je te félicite de l’avoir relâché tu sais c’est comme un oiseau dans une cage. J’ai beaucoup de difficultés avec les gens qui s’obstinent à les garder dans ce genre de prison. La beauté de l’oiseau se cache dans son vol. S’il ne vole plus il devient inutile. Et la liberté, aussi, peut se retrouver de cette façon, regardes.
Éloïse prend une poignée de sable et le tient serré dans sa main :
-Plus tu serres la main plus le sable ne peut s’échapper mais si tu ouvres la main le sable s’écoule comme il doit le faire, et c’est si doux entre les doigts. Tu sais les gens c’est aussi la même chose. Si tu essaies de les contrôlés ou de les manipuler un jour ou l’autre ils finiront par se révolter et partir. Aucun humain n’aime se faire conduire, dicter sa conduite ou se faire diriger contre son gré. Il y a des gens qui sont champions à faire cela, tu verras tu les reconnaîtras lorsque tu les verras ou rencontreras. Tiens-toi loin, très loin. Ne laisses personnes te diriger, l’homme est debout aujourd’hui ce n’est pas pour se remettre à genoux devant les autres.
Jason réfléchit profondément aux paroles de sa Mamie. Il se lève et se dirige vers la mer pour y tremper ses pieds. Tout en contemplant le flux et le reflux des vagues ses yeux se posent sur l’horizon lointain de cet océan bleu-vert. Des goélands chapardeurs viennent virevolter au dessus des flots. Leurs cris stridents enflamment le cœur de Jason. Il les regarde faire des vrilles pour ensuite frôler les flots à la recherche de nourriture. Jason pense à son petit crabe et ne désire pas du tout qu’il tombe dans le bec lacéré d’un de ces prédateurs dénués de remord.

Il se lève et va rejoindre sa Mamie qui baigne au soleil il lui dit :
-Tu sais Mamie, comme tu dis, si un jour je fais face à ce genre de personne je vais tout de suite le savoir .On ne peut pas les ignorer, je crois.

Sa Mamie s’adresse à lui tendrement :
-Oui tu vas les reconnaitre, ce sont des gens qui ne pensent qu’à eux. Ils font tout pour que tout reviennent à eux. Ils sont extrêmement égoïstes et manipulateurs. Ils sont subtils et ne laissent rien voir. Ils te comblent de petits cadeaux et d’intentions mais c’est toujours pour eux qu’ils font ça. Ils veulent te mélanger dans tes pensées, ton vécu et ta vie. Si un jour cela se produit dans ta vie, viens m’en parler si je suis toujours vivante, sinon parles en à quelqu’un. Ils ne veulent que subtiliser ton autonomie, te rendre dépendant d’eux. Ce sont comme des trous noirs de l’univers, ni plus ni moins .Ils vont te siphonner toute ton énergie à te rendre plus dépendant d’eux. Tu sais comme un parasite qui s’accroche sur le ventre d’un gros poisson.
Jason écoutait religieusement et demande à sa grand-mère :
-Mamie en as-tu déjà connu des gens comme ça ?
La grand-mère, posée, entre dans un profond silence et regarde son petit-fils qui attend sa réponse :
-Oui malheureusement mais je ne te dirai pas qui c’est personnel. Mais il faut se méfier de ce genre de prédateur mon enfant. Je ne veux pas te faire peur avec cela mais vaut mieux être prudent.
Les vagues se rapprochent de plus en plus c’est la marée montante. Jason et sa Mamie reculent vers les falaises pour ne pas être envahis par les flots. Du mur des falaises des hirondelles ont construit leur nid. Un va et vient constant les agite. On entend leurs rejetons piailler lorsqu’un des deux, du père ou de la mère reviennent avec la pitance. Quelques fleurs magnifiques pendouillent sur les rochers. Elles ont réussi à s’agripper à la vie et à survivre. Une corneille frondeuse s’approche un peu trop du couvoir d’un des couples d’hirondelles. Tout de go c’est l’alerte et aussi les vols en piqué vers l’intrus. Chacune leur tour les oiseaux plongent vers la voleuse noire qui fuit sans demander son reste. Elle ne peut pas lutter contre cette bande solidaire. Les hirondelles retournent à chacun son nid, le danger est passé.
Jason, curieux, redemande sa grand-mère pensive :
- Tu ne veux pas me le dire Mamie c’est qui celui que tu connais qui est comme ça ?
La Mamie réfléchit et murmure :
-Non mon petit Jason, d’ailleurs ça ne donnerait rien que tu le saches. Ces gens là ne veulent qu’on parle d’eux, alors nous allons cesser de parler de celle-là et nous parlerons autre chose. Qu’en penses-tu ?
Jason, un peu déçu acquiesce :
Tu as raison il y a tellement de belles choses ici en ce moment pourquoi ne pas en profiter. Tu sais je me baignerais volontiers mais je crains que l’eau soit trop froide pour ce temps ci de l’année.
Sa Mamie sourit et approuve la décision de son petit fils pas seulement pour la température de l’eau mais aussi par prudence. Il y a des courants assez puissants pour cette partie de plage .Des pancartes avertissent du danger .Jason se plante debout devant sa grand-mère et lui dit :
-Mamie je vais prendre une petite marche est-ce que tu viens avec moi ?
Éloïse lui répond :
-Non Jason, je vais rester ici au soleil mais ne t’éloigne pas trop. Il est presque midi et nous allons casser la croute dans moins d’une heure.

-Ne t’inquiète pas Mamie je serai de retour dans une demi-heure environ. Je veux aller explorer un peu plus loin vers ce mur de falaises là bas à gauche.
Sa Mamie regarde et vérifie qu’elle pourra le surveiller même s’il s’éloigne un peu. Elle se souvient que lorsque Jason était jeune, il partait comme ça à l’aventure sans en dire mot à personne. Ils l’ont cherché souvent et, souvent, aussi, ce sont les voisins qui le ramenaient. Une fois ce sont des policiers qui sont venus le reconduire à la maison au grand dam de ses parents.

Jason s’éloigne d’un pas alerte de sa Mamie. Il jette un regard furtif et sent les yeux de cette dernière se poser sur sa nuque. Il lui répond :
-Oui Mamie je vais être prudent.
Il sourit et continue son périple. Il marche allégrement dans les vagues qui viennent lui caresser les pieds..Il aime cette sensation. Il se penche et trouve une énorme écaille d’huitre toute blanche tachée de bleu. Il la rince dans l’eau de mer et contemple le nacre de l’ex maison d’un mollusque. Il la met dans sa poche et se dit :
-Souvenir !
Il déambule en trainant les pieds dans l’eau qui vient s’étaler sur la grève. Il se penche à nouveau et cette fois il ramasse un caillou blanc, tout blanc. Pas d’impuretés .Il le glisse dans sa poche et continue sa petite escapade. La plage est jonchée de cailloux, de coquillages et d’algues. Il remarque des fleurs d’algues de toutes les couleurs. Il en prendrait bien quelques unes mais il le sait qu’elles ne se garderont pas. Il arrive à un petit cumul d’eau de mer entre deux petites collines de sable parallèles à la mer. L’eau y semble accumulée depuis quelques temps. Il se risque et y met un pied ensuite l’autre. L’eau est chaude très chaude même. Le soleil a fait son œuvre .Quelle belle sensation se dit-il .
Il marche maintenant vers les falaises qui se dressent comme de vieux soldats au garde à vous. Il est impressionné par la hauteur et surtout la couleur d’un rouge vif terreux.
Tout le long de la falaise il y a de minuscules cavernes mais aussi d’immenses trous béants qui peuvent y loger un homme debout. Jason s’y risque mais ne va pas trop loin. Il se sent à l’abri .La caverne dégage une odeur forte de salin et d’eau de mer. Il respire à fond.Il ressort de la caverne et s’avance à nouveau vers la mer. Il se dit :
-C’est temps que je retourne, Mamie va s’inquiéter.
Il reprend donc le chemin par l’autre sens. En quelques pas il rejoint sa grand-mère qui sommeille au soleil sous un petit parasol. Jason s’approche tout doucement pour ne pas la faire sursauter. Il lui caresse la joue avec sa petite pierre blanche. Éloïse ouvre les yeux candidement et sourit à Jason .Ce dernier lui tend la petite roche.
Mamie est ravie. Elle prend la pierre et la roule dans ses mains gercées. Elle sent la douceur du caillou et dit :
-Merci mon petit Jason, ça me fait plaisir de l’accepter.
Jason lui montre aussi les trouvailles qu’il a fait sur la plage durant sa marche surtout l’énorme coquillage qu’il tend à sa grand-mère. Éloïse n’a qu’admiration pour ce trésor et elle en fait chaudement mention à son petit fils.
-Mamie j’ai faim. Est-ce qu’on va manger ?
La grand-mère se lève de sa chaise et plie son petit parasol et dit à Jason :
-Oui allons-y.
Le soleil darde maintenant. Les deux s’éloignent et leurs ombres les suit en s’agrandissant.
Pierre Dulude
Les Ailes du Temps
Iles de la Madeleine
23 décembre 2014.

 

Fable…

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Fable…

Les orchidées exhalent de leurs effluves toute la pièce. Leur parfum, mêlé à celui des  roses et l’encens produit une fragrance incomparable. L’odeur du thé au jasmin vient rajouter une touche magnanime à toute cette ionosphère. Maître Tchang attends depuis peu son disciple Li qui n’arrive jamais en retard. La musique de cithare chinoise coule tout comme une légère cascade dans un bois calme et serein. Il se verse une tasse de thé et le déguste prudemment car il est effervescent .Il savoure délicatement tout en humant les vapeurs du jasmin. Une tonalité de satisfaction le fait glousser de ravissement. Il aime ce thé. Il dépose sa tasse sur la petite table de bambou face à lui et consulte son livre de Yi-King. Il entend des pas dans l’escalier; c’est Li  qui grimpe les marches quatre à quatre de peur qu’il ne soit pas à l’heure. Maître Tchang le regarde pénétré dans la pièce tout en lui disant par un signe de la main de ralentir :

-Ne t’en fais pas mon garçon, tu n’es pas en retard c’est plutôt moi qui est en avance et prends un siège  face à moi s’il te plaît.

Li s’exécute tout en  restant silencieux, il attend pendant que son maître finisse sa lecture. Il regarde tout autours de lui et remarque les orchidées parées de leur robes toutes blanches, il se dit à lui-même :

-Quelles gracieuses fleurs et cette fragrance…

Toujours dans ses réflexions il regarde maître Tchang déposer son livre sur la table et  écoute ce qu’il a à dire. Le maître prend tout son temps comme à l’habitude. Il demande à Li :

-Et qu’as-tu fait ce matin depuis ton lever ?

 

Li lui réplique :

-Bien pour commencer, tout de suite après mon lever je me suis mis dans la position de Lotus et j’ai médité plus d’une demi-heure .Ensuite j’ai collationné de façon équilibré comme vous me l’avez enseigné. J’ai pris une douche et je suis venu directement ici.

Maître Tchang sourit pour donner son approbation. Il reprend :

-Et dans tes méditations qu’est ce qui en est ressortit ?

Li réfléchit et enchaîne :

-Le détachement de tout ce qui est matériel. Le non-attachement aux biens de la terre. S’accaparer des valeurs spirituelles, comme la bonté, le don de soi, la joie, la Paix, le bien et combien d’autres. Le donner sans espoir de retour et l’Aimer sans condition. Voilà grosso-modo ce qui en est ressortit maître.

Tchang le regarde avec admiration, son élève apprend bien et lui dit :

-Connais-tu la fable du hanneton et de la coccinelle ?

Li cherche dans sa mémoire et lui affirme :

-Non maître, je ne la connais pas celle-là, allez-vous me la raconter s’il vous plaît ?

Maître Tchang offre une tasse de thé à Li qui accepte avec plaisir, le thé du maître en est un d’un art japonais ancien et il est délicieux à outrance. Maître Tchang poursuit :

Il y a, il y a plusieurs centaines d’années, un hanneton gourmand, avare et très insécure vit au creux d’un arbre. Il a fait sa tanière à cet endroit la protégeant des prédateurs, des voleurs et escrocs de tout acabit qui pourraient  lui prendre ses provisions. Il défend bien son château fort. Sa caverne, bourrée de victuailles sent le renfermée et le moisi car il ne pouvait pas toujours garder au frais ses provisions qui pourrissent avec le temps .Il doit, souvent, se défaire de choses qu’il croit pouvoir conserver mais ces dernières deviennent si rassies avec le temps.

Dans son garde manger des fruits, légumes, insectes chapardeurs, noix et toutes sortes de victuailles aussi hétéroclites les unes que les autres font du hanneton un insecte riche.

Donc installé dans son antre qu’il surveille comme une sentinelle surveille sur son tour de garde, il ne laisse personne, pas âme qui vive, s’introduire chez lui.

Par une belle journée d’été une petite coccinelle de ton vert avec de petits pois rouges atterrit près de la mansarde du hanneton. Ce dernier, ayant senti les vibrations d’ailes, sort précipitamment de son trou pour effrayer l’intruse. Il tend ses mandibules défensivement.

La coccinelle effrayée fait quelques pas en arrière voyant ce monstre noir aux mâchoires d’acier s’approcher d’elle. Elle le supplie de ne pas lui faire de mal, qu’elle est là par erreur et qu’elle part sans demander son reste. Elle baisse ses antennes pour ne pas provoquer le hanneton menaçant. Celui-ci regarde avec mépris de toute sa grosseur la petite bête à Bon Dieu toute chétive et tremblante. Il fait encore quelques pas en direction de la coccinelle et s’arrête net car il voit bien qu’elle n’est pas une menace à sa grandeur et à son précieux avoir. Il lui dit :

-Que veux-tu coccinelle ? Es-tu venu dérober mes victuailles ? Es-tu venu manger mes provisions ou bien même me faire des problèmes ? Si c’est cela tu vas goûter de ms mâchoire .

La coccinelle, en entendant cette voix d’outre-tombe et creuse a peur :

-Non, non M. le hanneton je ne suis pas ici pour vous voler. J’ai atterri ici par erreur comme je viens vous le dire. Mais le hanneton n’écoutait pas.

Le gros insecte semble avoir un petit moment de pitié et essaie de rassurer la petite bête toute effrayée. Il reprend :

-Est-ce qu’il y a longtemps que tu n’as pas mangé ? Veux-tu des bons champignons ou quelques noix ? Je t’invite à entrer chez moi et tu pourras te servir comme tu le veux. Allez viens je ne te ferai pas de mal.

Le hanneton, de sa patte, entraîne la petite coccinelle hésitante à l’intérieur de sa cavité sombre. Il ne veut aucun mal  à la petite, pour une fois, pense-t-il, je vais faire le bien. Il pousse la coccinelle vers son garde-manger. Une odeur fétide s’en dégage et la coccinelle recule en se bouchant le nez. Elle demande au hanneton :

-Pourquoi gardez-vous toute cette nourriture qui est en état de putréfaction. Vous ne voyez pas que plus de la moitié n’est plus bonne qu’à jeter ?

Le hanneton, sur un ton grognard et insulté répond :

-Mais tout cela est bon je l’ai acquis dans mes tournées nocturnes, et diurnes.

Quelques fois je n’ai pas besoin d’aller quérir des provisions mais j’y vais pour faire des réserves pour ne rien manquer en cas de mauvais jours. Viens voir mes autres compartiments de nourriture, tu en seras étonnée.

Il entraîne la petite coccinelle dans des dédales de son terrier et tout en descendant l’odeur devient insoutenable. La coccinelle décide de revenir sur ses pas et d’aller prendre de l’air frais. Le hanneton la suit à quelques pas en arrière.

Une fois à l’extérieur la coccinelle qui respire à fond ne peut s’empêcher de dire au hanneton :

Mais qu’avez-vous donc à entasser autant de choses et de nourriture. Pourquoi est-ce  si important de thésauriser de la sorte ? Je ne comprends pas. Je vis simplement au jour le jour et une journée à la fois. Je n’accumule rien de tout cela. Je me promène de fleur en fleur en ayant tout le temps de quoi me nourrir et de bien vivre et en plus je suis libre d’aller ou je veux et quand je veux car je n’ai pas d’immondes paquets de nourriture à surveiller jour et nuit.

Le hanneton,  inconscient de son problème, son dada, dévisage la coccinelle de façon haineuse et lui dit :

-Dis-le donc que tu es jalouse de mon avoir de mes possessions ? Allez avoue ! Tu n’auras rien, tu m’entends tu n’auras absolument rien de tout cela.

La coccinelle, voyant le ton agressif du hanneton parle diplomatiquement :

-Non je ne suis pas jalouse de ton pécule, je n’en veux pas. À quoi me servirait tout ça je ne suis pas assez costaude pour le transporter ou bien même le défendre. Je crois, et je te dis cela avec toute amitié, que tu as un problème de surconsommation et que si tu continue tu vas te rendre malade.

Sur ces mots le hanneton se fait menaçant et s’avance rapidement vers la coccinelle, qui elle, s’envole vers le haut de l’arbre .Elle voit le hanneton tourner dans toutes les directions mu par sa colère. Ses ailes semblent si lourdes.

Maître Tchang regarde Li en lui disant :

Quelle est la morale de cette histoire mon cher Li ?

Li réfléchit et dit :

Que la liberté vaut tous les trésors de la terre. Que tout est relatif, tout finit par disparaître et finir en poussière. Comme dans ma méditation qui me disait de vivre le détachement de tout, tout abandonner. Il ne sert à rien d’accumuler les biens de cette terre. Et que l’humilité se cultive avec le temps.

Maître Tchang, satisfait de son élève lui sourit. Il est fier de son élève qui avance à grands pas dans la vie.

-Bravo cher petit Li, tu as très bien compris.

Sur ce, les deux adeptes du Bouddhisme s’inclinent devant un  buste de Bouddha souriant.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

15 décembre 2014 

La fille et la mer…

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La fille et la mer…

Noel .

noel

Noël

 Machinalement les morceaux de musique s’enchaînent d’un ton lancinant ; presque ennuyant. L’immense couloir du grand centre d’achat criant de lumières, de décorations et de gens plus ou moins éberlués qui déambulent tout comme des ombres égarés. Le tempo, le timing  n’y est pas. On dirait une vieille rengaine  revenant hanter cet espace temps de cette période de l’année, encore une fois. Ce cycle, sans cesse renouvelé, s’étiole sur un laps  de temps de quelques semaines. Quelques semaines parfois longues et interminables. Les mêmes vieilles habitudes viennent nous rappeler, en nous martelant, les mêmes chansons qu’on écoute; qu’on écoutait il y a cinquante ans et plus. Le lavage de cerveau va bon train.

L’essence même de la  Fête est évacué par la panoplie commerciale affichée sans pudeur et sans restriction. Le gros bonhomme rouge trône ici et là tout le long du corridor achalandé du centre commercial; les enfants en perdent le nord. Les commerçants ne savent plus où donner de la tête et de l’esprit pour vendre leur salade. On ne sait plus à quel stratagème se vouer pour écouler la marchandise. Tout déborde à profusion, tout regorge de richesses et de vanités. : ‘’ Offrez ceci, offrez cela !’’ Disent les panneaux publicitaires. Ne regardez pas à la dépense c’est Noel après tout ! Et les gens se laissent submergés par la féérie des couleurs et l’attrait du miroitant et du flamboyant.

Jean-Paul, bien campé sur son banc, au beau milieu du passage, reluque tous ces gens qui gigotent dont certain les bras remplis de ces sacs multicolores à offrir en cadeau. Des enfants innocents suivent leurs parents en se faisant tirer par la main. On semble pressés, en retard sur l’horaire et stressé. Et pourtant il n’y a pas de quoi.

Jean-Paul, à la retraite depuis peu aime bien se retrouver dans ce centre d’achats par les matins tristounets des jours de semaines. Mais là il avoue qu’il y a trop de monde, de va et vient et de bruits. Il se laisse emporter dans ses pensées et son imagination. Lui aussi il revient au temps quand il avait huit ou dix ans.  Il se souvient des ces Noel en famille et toute la joie et le plaisir qu’il y avait. Il se souvient  des jours, juste avant la Grande Fête, quand les enfants  tous ensembles montent le sapin de Noel. La magie des jeux de lumières, des boules scintillantes et des guirlandes serpentant sur le plancher du salon. Installer la crèche dans son petit enclos et : ‘’ Oh non on n’installe pas le petit Jésus avant le vingt quatre au soir ; c’est la tradition’’.En dernier ce sont les glaçons d’argent qu’on installe délicatement. Sans parler des prises de becs entre les artisans de ce chef d’œuvre. Les empoignes du temps des fêtes comme disait sa mère .Ah ! Quels bons souvenirs. Jean-Paul aimait ce temps de joies de réjouissances. Sa mère cuisinait tous les jours et étalait ses créations sur le comptoir de la cuisine : pâtés au poulet, tourtières et les différentes tartes sans oublier les canneberges d’un rouge vif. Et la musique qui enchantait tout ce beau monde. L’atmosphère était à la fête. Le soir venu tout le monde à la messe de minuit, sauf la mère qui préparait la table. Lorsque les enfants arrivaient avec quelques adultes tout était illuminé dans la maison et il avait une odeur de cuisson à faire saliver.
Les chandelles brillent de tous leurs feux et la musique si douce à l’oreille caresse les tympans. Jean-Paul repense comme ils ont hâte d’aller au salon pour développer les présents offert par les parents .Ensuite tout en famille ce sont les chants traditionnels qui se font entendre surtout  Sainte Nuit tout en plaçant le petit Jésus à sa place dans la crèche. Tous en chœur, doucement et mielleusement, chantent ce4 magnifique chant du temps de Noel. Les larmes coulent et c’est le seul moment de tristesse de la soirée; tradition exige. Par la suite c’est une explosion de rires de joies et de folie.
Jean-Paul essuie une larme qui s’est faufilée sur sa joue .Qu’il se sent donc seul et solitaire de ces beaux souvenirs.

Une foule bizarre et bigarrée passe non loin de lui le tirant des ses rêvasseries. Des cris et des effusions se font sentir au loin. Ils sont bruyants et excités  ce qui déplaît à Jean-Paul. Il s’aperçoit qu’avec le temps il aime le silence et apprécie le calme. Encore cette année il sait qu’il n’aura pas de visite, encore une fois. Ses enfants tous éloignés les uns les autres ne viennent pas. C’est pour cette raison qu’il se retrouve là pour avoir quelques peu de compagnie; même si ce sont des étrangers. Et il n’est pas le seul. Tout le long du passage  des personnes âgées sont installées sur ces bancs pour les promeneurs. Ils regardent passer la foule par curiosité. Tout en se posant des questions sur un ou sur l’autre. Quelle solitude. Chacun sait qu’il entre chez lui, sur la fin de l’après-midi, ouvre la télé et prend son petit repas, seul et dans la solitude. C’est Noel après tout !

Jean-Paul fixe une vieille dame en chaise roulante qui roule tranquillement en se frayant un chemin au travers les marcheurs. Tous l’ignorent sauf pour ne pas s’accrocher dans la chaise. Elle est vêtue simplement et humblement. Elle ne parle pas avec qui que ce soit. Elle vient s’installer près du banc à Jean-Paul. Un silence gênant surplombe les deux personnes âgées. La vieille dame sort un paquet de biscuits d’un sac plastique et commence à en grignoter. Elle se retourne vers Jean-Paul, qui lui, occupé à regarder des enfants se débattre pour un jouet  quelconque reçut du Père Noel d’un des magasins.

-‘’ Voulez-vous un biscuit monsieur ? ‘’

Jean-Paul pose ses yeux sur elle et regarde les petits gâteaux qui semblent bien appétissants .Il en prend un et dit :

-Merci madame c’est gentil de votre part.
Il déguste la petite pâtisserie et fais un signe de tête à la dame lui signalant que c’est bon.

La dame lui répond :

-Bienvenu monsieur ça me fait plaisir.

Elle entame alors le dialogue, la glace est brisée:

-Vous venez souvent ici, je vous vois souvent  la semaine. Je viens, moi aussi, quelques jours par semaine. Je viens voir comment va le monde.

Elle a un petit sourire narquois et des yeux pétillants. Elle continue :

-Et vous, allez-vous avoir de la visite à Noel  ou bien ce sera comme moi vide et sans perspective de présences? Je ne vois plus cela de la même manière aujourd’hui.

Jean-Paul, un peu timide et gêné vient pour répondre mais elle ne lui en laisse pas le temps…

-Depuis quelques années je découvre que c’est de plus en plus difficile. Je suis en chaise roulante, je ne peux plus marcher et l’aide ne vient pas souvent. Mes enfants m’ont plus ou moins abandonnée ; je les vois que très rarement. L’an passé j’ai eu beaucoup de difficultés avec le gouvernement qui m’a envoyé une lettre me disant que je dois voir un médecin pour avoir une deuxième opinion sur mon handicap et pendant ce temps je ne reçois  plus mes allocations. J’ai dû  faire appel à beaucoup de gens et aux comptoirs alimentaires.
Difficile pour l’orgueil ça monsieur. J’ai fait appel à mes enfants mais aucun des quatre n’a répondu. Et encore cette année je vais aller au repas communautaire de ma paroisse.

Il y a des gens  très intentionnés et charitables à cet endroit. Ils ont le vrai sens de la fête. Ce sont des personnes dévouées et humaines. Pas ce qu’on voit ici. Ici ce n’est que du superficiel ; de la poudre aux yeux. Les gens sont insensibles et  ont oublié le pourquoi de cette fête. La naissance de Jésus.

Jean-Paul, un peu mal à l’aise, approuve d’un hochement de la tête les propos de la dame, il rajoute :

-Moi qui me croyais dans une situation désespérante et difficile; je vois par ce que vous vivez ce n’est rien de mon vécu. Moi aussi mes enfants ne viennent presque plus me voir mais ce n’est pas si terrible. Je sais qu’ils vont m’appeler ce soir et que je vais pouvoir parler à mes petits enfants. Tandis que vous…

-Oh vous savez, monsieur, j’en ai l’habitude et en fait on s’habitue à tout. J’en ai pris mon parti depuis toutes ces années.

Des marcheurs solitaires frôlent les vitrines des boutiques à la recherche du cadeau idéal pour un mari, une épouse un ou une amie ou une personne aimée. Les flâneurs s’agrippent à quelques images qui poussent au rêve. La vieille dame continue la conversation :

-Avez-vous acheté vos cadeaux de Noel ?

Jean-Paul lui dit :

-Pour qui ?

Et tout de go elle dit :

-Mais pour vous mon cher monsieur. Vous ne vous faites pas de présent en ce temps de réjouissance. Je m’en fais toujours un à chaque année. Oh ! Ce n’est pas grand-chose mais ça me fait tellement plaisir. Elle sourit à pleine dents. Ça me rappelle mon enfance. Tiens cette année je me suis acheté  des petits bibelots; des personnages de la crèche. Elle exhibe les petits personnages, les Rois Mage. Elle les caresse et les fait tenir debout dans le creux de sa main. Elle est toute fière de les montrer à Jean-Paul.  L’an passé, aussi, je me suis acheté cela alors je complète cette année. Il me manque encore un petit mouton et un âne et ce sera pour l’an prochain. Je respecte mon budget  et je ne suis pas pressée.

Jean-Paul  admirait cette dame. Lui qui avait une généreuse pension et qui, selon lui, vivait au-dessus de ses moyens. Il offrit de l’aide à la dame qui s’empressa de refuser :

-Merci quand même monsieur mais je me débrouille assez bien.

J’ai appris une prière il y a de ça plusieurs années et ça  dit :

‘’ Mon Dieu donne moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer,
Le Courage de changer les choses que je peux et
La Sagesse d’en connaître la différence.’’

Je la récite souvent et ça m’aide beaucoup à accepter ce que je vis.

Jean-Paul continue :

-Puis-je vous offrir un café au moins ? En passant quel est votre nom ?

La dame répond :

-Merci je ne bois pas de café, et mon nom est Madame Rose  et vous, vous vous appelez ?

Jean-Paul lui tends la main et lui dit :

Jean-Paul, Madame Rose.

Il prit sa main dans la sienne et s’aperçut qu’elle est rugueuse ; des mains qui ont et travaillent dur. Leur regard s’éloigne et Madame Rose enchaîne :

-Bon je dois partir car, pour moi maintenant c’est plus long me rendre chez moi. Il faut que je roule .Joyeux Noel Jean-Paul et Paix à vous.

-Joyeux Noel Madame Rose et soyez heureuse.

Et elle sourit. Ce qui vient illuminer les idées à Jean-Paul. Il la voit quitter tout doucement l’enceinte du centre d’achat. Il se promet que lui appellera ses enfants ce soir il n’attendra pas. Ce sera son cadeau de Noel.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

10 décembre 2014 

Tolérance.

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Tolérance…

‘’ Il m’aime, il ne m’aime pas, il m’aime, il ne m’aime pas ‘’ parvenue à ses derniers pétales, Noémie, estime ce qui reste. La dernière ramure lui dira : ‘’Il ne m’aime pas ‘’ et c’est ce qu’elle ne veut pas. Alors, en trichant un peu, elle arrache un pétale et l’ignore. Son désir est plus puissant que tous les hasards. Son grand-père vient la rejoindre  et s’assois près d’elle dans le glèbe de marguerites. La candeur des fleurs sauvages contraste d’avec les rochers et les monticules de terre noire. Quelques abeilles butineuses effleurent les fleurettes  du bout de leurs ailes et de leur trompe à la recherche de  précieux liquide pour leur miel. Noémie demande à son aïeul :

‘’Papy, comment se fait –il qu’à toutes les fois que l’on effeuille une marguerite on arrive toujours à la fin avec un résultat que nous ne voulons pas ? Regarde je te montre ‘’

Elle coupe une autre fleur et se met à lui arracher les pétales et arrive au même résultat. Le grand-père dit alors :

‘’ Mais si tu commençais par il ne m’aime pas et ensuite il m’aime, aurais-tu la même conséquence ? ‘’ En fait les dés sont pipés d’avance tout dépendant de ce que nous voulons ; n’est ce pas ? ‘’

La fillette songeuse lui répond qu’il a raison.

Le vieux reprend :

‘’ C’est comme ce qui se passe dans la vie, tu sais. Bien souvent nous nous faisons une opinion de quelqu’un ou de quelque chose et nous tirons nos conclusions immédiates et bien souvent sans connaître le fond des choses. Nous pouvons prendre les choses sous de nouveaux angles et y voir autrement.

Nous pouvons avoir cette  opinion des années durant jusqu’au jour ou la Lumière nous éclate en pleine figure .Et nous disons :’’ je ne pensais pas cela ! Je n’avais pas figuré cela  avec cet optique .Nous agissons avec ces gens de notre entourage de façon intransigeante. Nous n’essayons même pas, pour quelques instants, de se mettre à leur place et d’essayer d’imaginer ce qu’ils ont vécu ou ce qu’ils vivent. Nous portons des œillères pour ne pas voir et souvent des tampons dans nos oreilles pour ne pas entendre ce qu’ils ont à dire. Nous devenons insensibles aux récriminations des autres, leurs doléances ne nous intéressent pas ; c’est nous qui avons raison point final ! Et tout ça basé sur un jugement parfois lancé à la légère.

Un jour, un de mes amis vient me voir et me dit que lui, côté santé, rien ne va lui arriver. Il s’est fait une opinion, et ce, depuis des années. Il fait très attention à son alimentation et surveille ce qu’il mange et fait de l’exercice; tu saisi ! Ce qui n’est pas mal en soi. Que tout va bien dans le meilleur des mondes et qu’il se sent en sécurité dans ce qu’il a appris avec des livres et des cours sur la ‘’ bonne santé ‘’. J’ai su dernièrement qu’il a passé  un séjour à l’hôpital pour un pontage des artères et pourtant…

Il a changé d’idée sur  ses idées préconçues, il a  modifié sa façon de voir sur la santé de la pensée magique ou l’on pense tout guérir avec notre pensée. Il a constaté que la médecine, sans être parfaite, peut aider.

Noémie les yeux et les oreilles tout grands ouverts boit les paroles de son grand-père qu’elle aime beaucoup. Une bande de mésanges vient cafouiller dans les hautes herbes. Leurs petits cris stridents dissimulent  les frottements d’ailes des grillons et des criquets. Un concert gratuit pour les néophytes musicologues.

Papy  continue :

‘’ Tu sais c’est comme les préjugés raciaux et sur l’orientation sexuelle de certaines personnes. ‘’

Une coccinelle vient se poser sur la main de la jeune fille la fillette lui parle :

‘’Allo toi, comment vas-tu ? ‘’Tu viens me visiter ?

Son grand-père sourit à pleine dents.

Papy rajoute :

Imagines-toi que ce serait une araignée toute velue qui aboutisse sur ta main ! Qu’aurais-tu fait  à la place d’avoir une conversation avec ta coccinelle. Tu aurais eu une réaction de dégoût et de peur. La peur nous fait faire beaucoup de choses souvent inimaginables.

‘’Imagines toi aussi dans le monde des insectes, toutes les différentes espèces, de grosseur, de couleurs et de formes. Souvent ils vivent dans le même milieu et ne se dérangent pas. Et nous les humains, les blancs, nous voyons un noir, un asiatique ou toute autre personne et nous réagissons bien souvent négativement et pourtant nous sommes des humains. Pourquoi ? Nous n’avons pas à faire face à des millions d’espèces seulement  quelques unes.

Et nous disons, avec nos jugements souvent biaisés, il est ou elle est différente de moi. Il ou elle n’a pas la même couleur de peau. Il ou elle n’a pas les même croyances que moi. Il  aime un homme ou elle aime une femme. Et nous rejetons ces gens .En fait c’est nous-mêmes qui se rejette des différents de nous.

Noémie sourit tout en laissant la coccinelle monter sur son bras. Elle soufflète un gloussement. Le soleil se glisse tout en douceur sur sa tendre et jeune peau. Une légère brise s’est levée et fait balancer les hautes herbes  tout comme les moutons sur la crête des vagues en pleine mer. Le temps est doux et bienveillant.

‘’ Comme je te le dis ma petite fille  c’est à nous d’ouvrir notre esprit et d’avoir de la tolérance vis-à-vis des autres. Mais souvent il en est très difficile à cause d’idées préconçues. Tiens un autre exemple qui est bouleversant. Regardes comme on voit les personnes handicapées et, souvent, nous en avons peur. Peurs injustifiées. Ce sont des êtres charmants et plein d’amour .Mais ils sont différents de nous, et pourtant.

Noémie récolte une myriade de fleurs sauvages, des blanches, des bleues, des jaunes et quelques brindilles aussi pour en faire une jolie gerbe qu’elle offre à son grand-père en lui disant : ‘’ Regardes elles sont toutes différentes elles aussi des unes et des autres et  vont très bien ensembles ; elle sourit avec une candeur enfantine. L’aïeul ne peut que lui rendre son sourire et accepter le bouquet si tendrement offert. 

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

7 décembre 2014.

Noel 2014

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( Texte à suivre)

Après…

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Après…

Réinstallé dans mon petit logement plus ou moins douillet après ce voyage aux Iles de la Madeleine, je réfléchis aux futurs gestes à poser. Je suis hésitant .Je regarde par la fenêtre  qui est semi bloquée par le tilleul que j’ai nommé Alfred en l’honneur de mon grand père maternel. J’aime cet arbre qui me procure sa bienfaisante ombre l’été, sa fraîcheur lors de journées très chaudes. Le seul inconvénient c’est qu’il prend beaucoup de place et empêche la lumière de pénétrer  dans la pièce.  J’apprécie le froissement des ses feuilles lors de vents modérés ou vigoureux. C’est un ami. Je médite donc sur  les jalons que je vais devoir faire d’ici quelques  mois. Une date de déménagement est plus ou moins fixée. Mes fils ne sont pas au courant de mes intentions je compte bien les informer bientôt. Ma décision est prise et rien ne me fera changer d’idée. Je sais que ça me demandera beaucoup d’efforts physiques et mentaux pour arriver à mettre tout ce branle-bas de combat en marche. Le voilà mon coup de pied ou le dos perd son nom.

En attendant je suis rivé à ma chaise tout en pensant d’une façon logique et rationnelle aux choses à faire. Lorsque mon fils revient de son travail  je lui annonce mon intention et mon désir de quitter cet appartement et d’aller m’installer aux Iles de la Madeleine en colocation avec mon amie Ginette. Il n’est pas surpris et avoue même qu’il en est heureux : ‘’ Enfin tu vas abandonner le mur de briques en arrière, il est grand temps papa ! Je vais t’aider et on va préparer tout ça. Quand penses-tu partir ? ‘’

Je ne sais pas encore et lui demande si nous avons suffisamment de temps d’ici – nous sommes en septembre, le vingt – à la fin octobre ?

J’opte pour le début décembre mais selon moi c’est trop long et aussi ,lui et ses frères, ont à déménager tout ce qu’il y a dans l’appartement. Car je quitte sans meubles ou autres choses inutiles pour moi. Où je vais la maison est toute meublée et mon amie a beaucoup de choses. Je me dis: ‘’ Si j’ai à acheter quelque chose bien je le ferai là-bas. ‘’ Nous avons donc pris la décision, mon fils et moi,  que le tout se fasse d’ici la fin octobre. Ma date de départ le vingt-cinq octobre à neuf heures du matin en avion. Et c’est parti pour le grand dérangement .Un sentiment de nostalgie, d’insécurité  et d’aventure m’envahissent. Je suis habitué depuis plusieurs années de vivre seul; là nous serons deux. S’adapter sera un mot à la mode .Je fais une liste de tout ce que j’ai à faire et accomplir d’ici un mois. Je ne manquerai pas de temps. J’ai encore de l’espace pour penser, méditer et réfléchir.

Un jour je suis à regarder par la fenêtre et mes yeux font le tour de l’appartement et je me dis : ‘’ Je m’en vais et je ne reviendrai plus ici. C’est fini.’’ C’est comme si je prenais conscience que je me dois de lire le dernier chapitre et, enfin, fermer ce livre.  Beaucoup de souvenirs me sont remontés à l’idée. Nous sommes arrivés dans ce logement  en deux mille six donc  cent mois plus tard nous quittons. Et il s’en est passé des choses dans ces cent mois de notre vie. Je n’ai pas de regrets et c’est l’important. Au fil des jours je ramasse mes choses et entasse cela dans des boîtes. Car elles partiront par bateau et arriveront avant que j’arrive aux Iles. Au bout de quelques semaines tout est empaqueté et prêt  à faire le voyage.

L’appartement est de plus en plus vide. Il ne reste que l’essentiel pour nos besoins à moi et à mon fils. C’est triste et ennuyeux mais ce n’est que pour un temps. Aucune télévision, téléphone et ordinateur. L’appartement a été mis en sous-location et nous avons régulièrement des visites. Cela ne me regarde plus car j’ai pris entente avec le proprio et lui ai cédé mon bail tout en défrayant des frais d’administration. Je pars donc l’esprit en paix  je n’ai pas à me soucier si c’est loué ou non.

La semaine avant de partir j’ai un rendez-vous avec mon médecin pour lui annoncer ma décision de quitter Laval pour les Iles de la Madeleine. Mais je ne vais pas bien du tout .Je fais de l’arythmie cardiaque, et ce, depuis plusieurs jours. Cette journée là c’est ma sœur et mon beau-frère qui viennent m’accompagner chez le docteur. En arrivant à la maison ma sœur voit bien que je ne suis pas en très grande forme. On parle de m’envoyer en ambulance à l’urgence  mais je lui dis que j’aime mieux voir mon médecin .Cela ne s’avère pas une bonne idée du tout. J’ai le cœur qui bat à cent trente battements à la minute depuis deux heures. En arrivant au bureau du médecin il voit bien que je ne vais pas du tout et m’envoie à l’urgence. C’est ma sœur et mon beau-frère qui m’y amènent. En arrivant là il me donne un lit et me connectent sur un moniteur. Ils finissent par stabiliser mon état. Je passe une nuit à l’urgence et je ne veux pas être là.

Là je réfléchis profondément à mes projets et remets tout en question. Je me dis : ‘’ Adieu veau, vache, cochon, couvée ? ‘’ Je me dis : ‘’ Non ! ‘’

La nuit aux urgences c’est une nuit aux urgences d’un hôpital avec beaucoup de patients dans les corridors et des gens très mal en point. Une peur angoissante me submerge ; celle ou je me dis j’espère qu’ils ne me trouveront pas des symptômes de maladie quelconque et que je devrai passer des jours et des jours  ici. Oui je remets en question mon départ et mon déménagement  mais ma petite voix intérieure me dit : ‘’ Non, on y va après être sorti d’ici. ‘’

Le lendemain je rencontre le médecin qui m’avait accueilli aux urgences de l’année précédente, celui du pace-maker. Il me fait passer des tests et rectifie certaines choses au niveau de la petite machine cardiaque. On ajuste mes doses de médication et on me retourne chez moi. Plus de peurs que toutes autres choses. Je suis bien heureux et content. Le projet continu et le samedi suivant je vais prendre l’avion.

Il me reste quelques jours à passer dans ce logement quasi vide et face à moi-même. J’assume et j’accepte toute cette situation. J’ai la visite des mes fils qui savent bien que je ne serai pas de retour ici avant un très long temps. Je passe les derniers jours à me reposer et planifier les derniers préparatifs du départ. Je tourne et retourne dans ma tête le pourquoi de tout ce qui m’arrive. Depuis le tout début de cet épisode de ma vie ; donc de deux mille douze à aujourd’hui. Je le figure comme une descente et ensuite une montée d’un mont inatteignable. On sait les efforts et l’énergie que cela demande. Il s’agit d’avoir la volonté, le courage et la détermination pour avancer. Quelques fois ta vue, tes pensées sont obstruées par un épais brouillard qui est lent, très lent à se dissiper. Parfois aussi, tout autours de toi, surgit le néant et tu perds tes points de repère. Quelques fois, aussi, ce sont les mirages qui te cachent la vue et sans t’en rendre compte tu interagis avec eux tu vis de réalité et d’illusion. La conscience est altérée et ne sait plus où donner de la tête. Dans un demi sommeil éveillé tu tergiverse sur des flots parfois mais souvent tumultueux. Je ne prends plus d’alcool ; par chance mais j’ai toujours, dans ce laps de temps, songé au suicide.

Geste que je n’ai pas  mis à exécution mais y ai pensé très sérieusement. Un jour, assis sur mon banc au parc, je me dis qu’il suffit de descendre dans la rivière et de me laisser couler à pic. On me retrouve au barrage d’électricité un peu plus bas. Une autre fois, au Monastère en haut à la Tour de l’Horloge, je me dis il suffit que je me lance dans le vide pour planer comme un oiseau. Mais ce geste aussi je ne l’ai pas posé. Je vis un combat continuel entre la vie et la mort, le beau et le laid, le grand et le petit, le bien et le mal. Je suis déchiré de toutes parts dans mon être. Et, tout cela, se passe dans mon imagination .Je ne peux même pas l’écrire je me sens vide comme un puits à sec. Mais qu’est ce qui me retient à la vie d’une telle façon ?

Mes dernières choses sont prêtes; ma valise est presque bouclée reste à me coucher et le lendemain c’est le départ. Je  me lève tôt à cause de l’excitation. Il y a trente-quatre ans que je n’ai pas pris l’avion la dernière fois c’est en France que j’allais. Arrivés à l’aéroport et après les formules d’usage de vérification de bagage et de fouille j’attends l’avion qui m’amènera vers les Iles de la Madeleine. Je me sens léger et très heureux. Lorsque l’avion décolle, intérieurement, je dis Adieux à ce que je vois par le hublot. Un sanglot me monte à la gorge mais le retient. ‘’Enfin ! Me dis-je ‘’ je l’ai fait ; je l’ai fait enfin! ‘’ J’ai posé le geste de me libéré, de me sortir de la torpeur qui m’engluait depuis quelques années.

Il est évident que cette nouvelle vie demandera beaucoup d’acceptation, d’abnégation. Ma santé est bonne, du moins pas mal mieux de ce que j’ai vécu quelques mois auparavant. De nouveaux horizons s’ouvrent à moi. Je ne m’en vais pas dans un monde hostile et rébarbatif. Oui ce sera une adaptation de tous les jours et, aussi, d’exploration et de découvertes. Je laisse aller et j’ai lâché prise tout en me laissant transporter par le courant. Je suis toute voile tendue  à tous les vents. Je sens ma personnalité, mon être se reconstruire doucement et délicatement. Mes pensées ont changées, évoluées. J’y vais paisiblement sans débordement et recommence à voir le beau, le bien et la vie !

C’est beau la Vie ! 

 

Pierre 

Les Ailes du Temps

Iles de la Madeleine

( 11 et 12 novembre 2014) 

Pendant…

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Pendant…

La date fatidique de l’opération vient de tomber, ce sera le vingt-six mai à huit heures du matin. L’opération, selon le médecin, doit être d’une durée d’environ cinq à six heures s’il ne surgit pas de complications, ensuite récupération.

Dans mon agenda je fais un compte à rebours, dix-neuf jours, dix huit jours, dix sept jours jusqu’au matin de la chirurgie. La veille je me couche et tout en prière je demande au Seigneur de me protéger et de guider les mains de ce médecin qui ira me ‘’jouer’’ dans les viscères.

Le matin du vingt-six je me lève, confiant, volontaire et décidé. Je suis à prendre une douche avec le savon spécial recommandé par l’hôpital. Je ne fume pas et ne veux pas fumer. Je me sens comme un mouton qu’on amène à l’abattoir et qui ne dit mot ou bêlement. Je suis dans cet état d’âme. Mon fils vient me chercher pour que nous soyons à l’hôpital pour six heures trente.

Après les formalités administratives d’usage on me dirige vers la salle d’opération. Suis-je conscient ? Est-ce que je sais ce qui m’attend : non ! Je regarde tout autours de moi et vois des visages souriants; je ne souris pas je crois. Et lorsqu’on m’installe sur la table d’opération je fais une dernière prière et l’anesthésiste fait son boulot  je quitte ce monde pour celui d’un sommeil profond. Je n’ai conscience de rien évidemment. Je me réveille en pleine nuit  le lendemain ; il est deux heures quarante du matin et ma première pensée est : ‘’ Thank God i’m alive ! ‘’ Je regarde partout pour essayer de trouver un regard plus ou moins familier d’une infirmière ou d’une préposée aux malades. L’infirmière en charge du quart de nuit vient me voir et me parle. Elle me dit que l’opération a duré plus de douze heures et que j’ai failli y perdre un rein. Le chirurgien a travaillé pendant tout ce temps. Merci Mon Dieu ! Ils m’ont donné tout le sang qu’ils avaient à donner  donc changer mon sang jusqu’au dernier litre.

Aux soins intensifs, tout en attendant, je reçois les soins de base  avec l’attention des infirmières des plus compétentes et humaines. J’ai de la visite de mes fils  et je récupère tout en douceur. Je suis intubé de partout ; tubes qu’ils enlèvent les jours suivants. Je pense et réfléchis avec peine et misère.

En fait si quelqu’un me demanderait si je recommencerais cette expérience je ne suis pas sûr du tout de ma réponse. Je viens de m’imbriquer dans un processus de remise en question très profond. Les prochains quatre-vingt dix jours seront cruciaux pour ma vie et ma survie. C’est dans cette chambre en soins intensifs que cette remise en question commence. J’ai l’impression de me glisser dans le no man’s land  au beau milieu de nulle part et dans le néant. Je reste aux soins intensifs pendant une huitaine de jours ensuite transfert en cardiologie parce que une nuit j’ai fait de l’arythmie cardiaque. Je suis donc sous haute surveillance médicale pendant plus de quatre jours. Mais, dans un sens, tout va bien.

 Les séquelles de l’opération sont minimes. Un matin je signale au médecin que je suis constipé alors il me prescrit un médicament, un laxatif. Résultat : ce fût une cascade que dis-je les chutes du Niagara d’excréments; il y en avait partout et je n’avais pas le temps de me rendre aux cabinets. Cet épisode je l’ai appelée l’épisode du vidage. Pas de quoi avoir de la fierté et de l’orgueil. C’est aussi avec des expériences comme celle-là que l’on constate que l’on devient très dépendant des autres .Je passerai par d’autres épisodes aussi cocasses les unes que les autres rendus à la maison pendant plus de quatre-vingt dix jours. Les nuits sont longues à l’hôpital .On y dort très mal dans des positions inconfortables et on déambule dans l’insomnie. Je me lève la nuit, encore une fois, et surveille la circulation sur l’autoroute. Je trouve le temps long et ennuyeux. J’ai mon Ipad et y lit les nouvelles du jour .Je constate que plusieurs personnes demandent des nouvelles à mon fils Philippe, il est réconfortant que les gens pense à toi dans ces moments. Je me suis éloigné des autres depuis un bon laps de temps et j’en ai des regrets. Des peurs m’habitent et me rongent. La peur des complications dues à l’opération, la peur  de l’effet de la médication, la peur d’avoir peur. On m’a transféré dans une chambre à quatre. Les gémissements se font entendre, les bruits d’intolérance et les critiques acerbes des autres malades surgissent. La misère humaine quoi ! À toute heure et à tout bout de champs on se fait réveiller, brasser et berdasser. On essaie de se rendormir mais peine perdue, le sommeil est déjà léger  et fuyant. Ce n’est qu’au petit matin qu’on trouve la force de fermer les paupières et glisser dans une minime léthargie  qui ne dure qu’un temps avant les prises de sang et de pression doublées de la prise de médication. Enfin au bout de douze jours on signifie mon congé.

 Il était temps car je n’en pouvais simplement plus. Mon fils vient me chercher et lorsque je mets le nez dehors le soleil vient me saluer avec ses rayons coulants et bienfaisants sur mon visage. Tous les arbres  sont  d’un beau vert tendre, nous sommes début juin, une brise joyeuse vient me caresser la peau si longtemps demeurée enfouie dans la lumière  blafarde des néons de la chambre d’hôpital. Nous nous dirigeons vers la maison. Je sais que ce ne sera pas une sinécure et que dans quelques instants je vais me retrouver seul, encore une fois avec moi-même et ma réhabilitation.  Arrivé à la maison, Philippe doit retourner au travail; il me quitte en me disant qu’il sera de retour ce soir. En attendant je fais comme la dernière fois je m’assois sur ma chaise face à mon ordinateur mais cette fois aucune larme. De la fatigue par contre. Et de façon instinctive je vais à l’armoire de cuisine ou j’avais dissimulé un paquet de cigarettes mais il n’y est plus. Je cherche et cherche et ne trouve pas. J’ai une envie morbide d’une cigarette car moi je n’ai pas arrêté définitivement  seulement temporairement à cause de l’opération. J’ai su que c’est mon fils qui  a jetés mes cigarettes, mon briquet et tout ce qui se rattache au tabac. Je ne suis pas content et lui exprime. Je sais qu’il a cherché à bien faire mais malgré mes désirs. Imaginatif j’ai trouvé le moyen de m’en procurer la semaine suivante.

 

Commence alors cette exploration de ce no man ’ s land qui ne m’est pas inconnu en fait mais tout à fait nouveau; différent des autres. Cette fois je suis diminué physiquement, je ne peux vraiment mais vraiment rien faire sans l’aide de quelqu’un. Je fais la navette entre ma chaise et le divan  sur lequel on y a installé des couvertures et des oreillers car je ne peux dormir étendu. Je dors assis. Les trente premiers jours sont pénibles et souffrants. Je me réveille la nuit tout en sueur et je cours après mon souffle. Je prends des médicaments qui me font avoir des secrétions immondes que je recrache .Les derniers composants de l’anesthésie. Par chance ma cicatrice ne me fait pas souffrir. Ça aurait pu arriver. J’ai du temps à moi. Des infirmières viennent tous les jours changer un pansement à mon aine droite dont la cicatrice est mal refermée .d’autres viennent aux deux jours pour des prises de sang. Je recommence à avoir des rendez-vous avec des spécialistes, encore et encore. Mes nuits se passent bien mais souvent j’ai le souffle court et je suis obligé de rester éveillé une partie de la nuit. Sommeil que je reprends dans le jour.

Mon état mental, malgré cela, s’améliore. Les pensées suicidaires ont disparues  et me quittent peu à peu. Je glisse dans une sorte de torpeur mais j’en suis très conscient. Je laisse aller et vis un jour à la fois  Je rêve du jour ou j’en sortirai tout en sourire et en énergie mais pour cela il me faudra me donner un coup de pied ou le dos perd son nom.  Je crois que ça s’en vient mais le moment n’est pas encore décisif. Après un mois je reprends du poil de la bête et j’entame le deuxième mois avec plus d’espoir et de courage.

En août je remets un séjour au Monastère, je ne me sens pas prêt et, pour moi, tout est fait de routine et avec raison. Ma condition physique n’est pas à son meilleur et il me prend énormément de temps pour accomplir de simples petits gestes qui avec le temps deviennent des victoires ; tels enfiler mes bas, me laver, me raser et combien autres choses. J’ai pris une première douche après 38 jours de ma sortie d’hôpital l’eau qui coulait sur mon corps fut si bienfaisante que je me suis attardé sous la douche jusqu’à temps que l’eau devienne froide.

Je me réveillais la nuit et le sommeil n’y était plus. Je me remémorerais les films que j’avais visionnés ou les chansons que j’avais écoutées. Je me ramène à mes souvenirs du Monastère les années précédentes. Un jour je suis assis dans ma chaise et, tout d’un coup sans crier gare, je me mets à pleurer comme un enfant. Je chante n’importe quoi tout haut et fais des folies dignes d’un aliéné. Je prie, je médite, je contemple je supplie Dieu de m’aider à passer au travers de ce mauvais temps. Je reçois des courriels de gens que j’aime et qui m’aiment.

Avec mon amie Ginette qui demeure aux Iles de la Madeleine nous concoctons un projet pour que j’aille passer une vingtaine de jours ou elle demeure. J’en suis ravi mais aussi, selon ma condition physique je remets fréquemment en question ce voyage .Je ne me sens pas en superbe grande forme.  J’entre avec une certaine sérénité dans le troisième mois. Nous sommes au début du mois d’août, l’été tire à sa fin. Le projet d’aller aux Iles de la Madeleine se concrétise malgré mes hésitations. Je sais que pour y aller il me faudra faire un voyage de seize heures d’autobus et cinq heures de bateau-traversier. Vais –je me sentir suffisamment en forme physique et mentale pour ce voyage; je le crois mais attends à la dernière minute pour le réaliser concrètement. En attendant je récupère au niveau sommeil et repos.

Je me sens seul et solitaire. Mes fils sont à la campagne les fins de semaine et je me retrouve seul dans cet appartement. J’assume cette solitude mais il est temps que quelque chose arrive. Il y a trop longtemps maintenant que je suis au neutre, je recherche cette flamme et je ne sais ou elle est. Je recherche ma passion d’autrefois et je suis sur que je vais la retrouver ou bien c’est elle qui va me retrouver. L’espoir y est toujours. Je sais que ce voyage sera le début d’un autre livre de ma vie. Je vais donc terminer le dernier chapitre et fermer le livre. Le vingt huit août je quitte Laval ; direction les Iles de la Madeleine. J’y passe vingt jours. Ce qui me frappe le plus c’est l’immensité; la mer est omni présente. En plus d’avoir retrouvé une amie de longue date, quarante-trois ans sans se voir, je vis temporairement dans ce petit paradis. Et subtilement nous faisons le projet d’une colocation d’une maison pour probablement y finir nos jours. C’est un projet quelque peu farfelu mais réalisable. Je reviens donc à la maison au bout de vingt jours emballé et décidé de vaincre ce mal qui me ronge depuis quelques années.

Le no man’s land est terminé.  

 

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