Avant…

desespoir

Avant…

Tout comme un vieil arbre sur le déclin de ses jours je vis une grave remise en question depuis un certain laps de temps. Un questionnement profondément axé sur le sens de la vie. Qui suis-je ? Ou vais-je ? Il me semble que j’ai amplement vu dans ma vie .J’ai fait ce que j’avais à faire, il me semble, dit ce que j’avais à dire et accompli ce que j’ai dû accomplir. Maintenant ou est le véritable sens à ma vie ?

Je vais au Monastère, à Saint-Benoît du Lac, pendant plus de cent jours en 2012 et sur les derniers temps je n’y vois plus l’intérêt comme aux premiers moments : la prière, la méditation et la contemplation ne me passionnent plus  comme auparavant. Je ne pense qu’à retourner chez moi dans mon antre  de solitude et de désarrois. Une fois là, enfermé et isolé, je ne pense qu’à revenir à l’Abbaye ; une fois  de plus mais sans ferveur. Un goût amer flotte dans mon cerveau je ne vis plus à présent, j’existe  et sans trop savoir pourquoi. Je laisse inlassablement écouler les jours bâtis de petites routines, parfois aberrantes. Je vis et je respire sans trop y croire .Je suis dans un esprit quasi léthargique  tout comme on laisse son auto au neutre  pour dévaler une  pente.

Je me pose la question à savoir : mais qu’est ce que je fais ici moi ? Je regarde ma silhouette dans un miroir posé sur le mur et m’interroge rondement : tu es qui toi ? Aucune réponse encore une fois. Je me dis ça ne peut continuer comme ça. J’en parle à quelques moines mais mon désarroi est si profond que je n’entends pas leurs réponses à mes missives ; je ne veux pas les entendre ! Je m’enferme dans un mutisme à outrance .J’évite les gens.Tout comme l’animal blessé je vais me cacher au plus profond de mon être en ignorant ce qui m’entoure. Je me dis fréquemment que cela va passer, va s’atténuer et le soleil brillera de tous ses feux. Non ! Rien n’y fait.

L’angoisse me  saisit à la gorge et m’enserre ; je ne veux que fuir  et comme le dit le vieil adage : ce que tu fuis te suit ce à quoi tu fais face s’efface. Pour le moment c’est une fuite déraisonnable dont j’ignore tout, même de son existence!

 Ce n’est pas moi ça et je ne pense jamais que cela peux m’arriver. J’en suis rendu là. Mes valeurs, physiques, mentales et spirituelles flottent à la dérive sur l’onde blanche bleutée. Ma santé se détériore dans un silence lancinant ; je le sais. J’ai des avertissements  au niveau cardiaque qui ne mentent pas, mais on se dit constamment : ‘’ Ça va passer, ça va revenir ‘’ mais ça ne revient pas. J’ignore les signaux et continue mon petit bonhomme de chemin.

Un soir après avoir fait le service à la cafétéria des hôtes, au Monastère, un malaise me prend et je pense que j’ai perdu connaissance, par chance je suis assis, mais tout cela n’a duré qu’un court instant. Ignorance ? Insensibilité ? Inconscience ? Toujours est-il je laisse vaguement cet épisode de malaise derrière moi. Je me sens fatigué et quelques fois exténué  mais je continue à vaquer à mes occupations. Je sais que je devrai, lors de mon retour à la maison, communiquer avec mon médecin pour lui faire part de mes malaises .J’hésite car nous avons eu une prise de bec l’année auparavant pour des peccadilles j’ai donc décidé de cesser de le voir. Mais là il me faut descendre de ma tour d’ivoire et le consulter. Avec le temps me dis-je, avec le temps. Mais le temps, lui, n’attend pas. Je reviens chez moi, fin décembre en 2012 et attend la suite des évènements qui ne tardent pas à venir au courant du printemps et sans crier gare. Un jour, je vais faire quelques courses, je sors de l’épicerie et je manque de souffle et perd connaissance encore une fois, le temps d’un éclair. Je conduis l’auto et me tasse sur l’accotement du chemin et cela me met dans une position précaire et passablement dangereuse. Mais encore une fois j’ignore ce signal d’alarme et continue de vivre comme si de rien n’était. J’en paierai le prix quelques mois plus tard. Je me sens diminué, j’ai un mal terrible aux jambes  je sais que mes artères sont bloquées, sclérosées. Il y a quelques années j’ai entrepris le processus pour subir une opération mais j’ai reculé ; les peurs me motivent. Je ne me préoccupe plus du diabète qui fait des ravages en moi et je continue à vivre comme je l’ai toujours fait. Combinaison  on ne peut plus risquée et avec un danger imminent.

Arriva  ce qui devait arriver : les arrêts cardiaques successifs, cinq en deux jours. Jusqu’à la toute dernière quand mon fils, Sacha, a appelé l’ambulance pour me faire entrer d’urgence à l’hôpital à Laval. Diagnostique : le cœur s’arrête de battre et reprends son rythme au bout de sept ou  huit secondes; le syndrome de la mort subite.

L’urgentologue m’a tout de suite prescrit la pose d’un ‘’pace-maker’ pour régulariser les battements de cœurs. Et je suis demeuré à l’urgence, en soins intensifs, pendant sept jours. Là, tout comme un prisonnier sur lequel la porte de sa cellule se referme sur lui, je suis couché sur ce lit inconfortable et je suis épuisé.

Tout autours de moi, dans cette salle d’urgence, domine et prédomine les bruits des va et viens des infirmières et aides-soignants  et, ce, toute les nuits. De visites en visites des uns et des autres, médecins, infirmières, prises de sang, prise de pression etc … je suis entre les mains de ces gens qui y travaillent; on n’a pas le choix que de leur faire confiance. J’ai le temps de réfléchir à ma condition. Je suis tombé  bas, très …très bas. Ma condition mentale s’effrite encore plus. Je me raccroche à la prière; à Dieu, à la vie. C’est dans ces moments –là que la foi subi des chocs et des entrechocs. Non par soucis d’obtenir quelques bénéfices physiques sur notre état de santé mais bien sur la force et le courage de passer au travers. Les ailes du courage sembles si loin. La force, tant qu’à elle, tergiverse au gré des beep-beep des moniteurs qui m’entourent. Je me laisse aller comme lorsqu’on s’emmitoufle d’une couverture de laine en plein hiver près d’un feu de foyer .Je laisse couler le temps ; j’accepte. Je me lève souvent pour faire un peu d’exercice et me dégourdir les jambes qui me font encore souffrir. Et c’est dans cette alcôve de l’urgence que je décide lors de mon retour à la maison de recontacter le chirurgien pour la suite des choses pour cette opération. Je m’inquiète à savoir si mon dossier est toujours actif et si l’opération peut se faire ; je laisse cela dans les mains du Créateur. Je pose bien des questions ici et là mais personne ne peut me répondre. Alors j’attends d’être revenu à la maison pour agir.

Une nuit je me lève, il est deux heures trente et le sommeil m’a quitté. Je vais vers la fenêtre et y voit l’autoroute et me demande ou vont les gens à cette heure là, heure si tardive et il y avait beaucoup de circulation. Je me sens impuissant en me disant :’’ Eux peuvent aller ou ils veulent et moi je suis attacher  à cette chambre, patience et longueur de temps feront leur travail. ‘’

Je songe à l’opération que je dois subir dans les prochains mois et cela me fait peur, énormément peur. Mais, dans un sens, je ne sais vraiment pas ce qui va m’arriver et quelles en sont les conséquences mais je me dois de vivre tout en ayant une meilleure qualité de vie. Car la douleur est parfois si insoutenable la nuit et je reste éveillé des heures durant. Les jambes crient au secours.

Arrive enfin la journée de libération de l’hôpital, je suis ravi.  Après les moult recommandations et inondé de documents  des infirmières et médecins je retourne à la maison  avec mon fils Philippe. Après m’être installé et refamiliariser de mon entourage je  m’assois sur ma chaise face à mon ordinateur, ne l’ouvre pas et éclate en sanglots.

Je pleure pendant plusieurs minutes. Je prends conscience de mon état et je dois m’y faire si je veux vivre adéquatement. Je sais que je vais avoir des choses à changer, à améliorer et à jeter par-dessus bord. La première c’est la cigarette. Je recommence à fumer une cigarette ici et là jusqu’au matin, sur le bord de l’eau, ou je suis à prendre un café et allumer ma deuxième cigarette en quelques dix minutes. Je me dis que c’est illogique et suicidaire.

Je décide donc d’arrêter sur les champs. Je tiendrai soixante-cinq jours  d’affilés. Ce qui m’a beaucoup aidé. Pendant ce temps j’ai réussi à rejoindre le chirurgien qui devait, quelques années auparavant, m’opérer pour les artères. J’ai eu un rendez-vous assez rapidement  avec lui et ils ont réactivé le dossier. Mais il y a un temps d’attente énorme. J’ai appelé en juillet, j’ai eu le rendez-vous au mois d’août et ils m’ont opéré qu’en mai l’année suivante. Temps d’attente, d’angoisse et de souffrances.  J’accepte ma condition et me dis que tout cela est la conséquence de mon irresponsabilité et de mon inconscience. Il est plus facile à vivre lorsqu’on accepte.

Les jours, les semaines et les mois s’écoulent lentement. Je regagne de l’énergie  et un peu plus de tonus mental. Au niveau spirituel des choses ont changées. La profondeur de mes méditations est différente. Je vais à l’essentiel ; conséquence du temps à vivre et éviter la perte de ce  temps.

J’ai une ribambelle  de rendez-vous avec toutes sortes de spécialistes, cardiologue, docteur pour le diabète, docteur pour le pace-maker, infirmière, diététiste, prises de sang, etc… ce qui me tient passablement occupé. En janvier j’ai un premier rendez-vous en pré-opération pour la chirurgie aux artères. Ensuite un rendez-vous avec le médecin que je n’ai revu encore. Cette fois il me dit les conséquences que peut avoir cette opération car, selon lui, c’est majeur. Il me  fait une nomenclature des suites  que mon organisme peut ressentir; pas quelque chose pour assurer et rassurer. Mais je lui affirme que je suis prêt à subir cette opération et que je suis prêt, aussi,   à prendre toutes les chances possibles. Maintenant il s’agit d’attendre une date. Ce qui vient  que quelques mois plus tard ; en mai.

Je vais avoir une chirurgie qui s’appelle angioplastie ; on enlève l’artère principale du sternum au bas du ventre et dans les aines. Temps de récupération au moins  trois à quatre mois s’il n’y a pas de complications mineures ou majeures. Comme j’ai toujours fait cela dans ma vie, je me prédispose à cette opération et je sais que ce sera un calvaire  mais oh! Combien libérateur pour ces douleurs insoutenables aux jambes. Le médecin –chirurgien me l’a affirmé : ‘’c’est cette opération ou dans un certain temps c’est l’amputation des jambes.’’  

Tout comme un seul homme, prêt au combat, j’attends l’opération de pieds fermes.

Pendant…


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Après un an …..

lever 7

Après un an….

Après un an de silence voici ce qui s’est passé ( en trois textes courts ).

D’autres textes suivront ces descriptions.

Pierre

Les Ailes du Temps

Iles de la Madeleine ( 12 novembre 2014)

Heureuse année 2014

               

                  Heureuse année 2014

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Merci aux 70,500 lecteurs/lectrices sur ce blog.( depuis 5 ans)

 

D’autres textes vont suivre en 2014, après ces quelques mois de répit.

Bonne et heureuse année 2014….Santé, Harmonie, Amour et surtout:

 

                         Lumière.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps,

Laval, Québec, Canada.

Le silence !

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Le  silence !

Laurence Freeman o.s.b.,

extrait de Un monde de silence,

« Quatrième lettre », Montréal, Le Jour éditeur, 1998, p. 64-68.

 

Si nous comprenons à quel point la nature est silencieuse, nous apprendrons le pouvoir rédempteur et purificateur du silence. Tout ce qui est simplement soi-même, est silence. Peu importe que cette chose parle, cancane ou siffle dans le vent. Le silence n’est pas affecté par le bruit si celui-ci ne cherche pas à faire illusion ou à usurper l’identité ou le droit à exister de quelque chose d’autre… Le silence purifie. Il nous ramène à notre vraie nature et inverse les contre-courants de ce qui n’est pas naturel.

Nous réapproprier notre vraie nature à travers la méditation signifie qu’en méditant, nous apprenons à satisfaire les besoins fondamentaux de notre nature. Il faut pour cela connaître ses besoins, les affronter, les accepter et les avoir reconnus sans culpabilité ni rejet. Il s’agit de besoins humains tels que la plénitude, le bonheur et la paix ; ce ne sont pas des abstractions ; et ce ne sont pas des désirs non plus… Par ce grand discernement des besoins d’avec les désirs auquel le silence nous conduit, nous retrouvons une relation directe et harmonieuse, une non-dualité, avec nous-mêmes. La seule victime est le fantôme de notre moi imaginaire, avec ses peurs et ses illusions.

La méditation nous rend davantage conscients de toutes les forces qui vont aujourd’hui à l’encontre de notre nature… Nous ne pourrons remédier à la perte de contact avec notre nature spirituelle – illimitée et compatissante – qu’en réapprenant ce qu’est notre vraie nature. On ne retourne pas à la nature en se promenant dans la campagne, mais cela peut être aussi dur et revigorant qu’un exercice physique. La méditation détache de la fascination décadente pour la mort et la corruption et redonne un robuste appétit pour la vie. Les saints en témoignent par leur amour de la vie, leur incapacité à s’ennuyer. L’œuvre du silence nous rappelle d’une manière analogue que nos plus grands plaisirs sont à rechercher dans ce qui est naturel…

La découverte de notre vraie nature, quand notre conscience reflète et partage la conscience divine, nous fait accéder à la paix et à la liberté. La paix éclot de la connaissance certaine que notre nature est enracinée en Dieu et aussi réelle que Dieu. C’est la paix toute puissante d’appartenir à ce qui, nous le savons, ne va jamais nous rejeter ou nous renier, c’est la confiance en soi que donne l’amour. La liberté jaillit de la joie de la transcendance, de la joie de savoir que ce à quoi nous appartenons nous appartient. L’enracinement permet l’expansion, tout comme le vœu de stabilité de saint Benoît permet une transformation continuelle.

Face aux crises que traverse le monde actuel nous devons nous demander pourquoi nous méditons. Non pas pour nous faire douter de notre engagement, mais pour l’affiner et l’approfondir. Nous ne sommes pas en quête d’expériences intéressantes. La méditation n’est pas une technologie de l’information. Elle a trait à la connaissance qui sauve, à la conscience pure… Cette connaissance rédemptrice et re-créatrice est la sagesse qui manque à notre époque. Nous pouvons la reconnaître et la distinguer de ses contrefaçons parce qu’elle ne revendique ni n’affiche aucun pronom possessif. Personne ne prétend qu’elle est la sienne… C’est la conscience de l’Esprit Saint et, par conséquent, la matrice de tout acte d’amour véritable. Confrontée à la tragédie la plus démoralisante, elle est aussi proche de nous que nous le sommes de notre vrai moi.

 

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Après la méditation

 

Extrait de la Shvetashvatara Upanishad,

d’après la traduction anglaise de E. Easwaran,

Tomales, CA, Nilgiri Press, 1987, p. 223

Le Seigneur de l’Amour, omniprésent, demeurant

Dans le cœur de toute créature vivante,

Infiniment miséricordieux, retourne vers lui tous les visages.

Il est le Seigneur suprême, qui par sa grâce

Nous pousse à le chercher dans nos propres cœurs.

Il est la lumière qui brille à jamais.

Il est le Soi intime de tous,

Caché comme une petite flamme dans le cœur.

Seul l’esprit apaisé peut le connaître.

Les Ailes du Temps.

Laval, 25 octobre 2013 ,10:07 

 

 

 

 

 

UN ( Faire Union)

UN ( Faire Union) dans Liens oiseaux-livre1

UN

 

‘’Entre les rivages des océans et le sommet de la plus haute montagne est tracée une route secrète que vous devez absolument parcourir avant de ne faire qu’un avec les fils de la Terre.

 

Khalil Gibran’’

 

Tiens, sans avertissements  sans préambule et sans avant propos  et tout aussi hypocrite et insensiblement, ce matin, j’ai refumé une cigarette. Ça faisait soixante six  jours que je n’avais pas touché à ces rouleaux de  supposés  tabac bourrés de produits chimiques et infestés de nicotine et de goudron. Mais que s’est –il donc passé pour que, tout de go, j’aille me quérir ce poison et l’inhaler. Comme le vieil  adage le dit : ‘’ c’était plus fort que moi, plus puissant  que la volonté personnelle et les désirs de motivation. Une pensée secrète, à peine perceptible se frayait un chemin  dans les dédales des affirmations  et des promesses enfouies sous les décombres des dégâts faits avec le temps. Subtilement la dépendance a fait son chemin avec les jours et les nuits. Je ne suis qu’un homme  et non un être divin avec tous les pouvoirs inimaginables et c’est tant mieux si je m’en aperçois  et,
j’espère, en temps !

 

Quand on dit que le processus  est ancré si profondément ; dans le geste et l’idée je le dis c’est vrai !

 Donc vrai ! Après les premières bouffées assassines  j’ai senti ce fiel s’infiltrer dans mes veines et mes artères tout comme un acide gruge le métal avec sa corrosion. Le geste posé le courant suit.

Est-ce l’ennui ? Est-ce la solitude ?
Est-ce une inattention ou un manque de présence ? Est-ce le fait de se priver de tout ou presque ? Est-ce le stress qui corrode les câbles de la volonté ? Est-ce le manque de ‘’récompenses’’ ou la sclérose  des compliments ou des tapes dans le dos ? Est-ce les peurs qui surgissent de nulle part qui viennent t’assaillir comme ces brides de vents qui t’accrochent au son des vibrations brumeuses du matin.
Octobre peut-être ? La nostalgie; je ne sais pas et je n’en sais rien. Ce que je sais, et ça, je n’en doute nullement, c’est que je me dois d’arrêter avant que la ou les cigarettes me reprennent encore d’assaut à toute épouvante. Une escarmouche momentanée un temps de non-paix !

C’est un combat, une lutte, une guerre exterminatrice. J’en suis très conscient. Je suis conscient des dommages et des conséquences mais, en fait, l’ai-je fait exprès pour en arriver là ? Soixante six jours de fait et ce n’est pas rien !

 

Oui je me voyais  en pensées, en paroles même et en gestes me diriger vers le dépanneur et commander ces cigarettes .Je me voyais revenir à la maison et attendre quelques minutes à faire quelques tâches et par la suite m’allumer cette cigarette tant désirée depuis  plusieurs jours  et, voilà, c’est fait !  Les premières inhalations m’ont étourdi et il m’a fallu reprendre quelque peu mon souffle. La nicotine faisait son chemin. La culpabilité aussi et, surtout, les regrets. Comment pourrais-je qualifier  ce geste?   De suicidaire, d’autodestruction et   de non-vivre ? Pourquoi pas ! En suis-je rendu jusque là ? Toute l’atmosphère que je vis depuis l’automne dernier ressort par ce geste ! Pourquoi ? N’ai –je pas fais ce chemin dont parle Gibran pour ne faire qu’un avec les Fils de la Terre ? N’ai-je pas fais ce chemin qui parcourt ma raison vers mon cœur pour prendre conscience de ma condition d’homme et de faible ?  En suis-je rendu si profondément investi dans les dédales des Ténèbres pour ignorer  la Lumière ? C’est ce que je ressens depuis plus d’une année.

En juillet de cette année il y a eu l’insuffisance cardiaque et mon séjour à l’hôpital pendant une semaine. Est-ce assez ? De tout mon être profond je crie, je hurle et je pleure ! Je ne vois presque plus la Lumière ; ma Lumière. Depuis  ce temps je suis sans boussole ou avec une boussole sans aiguille. Tout comme un navire tergiversant sur les flots fous et condescendants.

Et pourtant je vis, je respire et je vois le beau. Je vois l’extraordinaire mais je ne le vois pas. Je n’apprécie plus comme je le faisais. Que s’est –il passé ? Qu’est-ce qui a été le déclic ? Introspection exige. Je vais, encore, sur les abords de la rivière et surtout depuis quelques semaines avec toute cette explosion des couleurs. J’y vais et depuis quelques temps j’y venais sans cigarette respirer à fond l’odeur des coloris d’automne  mais le cœur n’y est pas. Malgré la profusion des pastels  mes yeux s’embrument jusqu’à ignorer ces beautés. Quel gâchis ! Mais j’aime ces tableaux de paysages !

Je ne puis dire que je suis négatif ou dépressif  je crois plutôt que c’est comme un laisser aller, à la va comme je te pousse. Mais où cela va-t-il finir ? Une journée à la fois me dit mon sens logique. Problèmes physiques et de santé exigent aussi. Je ne croyais pas qu’on puisse en arriver là un jour.

Plusieurs me diront : ‘’ Et ton Dieu ? L’as-tu oublié ? L’as-tu délaissé ? Qu’en est-il de tes croyances dans ta vie ?  Tout comme ce qui est dit dans le Psaume 15 :

Toutes les idoles du pays,
ces dieux que j’aimais, +
ne cessent d’étendre leurs ravages, *
et l’on se rue à leur suite.
Je n’irai pas leur offrir le sang des sacrifices ; *
leur nom ne viendra pas sur mes lèvres !

La semaine dernière je suis sur le bord de l’eau, il fait beau extraordinairement beau. Le soleil darde en cette fin d’après-midi d’octobre. Les rayons de l’astre  transmettent une quintessence de pâleur sublime. Les érables, parés de leurs plus beaux atours d’un rouge vif rient aux éclats. Le ciel d’un bleu pastel déteint sur les vagues de la rivière.

Le spectacle en est tellement beau et doux que les larmes me viennent aux yeux. Il y a tellement de beautés dans cette scène que le souffle me manque de les admirer. Des goélands, fous et moqueurs, font des arabesques acrobatiques sur les ailes des vents suintant cette chaleur automnale. Si cette fresque ressemble au paradis  j’en suis preneur ; plutôt deux fois qu’une. Je prends une photo de l’endroit malgré que j’en aie des dizaines. Celle –là est spéciale très spéciale. Les deux clochers du  Saut aux Récollets argentés brillent de tous feux.

On ne se lasse pas de découper avec nos yeux ces pointes qui dardent le firmament  azuré. Chercher les détails cachant les pures beautés et mêlées aux sentiments révélateurs du poète. Les gens déambulent nonchalamment tout comme ces flâneurs de Leclerc. Tout le monde prend son temps. L’orangé et l’or des érables  nous couvrent d’un duvet rassurant. Je reste jusqu’à ce que les cloches de l’Église retentissent pour l’Angélus. Les notes fusent tout en catimini et en douceur dans ce fond d’après-midi ; fin de journée. Il est dix-huit heures et je n’ai pas le goût de partir et je me dis encore quelques minutes; je n’ai pas autre choser à faire : je reste. Je respire à fond et profondément. Je respire le restant de rayon de soleil à ma portée. Je suis debout face à l’onde et les vagues me transportent vers le large ; vers le fleuve. Un goéland m’invite à le suivre dans la lignée de son vol.

 

Je me dis, à ce moment là en pensée, je sais que je vais vivre des choses difficiles alors il faudra assumer. Je suis les arabesques aéronautiques de l’oiseau qui vrille et revrille  tout en rectiligne. Un maître de vol.

 

Je suis, présentement à écrire ce texte et je sais que le combat est entamé. Je sais que ce n’est pas le premier et non plus le dernier. J’en ai vu d’autres, bien d’autres.

 

So help me God.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 23 octobre 2013

40 jours !

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Élémentaires…!
Quarante jours…! Sans cigarette.
(40)

Comme si le temps suspend momentanément son envol. Comme si le navire vient d’accoster sur un rivage totalement inconnu. Pas sauvage ni non-accueillant mais mystérieux et enivrant. Invitant, oui, mais prudemment. Mais où suis-je donc ? Mais qui suis-je donc ? Je prends ce recul nécessaire et revois les jalons. Ma mémoire me joue-t-elle dans les neurones à me mélanger et à m’indiquer une fausse route; je ne sais pas, je ne crois pas. Commençons par ce choc; physique en est-il mais oh! Combien commémoratif dans le souvenir. Depuis quelques jours je m’effondre par perte de connaissance; syncopes disent les médecins, Syncope sur syncope, cinq ou six je ne sais plus je ne compte plus. Je pourrais prendre note et aller directement à l’hôpital me faire soigner, je me dis : ‘’ non ! Ça va passer. Mais voilà  que ça ne passe pas. Ça ne passe jamais seules ces choses-là! À la  cinquième….

Mon fils appelle le ‘’911’’ et eux envoient une ambulance qui m’amène  à l’hôpital. Interventions promptes des soignants : médecins, infirmiers et infirmières. Des gens très compétents. Le temps de le dire et de le réaliser je me retrouve en salle d’opération entre leurs mains .Ils me posent un défibrillateur et me voilà rendu, par la suite, aux soins intensifs branchés de cinquante tuyaux et connecteurs pour les signes vitaux. Je suis abasourdi et encore sous le choc. Je sommeille à qui mieux mieux, mais suis conscient de mon état. Je sais  grandement et pertinemment ce qui m’a amené ici ; je savais  que ça m’amènerait ici en toute connaissance de cause. Et  c’est…. la  cigarette ! La maudite cigarette. Il y a des lunes et des lunes que je me le dis. Mais je ne m’écoute pas….ne m’aime pas ?

J’ai été et, à ce moment là, encore fumeur. J’ai commencé ma carrière de tireur de bouffées sur  ces petits rouleaux de tabac vers l’âge de sept(7) ou huit(8) ans. Je chipe des cigarettes dans les paquets de cigarettes de mon père, ma mère ou mes sœurs plus vieilles que moi. Tout le monde fume la clope chez nous et il est assez facile d’en trouver. Des cigarettes toutes faites ou bien des mégots trouvés dans les cendriers, peu importe en autant qu’on fume. Avant de partir pour l’école ; deux ou trois  petits mégots et on a notre petite dose de nicotine pour l’avant midi. À l’école, bien souvent, les plus vieux nous donnent des cigarettes et sur l’heure du midi nous retournons chez nous pour manger. Après le dîner encore une cigarette et nous avions  dix, onze ou douze ans. Nous étions vraiment innocents et sans conscience de ce que nous faisions. Mais pire…! Nous voulions fumer. Pour ma part j’aime la sensation que me procure la cigarette. Je recherche toujours cette euphorie du tabac. Mon cerveau n’en fait qu’à sa tête lorsque je peux  pomper sur ces petits tuyaux remplis de tabac. En fumant j’ai l’impression d’être quelqu’un. Avec les années je suis devenu accro;très accro et dépendant. Mais au diable je ne me priverais pas de ce petit plaisir, qui sans le savoir à ce là, m’amène vers les dédales du suicide et de la mort. Car fumer tue; mais combien de temps  cela nous a-t-il pris pour le comprendre ? Combien de temps cela nous a-t-il pris pour assimiler que fumer est l’ingestion de produits chimiques autant assassins les uns que les autres. Non !  Nous savourons  le produit qui nous donne de la satisfaction oh! Combien passagère. Une jouissance si éphémère.

Nous avons cru, longtemps que nous nous donnions du bonheur, du bon temps et des belles heures mais en fait nous ne prenions pas de bon temps justement  nous nous enlevions  du temps et ce n’était qu’une question de temps .Et c’est ce qui m’est arrivé. Fumeur, diabétique, artères bloquées et mauvaise condition physique  et arrive les arrêts du cœur et le séjour à l’hôpital.   

À la suite d’un court séjour; deux jours en soins intensifs à la suite de cette opération et  en cardiologie pour  cinq jours, on me donne mon congé avec toutes les recommandations d’usage : rendez-vous prochains et rencontres avec les médecins. Me voilà  t’y pas  sur le chemin du retour à la maison.  Fatigué et même exténué, car le sommeil est très léger ou absent à l’hôpital, j’ai les larmes faciles je pleure souvent. Mon premier geste, lorsque je suis seul, je retrouve dans une armoire de cuisine, un paquet de cigarettes que mon fils n’a surement pas vu ou remarqué. Je l’ouvre et prends une clope que j’allume fébrilement et tire les bouffées comme un siphon assoiffé d’air pollué. Évidemment je suis tout étourdi; ça fait une semaine que je ne fume pas. Je ne fume que la moitié de la cigarette mais oh! Combien, semble-t-elle, bienfaisante .Après cette clope je vais m’assoir dans ma chaise  de mon bureau et je pleure. C’est plus fort que moi; plus puissant que moi je ne peux m’arrêter, je ne peux jeter ces bouts de papier contenant du tabac aux ordures et je me donne un horaire et des restrictions. Je fume en cachette de mon fils  surtout lorsqu’il n’est pas là. Mais, avec le temps, le nombre de cigarettes augmente et augmente vite. Toutes les raisons sont bonnes pour tirer  une bouffée. Et je me donne cinquante-six bonnes raisons d’en fumer une  ou une moitié d’une. En fin de compte au bout de  dix ou douze jours je refume plus de  vingt-cinq cigarettes par jour ; autant qu’avant ma chute; je n’ai rien compris ! Mon fils déconcerté me fait tout un sermon et avec raison. Mais je continue indifféremment et nonchalamment. Je fume et c’est comme si je cherche à mourir. Je suis, en tous cas,  sur le bon chemin ! J’ai des idées suicidaires et très négatives. Je broie du noir et j’en déguste à outrance. Les gens me souhaitent prompt rétablissement  mais moi je sais que je joue un jeu non-franc .Je me demande jusqu’où cela va-t-il m’amener ? Je me laisse vivre et diriger.

Par un beau dimanche matin du mois d’août, le dix-huit en fait, je me retrouve aux abords de la rivière ; mon lieu de prédilection. J’ai fait une halte au garage et me suis acheté un café. Il va de soi que j’ai mon paquet de cigarettes ; mon éternel paquet de cigarettes. La veille, mon fils et moi avons eu un argument sérieux. Il me disait que ça ne faisait pas sérieux mon affaire. Je venais de passer une semaine à l’hôpital et voilà que je refumais  autant qu’avant il me dit :’’ Tu veux encore retomber ? Bien si c’est ça  arranges-toi seul pour la prochaine fois ! ‘’ Et il a raison. Mais ce n’est pas ce qui m’a décidé à poser mon prochain geste.

Je suis là sur le bord de l’onde et j’admire le lever de soleil. J’y suis depuis environ  sept ou huit minutes et je m’aperçois que j viens d’allumer ma deuxième cigarette. Alors je me dis :

- Pierre ça ne fait même pas dix minutes que tu es ici et tu allumes ta deuxième cigarette. Es-tu devenu fou ou quoi ? Tu fumes autant qu’avant ton insuffisance cardiaque. Tu pompes autant qu’avant ton séjour à l’hôpital. Tu ne t’étais jamais dit, un jour, quand ça va m’arriver je vais arrêter de fumer ?

Je me suis souvenu de cela et j’ai regardé ma cigarette et me suis dit :

-Toi c’est la dernière que je fume !

Et je la lance dans les grandes herbes. Je me lève  et marche un peu nerveusement. La décision est prise; la décision finale. Je ne fais ni un ni deux et me dirige vers la maison. Il est environ  six heures et quarante-cinq du matin. J ’arrive à la maison et, tout de suite, vais dans le tiroir de mon bureau et y sort un paquet plein de clopes. J’attends  à sept heures pile et ouvre le paquet de cigarette que j’avais sur le bord de l’eau, y prend les cigarettes et les déchiquètent en mille miettes, les jette à la poubelle ainsi que mon briquet. Je prends l’autre paquet plein, l’ouvre et déchiquète toutes les cigarettes et les jette, elles aussi, en milles miettes dans la poubelle. Je me fais un café et jette mon vieux filtre à café par-dessus les cigarettes écrabouillées. Comme ça  je suis sûr que je n’ouvrirai pas la poubelle pour rechercher de quoi fumer ! Il est exactement  sept heures  et je me dis tout haut :

-Aujourd’hui, dix-huit août 2013,sept heures du matin, j’arrête de fumer ….so Help me God.

Je m’accote sur mon comptoir de cuisine et j’éclate en sanglots tout en serrant les dents et je me dis dans ma rage :

-Cette fois  c’est la bonne ! Tout ce que tu as à faire c’est de ne pas aller au dépanneur te chercher ces maudites cigarettes là. Pas de cigarette; pas de fumage. Pas de briquet; pas de fumage non plus. Et le ‘’ne pas aller au dépanneur’’ pour les prochaines semaines deviendra obsessionnel ! Les premières journées n’ont pas été si ardues, d’accord il y a eu perturbation au niveau sommeil, appétit et quelques envies de fumer mais je me répétais :

-Pas de dépanneur, surtout pas de dépanneur. Et je prends de bonnes respirations, comme le recommande un site internet sur l’arrêt  du tabac. La journée la plus contraignante fut le vendredi; donc  la sixième journée. En me levant le matin des envies inexorables de fumer me poursuivent et, ce, toute la journée. Mais je n’ai pas flanché. J’en parle à mon entourage et sur le fameux site d’arrêt du tabac. En fin de compte lorsque je me couche le soir ; de bonne heure, je suis si content que j’en ris et en pleure ne même temps. Comme je le disais mon sommeil est perturbé quelque peu. Je dors  deux ou trois heures et me réveille et ne m’endors plus. Je sais ce que c’est maintenant de compter des moutons. Le temps s’écoule tout en douceur au fil et au gré des jours de mon abstinence de tabac. Je tiens bon. Dix jours, douze jours et on continue. Le plus gros du sevrage est passé ; physiquement je parle. Psychologiquement c’est une toute autre paire de manches. D’une façon insidieuse, hypocrite et lâche  les envies de fumer reviennent me hanter. Mais ceci se fait dans un genre de marchandage éhonté. Sous le couvert d’une négociation à un seul gagnant, mes idées s’embrouillent mais je reste calme et je ne vais pas m’acheter des cigarettes. Un jour difficile m’est tombé dessus come la grêle en plein été. J’ai un rendez-vous à l’hôpital, en oncologie, c’est les cancéreux ça! Alors le matin je me présente là et l’attente est longue ; très longue. Je vois arriver là des gens avec de foulards sur la tête et des gens qui ont subi récemment la chimiothérapie et là mon cerveau s’emballe; je me dis :

-Mais qu’est ce que je fais ici moi ? Routine que m’a dit le docteur. Mais ai-je le cancer? J’en ai pour combien de temps à vivre ? Quelles sont mes chances ? Et ainsi de suite  .Et là j’avoue que j’aurais tué pour fumer une cigarette. J’aurais fait n’importe quoi. À la suite d’avoir rencontré le médecin qui m’avoue que tout est normal je respire profondément en disant – ‘’ merci mon Dieu ‘’. Je sors sur la rue et vais prendre le bus. En descendant la rue je respire à plein poumons et je lève les bras dans les airs pour mieux faire entrer  l’air dans mes  poumons…..les gens ont dû me prendre pour un détraqué ! Mais j’avoue j’ai eu peur; très peur. Et c’est ce qui m’a fait voir  jusqu’où la cigarette pouvait et peux jouer des rôles dans la vie. Je me dis :

-Mon cerveau a macéré dans la boucane, dans la nicotine et dans les produits chimiques nocifs pendant toutes ces années. Je ne sais pas du tout, moi, c’est quoi vivre sans fumer. J’ai  fumé pendant  soixante ans Je prends conscience que je m’attaque à un gros très gros morceau ! Je fume depuis ma tendre enfance; je n’étais qu’un enfant tout innocent.

Toute ma vie ; que ce soit mes actions, évolution de ma vie,, émotions, sentiments, expériences sont trempés dans cette boucane du diable ! Que ce soit dans les mauvais moments ou les bons moments la cigarette devient prépondérante. Elle était la maîtresse de ma vie, la maîtresse de la maison ! Suffisait de savoir que j’en manquerais dans les prochaines heures que la panique s’installait et  très vive ! J’ai arrêté de consommer de l’alcool en fin de 1979 et jamais ce ne fût aussi difficile que la cigarette. Je ne veux pas décourager qui que ce soit qui veut arrêter. Mais la réalité est il faut ce qu’il faut ! Il y a les groupes d’entraide, les sites internet (aujourd’hui c’est bien plus facile) il y a les CLSC ici au Québec et la famille et les amis(es).

Fumer tue  voici quelques produits chimiques que nous gobons :

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Et ce n’est qu’une partie.

Sur les derniers temps je  n’ai presque pas eu d’envies de fumer. Si j’en ai eu c’est venu mais disparu aussitôt. Le jugement logique a pris le dessus. Comme on  dit :
-Tu trouves beaucoup de raisons pour en fumer une; tu peux trouver beaucoup de raisons pour ne pas la fumer cette  clope ! Alors je m’en suis trouvé des raisons pour ne pas fumer et……….ça  marche ! 

Fumer est contraire à la vie. La nature, les oiseaux ne fument pas. Beaucoup d’humains ne fument pas ou plus. Come and join us ! Viens nous rejoindre si tu as le goût de vivre !

Oui ça fait maintenant quarante jours francs que je ne fume plus .Quarante jours à respirer en profondeur, à goûter mes aliments, à vivre. J’ai maintenant des buts et je veux vivre. Je n’ai plus de pensées suicidaires ou de pensées négatives. Et je ne veux plus fumer. La vie est encore plus belle. Et il est inimaginable que le temps passe aussi vite qu’avant. Quand on fume on a peur de manquer de temps d’ailleurs tout est en fonction de temps de fumer une clope. Vais-je avoir le temps ? Vais-je avoir assez de temps ? Le temps…le temps….et le temps !  Mais il passe quand même ce temps.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

(Abbaye Saint-Benoît du Lac)

26 septembre 2013

Quidam

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Quidam

-Maman, maman regarde le monsieur  mais qu’est ce qu’il fait ?

-Ce n’est qu’un quidam, un énergumène  vient vite ma fille.


Dit la dame revêtue de sa vareuse de préjugés, de jugements et d’envie sinon de haine et de colère. Et, elle s’éloigne vivement en entraînant sa petite fille par la main. Combien de fois Octave les a entendu ces arguments, ces dires souvent vides de charité simplement humaine. Et il n’en fait aucun cas; tout cela lui passe sur le dos comme l’eau dégouline sur le dos d’un canard. Installé près d’un bosquet d’arbustes en plein centre ville avec tout son attirail, son bazar, il aide les gens à faire de petites réparations de biens matériels : montres, cadran, livres écorchés, porte-clefs fanés et chaussures usées à la corde. Il ne demande rien. Il ne possède rien. Homme de tous acabits et de toutes expériences ; son périple riches en vécus lui sert maintenant  à servir les autres. Il ne fait que ça servir les autres. Il ne quête pas, ne mendie pas, ne supplie pas. Il n’exige aucun salaire, aucun gain pécuniaire. Un bol traîne par terre pour les dons mais ne sollicite rien ; comme il dit :
-Tu donnes ou tu ne donnes pas  c’est toi que ça regarde.
Une envolée de pigeons, ses amis proches, viennent lui dire un salut quotidien. Il leur lance quelques croutons de pain qu’il sort de la poche de son manteau; il  sourit. Le soleil tape dru ce matin et, Octave malgré son accoutrement, vaque à ses activités journalières. Il étale sa marchandise  bigarrée.

Je m’approche de lui, malgré un sentiment d’inconfort, mais l’aborde en toute simplicité. Je regarde  ses objets hétéroclites et en saisis un ; c’est un ouvre-boîte fait de reste de métal. Il me dit :
-Il vous intéresse ? Il est à vous si vous le voulez.
Curieux je lui demande :
-Combien me demandez vous pour ce petit chef-d’œuvre ?
Il me répond tout de go :
-Rien. Il est à vous je vous dis !
-Et si je vous en donne deux dollars ?
-C’est vous qui décidez, pour ma part je ne veux rien, absolument rien.

Abasourdi je me demande s’il ne fait pas une farce ou il possède un sens de l’humour poussé.

Il me dit :
-Cela vous surprend que quelqu’un comme moi qui ne possède rien donne tout ? Si vous n’avez rien vous possédez tout. On ne voit pas ça souvent dans ce monde. On échange, on vend, on troque, et on attend un gain, un plus. Le travail sert à obtenir de l’argent, des avantages souvent des surplus. Oui il est normal de travailler pour vivre mais non le contraire vivre pour travailler. Mais là n’est pas la question. Si je vous donne ce petit bidule il vous servira j’en suis sûr. Voilà le but : servir. Il n’y a rien de plus beau comme geste d’amour de donner sa vie pour ses amis; sa vie, son énergie, son temps, sa force, ses créations, son sang, son travail pour ses amis et vous êtes mon ami. Tous les humains sont mes amis. Les oiseaux et les animaux ainsi que la nature. Mais par-dessus tout Dieu est mon grand ami.

Je constate, en effet, que sa philosophie est originale je lui dis :
-N’avez-vous pas de famille, de maison, de biens ou quoi que ce soit ?
Il me répond :

 

-J’ai le souffle de vie et mon don de créer ,donner et servir voilà toute ma richesse bien souvent au grand dam de bien des gens qui m’affublent de tous les noms inimaginables ; intraitable, infréquentable ,paresseux, parasite ,robineux, sale, ignoble, sauvage, solitaire, crotté, inutile, asociale  et quoi d’autres , j’en ris car plus ils me traiteront de tous ces quolibets plus ils prennent conscience de qui ils sont eux! Et il est certain qu’ils ne veulent pas devenir comme moi. Ils possèdent, ils sont riches et souvent prospères. Mais tout cela n’est que vanité et parures pour entretenir leur image vis-à-vis des autres.

Je lui demande s’il veut bien me parler de sa vie, de son cheminement. Il m’arrête et me dit :
-Je n’ai rien fait monsieur. Je n’ai pas de diplômes d’étude, de certificats, de carte de compétences, de médailles ni de décorations et pourtant j’ai fait tout cela. Mais tout cela m’a servi dans le cheminement que j’ai accompli par la Grâce de Dieu. Je ne suis que Son instrument. Les gens qui se vantent d’avoir fait ceci ou cela n’est que de la poudre aux yeux et de l’innocence et une façon orgueilleuse de dire  qu’ils sont quelqu’un. Mais  nous sommes rien, des minus et je suis très bien dans ma position de minus. Nous ne sommes que des instruments dans les Mains du Créateur. Cela vous surprend monsieur ?

Sur ce il s’esclaffe d’un rire franc. Il reprend :
-Oh! Combien de gens me jugent, me condamnent et m’éliminent de la surface de cette terre ; combien ? Seul Dieu le sait. Ils ne savent peut-être pas mais ils essaient de démolir le serviteur, Ce sont toujours les serviteurs qui sont les bêtes de somme des autres. Ceux qui donnent ; ceux qui servent. Ceux qui sont là pour eux. Tout comme le Christ a servi et a obéi jusqu’à la mort. Tout cela n’est qu’envie, jalousie et haine. Et pourtant c’est aux serviteurs que l’on dit qu’ils sont envieux, jaloux et répréhensibles. On se donne bonne conscience et on continue le petit bonhomme de chemin.

Il fait une pause pendant qu’il lance quelques miettes de pain aux oiseaux. Il murmure :
-Détachement, monsieur, détachement. Vous voyez ce qui est étalé par terre .
Eh !bien tout cela ne m’appartient pas du tout. Quelqu’un pourrait me les voler et j’en serais très heureux. Une famille ? Oui j’ai eu des enfants mais m’en suis détaché comme tout le reste.

Je ne suis pas indifférent, je les aime mais en suis complètement détaché. Plusieurs me trouvent insensible, inhumain parfois et froid. Je ne le suis pas monsieur tout mon être vibre pour l’Amour.

Mais les gens ont une peur bleue de l’Amour la vraie Amour. Celle dont l’autre peut s’abreuver sans se faire étouffer .Un Amour détachée de tout et de tous.

Une dame s’arrête devant Octave avec un de ses souliers  à talon haut dans sa main et elle demande à notre quidam :
-Pouvez-vous m’arranger cela ? Le talon s’est décollé lorsque je suis monté sur  la chaîne de trottoir.
Octave prend le soulier des mains de la dame et fouille dans un petit coffre près de lui pour y sortir un tube colle contact puissante .Il applique la colle et dit à la dame :
-Attendez un peu avant de partir pour que la colle adhère bien.
La  dame s’installe sur un banc à proximité avec son soulier dans la main et attend patiemment .Octave me dit :
-Vous voyez je ne suis qu’un instrument  pour dépanner les autres.
La dame quitte sans merci, sans geste de gratitude sans don et sans pourboire. Je la regarde s’éloigner toute indifférente comme si tout lui était dû. Je regarde le clochard et lui dis :
Mais vous ne dites rien ! Vous lui avez rendu service et elle s’en va sans même vous remercier !
Il me dit alors :
Mais mon cher monsieur c’est souvent comme ça et cela ne m’offusque pas moindrement. Moi j’ai servi, eux ils sont contents cela fait mon bonheur de toute une journée. Pourquoi s’offusquer ? Pourquoi perdre de l’énergie à récriminer ? Un jour ils vont probablement rendre la pareille à quelqu’un. Et, elle je la connais elle repassera à la fin de la journée. Sait-on jamais ? J’ai vu pire mon cher ami; bien pire.

Je venais de rendre service à un homme, une fois, et comme remerciement il m’a engeulé comme du poisson pourri; me traitant de tous les noms inimaginables que l’on puisse prononcer. Je l’ai béni ce pauvre monsieur il devait avoir beaucoup de souffrances en lui; j’espère que ça l’a allégé. Et une autre fois on m’a dit que j’étais un profiteur .Bien imaginez vous donc que je leur ai donné raison. Ils étaient satisfaits de leur raisonnement. Et la vie continue.

Un autre passant s’immobilise face au vieillard et lui tend une liasse de papier lui demandant si ces feuilles pouvaient lui être utiles. Lui, il les accepte avec une grande joie et remercie l’homme avec un ample sourire. Il me dit :
- Voyez-vous, aussi ce sont des choses qui arrivent. Un don sans espoir de retour. Je remercie le Seigneur pour ce, ces présents.

Un pigeon vient se poser sur son épaule et lui lance un doucereux roucoulement. Octave le caresse du revers de la main et lui dit :
-Moi aussi je t’aime mon ami.
L’oiseau s’envole tout en haut d’un gratte-ciel. Je demande à Octave :
-Avez-vous toujours été ici à cette place ?
Il me répond par signe de tête et rajoute en parole :
-Oui depuis plusieurs années. Et les gens me connaissent. Certains me disent un petit bonjour bien discret pour ne pas se faire remarquer en ma présence et d’autres, depuis beaucoup de temps m’ignorent ou me fuient. Ils me rejettent et du regard et de la pensée. Moi je ne les oublie pas et les salue en Esprit. D’autres, encore, m’épient du coin de l’œil pour savoir si je suis là, je suis comme leur sécurité. Me sachant là ils se sentent mieux dans leur inconfort ; qu’en pensez-vous monsieur?
Il venait de lire dans mon livre de vie. Il poursuit avec son petit sourire en coin comme un vieux sage :
-Il y a deux ans une dame, une clocharde de mon  espèce, est venu me narguer en me disant que je devais déguerpir au plus vite car elle s’accaparait du terrain et qu’elle s’y installait. Que pensez-vous que j’aie fait ? Commencer à lui faire la guerre, à débuter un festival d’empoignes, à protester et à me battre ? Non ! Je lui ai laissé la place. Elle est restée que quelques jours et a décampé .Je suis revenu m’installer à nouveau. Elle avait laissé beaucoup de détritus que j’ai ramassé et jeté aux ordures.

J’évite les conflits, les escarmouches, les guerioles et les prises de bec. Je vis la Paix. Je  n’aime pas la compétition je laisse immédiatement le terrain pour éviter de blesser l’autre ou les autres…

Je lui dis tout bonnement :
-mais vous avez droit à une place et il faut revendiquer pour la conserver…n’est ce pas un peu lâche d’agir comme vous le faites?
Il m’arrête sec et me regarde droit dans les yeux :
-C’est de cette façon qu’il y a des guerres, monsieur, des hommes, des femmes, des enfants tués. C’est de cette façon qu’il y a des myriades d’immigrés et d’immigrants dans le monde. Des populations déplacées parce que d’autre ont supposément revendiqué  leur  espace de façon égoïste. Pour ma part  je me dis :’’ tu veux la place prends là je vais ailleurs. Détachement, monsieur, détachement. La terre est à tous et toutes ; les frontières ne sont que des limites imaginaires. Lâche-vous dites ! Oui je suis lâche ; une autre catégorisation qui me va bien ;trouvez-vous ?

Je suis confus et ne voulait pas le blesser il le voit et me rassure :
-Ne vous en faites pas, monsieur, Vous ne me blessez pas du tout ; c’est votre façon de penser qui vous blesse vous-même, vous ne m’atteignez pas avec ces phrases toutes faite à l’avance .Je vous dis essayez d’éviter la possession de quoi que ce soit et vous penserez comme moi. Les choses, le matériel et l’argent ne sont que des instruments dont il faut apprendre à s’en servir et non les acquérir et les posséder. Les gens sont des infimes parties de la Lumière Divine qui nous éclairent et nous dirigent  tout comme je le fais. Cette place où je suis présentement ne m’appartient pas et si quelqu’un la revendique ou veut m’en chasser ; bien je partirai.

Quelques nuages s’amoncellent dans le ciel des gratte-ciel ; le temps est à la pluie Je sors deux dollars de ma poche et le dépose tout doucement dans le bol du vieil homme, il ne regarde même pas et continue son travail sur un genre de porte-clés en tissus. Je me lève et le salue. Il me répond par un signe de tête et je m’éloigne discrètement.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval,14 juillet 2013 

o4:27

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 04 :27 

Mon alarme-réveil me nargue avec son nabot de son métallique corrosif. J’entrouvre les yeux et l’immobilise d’une pression du doigt effleurant, il se tait. Il est l’heure de se lever; la journée démarre. La nuit, bien campée dans sa tanière, en impose partout. Ma machine miniature à café ronronne  discrètement. J’enfile mes vêtements machinalement et verse un peu de lait dans le liquide tout bouillant. Je mets un couvercle sur mon gobelet de carton, ouvre ma porte de chambre et me dirige tout là-haut, par l’escalier, sur le belvédère du clocher du Monastère. À cette heure là pas beaucoup de va et vient; pas âme qui vive. Lorsque j’ouvre la porte attenante au balcon je suis ébloui par les myriades d’étoiles clignotantes dans le firmament d’un noir d’encre. Pas de lune cette nuit. Un silence abasourdissant flotte dans les ailes de l’air. Tout au fond, à l’est, on sent le travail d’accouchement d’une nouvelle journée. Quelques petites lueurs faiblottes des ailerons de l’aurore immergent. Le point de vue est ahurissant, en pleine nuit de la sorte. Je prends bien garde de garder mes réflexions et le silence à l’intérieur de mes pensées. Je ne laisse pas l’emprise des ténèbres me saisir. Oh! Une étoile filante : messagère divine. Elle trace sa voie dans la Voie Lactée et me laisse sans voix.

‘’Des nuées Tu te fais un char
Tu t’avances sur les ailes du vent
Tu prends les vents pour messagers
pour serviteur, les flammes des éclairs’’
(Psaume 103)

Je n’arrive plus à contrôler mes mouvements de tête pour admirer la voûte céleste tellement il y a d’étoiles clignant de l’œil. Je distingue clairement la Grande Ourse, la Croix du Sud, la Petite Ourse, Orion et quelques planètes toutes sur le fond noirâtre infini. Je m’accoude sur le parapet tout en sirotant mon café. Quel spectacle ! Ici et là, cachés et camouflés dans des buissons et des branches, des oiseaux émettent de petits cris timides; signal annonciateur de l’émergence des faisceaux du jour. À quelques distance près du lac, aussi, des grenouilles n’en finissent plus de croasser leurs chants mélodieux. Tout au bas de la tour   j’entends un grouillement, surement un quadrupède  fureteur qui cherche  de quoi à se mettre sous la dent; mais je ne peux voir ni distinguer  il fait trop sombre. Mon regard plutôt attiré vers un grand bosquet d’arbustes et de fleurs. Je puis le cerner mais non le voir clairement et les parfums suaves me montent aux narines. Douces effluves baignées de rosée. Pas certain, mais il me semble d’y apercevoir une lumière. Je me frotte les yeux  pour mieux y regarder attentivement. Non je me trompe. Mes prunelles se fixent sur un amas d’étoiles lointaines; une galaxie. Je redescends mon regard vers le bosquet et comme une flammèche, une brindille en flamme  ou une étincelle spontanée, une petite lumière brûle dans la nuit. Des lucioles !  Voilà l’explication. Je n’étais pas certain mais maintenant j’en suis sur. Je laisse mes yeux rivés sur ce ramassis d’arbustes pour y surveiller un autre clignotement qui se fait attendre.
‘’ Et la Lumière brilla dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ‘’. La Lumière peut nous venir des éléments extérieurs, intérieurs, des évènements, des gens et de l’Esprit; suffit d’attendre.

Les minutes avancent à tout petits pas. Les Vigiles bientôt, ensuite le travail. Et c’est comme cela tous les jours et il n’y a rien de plus beau que d’offrir sa vie pour ses amis.

Sa vie, son temps, son énergie, sa sueur, ses peurs, ses angoisses, sa révolte et sa soumission. Sa vie, ses émotions, ses pensées et son intimité.
Offrir le don de soi, offrir  ses émotions et son humilité. C’est ce que je suis venu faire pour encore une période de temps ici au Monastère.

Tout en réfléchissant à cela, tout en bas dans le bosquet, une féérie se prépare car de plus en plus des clignotements se font voir et surgissent. Un au centre, un autre à gauche, quelques autres en périphérie et c’est la danse des lucioles. Le ballet des étincelles, les arabesques de minuscules faisceaux de lumière. Un feu d’artifice en noir et blanc. Certaines s’élèvent à quelques mètres dans les airs pour retomber au sol garni de rosée. On dirait une marée de points lumineux stagnante. Une ville vue sur le faîte d’une montagne. Le spectacle dure et dure. Mes yeux, émerveillés et écarquillés entre le ciel étoilé et cet amas de lumière, sont éblouis de beauté. La beauté sous toutes ses formes. Rien au monde, rien dans tout l’argent et le matériel ne peut procurer cette sensation du magnifique; du fantasmagorique et du spirituel.

Subitement tout le bosquet s’illumine de points scintillants. Des mouches à feu grimpent dans les airs en rubans et en guirlande  tournoyants. On a comme impression qu’elles construisent un arbre de Noel vivant. Tout le bosquet est maintenant radieux. Il doit bien y en avoir des milliers de ces petits insectes à Lumière. L’aurore se pointe et comme par enchantement les lucioles redescendent sur la terre ferme. Le bal est sur le point de se clore. Quelques soubresauts ici et là  et, comme d’un commun accord, les insectes lancent un clin d’œil en communauté. Une étincelle ici et là et une dernière. La valse est terminée. Quelques bestioles s’échappent du troupeau pour aller se figer dans un grand arbre enfoui dans la pénombre. Elles scintillent comme pour alerter les autres de la présence des oiseaux prédateurs qui se réveillent. Il y en a même une qui réussi à venir s’installer près de moi  et  ‘’s’allume’’ à intervalle régulier. Je l’observe du coin de l’œil et prie pour qu’elle ne s’envole pas. Au sol, le bosquet est retombé dans la l’ombre des ailes de la nuit.

 

‘’O Seigneur notre Dieu…
Jusqu’aux cieux Ta splendeur est chantée
par la bouche des enfants, des tout-petits
rempart que Tu opposes à l’adversaire
où l’ennemi se brise en sa révolte

A voir Ton ciel, ouvrage de Tes doigts
la lune  et les étoiles que Tu fixas
Qu’est-ce que l’homme pour que Tu penses à lui
le fils d’un homme, que Tu en prennes souci ?

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu
le couronnant de gloire et d’honneur
Tu l’établis sur les œuvres de Tes mains
Tu mets toute chose à ses pieds …’’
(Psaume 8);

Je fixe les aiguilles de ma montre, je porte la montre qu’au Monastère car nous sommes toujours sur horaire, et je me dis :’’ encore quelques minutes.’’ Encore quelques brèves instants le temps de voir poindre les aurores qui s’annoncent dans un rosé bleuté. Des étoiles qui ne veulent pas, encore,  se délayées avec la lumière ascendante  continuent de s’insinuer dans le ciel rendu un peu blafard par la clarté du matin. Je songe à une conversation que j’ai eue la veille avec un de mes amis qui est moine. Je lui demandais  si parfois il ne trouve pas le temps long et a-t-il déjà eu le goût de tout quitté pour revenir dans le monde que nous connaissons. Sa réponse est brève :


-Le monde où tu vis ? Ce monde là ! Jamais. Tu sais, nous en avons des nouvelles et des échos du monde extérieur, nous lisons quelques fois les journaux et écoutons, rarement, la télévision mais surtout pour les reportages sur l’Église, le Pape  et autres nouvelles de la sorte et aussi nous en avons de notre famille qui vient nous visiter de temps à autre. Évidemment il y a les commerciaux et les annonces de d’autres émissions et rien, mais rien, dans ces choses  ne parlent de Dieu, du spirituel ou du Christ. Tout ce qu’on lit dans ces journaux et sur internet ce sont des scandales, corruption, vols meurtres, avortement, euthanasie  et quoi encore. Pour nous, on peut dire que c’est du fumier mais c’est dans le fumier que poussent les plus belles fleurs, plantes et moissons. Il faut rester optimiste quand même. Nous sommes loin du ‘’ Aimez-vous les uns les autres ‘’ dans cette société .Nous sommes à des années-lumière de la compassion et de la fraternité. Heureusement qu’il y en a encore des gens qui croient. Et cette croyance n’est plus ce qu’elle était depuis des temps immémoriaux. Tout évolue et tout change et rechange.

-Les jeunes se cherchent dans cette obscurité .Nous vivons dans un temps d’idoles et c’est à qui remplirait le rôle. Tout ceci est éphémère ; poudre aux yeux. Les valeurs morales et spirituelles ont été évacuées petit à petit de nos sociétés. Il n’y a presque plus de sens moral, de sens spirituel des valeurs. On glorifie l’égo et la poursuite de buts matériels et monétaires.

L’humain en souffre, la nature en souffre et il y a bien des gens malheureux. Tu me demandes si j’ai envie d’aller revivre dans ce monde ? Non merci. Je suis bien ici et mon travail c’est de prier  pour tous ceux qui souffrent et pour qu’un jour voient la Lumière.

Ses paroles faisaient encore écho en sourdine dans mes pensées; comme il a donc raison. Mais la différence entre lui et moi c’est que moi je devais y retourner dans ce monde et Oh! Combien difficile à supporter de jour en jour.

En attendant, je termine mon café et admire la levée de l’aurore. Des brumes serpentantes, le chevaucheur des nuées,  se faufilent entre les arbustes et glissent vers le lac. Les lucioles se sont endormies et reviendront la nuit prochaine. Il y a toujours une petite lumière au bout de la nuit ; il y a toujours une petite lumière au bout d’un tunnel sombre.

Je redescends l’escalier pour aller à ma chambre chercher mon livre sur la liturgie monastique. Les oiseaux piaillent, maintenant à gorges déployées. Une autre belle journée.

05 :05 les Vigiles commencent au signal du Père Abbé.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 7 juin 2013 

Aigrette et gouttelettes

Aigrette et gouttelettes  dans Liens crayon-et-larme

Aigrette et gouttelettes
(crayon et larmes)

Mai, dans toute sa splendeur, achève tout en lenteur. L’infime vert tendre cède sa place à un verdâtre mature chatoyant. Le duvet s’étiolant encore sur les collines ondulantes frémis à la moindre douce brise. Le soleil aidant, les jeunes pousses s’étirent la frimousse. Le temps est à la vie; à la renaissance et à l’amour. Confortablement  installé face à l’onde qui s’écoule paresseusement, j’admire les rayons de lumière du soleil qui jouent entre les feuilles toutes fraîches naissantes. Des grives se dandinent sur la pelouse, encore humectée de la rosée matinale, cherchant une pitance pour leurs oisillons. L’air dégouline des effluves de fleurs sauvages et d’herbe coupée. Une brumette s’entiche de la surface miroir de la rivière. Des outardes s’attardent près d’une rade. Quelques canards, ici et là, laissent voguer leurs pattes au gré de leur appétit suivis de leurs petits. Le moment présent s’impose. La quiétude des ailes de l’aurore flotte dans l’atmosphère tout comme un doux parfum d’une jeune fille amoureuse. Des goélands frivoles volent et s’envolent aux brises fofolles. Un écureuil  noir de son pelage vient me reluquer mais déguerpit aussi vite qu’il a apparu. Le noir de sa fourrure déteint sur l’herbe humectée de rosée blanchâtre. Des gouttelettes du précieux liquide lui lissent  la toison.

J’hume à fond les suaves parfums de cette nature en éveil. Les mélodies des ailés  rajoutent au climax une douce et enivrante symphonie naturiste. Les virtuoses des trémolos : grives, oiseaux, quiscales, mésanges et autres congénères exécutent des apothéoses à n’en plus finir  à notre grand plaisir. Je dis notre car je ne suis pas seul depuis un bon moment. Sur un banc, un peu plus éloigné, une dame âgée sirote un thé ou un café qu’elle a amené avec elle. Je jette, de temps en temps, un regard vers elle  .Elle aussi est immobile sur son siège .Nous contemplons la même vision. Mes yeux se fixent à présent sur les deux clochers de l’autre côté de la rivière.

Le soleil s’immisce entre les deux tours. Il s’introduit à l’intérieur des clochers pour donner l’impression de lanternes géantes :
-Tiens, une excellente photo, un summum parfait. Le  moment précis.
Je me lève et prends la scène sur ma pellicule. Une deuxième et enfin une troisième photo immortalisent le décor. Je retourne sur mon banc tout en jetant un regard oblique à la dame qui déguste son breuvage. Elle tourne la tête et me salue ; je lui lance la réciproque. Le contact est établi et j’en suis heureux car ce n’est pas la première fois que nous nous voyons ici par ces beaux matins. Les outardes gracieuses glissent sur les eaux silencieuses. Dans les buissons des chardonnettes piaillent de branchettes en branchettes.

Les Bernaches, une dizaine, montent les rebords de la rivière. Elles viennent  à proximité  de moi. Elles m’entourent et ensuite déambulent vers le petit chemin du parc. Un cortège d’éminences. Elles s’éloignent  vers les pins figés avec leurs cocottes. Les brumes se sont dissipées à la faveur de la chaleur. J’entends, vers le banc de la madame, un bruit de froissement et je me demande bien ce qu’elle fait. Je n’avais pas remarqué qu’elle a sous son banc de gros sacs d’ordures noirs. Elle fouille dans l’un de ceux-ci cherchant  je ne sais quoi.

 Elle le met de côté pour ouvrir un autre sac. Elle est revêtue d’un manteau gris à col de mouton. Elle porte un béret beige sous lequel des cheveux épars transparaissent. Ses yeux sont pétillants malgré son apparence de vieillesse. Elle porte au doigt une alliance en or. Je viens de comprendre c’est une ‘’SDF’’  une ‘’sans domicile fixe’’ et il y en a plusieurs dans la ville, même si c’est une banlieue cossue. Quel endroit idéal, ici sur les abords de la rivière, pour passer la journée et même la nuit si les forces de l’ordre ne viennent pas les déranger et leur dire de quitter les lieux.

Je me risque et vais la retrouver; elle me voit venir et d’un geste de protection elle repousse ses sacs sous son banc et essaie de les cacher avec ses jambes mais peine perdue je les aperçois. Je m’approche tout en douceur en lui disant :

-Ne vous inquiétez pas je ne vous veux aucun mal; avez-vous besoin de quelque chose ? Ce n’est pas la première fois que je vous voie et je pense que c’était  vous, il y a une semaine, qui était couchée derrière les arbustes là-bas ?
Elle me répond :
-Oui monsieur c’est moi. Non merci je n’ai besoin de rien. Mais ne me dénoncez pas s’il vous plaît ! Je n’ai plus d’endroit où aller. Et, pour moi, les refuges me sont interdits. À la dernière place je me suis mise en colère et ils m’ont expulsé. Tout ce que je possède se trouve dans ces sacs à mes pieds.

Je la regarde et lui dis :
-Ne vous en faites pas je ne vous dénoncerai pas  madame.

Mais comment en êtes vous arrivée à cette situation ? Comment en arrive-t-on là ?

Elle baisse les yeux et m’offre un biscuit; je l’accepte et elle me conte :
-Il y a un an, jour pour jour, mon époux est décédé suite à une longue maladie. Nous n’avions pas d’assurances et les frais de spécialistes et de médicaments nous ont ruinés. Mon mari souffrait du Sida; il avait contracté cette maladie suite à une transfusion de sang. Des complications se rajoutaient  à tous les jours, toutes les semaines et tous les mois. Je me sentais épuisée et désorientée. Je cherchais de l’aide mais en vain; je suis seule et nous n’avons pas d’enfant ou de famille proche. Suite à notre endettement il  nous a fallu céder notre maison à la banque et nous sommes allés vivre dans un petit logement. Mon conjoint est mort une semaine après le déménagement.
Elle fouille dans un autre sac et sort une urne :
- Voici les cendres de mon conjoint. Je vais les éparpiller dans un autre parc sur le bord de la rivière, plus à l’est, mon mari m’avait demandé ce la avant de s’éteindre.

-Je me suis retrouvée tout fin seule et démunie. Je ne travaillais pas et n’avais aucun revenu. Mon mari n’avait pas encore la pension et moi aussi je n’ai pas l’âge de toucher les indemnités. Où je logeais ils ont fini par me faire évacuer le logement car je ne payais pas.

Je quêtais pour me nourrir. Et je me suis mise à arpenter les rues avec mon petit  avoir .J’ai, une fois, volé un panier de super marché pour traîner mes pénates mais je me suis fait voler une nuit par un sans-abri. J’ai fais les refuges et les soupes populaires, ce que je fais encore aujourd’hui. Mais les refuges c’est fini et je ne sais plus où aller J’ai trouvé ce parc un soir de découragement et je voulais me jeter à l’eau. J’étais tellement découragée et abattue. Je me suis camouflée derrière les arbustes pour ne pas me faire voir par les policiers. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et depuis ce temps, dans le jour, je marche sans savoir où aller, je vais manger au comptoir alimentaire et vers la fin de la journée je me retrouve ici. Je ne suis pas seule. Parfois nous sommes plusieurs à venir nous cacher ici pour passer la nuit. Imaginez, nous avions une très belle maison avec jardin et piscine mais maintenant tout ceci  s’est envolé. Envolé comme les oiseaux qui partent pour le sud l’hiver.
-Et en parlant d’hiver …la dernière a été très dure et froide. Je couchais dans les entrées de maison à appartements au  moins j’étais à la chaleur jusqu’au moment ou des gens me voient
en entrant dans l’édifice et me demandent de quitter; ce que j’ai fais  pour ne pas faire face à la police.

Les nuits sont longues, monsieur, à ne dormir que d’un œil et le froid…ce froid ! Et la faim et la solitude ! Le rejet. Ou bien je vais à l’arrière des magasins et me trouve des boîtes cartonnées et m’y installe pour quelques heures.

J’écoute avec désolation son récit mais je constate dans regard une soif de vivre une volonté de faire face à ces déboires. Je lui demande :
-Qu’allez-vous faire ? Il doit bien y avoir des ressources pour vous aider ?
Elle me répond  à la manière d’une vieille sage :

-J’ai prié, monsieur, j’ai prié ! Le seigneur va pourvoir c’est certain. Je suis encore croyante malgré tout cela. N’y –a-t-il pas une parole dans la Bible qui parle de Job qui dit, après avoir tout perdu : ‘’ Le Seigneur a donné, le Seigneur a enlevé.

Nous sommes heureux de nos bonheurs  pourquoi en serait-il pas aussi semblable pour nos malheurs ‘’?

Je me dis s’Il m’a tout enlevé et placé dans cette situation c’est pour mieux le prier et l’aimer, me détacher des biens de cette terre et c’est ce que je fais, monsieur. En attendant j’admire le paysage et Le remercie pour le beau soleil, la nature et les magnifiques oiseaux. Je n’ai pas besoin de plus ; le reste est superflu. Je ne voudrais plus de possessions matérielles elles nous empêchent de voir le beau, le vrai, les humains et Dieu. Et; c’est un choix de vie qui me plaît.

Elle m’offre un autre biscuit mais je refuse cette fois. Je lui demande :
-Par curiosité qu’avez-vous dans vos sacs ? Si cela ne vous gêne pas de me le dire …
Elle me fixe et prends un sac sous le banc  en en vide le maigre contenu à nos pieds :
-Voilà ce qu’il me reste, monsieur, mais pour moi c’est un fugace trésor. Quelques vêtements de rechange, une photo de mon époux et un crucifix.  Dans l’autre- qu’elle sort sous le banc et vide à ses pieds- une liasse de feuilles de papier en grand nombre écrites manuscrit et des dessins.
Elle me tend ses dessins qui sont très équilibrés et artistiques. Des oiseaux, des fleurs, des plantes, des arbres et des anges. Elle me dit :
-Voyez vous, j’ai ce talent en dessin et je l’ai toujours eu. Un soir que je faisais les bennes à ordures du quartier j’ai eu ce cadeau, des feuilles et un crayon, du Seigneur. Une phrase m’est venu à l’esprit et qui me disait ‘’ Prends le crayon, rajoute tes larmes et crée. J’ai intitulé, pour ne pas faire trop triste, mon œuvre : Aigrette et gouttelettes donc  crayon et larmes. Mes dessins aussi expriment la Lumière. Je vois la Lumière et la manifeste. J’essaie de la retransmettre.

Je lis quelques lignes des ses écrits et je suis impressionné; je lui dis :
-Mais c’est beau, madame….c’est très beau. Vos dessins sont incomparables.
Je lui redonne le tout et un silence complice s’installe entre nous .

Je lui demande :
-Avez-vous besoin d’argent ? J’en ai un peu sur moi cela pourrait vous dépanner pour quelques jours. Je sors un dix dollars de ma poche et lui tend. Elle accepte avec  un grand sourire et se confond en remerciements. Elle me dit :
-Je dois partir maintenant faire ma tournée, j’ai été contente de parler avec vous monsieur. J’espère que nous nous reverrons d’ici peu.

Elle se lève péniblement et ramasse ses sacs, me tends un de ses dessins : un ange en élévation, quitte le petit parc en marchant d’un pas de tortue. Je me dirige vers mon banc de prédilection et regarde l’image qu’elle m’a donnée.

Je suis tout ému. Mes yeux se posent sur la rivière qui coule tout doucement. Le soleil me berce de ses doux faisceaux. Qu’il fait bon vivre.

Ils (elles) sont combien dans nos grandes villes ces ‘’sdf’’ ? Nous ne les voyons pas ou du moins nous ne voulons pas les voir. Mais on ne sait jamais; peut-être qu’un jour ce sera notre tour. On ne sait jamais, aussi, ce que l’avenir peut nous réserver.

 

Je ne reverrai jamais la vieille dame.

 

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Saint-Benoît du Lac, 23 mai 2013.

Réfractions

 

 

Réfractions  dans Liens paix-271x300

 

Réfractions

Contemplant la surface miroitante de la rivière d’où quelques brides de glace dévalent le courant, je reste là immobile saisi par les ailes de la brise un peu frisquette  cet après-midi. Le soleil peine à percer l’enveloppe laiteuse des nuages. Le temps est doux quand même .Sur l’onde des canards zigzaguent  entre les morceaux de glaçons récalcitrants. Je me demande s’ils n’ont pas froid ces ailés. Une bande de goélands batifolent et lancent des cris aigus tout en volant en cercle au dessus d’une pitance éphémère que leur lance des petits enfants accompagnés de leur parents. Le printemps se fait attendre; la chaleur aussi. Il y a des années comme celle là. Le beau temps reviendra surement. Après la pluie… et on connaît la suite .Égaré dans mon regard, je fixe un énorme segment de glace, tout comme un sous-marin, qui glisse doucement  dans le dandinement du va comme je te pousse du courant. On dirait un mini iceberg en perdition. Je le regarde dévaler vers l’est. Mon attention se cramponne vers la pelouse encore toute écrasée sous le poids de la neige fondue. À quelques mètres de moi, sans préavis, un couple d’outardes gambadent majestueusement.

Ils sont magnifiques ces oiseaux avec leur collier blanc. Des enfants les suivent allègrement en suivant la consigne d’une maman avisée chuchotant:
-Doucement les enfants, ne les effrayez pas!

Les petits s’arrêtent et de leurs courtes mains ils leur tendent des croutons  de pain. Les outardes, indépendantes, font fi de cette offrande. Elles continuent leur chemin et se dirigent vers moi. Je les salue bien poliment et me répondent par un couaquement  à peine perceptible. Elles descendent la berge et vont se loger sur des pierres au bord de l’eau. Silencieuses elles posent leur fragile tête sur leurs ailes et semblent dormir. La volée de goélands persévérants, eux, n’ont pas lâché prise. Ils suivent les enfants et en redemandent des croutons. J’entends jacasser les enfants à voix basse  pour ne pas déranger les outardes. Ils sont si mignons. Leur mère les suit de près. Les goélands virevoltent au dessus de nos têtes à présent et passent près de nous .Une ribambelle de canards amerrissent sur l’eau tout en faisant un splash révérencieux. Ils ont flairé la bonne affaire eux aussi et les outardes continuent à sommeiller.
Dans tout ce remue-ménage un vieux monsieur passe subtilement près de moi. Il s’immobilise et admire l’esclandre. Il se dit à voix  basse, je l’entends :
-Ils ne devraient pas nourrir ces oiseaux; ils deviendront trop dépendants des humains.
Il soupire et, d’un pas nonchalant, se dirige vers l’autre extrémité du petit parc.
Le sac de réserve de pains des enfants est maintenant vide; au grand déplaisir des bambins. La maman les somme de les suivre et c’est ce qu’ils font non sans amertume. Tous s’éloignent  à mon grand regret mais aussi à ma satisfaction. Quand je viens ici  j’aime le silence et le calme de la nature. Je savoure cet instant de sérénité et de tranquillité, on peut presqu’entendre le glissement de l’onde qui continuent à transporter les derniers vestiges de glace de l’hiver. Le temps passe tout comme cet affluent .Les outardes, encore toutes indifférentes, impassibles dorment de leur plus beau sommeil. À quoi peuvent –elles  bien rêver ?  Aux grandes falaises des pays du sud ? Aux longs et périlleux voyages qu’elles ont accomplis ? Je me questionne  et m’interroge .Introspection…réfraction !

Mes pensées m’amènent à plusieurs années antérieures. Dans des temps immémoriaux. Je me demande, après avoir arrêté de consommer de l’alcool et de m’être retrouvé dans un bas fond innommable, qu’est ce qui m’a le plus marqué ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile ? Remonter la pente ? Me réadapter à la vie ? Avoir faim ? Être seul ?Car pour moi ce fut comme un départ, une mort à soi-même. Vivre autrement, penser autrement et non seulement une question d’alcool, j’avais perdu cette soif insatiable, mais bien une question de changement de vie. Stopper de se poser les questions du pourquoi, pour qui, comment et par qui tout cela a bien pu arriver. Vivre. Le plus difficile a été de m’adapter aux autres, aux humains .Les accepter tels qu’ils ou elles sont. Leur pardonner ce qu’ils ont pu me faire et me faire pardonner ce que moi je leur ai fait. Et, aussi ce qui est important, me pardonner à moi-même. Sans me sentir coupable et de vivre en harmonie ; c’est et c’était tout un travail. Encore aujourd’hui j’y vaque. Voilà  ce qui a été difficile pendant toutes ces années. Nous cherchons, tout le monde cherche, nos buts, nos motivations et, bien souvent, le chemin est jonché d’embûches et d’obstacles. Mais ces affres nous sont très bénéfiques car elles nous font avancer dans cette vie terrestre. Nous menons un combat, une lutte, qui avec le temps nous aguerrit.  Cette lutte ponctuée d’avances et de reculs nous forge et nous amène en fin de compte vers la Lumière. Réapprendre à revivre, de replacer les valeurs à leurs vraies places. De ne pas s’attacher, s’enticher, de vivre de dépendances des autres  ou à quoi que ce soit.

Mon esprit arrête de tournoyer quand je vois les outardes grimper la berge pour  aller vers le gazon du parc  y rejoindre leurs consœurs fraîchement arrivées et qui glauquent  avec fracas. Une vingtaine environ et respectent leur formation comme en vol. Un concert –que dis-je- une symphonie champêtre. On dirait une rencontre au sommet des nations .Je suis partie prenante de tout ce charivari et j’en suis chaviré. Je me fais discret et ne dit mot entouré de tous ces gracieux oiseaux. Je me considère privilégié .Je refixe mes yeux sur l’horizon limité de la rivière et replonge dans mes pensées. Oui réapprendre à vivre sans folies, sans superficialités, sans effusions et sans  déséquilibres.

Oui vivre dans une sobriété et non seulement une abstinence. Car sobriété veut dire équilibre et équilibre en tout. Vivre, aussi, avec une solitude amie et non ennemie. Une solitude de solitaire. Une alliée.

Immobile parmi la foule d’outardes, silencieuses à présent, je les ressens, les pressens .Une sensation d’euphorie m’entoure comme elles je suis prêt à m’envoler avec elles. Je le fais en esprit.
Encore des interrogations me viennent à l’idée. Et quoi dire de rechercher la perfection ; personne n’est parfait tout se joue au moment présent. Et, aussi, que dire de la recherche de Dieu ? Oui parlons-en de cette recherche. Au tout début, lors des premières rencontres chez les A.A. j’ai entendu : ‘’ …Dieu tel que nous le concevons…’’.Quelle était pour moi cette conception ? Je me suis ramené, en quatrième vitesse, à mon enfance. Pour moi Jésus –Christ était, est et sera toujours mon Dieu. Sûr  il y en a eu d’autres; plusieurs autres ! Le Bouddhisme, le Taôisme, le Yi-King, la Kabbale, que je n’ai effleuré que superficiellement. Je cherchais. Le New-Age, la Méditation Transcendantale, et quoi  encore ?  Ces croyances étaient nécessaires pour m’amener  ou j’en suis aujourd’hui. Que de détours, que de bifurcations et d’éloignements. Rechercher l’impossible, l’inimaginable, l’incommensurable. Compulser  profondément dans le physique, le mental, l’intellect et même le spirituel. Assouvir cette faim et cette soif de connaissances et d’ignorances. Je me dis   tout bas :
-Pourquoi, pourquoi ?
Pourquoi se pousser, se défoncer, s’user et s’épuiser ? Une phrase des Écritures me revient à l’esprit :
‘’Je remplacerai votre cœur de pierre par un cœur de chair ‘’.
Je fixe mes amies outardes assoupies et je me dis en chuchotant :
-Mais c’est de l’Amour qu’il parle ! De l’Amour pur.
C’est ce que j’ai appris avec toutes ces années, et, Dieu sait que ce ne fût pas une mince tâche. Aimer sans conditions, sans rien demander en retour. Comme ces enfants, il y a quelques instants, qui donnaient du pain aux oiseaux. Donner sans espoir de retour. Redevenir enfant et jouir de la vie. Voir le beau, le positif dans tout; voir la Lumière partout! Ouvrir les yeux et l’Esprit.

Ouvrir notre cœur à la Vie. Et, chose importante qui en est, avoir la Charité envers les autres. La tolérance la compassion et l’Amour de l’autre.

Un sage disait :’’ Ne juges pas les autres car tu ne sais pas dans quel combat ils sont engagés, tout comme toi .Aides les plutôt au lieu de leur nuire ‘’. Les aider par ce quoi tu sais faire; par quoi ce que Dieu t’a donné. Tu es un sensible prédicateur, fais des sermons. Tu es un généreux professeur, enseigne. Tu écris bien, écris. Tu aimes aider les gens en souffrance ou mourants, aides. Tu aimes faire du bénévolat, accompagnes. Et quoi encore  selon nos talents, nos forces et qualités; bien le faire. S’appliquer tout comme notre Créateur s’est bien appliqué dans son Œuvre. Et dis-toi toujours, par humilité, tout te viens du Seigneur ; tu n’es qu’un instrument. Refuse  la gloire, la gloriole, les éloges et la gratification. Accepte les blâmes et les remarques de bon cœur. Si un combat, une lutte contre le mal, s’avère trop risqué ou périlleux ; retires-toi  et évite d’envenimer les choses. Prends sur toi la défaite. Comme le dit Winston Churchill :
-‘’Dans la défaite, parlez peu, dans la victoire, parlez encore moins ! ‘’
Rester humble jusque là mais continuer et avancer. Transmettre la Lumière. Et si tu crois que tu as tout perdu; dis-toi que tu as tout gagné.

Temps d’arrêt. Je promène mes yeux sur mes compagnes outardes qui semblent s’agiter quelque peu. Leur chef vient de glousser un tantinet, Seraient-elles prêtes pour l’envol ? Je ne sais pas je ne comprends pas le langage. Mais on voit que quelque chose se prépare. Le soleil se met de la partie et nous envoie, enfin, quelques éraflons bienfaisants. La rivière dégouline à son temps. Des effluves de plantes embaument l’air ambiant. Du peloton d’oiseaux un léger murmure s’élève et toutes en cœur croassent comme pour donner une approbation. Par groupes de trois ou quatre elles exécutent une danse, comme un rituel. Leur leader s’élance  vers la rivière suivi de trios ou de quatuors. C’est le moment de reprendre la route .Oh! Comme j’aimerais les accompagner, les suivre. L’outarde de tête s’envole à coups d’ailes retenus pour donner la chance aux autres de la rejoindre .Mon cœur s’enflamme  dans mes adieux :
-Au revoir mes sœurs.
Je reste seul sur la berge et je contemple une dernière fois le ‘’V’’ qui s’éloigne vers le nord-est tout en caquassant de joie. Je soupire doucement mais suis heureux. Je retrouve cette solitude qui m’est si chère. Les berges sont vides à présent  mais mon esprit déborde de Lumière.

Pierre Dulude

12 avril 2013 (67 ans)

Laval.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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