Décantation…!

Décantation…! dans Liens ying3

Décantation…!


‘’La Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue …’’
(St-Jean, chap. 1,5)

-Viens, viens voir Chalom  une nouvelle caravane arrive. Vite dépêches-toi !

Ma petite sœur Yona , fébrile, me tire nerveusement par la manche et m’amène  dans l’embrasure de la porte de la maison de notre oncle. Un soufflet de poussière monte dans l’air torride de la rue. Des chameaux ginglards  avec  leur cavaliers à pied déambulent paisiblement .Ils sont chargés à ne plus y trouver de place. Eux aussi viennent célébrer la Pâques avec leur famille à Jérusalem; comme à chaque année. Yona est toute excitée de voir  ce chamboulement, ce bardassement et cet esprit de fête. Car loin dans nos montagnes, avec nos moutons, nous n’y voyons pas autant de monde, d’animaux, de musique et de danses. Régulièrement des colombes s’envolent au dessus du Grand Temple; des offrandes. Encore, cette année, notre oncle nous accueille dans sa maison avec sa famille pour fêter la Pâques. Nous sommes heureux et enjoués. Encore, à l’occasion de la Fête,  il y aura un repas succulent et des réjouissances. Nous sommes arrivés depuis  quelques jours et nous nous acclimatons très bien. Mes cousins et cousines sont heureux de nous voir et de s’amuser avec nous. Yona, comme le veut la tradition familiale, garde avec elle un agneau; cela vient de notre père. Il nous a, en effet, conté, étant  plus jeune, il se souvient qu’avec mon grand-père et ma grand-mère ils ont vu un enfant naître, une nuit,  dans une étable à Bethléem  et mon père lui avait offert un agneau.

Il nous racontait, aussi, que lorsqu’il s’était laissé prendre le doigt par l’enfant il avait ressenti un bien immense et une présence spirituelle; une libération et une Lumière pénétrer en lui. Nous aimons cette histoire à toute les fois qu’il nous la raconte. Lui  et notre mère nous ont donné des prénoms, lors de notre naissance, suite à cet évènement. Moi c’est Chalom qui veut dire ‘’paix’’ et ma sœurette c’est Yona qui veut dire ‘’ colombe ‘’.

La caravane passée et la poussière retombée nous retournons à nos jeux. Dania ,ma cousine me dit :
-As-tu envie  d’aller te promener dans les rues de Jérusalem ? Nous n’irons pas trop loin car il y a beaucoup d’agitation depuis quelques semaines. Les soldats romains  sont sur le quai -vive et ceux du Roi Hérode aussi. Ils disent qu’il y a des agitateurs qui veulent renverser l’autorité en place et qu’ils ont identifié un de leur chef. Je vais avertir papa et maman et tes parents aussi.

Nous sortons dans la rue bondée de gens et d’animaux qui y circulent. L’esprit est vraiment à la Fête .Sur  la place du marché des vendeurs sont installés à leur table et proposent de tout .Breloques, collier, nourriture, vaisselle, tissus, animaux, oiseaux. Tant et tant de richesses. Dania me dit de me raccrocher au cordon de sa ceinture pour ne pas me perdre c’est ce que je fais tout de go et je la suis. Nous débouchons sur une allée  immergée d’ombre et à son extrémité  le flanc d’une petite montagne. Il y a un grand rassemblement de gens  mais tout est calme et serein. Ma cousine et moi nous nous regardons et elle me dit :
-Allons voir c’est peut-être lui leur chef qu’ils recherchent.

Nous nous taillons une place sans trop de difficulté à cause de notre taille  et approchons près d’un monticule où est assis un homme, humblement vêtu, qui prêche aux gens  attentifs à tout ce qu’il dit. Aucun bruit, aucun son ne sort de cette foule. Seulement la voix de l’homme se fait entendre  .Une voix douce et calme .Il dit :
-‘’Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton proche et tu haïras ton ennemi; mais moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent…’’

Cette parole me bouleverse. -Comment aimer celui qui te fait du mal ? Comment  l’aimer ?- me dis-je.

 Nous avons un voisin qui nous harcèle sans cesse  dans notre campagne et il faudrait l’aimer ! Il passe son temps à faire peur à nos moutons et nous devons aller les retrouver car il les disperse tout le temps.
Mais la parole de cet homme sage faisait son chemin dans ma tête. J’écoute ce qu’il dit et je me dis :
-C’est lui le révolutionnaire ? Mais il est doux comme un agneau et ne parle pas de guerre, de pouvoir ou de richesses. Il parle avec son cœur. Il dit encore :


-‘’Heureux  ceux qui sont affligés car ils seront consolés…Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens…Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi…

laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande…Eh bien ! Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre …veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau…te requiert-il pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui…A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos…

Dania me tape doucement sur l’épaule et me dis que nous devons rentrer à la maison pour ne pas inquiéter nos parents. Nous nous levons, avant de partir je jette un dernier coup d’œil à cet homme qui me fixe de ses yeux rassurants ; je sens comme une Lumière m’envahir. Une Lumière que je ne connaissais pas. Dania et moi dévalons prudemment la petite colline jusqu’à la rue ombragée et retournons à la maison. Nous croisons une patrouille romaine.
La rue est en effervescence .Rendus chez mon oncle je vais voir mon père et lui dit ce que nous avons vu. Songeur il me dit :
-Décris-le moi Chalom, comment était-il ? Qu’as-tu ressenti ?

Mon père me presse de ses questions. Je ne sais pas trop quoi lui répondre mais avec la sagesse de mes douze ans je lui ai affirme :
-Il est simple, humble, doux et sa voix porte comme  le cor mais tout en bonté. Il dit des vérités et des choses inusitées et toutes nouvelles. Lorsque nous sommes partis il m’a regardé et j’ai senti comme ce que tu nous racontes dans ton histoire lors de la naissance dans la nuit à Bethléem. Je ne sais pas si c’est ce que tu as ressenti mais c’était bienfaisant.

Mon père me fixe et me dit :
-Se pourrait-il que ce soit Lui ?  D’après toi, quel âge doit-il avoir ? Mon âge …un peu plus jeune ?
Réfléchissant, je ne suis pas vraiment sûr, je réponds :
-Un peu plus jeune que toi papa. Allons-nous aller l’écouter à nouveau papa ?  Je t’en prie dit oui et nous amènerons  Yona avec nous et maman.

Mon père sourit et me dit :
-Nous allons y réfléchir, tu sais que la Pâques c’est dans quelques jours et nous devons nous y préparer. En attendant va aider ta sœur et ta mère pour le repas.

Avant le repas, comme le veut aussi la Tradition, notre oncle lit un psaume, le psaume 90 :

-…Le malheur ne pourra te toucher
ni le danger approcher de ta demeure
Il donne mission à Ses anges
de te garder sur tous tes chemins

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres
tu marcheras sur la vipère et le scorpion
tu écraseras le lion et le dragon…

Après le repas nous fraternisons et nous nous préparons à aller vers nos couchettes. Papa et maman viennent nous border .Yona couvre bien son petit agneau et ferme les yeux. À l’extérieur nous entendons, encore, des bruits de voix et de pas. Papa nous rassure en nous disant que nous sommes dans une grande ville et que le silence se fait plutôt rare :
-Dormez mes enfant et que Dieu vous bénisse.

Il quitte la petite pièce et je ferme les yeux pour repenser à ce Jésus.

En pleine nuit des voix et des cris nous émergent de notre sommeil.  Inquiet je  vais voir papa et maman .cette dernière me prend dans ses bras et me dit :
-Va te recoucher Chalom il est probablement arrivé quelque chose et nous verrons demain. Je retourne à mon lit et essaie, tant bien que mal, à me rendormir. Au petit matin, j’ouvre les yeux et admire le rayon de soleil qui entre par une minuscule fente de la fenêtre. Je me lève et me dirige vers ce faisceau de lumière, ouvre la fenêtre et constate le lever de soleil magnifique. Yona parle avec son agneau :
-Bonjour petit manteau de laine, une nouvelle journée .Bien dormi ?

Comme réponse un léger bêlement. Je dis à Yona :
-As-tu entendu les bruits la nuit passée ? Ça ne t’a pas réveillée ?

Yona me répond :
-Non je n’ai rien entendu ; qu’est ce que c’était ?

Je vais à la grande salle à manger et déjà papa et oncle s’y trouvent. Je surprends leur conversation, discret, je  me glisse aux côtés de papa. Oncle dit :
-Tu as entendu les cris et les voix cette nuit. Je crois que c’était des soldats qui ramenaient un prisonnier et le conduisait chez  le Grand Prêtre. Je n’en sais pas plus ; je vais aller aux nouvelles ce matin. Veux-tu venir avec moi Mikael ? Je dis :
-Puis-je y aller avec vous s’il vous plaît ?

Mon père, hésitant, accepte. Il rassure ma mère et lui et nous  sortons dans la fraîche matinée et nous nous dirigeons  vers le  Temple. Il y a un grand rassemblement à l’intérieur et il nous est impossible d’entrer .À l’extérieur un garde renseigne mon oncle :
-Cette nuit Jésus de Nazareth a été arrêté et il est face au Grand Prêtre ce matin.

Je suis abasourdi .J’en ai les larmes aux yeux. Je  m’élance pour crier  que ces gens là font erreur mais mon père me retient fermement tout en posant sa main sur ma bouche. Il me dit en chuchotant :
-Ne dit rien Chalom, ne dit strictement rien. Il est dangereux et futile de s’en prendre à une foule déchaînée et à l’Autorité.
Je lui  chuchote à mon tour :
-Mais papa il est innocent cet homme là. Il ne parle que de belles choses et d’amour.

Oncle nous entraîne un peu à l’écart. Je vois dans un coin d’une sombre petite ruelle un homme accroupi qui pleure à chaudes larmes. Pourquoi était-il si triste ? Papa nous dit :
-Allons-nous en il n’est pas sain de rester ici.

Il me prend par la main et nous nous dirigeons vers la maison. Chemin faisant nous croisons une dame qui a le visage ravagé de larmes et la fatigue, elle aussi. Je ne comprends pas ce qui se passe et supplie papa de me renseigner.

Lui non plus ne sais pas ce qui se passe. Nous entrons dans la maison et je vais rejoindre Yona et ma cousine qui cajolent le petit agneau. Mon père et mon oncle sont en grande conversation à voix basse. Furtivement j’écoute, sans rien laisser transparaître.  Nous sentons un climat lourd. Je demande à ma cousine si nous pouvons aller sur le toit pour voir ce qui se trame dans les rues. Elle acquiesce et nous grimpons l’escalier qui débouche sur le toit de la maison. Nous nous installons comme dans une loge  et regardons déambuler les gens. À quelques coins de rue  il semble y avoir une procession car les gens se sont amassés tout le long de la voie qui se dirige vers le Golgotha, endroit sombre et cynique où les soldats romains crucifient les malfrats, voleurs et assassins à ce que m’a dit ma petite cousine . Je suis curieux et apeuré de voir qui ils amènent.

Pendant que nous attendons la procession, Yona laisser aller son petit agneau qui gambade, joyeux de se dégourdir les pattes. Nous rions de bon cœur lorsqu’il perd l’équilibre et s’affale sur son petit ventre. Yona le prend dans ses bras et le console .Le soleil à son plus haut point nous tape sur la tête et nous nous recouvrons de nos foulards. Nous entendons une clameur dans la rue nous avertissant que la tête de la procession approche. Nous entendons des claquements des coups de fouet et les cris rauques des soldats. Mon cœur chavire de voir un homme porter  une lourde croix, la croix du supplice et de sa dernière demeure. Il tombe  à quelques reprises et les soldats le poussent violemment. Mon père, ma mère et mon oncle ainsi que ma tante sont venus nous rejoindre sur le toit. Mon père vient me prendre dans ses bras et me serre très fort. Le spectacle n’est pas des plus réjouissants. Je regarde attentivement le visage du condamné et m’exclame :

-Papa, papa  c’est lui ! C’est lui Jésus de Nazareth.

Des larmes coulent sur me joues et mon père m’entoure amoureusement de ses bras. Lui aussi pleure. Nous nous sentons tellement impuissant face à ce carnage .De la foule monte des cris de haine et des  insultes; à ne rien y comprendre. Je dis à mon père :
-Papa  quand ils vont arriver au Calvaire, peut-on y aller pour le voir une dernière fois ?
Ma supplication en est une très émotionnelle que mon père ne pouvait refuser. Il me dit :
-Si tu me promets de ne pas souffler mot, mon fils, et de toujours me suivre ; oui nous irons. Attendons qu’ils arrivent avant de descendre du toit et de nous engager dans la rue. Il est plus prudent d’agir de la sorte. Moi aussi je veux le voir.

La foule bigarrée et inconsciente lance des rires et des plaisanteries.  Subtilement, tous ensembles, nous nous imbriquons dans cette affluence énervée. Nous marchons discrètement vers la petite montagne. Le supplicié est maintenant élevé sur sa croix. Deux prisonniers, un à sa gauche et l’autre à sa droite attendent, eux aussi, la mort. Il est environ  trois heures de l’après-midi. Au pied de la croix une femme est en pleurs soutenue par un homme qui lui semble proche. Je regarde Jésus qui suinte des goutes de sang. Je suis abasourdi de la violence et de la haine des hommes.

Il prononce des paroles quasi inaudibles  mais il y en a une que je comprends Il dit :
-Père pardonnes leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Il soupire profondément. Je fixe mon père et lui dit :
-Même  sur la croix il pardonne !

Je pleure et je sens le regard de Jésus pénétrer mon voile de larme. Ses yeux ont toujours cette amabilité. Et je vois  un Univers d’amour  entier tout illuminé. Je serre la main de papa  qui a compris aussi. Il dit une dernière parole qui me touche :
-Père, je remets mon Esprit entre tes mains  …

Il penche la tête  et c’est fini.

Au même moment, une colombe toute blanche vient se poser sur l’écriteau qui indique : ‘’ INRI ‘’. Le ciel se couvre de gros nuages noirs et la pluie se met à tomber, le vent souffle en rafales. Nous déguerpissons vite de la montagne pour aller nous  réfugier dans la maison. Ma mère et Yona nous attendent ainsi que la famille  inquiète de notre oncle. Un silence respectueux règne. Nous nous joignons, les uns aux autres et prions. Ce soir là je me suis endormi très tard. Les images de cette crucifixion se sont imprégnées dans ma mémoire pour le reste de ma vie.
Quelques jours après la Pâques nous rentrons chez nous à Bethléem. Chemin faisant dans les rues je constate que l’intensité de la fête a disparue. Les gens s’affairent à leur routine et leurs occupations; rien ne transparaît de tout ce remue-ménage comme si rien ne s’était passé. Sur la route menant à notre campagne nous rencontrons un noble vieillard à barbe blanche qui nous salue. Il nous sourit et nous souhaite la Paix. Nous nous arrêtons un petit moment pour écouter ses paroles :
-Soyez en Paix, Jésus de Nazareth est ressuscité il y a quelques jours. Il est toujours avec nous.

Je lui demande :
-Il me semble vous avoir déjà vu ! Oui, oui je me souviens avant la procession vous étiez dans une ruelle et vous pleuriez, je me souviens.

Il me répond :
-Oui je pleurais et je pleure encore mais cette fois ce sont des larmes de joie mon enfant. Car Jésus-Christ est ressuscité. Je vous souhaite bon chemin et que Dieu vous bénisse. Mon nom est Pierre et que le Christ soit toujours avec vous.

Yona caresse son petit agneau en lui disant qu’ils seront à la maison rapidement.

Une colombe nous suit depuis Jérusalem.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du  Temps

Laval ,23 mars 2013


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Vivaldi en quatre temps….!

Vivaldi… en quatre temps…

Printemps
(1968)

 

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Le temps ne semble s’écouler comme dans un sablier, grain à grain. Le soleil brille de tous ses feux par une joyeuse après midi de mai. Les gens circulent sur le grand boulevard ignorant, probablement, ou ils vont. La température invite à sortir de leur antre peu importe la direction. C’est dimanche et la mélodie de mon enfance : ‘’ Les enfants s’ennuient le dimanche’’ me revient à l’esprit. Je suis assis à l’extérieur de la caserne de pompiers et j’attends, comme mes confrères, le son de l’alarme pour mettre de l’action dans nos vies. Le tintement ne vient donc pas, pas encore .Je me demande, souvent, quelle idée saugrenue m’a prise de m’être engagé comme sapeur-pompier; l’action, le salaire ou l’aventure ? Je suis jeune et j’ai  beaucoup à vivre .Des étourneaux viennent pigosser des insectes  sur l’asphalte chaude. Je les regarde et les envie de leur liberté. Le dimanche est spécial. Nous sommes à la caserne pour vingt quatre heures d’affilées, jusqu’au lundi matin. Le temps est long si tu  travailles  avec une équipe avec qui tu as plus ou moins d’affinité. Ça m’est arrivé mais que quelques mois. L’Équipe est bonne présentement ; bien soudée. Nous apprenons à toutes les fois que nous commençons notre quart de travail et notre officier s’avère un bon prof et très bon pédagogue; cela me plaît. Des grives s’accrochent aux murs de la caserne et y cherchent des papillons de nuit camouflés pour se cacher de la chaleur du jour.

Je vois dans le ciel un avion qui se dirige plein ouest, il laisse sa trace blanchâtre sur le bleu azur immaculé. Les arbres bourgeonnement  tout au fond du stationnement laissant présager encore un bel été. Le vert tendre des minuscules pousses embellit ce spectacle de ciment et d’asphalte.  Des goélands, immigrés des villes, parcourent le sol bouillant sous leurs pattes croyant trouver une pitance à ma vue. Ils s’envolent vers le bord de l’eau ou ils seront plus chanceux. Je les vois se dissiper à coups de tirades d’ailes en formant un vol majestueux. Je repose mon regard sur le vert tendre des pousses d’érable, je prends une bonne respiration. En plein milieu de mon soupir le son de cloche tant attendu se fait entendre.

Comme par réflexe imminent je suis sur mes deux jambes et me retourne vers mon compagnon qui sort du bureau en nous criant l’adresse ou nous allons. Je cours à l’intérieur de la caserne, me déchausse, enfile mes bottes et mon imperméable, mon ceinturon et mon chapeau  grimpe  à l’arrière du camion. Nous partons toute sirène au vent et tous gyrophares à l’épouvante. Enfin de l’action. Le camion sillonne les rues; nous allons vers le centre de la ville inhabité où s’étalent  des champs vides. Je me dis :
-Un feu de champs près des habitations. Le vent et le soleil me caressent la peau tout doucement. Nous ralentissons et nous apercevons à quelques centaines de mètres la fumée qui s’élève en tourbillonnant du milieu de l’espace vide. Le feu se propage lentement sur une distance d’environ cinq ou six cents mètres. Nous devons le contrôler pour ne pas qu’il approche des résidences  à proximité. Le camion s’immobilise dans un minuscule chemin de terre sèche. Nous prenons avec nous des balais à feu et des extincteurs à eau  et  nous nous dirigeons vers le monstre en puissance. Les soldats du feu, comme nous appelle notre officier. À chacun son rôle. Il s’agit d’arrêter la progression de l’animal dévastateur .Je me dirige vers le sud et tout de suite j’allume un contre-feu, contrôlé, pour stopper net la progression du malfaisant sinueux. Les deux flammes se rencontrent et consument les herbes sèches de l’automne passé. Un moyen brasier s’élève vers le ciel tout en dégageant une odeur aromatique d’herbes en fusion. J’aime cette odeur.

Le feu  décadent s’amenuise pour s’écraser, enfin, en quelques brindilles qui résistent à disparaître. Je balaie le sol pour annihiler complètement cet ennemi autrement bénéfique. Je reluque le voisinage et, encore ici et là, quelques étincelles récalcitrantes rebondissent de tisons éparpillés dans les champs ce qui a pour effet de remettre le feu et de continuer à consumer les herbes folles. Mais tout est sous contrôle. Dans ma poursuite de l’élément déclencheur j’arrive à un immense rocher. J’y grimpe et admire le paysage. Le feu récent  a laissé un sol noirâtre. Il y a du avoir un autre feu récemment ou  sous ce tapis noir de nouvelles pousses ressurgissent. De tendres brins d’herbe frayent leur chemin vers la lumière. J’enlève mon chapeau et profite des rayons de soleil chauds de ce mois de mai. Je fixe mes yeux au loin à l’horizon. Pour un instant je ne suis rien. Ni pompier, ni soldat du feu,

Je suis assis sur un rocher en plein champs au mois de mai, mois du muguet et du renouveau. J’écoute  la nature et le vent ; une douce impression vient m’entourer. Je lève la tête et une envolée d’outardes passe scindant le cercle lumineux. Des criquets, heureux, s’épivardent que le désastre soit terminé. On dirait qu’ils viennent me remercier. Je remets mon chapeau et examine les lieux pour voir s’il n’y a pas de traces de fumée qui pourraient signaler encore du feu. Non. Je me redirige  vers le camion ou mon compagnon me fait signe que nous devons aller vers un autre endroit.

Une autre envolée d’outardes passe subtilement vers le nord, l’été est tout proche et j’apprécie cette minute de sérénité.

 

Été
(1982)

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Comme à tous les matins, lorsque je suis en devoir dans ma semaine, j’exécute ma routine ; ouvrir les fenêtres, replacer les chaises de la  salle de cours magistraux, ramasser les papiers et crayons qui sont laissés à l’abandon par les résidents. Examine le projecteur et les diapositives. Ensuite je descends à l’étage de la cuisine et de la salle à manger  pour me faire un café et me dirige vers  la grande véranda à l’extérieure  pour y admirer le fleuve et la nature environnante. Les oiseaux, ce matin là du mois d’août, sont en grande pompe et  en symphonie romanesque. Les goélands, rassemblés en centaine, virevoltent dans le firmament pour s’exhiber en spectacle rocambolesque. Accompagnés des gaies bleus, tout fou-fou dans les conifères,  les engoulevents piétinent la grève au pas de marche. Les criquets et grillons chantent en contrebasse pour battre la mesure. Un tantinet de brise  effleure les feuilles des peupliers et des érables. Tout vit et explose de joie.

Une symphonie- me dis-je- mais c’est une symphonie grandiose. Le soleil darde de ses rayons; déjà à cette heure matinale. Je respire à fond car dans quelques minutes j’aurai besoin de toute mon énergie pour enseigner aux gens, qui me sont assignés, les rudiments de l’abstinence et de la sobriété sans alcool, sans drogues et sans médicaments. Tâche ardue. J’en sais quelque chose; j’ai vécu cette expérience.

Sur les rebords de la véranda, ou nous avons installé une gigantesque fraise, nourriture adorée des colibris, des gloires du matin se dandinent aux frais de la brise estivale. Un oiseau-mouche vient se délecter du précieux nectar savoureux. Je fixe mon regard sur la fragilité de son vol et de son plumage. Rassasié il prend la tangente ; direction le bord du fleuve. Je le regarde se faufiler entre les jacinthes et les herbes sauvages.  Mes yeux se posent sur un immense navire qui se dirige vers la grande ville. Je me vois sur ce navire sillonnant les mers au gré des vagues.

J’entends des craquements dans la maison. Ce n’est pas une nouvelle construction mais elle a son cachet. Les planchers crissent aux pas des gens. Je me demande bien qui s’est levé aussi de bonne heure. Je me dis :
-Encore dix ou quinze minutes et j’irai voir …
Quelques boules de ouates déboulent dans le ciel bleu limpide; rien d’énervant. Mon café terminé j’entre dans la maison et m’en verse un autre. Je décide de monter à l’étage supérieur pour voir qui y est.  En entrant dans la salle de thérapie j’y aperçois, tout au fond bien callée dans un divan, une résidente qui est avec nous depuis peu. Elle a un problème de dépendance aux  médicaments et est religieuse. Elle est toute menue et délicate. Elle porte son uniforme blanc et noir de sa congrégation. Je m’installe sur une chaise confortable face à elle et lui dis :
-Bonjour Louise, comment allez-vous ce matin ? Bien dormi ?
D’une voix basse et à peu inaudible elle me répond :
-Oui merci.
Je vois qu’elle est en train de réciter son chapelet qu’elle égraine à chaque Ave.
-Si je vous dérange vous me le dites ?
Elle me regarde et me dit :
-Non, non vous ne me dérangez pas j’avais fini. Oui je vais bien mais j’ai des maux de tête qui m’ont empêché de bien dormir cette nuit.

Je la regarde et l’interroge de mes yeux et ose :
-Croyez vous qu’en récitant votre chapelet cela va vous aider ? Mais avant de me répondre croyez-vous en Dieu ? Croyez-vous au Christ ?
Abasourdie par ma question elle me dévisage, elle !  Une religieuse, et je continue :
Croyez-vous que le Christ peut faire quelque chose pour vous et votre dépendance aux médicaments ?  Parce que vous avez de sérieux problèmes, ma sœur, à ce que votre supérieure et votre médecin nous ont confié. Mais que vous  niez . Quelle est votre solution ma sœur pour votre problème ?

Elle me regarde pour me défier et me lance :
-Mais c’est à vous de me donner la solution ce n’est pas à moi de ….
Elle s’arrête sec et pile  détourne la tête et laisse couler une larme de ses yeux fatigués. Je lui dis alors :
-Vous savez ma sœur, et ils vous ont sûrement enseigné cela dans votre communauté, que la Lumière vient de l’intérieur de nous les humains et qu’il s’agit d’avoir la Foi pour l’atteindre et la transmettre à d’autres; ceux qui souffrent. Je vous transmets une parcelle de ma Lumière ma sœur et que Dieu vous bénisse. Votre problème de médicaments, tout comme moi j’ai eu un problème de dépendance à l’alcool, sont des problèmes semblables.
Elle me regarde, comme si je venais de toucher un point sensible de son iceberg d’indifférence et me dit :
-En quel sens vous dites cela ?
Je la regarde tout au fond de ses beaux yeux bleus remplis de Lumière :
-Mon Dieu c’était l’alcool ; vous c’est la pilule et votre volonté personnelle tout comme moi dans mes instants de révolte…
Elle me coupe et me dit :
-Vous! Vous… révolté!

Je la regarde avec tendresse et lui réponds :
-Oh ! Que oui ma sœur; Oh! Que oui. Jusqu’au jour ou j’ai abdiqué et pris conscience que j’étais impuissant devant les ravages que cette substance faisait sur moi et, tout comme l’enfant prodigue, j’en suis revenu au Christ. Maintenant mon Dieu c’est lui.
Je  garde silence, le temps qu’elle réfléchisse, me lève et va à la fenêtre et murmure :
-Il fait si beau et la nature est en pleine effervescence, profitons-en l’automne approche à grands pas.

 L’automne avec  ses coloris et les départs des outardes pour le sud.

Je me retourne et ma petite sœur récite son chapelet  les yeux fermés. Je redescends sur la véranda pour savourer quelques moments d’intimité avec la nature et avec Dieu. Priant pour la petite religieuse pour que  la Lumière fût. Je ne l’ai jamais revue.

Automne
(2012)

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‘’Revêtu de magnificence
Tu as pour manteau la lumière !

Comme une tenture Tu déploies les cieux
Tu élèves dans leurs eaux Tes demeures
Des nuées Tu te fais un char
Tu t’avances sur les ailes du vent
Tu prends les vents pour messagers
pour serviteur, les flammes des éclairs

Psaume 103’’

 

Oui je suis devant le plus beau jardin de la terre. Aux petites heures de l’aurore, temps des myriades de lueurs rosées, l’astre du jour annonce en grande cérémonie sa venue. Posté sur le belvédère du clocher du Monastère j’attends avec patience et sérénité le maître du jour. De mon endroit de prédilection c’est comme être devant une peinture que l’artiste nous dévoile au fil de la pénétration de la lumière.

Des chants d’oiseaux, ici et là, ils gloussent discrètement dans les brumes accroupies dans les  grandes herbes. L’air est plutôt frais en ce matin d’octobre. Le coloris des feuilles détonnent lentement à la venue de l’amorce du luminaire. Le firmament, d’un lilas très pâle rend admirablement bien les derniers éclats des étoiles retardataires. Une buse matinale cherche sa pitance. Les autres oiseaux l’ont aperçue et n’osent bouger. Décrivant ses cercles, le prédateur s’éloigne laissant le territoire à qui mieux mieux . Les tout premiers à sortir de leur cachette sont les grives roucoulantes. Le soleil pousse sa candeur en annonçant ses couleurs. L’horizon se pare d’un vermillon rosé flanqué sur un bleu azur. Le moment fatidique approche.

Avec ma caméra je suis prêt je n’attends que le moment propice pour capter la boule rouge sang grimper le zénith :
-Le voilà !
Me dis-je sans sourciller. Je le fixe de mon objectif et j’entends le déclic du mécanisme intérieur. Et encore une fois et une dernière fois. Je me déplace le long du parapet et prend plusieurs autres photos aussi inspirantes les unes que les autres. Dans mes déplacements je n’ai pas remarqué que je ne suis pas seul  au belvédère. Il y a un moine qui prend des photos tout comme moi. Je le salue  par un signe de tête et nous ne parlons pas car la Règle nous incite à garder le silence à partir des Complies en soirée jusqu’aux Laudes le lendemain. Le soleil, immense boule de feu, trône maintenant au ciel. L’éclat est vivifiant. J’admire ce paysage féérique. La magnificence des couleurs inonde la vallée. Les conifères  se sentent gênés de déteindre sur autant d’aquarelles. La scène est fantasmagorique que j’ose exprimer un soupir de beauté :
-Merci mon Dieu pour ta Création.
Le  Père, à mes côtés, me regarde et me dit :
-Vous pouvez le dire tant et tant de fois. À toutes les fois que je viens ici, en toute saison, je suis émerveillé. Le soleil n’est pas toujours à la même place cela est dû à la rotation de la terre. Et, à toutes les occasions, l’angle est différent.
J’esquisse un signe de tête et lui dit :


Si nous n’aurions de pas de montre ou perdu la notion du temps, je pourrais vous dire en quel mois nous serions. Il me regarde, curieux et me lance :
-Bien vous allez me faire connaître votre secret, j’erspère !
Avec un petit sourire en coin  il attend ma réplique. Alors je dis :
-Voyez vous ces encavures dans la dalle de pierre, bien si on y pose la main droite ouverte et d’y installer à gauche le pouce et à droite l’auriculaire dans les petits sillons encavés, nous avons avec la main bien étendue un empan qui indique la position du lever du soleil en ses mois  .Le pouce correspond au mois de mai et en remontant jusqu’au l’auriculaire qui indique septembre.

Présentement nous sommes hors champs de la main ce qui correspond à octobre à l’arrière de la Nef de l’Église. En novembre le soleil décline ainsi qu’en décembre. J’ai remarqué cela à toutes les fois que je suis venu admirer les levers de soleil ici sur le belvédère. Je me tais et le moine me lance :
-Belle contemplation mon frère ! Je vais prendre d’autres photos .Je vais en profiter avant que toutes ces belles couleurs disparaissent dans les bourrasques de vent d’automne et que le gel s’installe ; ensuite la neige. Eh oui ! L’hiver qui a son  cachet aussi. J’aime l’hiver et sa majestueuse suite. Je vous salue et vous souhaite une très belle journée dans la Paix du Seigneur.
Je réplique :
-À vous aussi mon Père bonne journée dans la Paix du Seigneur.

Sur ce il me quitte et je retourne admirer une dernière fois l’explosion des fresques automnales. Oui l’hiver s’en vient à grands pas.

 

Hiver
(2011)

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Ah ! Comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! Comme la neige a neigé
 !

(Émile Nelligan, Soir d’hiver)

 

Ce matin, à la bonne heure et très tôt, je décide d’aller fureter aux abords de la rivière. Il fait froid ; nous sommes en février. Par chance nous vivions un redoux depuis quelques jours. Je me demande si la neige pourra supporter mon poids en empruntant le petit chemin qui longe la berge. En descendant de l’auto je vérifie, sur le champ,  mes appréhensions. Je pose un pied sur la croute blanchâtre et, effectivement, elle est assez solide pour que je m’y aventure. J’avance lentement et surement  en me dirigeant vers mon banc de prédilection. Tout respire le calme, la sérénité et le silence. La rivière complètement gelée est saisie par une couche de glace immobile.

L’activité normale printanière, estivale ou automnale est absente totalement. Il y a bien quelques oiseaux, épars ici et là, qui gazouillent quand même mais à peine les entend-on. La surface de la couche de glace, par endroits, s’est recouverte de monticules de neige ce qui lui donne l’aspect d’un ‘’no mans land’’ ébouriffé .Le vent joue à cache -cache avec  des filets duveteux de neige fo-folle  qui s’épivardent entre les butes de flocons accumulés. Le soleil, de son angle hivernal, illumine ce spectacle à sa façon. Au travers des vapeurs d’eau et des coulis de fumée des cheminées il s’imbrique nonchalamment dans la fresque frigorifiée.

Debout les deux mains bien campées dans mon manteau, face à la rivière, j’hume l’air pur et frais. Mes oreilles sillent le silence. Le vent vient me toucher le visage. Je sais que je ne resterai pas longtemps mais j’y suis, j’y reste le temps qu’il faudra. Sur l’onde glacée  une joyeuse bande de goélands se narguent. Leur cris perçants fendent l’air matinale .Qu’ont-ils découvert ? Pourquoi se chamaillent –ils ?

Seul Dieu le sait. Des petites mésanges viennent s’abriter dans les arbustes dégarnis de leur feuillage. Je les observe du coin de l’œil. On dit que l’hiver est un temps mort, ce que je vois c’est la Vie .Tout est endormi, paralysé et immobile  semble- t’on croire. Mais ce n’est que partie remise, préparation à un temps nouveau, désert qu’on doit franchir pour une autre étape, protection pour continuer la Vie. Car dans quelques mois tout revivra, tout éclatera de Lumière; une nouvelle naissance.

Je décide d’aller un peu plus loin sur le chemillon recouvert de neigeote. Je fais une centaine de pas vers un saule avec ses branches arcboutées pliant sous le frimas. Je le fixe pour contempler  sa posture. Il est magnifique. Je refais le chemin dans l’autre sens et aperçois une silhouette qui s’avance vers moi. Je reconnais la personne; celle qui vient ici par les beaux matins au lever du soleil. Nous avons les mêmes habitudes .Nous nous saluons et échangeons quelques brides de paroles de circonstance. Elle me dit :
-Pas trop chaud ce matin, n’est-ce pas ? Mais le spectacle, même en hiver, en vaut la peine ! Avez-vous remarqué les couleurs des rayons de soleil?  Extraordinaire ne trouvez-vous pas ?
Je regarde l’astre du jour et lui répond :
-Sublime ! Très différent des matins d’été.
Je souris et je continue :
-Venez-vous tous les jours, comme à votre habitude, même en hiver ?
Elle me regarde avec ses yeux bleus éclaircis et me dit :
-Oui tous les jours quand c’est possible et praticable. C’est ma dose d’oxygène, ma dose de positif et aussi, je me dois de le dire, ma dose de prière au Seigneur. Les gens ne prient plus .Dans le complexe d’appartement où je vis nous sommes à majorité de personnes âgées, du troisième âge comme il est préférable de dire aujourd’hui, et dans toute cette majorité il y en a beaucoup qui font dépression sur dépression. Ils vont voir des médecins, qui eux, leur donne des médicaments pour supposément les relever .Mais ils ne relèvent pas ils dépérissent .Et à chaque fois qu’ils vont voir ces médecins, heureusement qu’il y en a encore d’excellents médecins, ils leur donnent d’autres médicaments pour conter les effets des premiers médicaments  et la roue tourne et retourne jusqu’à leur tombe.

Ils ont peur de souffrir  mais ils souffrent de leurs angoisses, de leur anxiété et de leurs peurs. Alors ils essaient de s’immuniser contre la douleur mais ils vivent à plein leurs souffrances. Ils vont même plus loin, lors de leur mort ils exigent que leur cercueil soit rembourré de doux tissus comme de la dentelle et  du satin ; ils sont morts, ils ne sentent plus rien !
Elle s’arrête et d’un large sourire  me regarde et me lance :
-Excusez-moi de déblatérer de la sorte ce matin. J’étais en discussion avec une amie, hier, qui a ce problème de surconsommation de médicaments et je lui ai recommandé de prier. Mais, pour elle, ce n’est que de la foutaise. Et j’ai lâché prise mais je l’aime et je ne peux rien y faire sauf de prier pour elle et c’est pour cela que je suis venue ici ce matin. Merci de m’écouter, je vais continuer ma route .Bonne journée.
Je lui réponds :
-C’est moi qui vous remercie. Bonne chance et bonne journée.
Je  me retourne vers la rivière et je soupire.
-Merci mon Dieu pour la Vie.

‘’ Ah! Comme la neige a neigé !

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

22 février 2013 

Le coffret dans le grenier…

 

Le coffret dans le grenier... dans Liens coffre2-300x300

Coffret dans le grenier…

 

‘’Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais…’’

 

La brise se dandine paresseusement sur les feuilles argentées des peupliers. La matinée en est encore à ses ailes du réveil. Le soleil frisonne de tous ses strions. Les oiseaux avalent goulument leur petit déjeuner affriolent et donnent la becquée à leurs rejetons. Des papillons multicolores et effrontés leur passent sous le nez; indifférents. La maison de mon père camouflée sous une myriade de conifères embaume le parfum des résineux. J’aime venir me promener ici, longer le petit sentier orné  de trembles comme des sentinelles aux aguets et abritant des gaies bleus aux cris de sifflet. Mon père me disait toujours :

 


-Vas-y doucement dans ce sentier, prends ton temps, examine, renifle et respire. Écoute la voix du vent et des brumes. Entends le chant des oiseaux, qui eux, n’ont pas d’agenda. Prends ton sablier  de calme et de respect. Mais, le plus important, prends ton instant présent petit à petit.
Il me répète encore et encore le même refrain qui virevolte dans mon esprit. Je marche à pas de tortue, selon son bon vouloir, je scrute les détails manquants de la dernière fois ; et il y en a. Les sapins ont de nouvelles pousses vertes tendres qui donnent aux branches matures une allure de dentelles friandes. Il faut savoir apprendre de nouveau; ce n’est jamais fini.

 

J’approche à pas feutrés et discrets  de renard vers la chaumière semi ombragée. Mon cœur s’envole à grandes enjambées. Immobile je pousse mon bilan des dernières semaines dans mes pensées. Mon père n’est plus, il nous a quitté pour l’autre monde après une lutte serrée contre une maladie virale.

 

Je me retrouve, seul, face à son univers à lui. Son univers terrestre de ses dernières années. Il y a eu quelques visites ici et là, avec le temps, mais jamais rien de concret ; de profond. Il était plutôt du genre taciturne et non loquace .Des grives viennent sautiller devant mes pas  comme pour m’avertir que le maître de la maison n’y est pas. Que le maître de la maison n’y est plus. Leur roucoulement  m’enchante. Je sors de ma poche de veston l’ultime clé qui ouvrira  l’antre mystérieux de mon paternel. Une brise vient  me caresser le visage et tout au long de son sillage elle s’arrête au reflet de mes yeux encore embués dans la vitre de la porte. J’essuie la larme qui coule le long de ma joue. Je connais l’endroit, je sais où sont toutes les choses  et je suis familier aux sons et bruits environnants mais  cette fois c’est différent. Il n’est plus .Ma main glisse la clé dans la serrure qui entrechoque les clapets. La porte s’ouvre  sur une pièce dans la demi-pénombre. J’entre subtilement et dépose la clé sur une table recroquevillée dans un minuscule coin. Je laisse le silence s’imprégner dans mes sens. Tout est en place, immobile. Je furète et je glande. Je reluque et appréhende. Sur la grande tablette du foyer  une photo illumine la pièce ; souvenir d’une partie de pêche miraculeuse et obsolète. Je souris.

 

Je vais à la cuisine et le rangement est quasi militaire. Mon père avait cette déformation; tout à sa place et chaque chose à sa place. Je me fais un café et  mon regard  se fige sur une liasse de paperasses laissée à la traîne ; au contraire des us et coutumes de mon père. Sur la première page griffonnée je peux lire les paroles d’une chanson de Claude Léveillé ; son auteur préféré. Une mélodie imprégnée de nostalgie, de tristesse mais tellement  belle et poétique.
‘’Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais…’’

 

Je me dis tout bas, intérieurement :
-Le rendez-vous !

 

Je fredonne machinalement l’air et un sanglot vient l’étouffer. Je respire lentement  et paisiblement. Je tourne les pages furtivement à la recherche  de curiosités et d’autres indiscrétions, ma curiosité est aiguisée et brûle le lampion. Sur la même page, dans une marge fictive, il y est inscrit : ‘’ coffret’’.
-Coffret ?
Me dis-je intrigué :
-Coffret ? Encore des mini cachettes ; et je sais qu’il en avait quelques –unes. Mais il n’y a pas personne qui lui demandait des comptes ou bien ce qu’il faisait.  Cachotier  et parfois mystérieux.

 

J’explore la maison, je sens sa présence partout ou je passe.

 

Sur un des murs de sa  chambre une photo de ma mère, des enfants et des petits enfants  et c’est à peu près tout ce qu’il lui restait de cette vie. Il nous l’avouait à chacune de nos visites, ma sœur et moi, de l’amour qu’il avait et a pour cette femme. Sa muse et sa complice. Il vivait seul dans les derniers instants de sa vie car ma mère s’étant enfuie avec un amant de jeunesse. Il l’aimait ; il lui a pardonné, quand on aime il est plus facile de pardonner et de vouloir oublier. Mais je crois que la cicatrice ne s’est jamais refermée. Il s’est enfermé dans un mutisme à faire glacer les sangs. Je secoue la tête pour m’empêcher de retomber dans un amas de cœurs déchirés et de coups de griffes lacérées.  Je remarque sur une table de chevet une copie de la Règle de Saint-Benoît; interrogations. À l’extérieur j’entends les gaies qui piaillent, leurs sifflements me parviennent en sourdine. J’ouvre une fenêtre pour laisser pénétrer l’air vivifiant du matin. Sur un petit buffet qui sert à contenir la vaisselle des dimanches et des jours de fêtes, un autre amassis de feuilles de papier laissé  à l’abandon. J’y jette un coup d’œil et, encore dans une marge fictive, le mot ‘’coffre’’ revient .Je m’exclame :
-Encore  ce coffret…mais où est-il ce coffret ? Et qu’est ce que cela veut bien dire. Sur la page du début de la pile   j’y lis :
‘’ Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu…’’

 

Encore Léveillé et son Rendez-vous. Cela m’intrigue. Je me mets donc à la recherche du fameux coffre. Le père  a piqué d’aplomb ma curiosité. Je fais le tour des pièces. Rien. Je reviens au salon; rien. Je prends un siège dans la cuisine et réfléchis :
-Voyons, où toi, mettrais-tu un coffret pour en garder les secrets ?  Surement pas à la vue de tous les visiteurs ou les passants. Dans les garde-robes, non, mon père n’était pas aussi  camouflard que cela.
Je fronce les sourcils et une idée jaillit de mon esprit  je m’éclate de joie :
-Le grenier, mais oui le grenier. Il rangeait tous ses souvenirs dans cet espace restreint de sa maison. Ses vieilles décorations de Noel, ses uniformes de son service militaire, ses vieux bouquins et ses trophées de ses vies antérieures comme il aimait nous le dire.
Il va sans dire que mon paternel fut été un homme humble, pour lui ce qu’il avait fait : école, travail, armée, et autres expériences de tout acabit n’étaient rien pour lui .Il ne se vantait pas nullement de ses exploits, ne se gratifiait pas des ses décorations et de ses honneurs. Il disait, à qui voulait bien l’entendre, qu’il a été l’instrument de Dieu et que Dieu lui avait donné beaucoup de dons et de bonheurs sur cette terre. Ce qu’il avait fait  c’était pour aider les autres et les faire cheminer.
Ça je me suis souvenu de ça mais un temps immense a passé avant que je le comprenne profondément.

 

Je me dirige vers l’escalier qui m’amène à un deuxième pallier de la maison. Au plafond il y a une trappe qui, en l’ouvrant fait descendre un autre petit escalier pour monter au grenier.

 

Je m’y aventure  résolument. Il fait sombre là  et il y fait frais.  Je tire sur une ficelle  blanche qui illumine dans la noirceur. Une lumière éblouissante se répand sur les choses qui elles  projettent des ombres sur les murs recouverts d’isolation. Une fenêtre, sur ma droite ne demande qu’à être découverte de son morceau de tissus. J’étire le bras et libère, enfin, la lumière du soleil qui vient inonder la pièce. Des objets, tous aussi hétéroclites les uns que les autres, signalent leur présence. Au fond une grande armoire trône au milieu du mur; j’y reviendrai plus tard – me dis-je- .
Sur ma gauche un capharnaüm de volumes, de revues et d’articles écrasent un support maladroitement posé là.  Je regarde avec minutie et je me dis :
-Mais c’est lui  le coffret ! Le fameux coffret.
Je m’avance vers  ce caisson d’une assez bonne dimension quand même. Fait de bois et orné de moulures anciennes Je scrute les environs et me demande où vais –je poser ces livres pour pouvoir ouvrir le coffret. Je décide donc de les déposer par terre sur la gauche et sur la droite. Le coffret a une serrure encastrée mais n’est pas barrée. J’ouvre le couvercle et, la greule béante, ce coffret m’offre son contenu discret. Bien rangées, en rang d’oignons, une vingtaine d’agendas occupent une bonne partie du contenant. Je regarde les années et  ils remontent à vingt ans finissant l’an passé. Je chercher celle de l’année présente et ne la trouve pas :
-Aurait-il arrêté de les produire ?

 

Je fouille plus en profondeur le compartiment et y découvre cinq cahiers contenant plus de cent cinquante pages chaque. J’ouvre le premier et ce sont des textes que mon paternel a écrit tout au long de sa vie. Si je calcule bien, il y a plus de sept cents pages ; de quoi produire un bouquin digne des grands auteurs.
-Intéressant ! Je savais qu’il avait la bosse de l’écriture mais de là à produire autant ; il me faut lire.

 

J’envenime mon enquête et  trouve tout au fond  du coffre, sous la poussière, un livre blanc qu’il a  écrit lui-même. Les pages étaient vierges et il les a remplies comme un moine qui a calligraphié un manuscrit. À la main il a reproduit en tout et partout la Règle de Saint Benoît en lettres gothiques. L’ouvrage est magnifique. À la toute dernière page j’y lis : ‘’ À lire, relire et relire encore.’’ Et : ‘’ ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu.’’ J’examine, enfin le reste du contenu du coffret et il ne semble plus y avoir quelque chose d’intéressant. Je me promets de lire ses agendas que je redescends avec moi à la cuisine ainsi que son livre manuscrit.

 

J’ouvre au hasard un agenda et je vois que c’est celui  de l’année du départ de ma mère. Des notes griffonnées, ici et là, trahissent son chagrin  et  sur une feuille à part  en lettres manuscrites la chanson de Léveillé; le rendez vous.

 

Je vais à l’extérieur écouter le concert cacophonique des oiseaux que mon père aimait tant. La brise dans le faîte des sapins chantent une mélodie  enchantée.

Je reprends l’air du ‘’Rendez-vous’’.

 

 

 

Le rendez-vous :
Claude Léveillée

 

Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais
Les rendez-vous que l´on cesse d´attendre
Existent-ils dans quelqu´autre univers
Où vont aussi les mots qu´on n´a pas pris le temps d´entendre
Et l´amour inconnu que nul n´a découvert
Quand on court après la fortune
On risque de perdre l´amour
J´ai payé de mes clairs de lune
De vouloir allonger les jours
Augmenter le chiffre d´affaires
Pour gagner quoi quelques billets
Qui ne pourront jamais refaire
Le hasard que je gaspillais
Nos parts faisaient sauter la banque
C´était une question de temps
Mais un rendez-vous que l´on manque
Est mille fois plus important
Même quand c´est un inconnu
Qui fait les cent pas quelque part

 

Car je sais que vous êtes venu
Mais je suis arrivée trop tard
Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu
Par ma chanson ce soir je vous le donne
Et désormais j´attendrai votre pas
Tout le long de mes jours
Puisque je sais mieux que personne
Que vous n´existez pas

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Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 31 janvier 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bouteille à la mer !

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Bouteille à la mer !

Inlassablement, inlassablement les vagues  déferlent sur le sable  couleur diamant. Les ailes azures du firmament se fondent dans l’indigo des vaguelettes en hachures.
À l’horizon, point de fusion du zénith et de l’immensité de l’océan, un voilier élucubre et tergiverse de toute son âme pour demeurer apparent. La plage désertique invite à une longue promenade en solitaire. Les goélands affamés et friands entonnent leurs cris rauques de possesseurs de territoires. Leur vol  en semi vrilles leur décerne le titre majestueux de faiseurs d’arabesques. La douceur de leurs envolées gouache ce ciel si bleu, si pur. Le soleil caresse mollement la peau et les visages. Son jeu de rayons glisse tendrement sur les mignonnes crêtes  moutonneuses des vagues allant et venant. Le sable détrempé à chaque allée et venue redonne à l’étendue salée son dû. Cycle de vie, cycle de naissance.

Jade, seule et recueillie, emboîte le pas des vagues venant s’étendre de tout leur long  sur la grève. Elle s’arrête et soude son regard vers le minuscule point blanchâtre au fond du tableau qui s’offre à elle. À peine perceptible, le voilier refuse de disparaître et s’enfuir dans l’horizon bleuté. Immobile, la marcheuse stoïque, scrute l’amoncellement des vagues  à la recherche d’elle ne sait quoi. Son esprit lui commande  de rester dans son instant présent mais son corps lui dicte de partir, partir au loin et d’aller aborder ce navire si éloigné; si loin.

Elle ne se sent pas d’aplomb et énergisée pour entreprendre quoi que ce soit .Elle est épuisée, fatiguée; vidée. Une longue série de coups et de contrecoups l’ont amenée à abdiquer. L’air salin lui prodigue un bienfait immense. Se retrouver face à cette immensité ,elle recouvre son entité.

Les vagues viennent  expirer  à ses pieds nus. Elle ne s’éloigne pas pour sentir le coulis de l’eau salée entre ses orteils. Elle respire à fond et se régénère. Des oiseaux rigolos, quant à eux, prennent la fuite de leurs courtes pattes devant l’invasion de l’onde, et reviennent aussitôt vers le sable qui filtre l’eau. La vague revient ils répètent leur manège. Jade sourit, enfin depuis plusieurs mois. Elle lève ses yeux mouillés au ciel afin que l’astre du jour sèche ses larmes. Elle continue à déambuler tout doucement à pas d’escargot sur cette plage magnifique. Dans son esprit tout se bouleverse, tout chavire. Des pensées douloureuses l’assaillent mais elle les chasse du revers de la main autant que du revers de son optimisme. Elle se dit :
-Tout va bien, tout va bien; tout ira bien.

Des goélands la suivent comme des anges gardiens, elle s’arrête; ils s’arrêtent. Elle continue, ils continuent. L’image de sa mère lui vient à l’idée ainsi qu’une parole si souvent prononcée :
- ‘’Ma fille , dans les durs moments de la vie nous devons retrousser nos manches et recommencer.’’

Recommencer, se dit  Jade, facile à dire mais pas facile à faire. Elle garde silence, un silence profond et méditatif. Sa voix, à peine audible et engloutie par le son des vagues, lui dit :
-Nous sommes Justin et moi  dans une impasse financière grave. J’ai été remerciée à mon travail et la situation de mon conjoint se précarise. Nous nous devons de céder notre maison; nous n’avons plus les moyens de la garder. Qu’allons-nous faire ? Nous avons travaillé d’arrache-pied pour s’y installer et voilà que les banques nous la  réclame. Nous accumulons dettes par-dessus dettes.

Elle serre les poings et les lèvres. Elle plonge ses yeux dans  le bleuâtre profond de l’abîme. Sa révolte incommensurable s’atténue lorsqu’elle voit, derrière elle, les goélands qui la regardent tout penauds. Elle leur clame :
-On sait bien, vous n’avez pas à vous soucier de cela vous autres; vous vivez de l’air du temps. Avec les levers et les couchers du soleil. Vous êtes toujours dans l’immensité de la beauté et dans le sillage des ailes de la nature.
Elle continue sa marche déambulatoire jusqu’à un amoncellement de rochers d’où viennent éclabousser les vagues. Elle prend siège sur un des rochers plat et s’accroupit tout comme un phoque qui attend sa pitance .Elle se laisse bercer par la musique du clapotis du va et vient de l’eau. Ses pensées sont au ralenti, maintenant, son vague à l’âme aussi. Elle admire l’interstice et une chanson de Daniel Balavoine lui vient en sourdine dans son esprit qu’elle a apprise par cœur étant jeune:
‘’ Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs, dans l’eau laissent une trace
Dont les écumes font la beauté…
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent mais les vagues
Les ramènent en pierres d’étoiles sur les rochers…

…Contre le passé y’a rien à faire, 
Il faudrait changer les héros
Dans un monde où le plus beau reste à faire…


Et je cours je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie… 

Elle fredonne l’air sans réfléchir aux mots :
-
Et je cours je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent…

L’harmonie des tourbillons des vagues et du cri des oiseaux enchantent en mélodie et en symphonie avec cette chanson :


-… Comme un fou va jeter à la mer
Des bouteilles vides et puis espère
Qu’on pourra lire à travers
S.O.S. écrit avec de l’air
Pour te dire que je me sens seul
Je dessine à l’encre vide un désert…


Et je cours, je me raccroche à la vie,
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent….

Jade se dit à elle-même :
-Quelle belle poésie, que de beaux mots.

Son regard se fixe sur un point scintillant dans les vagues. Un objet flotte. Jade regarde avec attention et réfléchit tout haut :
-Encore quelqu’un qui a jeté par-dessus bord ses détritus…

Elle se lève sur son perchoir pour mieux voir. L’objet approche tout doucement vers le rivage. C’est une bouteille de verre .Comme un pantin, elle suit le haut et le bas des vagues. Elle se couche sur son flanc pour enfin se redresser de tout son col.

Jade ne peut distinguer, encore, son contenu. Elle attend l’intruse de pied ferme pour la ramasser. Le soleil brille de tous ses feux. La bouteille aboutit, en fin de compte, sur la rive à quelques mètres de Jade. Descendant de sa plateforme rocheuse elle se dirige vers l’objet insolite. Ses parois sont transparentes laissant entrevoir un rouleau de papier encore tout blanc. Jade saisit le flacon et l’examine sur tous les sens. Sur le rouleau il y a une date et Jade s’écrie :
-Mais c’est de l’an passé et il y est écrit que cette missive vient de Normandie, France.

Le bouchon de liège, enfoncé qu’à moitié  mais bien coincé, se laisse facilement enlevé. Jade saisit le morceau de papier qui glisse du goulot. Ses mains tremblent. Elle ne croyait jamais qu’un jour elle trouverait un vaisseau de verre  à la mer. Elle défait le minuscule ruban bleu qui entoure le document. Elle déroule avec précaution la lettre écrite en lettres attachées mais bien lisibles. Elle va se réinstaller sur son rocher de prédilection et commence à lire le texte :

-Bonjour …
qui que vous soyez  et où  que vous soyez dans ce monde. Mon nom est Aude et j’ai douze ans. Je suis née en Normandie, France. Mon père est  marin sur un gros paquebot et ma mère est institutrice. Dans ma famille j’ai aussi un petit frère, Martin, qui a commencé l’école cette année ; il aime bien l’école et moi aussi. J’aime mon ourson Clamon qui est mon compagnon de jeu préféré; il vous fait dire bonjours en passant…

Jade sourit à ces mots respire profondément et continue sa lecture :
-…au printemps cette année j’ai fait un séjour à l’hôpital. Les médecins m’ont avoué que j’avais la leucémie et il ne me restait que quelques mois à vivre. Je ne sais pas ce que cela veut dire…. ‘’Que quelques mois à vivre’’. J’en ai parlé avec ma mère et elle m’a expliqué, un peu, la signification. Je n’ai pas tout compris. Et là, avec les examens et les tests, j’ai commencé un traitement de chimiothérapie qui m’a fait perdre tous mes beaux cheveux blonds. Je porte un foulard en tout temps maintenant. Il est beau mon foulard et je le change quelques fois par semaine pour garder ma coquetterie quand même …..

Jade n’en pouvant plus éclate en sanglots, seule sur son rocher dans sa solitude. Elle poursuit :
-…Ma mère m’a dit aussi que je m’en vais dans un autre monde celui de la Lumière, mais je vois bien il y en a de la lumière ici; c’est éclatant de lumière surtout sur le bord de la mer d’où je suis présentement. Et j’ai demandé à ma mère s’il y aurait la mer où je vais, s’il y aurait mes amies et mon école. Elle m’a répondu qu’avec le temps je les retrouverais. Elle m’a prise dans ses bras et je  sentais qu’elle pleurait. Mais moi je ne pleure plus. Il faut ce qu’il faut. Si vous lisez ce message dites vous bien que j’ai aimé ma vie et il n’y a rien de plus important que la vie. La belle vie, et être souriant. Je dois finir ici ma lettre car je n’ai plus le temps et je dois retourner à l’hôpital pour un autre traitement et rejoindre Clamon qui doit s’ennuyer

Je vous dis Salut et je vous fais mes adieux.

Je vous souhaite beaucoup de bonheur et que Dieu vous bénisse.

Aude.

Grand, très grand silence .Que le clapotis des vagues et le cri des goélands. Sur son visage, Jade, laisse des larmes cascader tout en délicatesse. Elle se parle à elle-même :
- Et moi qui m’apitoie sur mon sort avec du matériel, maison, boulot et argent. Nous sommes encore jeunes et plein de ressources tandis qu’Aude, elle, est décédée et toujours en souriant comme elle dit …

 -Quelle belle leçon de vie. Je me promets d’ici quelques années, lorsque la situation le permettra d’aller à la rencontre des ses parents et de son petit frère pour leur rapporter cette bouteille et ce message.

La chanson de Balavoine lui revient, encore plus claire à l’oreille :


- Et j’ai ramassé les bouts de verre, 
J’ai recollé tous les morceaux,
Tout était clair comme de l’eau…
Contre le passé y’a rien à faire,
Il faudrait changer les héros
Dans un monde où le plus beau reste à faire
Et je cours ……..je me raccroche à la vie
……

… Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie…
Difficile d’appeler au secours
Quand tant de drames nous oppressent
Et les larmes nouées de stress
Étouffent un peu plus les cris d’amour
De ceux qui sont dans la faiblesse
Et dans un dernier espoir disparaissent..’’

 

Jade se lève et serre bien fort sur sa poitrine la bouteille avec le message dans son contenu elle soupire :
-Au revoir Aude et merci de m’avoir envoyé cette lettre, tu ne peux savoir comment elle tombe à point. Tu as raison, il n’y a rien de plus beau que la vie.

Marchant d’un pas allègre elle se dirige vers son conjoint, qui lui, est confortablement assis sur le sable en train de se construire un semblant de château de sable. Lorsqu’il voit Jade et sa bouteille il l’accueille avec son plus grand sourire  elle lui dit doucement :
-Viens allons à la maison je vais te conter ce qui m’arrive.

Le couple, main dans la main, se chuchote des mots d’amour, Jade dit :
-Justin, et si nous la vendions cette maison ?

Jade enserre sa bouteille de la main gauche et serre la main de Justin de la main droite. Les goélands les suivent à pas prudents.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 8 janvier 2013.

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‘’BALAVOINE, DANIEL

 

Comme un fou va jeter à la mer
Des bouteilles vides et puis espère
Qu’on pourra lire à travers
S.O.S. écrit avec de l’air
Pour te dire que je me sens seul
Je dessine à l’encre vide un désert
Et je cours, je me raccroche à la vie,
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent,
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie…
Difficile d’appeler au secours
Quand tant de drames nous oppressent
Et les larmes nouées de stress
Étouffent un peu plus les cris d’amour
De ceux qui sont dans la faiblesse
Et dans un dernier espoir disparaissent…
Et je cours, je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie
Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs, dans l’eau laissent une trace
Don’t les écumes font la beauté…
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent mais les vagues
Les ramènent en pierres d’étoiles sur les rochers…

Et j’ai ramassé les bouts de verre,
J’ai recollé tous les morceaux,
Tout était clair comme de l’eau…
Contre le passé y’a rien à faire,
Il faudrait changer les héros
Dans un monde où le plus beau reste à faire
Et je cours je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m’entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j’envoie…

Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs dans l’eau
Laissent une trace dont les écumes font la beauté…
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent mais les vagues
Les ramènent en pierres d’étoiles sur les rochers…’’

Heureuse année 2013.

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2012…………2013 !

 

À  tous ceux et celles qui me lisent…et à tous les autres aussi….

Je vous souhaite une année 2013 remplie   d’Amour, de Paix, de Sérénité.

Que  cette année qui vient  vous donne l’occasion de pouvoir aider quelqu’un et de vous sentir solidaire  à tous les hommes et toutes les femmes de ce monde.

 

Je vous souhaite  la Lumière.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval,

31 décembre 2012 

 

 

 

Un très Joyeux Noel….

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Un très Joyeux Noel

Un très Joyeux Noel à tous ceux et celles qui me lisent ou qui m’ont lu.

Amour, Paix  et Lumière.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps 

24 décembre 2012.

Paix de nuit !

Paix de nuit ! dans Liens sapins-bleus-5298571-300x200

Paix de nuit !

‘’Le sacrifice qui plaît à Dieu
c’est un esprit brisé;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu,
un cœur brisé et broyé.
Psaume 50,19 (Laudes du samedi).’’

Les flocons neigeux tombent lourdement, doucement. Ils flottent sur un océan  invisible et lactescent. Ils sillonnent en zigzaguant l’air un tantinet humide et frisquet. Leur ballet agrémente les rayons lumineux des lampadaires tout de blanc vêtus. Les sapins illuminés et les guirlandes lumineuses éclaboussent de minuscules éclats de lumière multicolores. Quel magnifique temps de veille de Noel ! Tout y est, lumières, neige, décorations, et gens radieux mais pressés. Les rues sont de plus en plus désertiques et inondées d’un plumet blanc et  moelleux de  neige fraîchement tombée. On voit quasiment le faîte d’une vague en écume. Les autos, telles des vaisseaux ivres, tergiversent ça et là dans les chemins de patinoires. L’éclat de leurs phares éblouit de leurs feux se dandinant de flocon  en flocon.

 Le temps se radoucit avec  cette giboulée blanchâtre. Tout semble immobile à présent. Le kaléidoscope des points étincelants des ornements semblent souffleter sous ce tapis suave.

Une ombre furtive se glisse sur le bas-côté  de la venelle en cul-de sac. Elle s’avance  à pas de loup, comme un chevreuil guettant un prédateur. La tête emmitouflée sous un épais capuchon de fourrure le marcheur jette de rapides coups d’œil  derrière lui pour voir s’il est  le seul sur cette voie. D’un pas lent et rassuré il s’oriente vers l’ultime maisonnette embellie d’élégants sapins ornés d’ampoules bleues. Il s’approche en réfrénant le pas. Son cœur palpite  et ses tempes bourdonnent. Sa respiration devient profonde pendant que sa mémoire lui ramène les dernières bribes des mots blessants et dépassant les pensées. Il s’arrête net, croyant avoir vu une silhouette à la fenêtre garnie d’une lumière incandescente et ornée d’un ange du temps de Noel.  Fausse alarme ; rien! Hésitant, il fait les cent pas sur un petit deux mètres carrés devant la maison. Oh! Qu’il se sent donc ridicule et se dit :
-Pourquoi est-ce arriver ? Pourquoi cette prise de becs, cette chicane insensée ? Qu’est ce que nous avions tant à vouloir nous tenir tête et à nous détester ?

Il stoppe brusquement ses déblatérations émotionnelles et tend l’oreille vers le firmament. Il croit entendre des notes d’un chant de Noel. Effectivement, au loin en quelque part, quelqu’un fait jouer Sainte Nuit. La mélodie doucereuse lui  glisse vers ses tympans. Il se découvre de son capuchon pour mieux entendre :
-C’était exactement la même mélodie qui jouait lors de la dispute ce  Noel, il y a de ça cinq ans.

Une série de clichés, de suite d’images, lui viennent à l’esprit. Des images pénibles et troublantes surtout lorsque son père lui demanda de quitter la maison paternelle pour de bon. Sans demander son reste, et sans le sou, il se précipita, qu’avec un sac à dos, dans cette même rue et se promit de ne jamais y revenir. Mais aujourd’hui il y est, encore sans le sou sauf que quelques dollars en poche .Après ces années de déboires, de durs labeurs et de misères il réentend cette même chanson qui lui chavire le cœur. Des larmes coulent sur son visage ravagé par la fatigue. Il se murmure :
-J’y vais ? Je n’y vais pas ? Que vais-je lui dire ? Va-t-il m’accueillir ?
Est-il toujours dans les mêmes dispositions ?

Et moi, comment vais-je réagir ? Qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’est ce que j’ai vu avec tout ce temps? Qu’aurait fait mon grand ami Ludovic ? Toujours bercé par ses cent pas il sanglote. Il lui semble d’avoir le Mont Everest à escalader. Il a mal, il a mal de son intérieur.

Et la musique lui parle. La neige tombe en minuscules flocons se mêlant à ses larmes. Il remet son capuchon et fait demi -tour. Il amorce quelques pas et s’immobilise :
-Non !- se dit-il – je vais y aller! Je vais prendre mon courage à deux mains et foncer. Il hésite encore. Se tenant droit comme un piquet, les deux mains dans les poches, ses pensées lui remémorent un fait anodin qu’il a vécu, dans sa jeunesse, avec son paternel. Oh! Combien ils étaient heureux ensembles et avaient de bons moments de joyeux plaisirs. Paul souffle :
-Si ce temps pourrait revenir, oublier toute cette situation. Est-ce possible ?

Il ne prie pas habituellement, mais cette fois il s’adresse à Jésus :

Je sais que c’est la commémoration de ta naissance ce soir et demain. Je sais que je ne te prie pas si souvent. Peux-tu m’aider à accomplir ce que je voudrais, veux, faire ce soir ? Rencontrer mon père et lui dire que je l’aime et que je m’excuse des paroles blessantes que j’ai pu lui dire et aussi lui dire que je lui pardonne les siennes. De me pardonner de ne pas lui avoir donné de mes nouvelles depuis tout ce temps .Aides moi Jésus, s’il te plaît je ne me sens pas la force de marcher vers cette porte et lui faire face.

Les larmes coulent à flot maintenant. Une boule d’émotions lui noue la gorge. Il se calme et calme ses sanglots ; reprends de bonnes inspirations et expirations et tout de go se dirige vers la maison aux sapins bleus.
Sortie de nulle part une vieille femme mal vêtue s’approche de lui et lui demande :
-Monsieur c’est la veille de Noel auriez-vous un peu de monnaie pour un café et un petit gâteau s’il vous plaît ?
Elle le regarde avec des yeux hagards et fatiguées.

Paul fouille dans sa poche et lui tend tout ce qu’il lui reste de menue monnaie, ses derniers deniers. Elle lui dit’’ merci – Dieu vous le rendra au centuple-‘’ et elle s’éloigne; Paul la comprend donc car il a vécu  les mêmes situations pénibles ces dernières années.

 Il monte l’escalier de marches en pierres recouvertes de neige  et s’immobilise face à l’entrée. Il dirige sa main vers le bouton de la  sonnette mais hésite encore.

Il se dit à lui-même :
-Tu n’en as pas assez mon ti-Paul ? Tu en veux encore ? Retournes d’où tu viens et oublies tout cela. Ou bien presse ce bouton et  advienne que pourra, par la Grâce de Dieu.

La neige se remet à tomber encore en  énormes  flocons. Paul en est tout recouvert comme un bonhomme de neige vagabond. Il refait encore demi-tour mais une force irrésistible le pousse à se retourner et poser son doigt sur ce fameux bouton. La tête lui tourne et il  tremble de tout son corps.

Ses muscles et son cerveau disent non mais son cœur dit oui. Et, comme par magie, la neige cesse. Les nuages se dissipent pour laisser place à un firmament d’encre noire étoilé d’argent.
Paul se dit :
-Une vraie nuit de Noel, il y a bien longtemps que j’en ai vu une comme celle-là. Les étoiles brillent des ailes de leur luminosité. Un quartier de lune vient rajouter au décor enchanteur; une touche d’un grand chef. La table est mise. De l’intérieur de la maison on peut entendre de la musique d’orgue, Paul soupire :

-Bach, la préférée de papa. 

Posant son doigt sur le bouton, enfin, Paul l’enfonce et entend le carillon à l’intérieur. Son cœur bat la chamade. À la fenêtre de l’ange, le rideau s’entrouvre et Paul y voit son père qui ne le reconnaît pas immédiatement. Ce dernier dirige ses pas vers la porte d’entrée, l’entrebâille et dit :
-Qui êtes-vous … que voulez-vous ?

Paul, coït lui répond :
-Papa!  C’est moi Paul.
Un instant s’écoule et le père ouvre la porte, il regarde son fils et dit en pleurant :
-Paul, mon gars, Paul tu es revenu enfin ! Paul vient dans mes  bras mon garçon.

Il le tire par son manteau et le fait entrer dans sa maison cossue et bien chaude. Il tient dans ses bras son fils et sanglote :
-Paul, mon petit Paul je suis si heureux de te voir.

Paul en larmes balbutie :

Papa, papa  je m’excuse ; je suis si désolé. Si navré de t’avoir fait de la peine. D’être parti sans te donner de nouvelles, je m’en veux tellement.

Les deux hommes, debout, se serrent la main en guise de réconciliation. Le père rajoute :

-Je n’aurais pas dû te dire ce que je t’ai dit, tu m’as manqué tellement mon fils .Je suis si fière, qu’en cette veille de Noel, tu reviennes; le retour de l’enfant prodigue! Il faut fêter ça  mon gars – dit-il -tout en sourires en en rires.

Paul tout ému enlève son manteau et fouille dans une de ses poches et y sort un petit paquet qu’il remet à son père :
-C’est pour toi, papa. C’est du Bach.
Son père, bouleversé lui dit :
-Tu te souviens, je suis si content.  Merci beaucoup mon fils ! Viens, viens me conter ce que tu as fait. Mais avant, poses ton manteau et suis moi.

Les deux hommes se dirigent vers la chambre qu’occupait Paul avant son départ. Le père ouvre la porte et montre à son fils l’endroit. Paul s’exclame :
-Mais rien n’a changé ! Tu as gardé toutes mes affaires et mes souvenirs. Le père rajoute :
Dès le lendemain de ton départ, que j’ai amèrement regretté, j’ai fermé ta porte et je l’entrouvrais fréquemment pour voir si tu n’y serais pas .Comme j’ai pensé à toi mon gars. Oh! Comme j’ai souhaité un soir comme celui-ci mon Paul. Et, tu es là; Merci mon Dieu, merci. J’ai même conservé le présent que je voulais te faire ce soir là; regardes il est là avec cinq autres que je rajoute chaque année et même celui de cette année.

Il serre son fils dans ses bras :
-Joyeux Noel Paul.
Paul lui rend la pareille et dit :
-Je ne repartirai pas papa, je vais rester avec toi. Joyeux Noel  mon papy.
Le père entraîne son fils vers le salon et lui montre la crèche qu’il installe chaque Noel :
-Tu sais, cette crèche je ne la rangeais pas de toute l’année depuis ton départ. Je priais tous les jours pour ton retour. Et ce soir tu es là ! Et maintenant prenons un bon verre de vin pour célébrer.
Paul dit :
-Tu pourras la serrer maintenant papa  sauf le petit mouton avec lequel je dormais quand j’étais petit. Et les deux rient aux éclats.

Avant d’aller à la cuisine le père fait tourner un disque sur son phono : Sainte Nuit.

La neige s’est remise à virevolter à l’extérieur, Paul regarde par la fenêtre et y voit la vieille dame qui lui a demandé quelques pièces d’argent lui sourire de toutes ses dents pour ensuite disparaître dans la bourrasque.

Le père entoure les épaules de son fils  et réciproquement Paul fait de même et les deux se dirigent vers l’antre des fourneaux.

 

‘’ Oh ! Nuit de Paix,
Oh ! Sainte nuit …..

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Saint-Benoît du Lac

16 décembre 2012

 

 

 

 

 

 

Prière d’enfant…

Prière d'enfant

Prière d’enfant 

La pénombre voit le jour. Les ombres changent de formes et s’agitent en contact avec les premières lumières scintillantes des ailes de la nuit. Le jour, à son déclin, n’a pas dit son dernier mot. Les derniers rayons rougeâtres du soleil s’agrippent aux cimes des arbres. Tout au fond de l’horizon en feu, au travers des branches dénudées de leurs apparats, les zébrons de l’astre du jour s’entichent aux branches édulcorées dans ce début d’hiver. La neige n’est pas encore au rendez-vous, mais qu’advienne ; les gens, toute la journée, ont monté leurs décorations de Noel extérieures et n’attendent que le signal imbu de la noirceur pour faire briller de tous feux  le message Messianique. Quelques passants déambulent  dans les rues  se couvrant la figure de leur collet de manteau pour vaincre le froid. Enfin la noirceur s’étiole tout en douceur sur les rues. D’un à un autre  les arbres décorés s’allument par magie. Les enfants, les yeux suspendus à la fenêtre, guettent les moments révélateurs de l’illumination des sapins extérieurs des voisins proches. Les bleus, les rouges et les verts scintillent facétieusement. Les coulis de lumières installées sur les charpentes des maisons éclatent en un imminent feu de joie. Le cœur est à la fête et les esprits aussi. Les oh! Et les Ah ! Fusent des lèvres mignonnes de  Marie-Ève et  son grand frère Alex. Derrière eux  Marc, le papa,  comme un enfant leur lance :
-Et si nous faisons le décompte pour notre sapin à nous ?

Les enfants se retournent et disent en chœur :
- C’est moi qui veut  l’animer !
Alors  le papa  dit :
-Dites moi un chiffre  jusqu’à  cinq  et ce sera celui ou celle qui  devinera, pourra allumer l’interrupteur. Et pour ne pas tricher je vais montrer à votre mère, avec mes doigts le nombre. Êtes-vous d’accord ?  Les deux enfants disent tout de go :
-Oui, allons-y !

Cachant sa main sous son chandail le père indique deux  et se retourne pour l’indiquer à son épouse. Il se revient de nouveau vers les enfants  et demande à Alex de dire un nombre :
-Cinq !- s’écrie ce dernier-.
Marc regarde Marie-Ève et lui enjoint de dire un nombre ; elle réfléchit et lance :
- Deux ! – dit-elle sans hésiter-.
Sortant sa main de sous son chandail le père indique avec ses doigts  deux  ce qui n’a pas l’air de plaire à Alex, un peu déçu. Pour éviter les froissements, Marie-Ève dit :
-Alex vient m’aider je ne pourrai pas faire cela toute seule; toi tu vas tenir l’interrupteur et moi je vais l’ouvrir et demain ce sera ton tour. Alex ravi et sourit.
L’enfant de neuf ans  tenant dans ses mains l’interrupteur, le présente à Marie- Ève et au décompte de Marc et Nathalie tous installés devant la grande fenêtre :
-Cinq, quatre, trois, deux, un et zéro !
La petite pousse l’interrupteur et le conifère extérieur s’illumine dans un brasier de coloris magique. En chœur la petite famille s’exclame :
-Hourrah !
À ce moment précis les flocons de neige commencent à virevolter dans l’air pour se poser sur les branches de cette armée de sapins kaléidoscopiques. Nathalie lance :
-Que c’est magnifique, que c’est beau toute cette féérie ! Je vous aime mes enfants et toi aussi Marc.
Tous ,soudés les uns aux autres, déclament cette beauté. Et Marc rajoute :
-Et maintenant si nous faisions la même chose à notre arbre intérieur?
Les enfants sursautent de joie   et se dirigent vers le sapin de Noel dans les ténèbres.

Marc tend l’interrupteur à Nathalie et cette dernière fait comme Marie-Ève pour exécuter en duo, avec son conjoint,  cette opération. Après le traditionnel décompte  fait par les enfants  Nathalie pousse l’interrupteur et l’arbre brille de touts ses feux, ses boules, ses serpentins d’argent  et ses glaçons.  Sous lui  une crèche, simple et attirante, sied en toute quiétude. Une petite lumière brille que pour elle. Marc a imaginé un  petit stratagème; lorsque que tout est dans le noir dans la maison seulement cette petite lumière scintille sous l’arbre. Les enfants s’en finissent plus de reluquer leur chef-d’œuvre. Les jeux de lumières avec les ornements et les boules ressemblent à des cascades d’eau féériques et inimaginables. Leurs yeux reflètent les  joies des ailes de la beauté. La musique ambiante rajoute à la scène et l’odeur de la cuisson réchauffe l’atmosphère. La neige tombe et s’accumule recouvrant les minuscules lumières en de petits amas duveteux bleus, rouges, verts et orangés. Nathalie se lève et dit :
-Et si nous préparions le repas ? Il y a une dinde qui nous attends et un bon dessert. Tous d’un même ‘’ Oui ‘’ en chœur s’affaire à  préparer la table et s’installent pour un excellent dîner. Après le repas et le bain des enfants, la famille se dispose, encore une fois, autours du conifère de réjouissance.  

L’heure avance et Nathalie, tout doucement lance aux enfants :
-Il est l’heure du dodo les enfants. Nous allons avoir beaucoup de temps avant la Noel  pour admirer  notre sapin. Allez les enfants  au lit !
Après quelques récriminations  Marie-Ève et Alex acceptent de quitter cet antre délicieux et de toute beauté pour tomber dans les bras de l’ange du sommeil. Avec  l’espoir que cette scène sera toujours là le lendemain. Les parents les rassurent tout en les bordant dans leurs petites couchettes d’enfant. Après une courte prière Nathalie et Marc sortent à pas feutrés de la chambre des enfants tout en y laissant une petite veilleuse de nuit. Les reflets des arbres  de Noel à l’extérieur produisent  des jeux magnifiques d’ombre et de lumières sur les murs et les plafonds au grand amusement des yeux des enfants. Alex s’endort après avoir dit bonsoir à sa petite sœur. Marie-Ève ne dort pas immédiatement, du moins pas tout de suite. Elle rêvasse les yeux tout plein d’amour. Elle attend patiemment que ses parents aillent dans leur chambre et qu’il n’y ait aucun bruit dans la maison.

Chose faite, elle se relève et se dirige vers le salon. Subtilement elle vient s’installer en face de la crèche illuminée de sa minuscule lanterne.  Le petit Jésus est dans sa mangeoire bordé de Marie et Joseph. Marie-Ève, à genoux, joint les mains et s’adresse à l’enfant Jésus :


-Mon beau petit Jésus c’est ton anniversaire bientôt et je n’ai rien à t’offrir que mon petit cœur d’enfant. Mais j’ai beaucoup de choses à te demander  surtout que les gens s’aiment et s’aident. Protèges ma maman, mon papa  et mon frère Alex que j’aime beaucoup. Aides moi à devenir amie avec Mélinda qui est dans ma classe et est toujours première de classe et que j’envie. Aides mon père et son frère pour qu’ils redeviennent de vrais amis comme avant leur  chicane, je l’aime moi mon oncle Théo. Fait que la grande sœur de maman, ma tante Lise, lui reparle et qu’elle ne soit plus indifférente avec nous et surtout avec ma mère. Donne-leur de l’amour dans leur cœur s’il te plaît Jésus pour que nous vivions dans l’harmonie et qu’on mange des bonnes tourtières encore cette année. Ah ! Oui aussi que le fils de notre oncle Paul, celui qui s’est marié cette année, lui donne de ses nouvelles et lui pardonne de ne pas avoir été à ses noces. Je l’aime mon oncle Paul et son fils Julien. Protège, s’il te plaît aussi, les autres fils de Paul, mes cousins. Je t’aime Jésus et je sais que tu peux faire cela. Aide les gens les plus pauvres à vivre un beau Noel tous ensembles et que les enfants soient comblés de beaux cadeaux. Je te remercie, Jésus, d’être venu au monde pour nous et je vais essayer d’être meilleure avec ma famille et mes amies.

Là je vais aller me coucher parce que je suis fatiguée et que toi aussi tu dois dormir. Tu dois en entendre toutes sortes de prières j’espère que tu as entendu la mienne  car je sais que tu es très occupé. J’emporte avec moi le petit mouton de la crèche; il est assez beau avec sa laine blanche sur le dos. Bonne nuit petit  Jésus.

Lentement et doucement, Marie-Ève, quitte le salon tout en bâillant. Elle installe le petit mouton sous son oreiller  et lui dit :
-Bonsoir petit mouton et garde au chaud le petit Jésus.

Elle  ferme ses petits yeux d’ange et s’endort.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 3 décembre 2012 

 

 

 

Quatuor de colombes.

Quatuor de colombes. dans Liens colombe-veille1

 Quatuor de colombes…

Les ailes du vent décrivent sur la tête dorée des tiges de blés une onde de vagues. Les ondulations suivent le rythme des poussées des minuscules bourrasques.
On a l’impression qu’un géant souffle à tout vent pour faisant valser les champs en entier .Le soleil se mêlant de la partie illumine, en éclats, les  tigelles blondes. La chaleur, aidant, fait frissonner les vaguelettes en tergiversation. D’une pondération dans  leur  tempo, les blés se balancent allégrement tout comme des ballerines exécutant des entrechats duveteux. Un vol d’outardes entre dans la danse comme pour y mettre des accents circonflexes d’accompagnement. Toutes en cadence et en formation serrée elles dérivent vers les champs ensoleillés et resplendissants de lumière et de chaleur par des plongées arabesques du bout de leurs ailes.

L’instant présent, stoïque, reste immobile à couper le souffle. Le moment du déclic tintinnabule. Les grillons retiennent leurs ailes en une fraction de seconde. Les oiseaux  remontent le zénith bleuté  immaculé, sans taches, sans boules de ouate. Du haut de leur falaise, à l’ombre de grands feuillus  tout de vert vêtus, les quatre piqueniqueuses admirent en grand silence la symphonie.  Aucune n’ose craqueler ce moment de paix, de calme et de sérénité. Un grand moment  d’amour. Les outardes sillonnent les ailes de la brise magiquement et majestueusement.

Leur plumage et duvet, ivoire et ébène, sont comme les époussettes d’un maître-peintre en action. Sur un fond de toile imaginaire elles décrivent l’extrême splendeur de la création de Dieu. Au loin, à l’horizon, un nuage d’une blancheur inouïe  ressemble à une jeune et jolie asiatique en Ao-Dai opalin éclatant. C’est le seul et l’unique dans tout le firmament. L’astre du jour brille de myriades de feux. L’ombrage des feuillus réconforte en ce milieu du mois de terminaison d’été.  Les feuilles, à leur tour, se laissent caresser par les émoules de la brise .Le froissement perpétuel glisse comme une cascade d’eau dégoulinant sur des marches pierreuses d’un chute entraînant une eau limpide.

Léony, la fille de Kim s’amuse avec un coléoptère bleu métal. Elle rie de bon cœur lorsque l’insecte lui monte sur la main et sur l’avant-bras. Kim  exalte ce rire d’enfant. Sa mère Gi, collée sur elle, admire Léony à son tour. Les trois générations rigolent d’un commun accord.
-Regarde, maman, la bibitte fait des acrobaties ; elle peut marcher la tête par en bas et sans qu’on lui aide ! C’est merveilleux. Je voudrais être un insecte, il me semble que j’en ferais des choses….

La mère et la grand-mère se regardent et rient aux éclats. Kim jette un rapide coup d’œil à Agnès  qui s’est retirés un peu à l’écart. Elle connait bien sa grand-mère, la mère de sa mère et arrière-grand-mère de Léony. Réservée et silencieuse emplie de sagesse. Léony, armée de son insecte, se dirige vers Agnès pour lui montrer les prouesses de ce dernier. Agnès regarde avec curiosité et un sourire en coin de lèvres son arrière petite fille s’éclater d’un beau rire à pleines dents .Elle caresse la petite tète ronde de l’enfant. Elle tient dans sa main une lettre qu’elle a dissimulée, un peu, sous  son châle .Léony demande :

-Grand-mamie Agnès  c’est quoi ton papier ? Est-ce que c’est un dessin ? Montre-le-moi !

Agnès, confuse et gênée, un tantinet, répond :

-Non ma chouette ce n’est pas un dessin je vais en parler à ta mère et à ta grand-mère Kim  bientôt. Va jouer avec ton ami l’insecte  mon amour.

Kim et Gi  se regardent avec un air d’interrogation dans les yeux. Elles se demandent bien ce que Agnès va leur exposer. Elle n’a pas l’habitude de cachotteries ni de secrets. Elle a été beaucoup souffrante ces derniers mois et c’est peut-être de cela qu’elle veut leur converser. Car l’idée du pique-nique vient d’elle. Elle a insisté amplement pour faire changer des projets à Kim et Gi pour qu’elles se retrouvent toutes les quatre ensembles. Léony retourne vers les virtuosités de son coléoptère et Kim, toujours affable, l’installe près d’une table aménagée là pour les amateurs de villégiature. Elle revient vers Gi, sa complice de toujours.
- Que penses-tu,-toi, pour Agnès ?

Dit-elle tout bassement, en chuchotant. Gi  a un léger haussement d’épaules et dit :
-Nous verrons bien  quand elle sera prête à nous en dire plus long. Pour le moment elle réfléchit. Qu’il fait bon d’être ici dans cette nature, ne trouves-tu pas ? Subtilement une volée de mésanges s’accapare d’un arbrisseau. Piaillant et sifflotant à qui veut les entendre  font détourner la tête aux quatre filles. Leur jeux et remue-ménage dure un certain laps de temps. Ils ont pris le contrôle des lieux. Montant et descendant les branches, comme pour exécuter un jeu de chaises musicales, ils caquassent si intensément qu’on a hâte de savoir qui sera le vainqueur. Léony s’approche lentement pour les contempler. La voyant, les ailés s’enfuient  à toutes ailes vers un autre terrain de jeu. Léony retourne près de la table et y dépose son nouvel ami. Elle s’étiole sur la table, la tête reposant sur les planches de bois et fixe son insecte qui se dirige vers ses yeux. Elle pose la main en face du rampant et ce dernier monte entre ses doigts finement. Agnès sort lentement de sa paix  et fais signe de la main à  Gi et Kim de venir la rejoindre. Léony voyant, elle aussi, le signal, se dirige lentement vers son arrière grand-mère. Toutes les trois s’assoient par terre face  à  l’aïeule et attendent qu’elle  prononce les premiers mots. Léony, dans son innocence dit :
-Je viens de donner un nom à ma bibitte ; il s’appelle Ti-bit.

Les trois femmes rient de très bon cœur. Gi  ajoute :
-Et alors, maman,  que vas-tu nous annoncer  aujourd’hui. Nous sommes toute ouïe et oreilles et nous attendons impatiemment ce que tu vas nous dire.

Kim fait signe de la tête ainsi que la fillette. Leur regard s’imbrique dans celui de la mamie. Celle-ci avec quelques prémices commence :
-Ces derniers temps, j’ai eu beaucoup à réfléchir sur beaucoup de choses ; dont vous trois mes amours. Vous savez que la maladie m’a très affaiblie depuis quelques mois, et, souffrir fait méditer. Vous êtes tout ce qu’il me reste …

Gi et Kim, ensemble s’exclame :
-Maman, grand-maman…
-Laissez-moi continuer s’il vous plaît sinon je ne pourrai aller jusqu’au bout pour ce que j’ai à dire..
Donc j’ai pensé, médité et réfléchi .Je suis un peu plus âgée que vous et il faut penser qu’un jour nous n’y serons plus de ce monde.

Elle regarde ses trois amours et continue :
-Bon je n’en suis pas rendue encore là mais je me demandais : s’il me restait que quelques mois à vivre  ou quelques années  qu’est ce que j’aimerais faire, dire ou vivre ? Me poser la question profonde  de : ai-je réussi dans la vie ou ai-je réussi ma vie ? Me questionner sur mes valeurs et qu’est-ce que j’aimerais voir  et entendre. Et, croyez-le ou non j’ai fait une liste de toutes ces choses que j’aimerais vivre et sentir; et cette liste comprend sept points. Aujourd’hui en est le premier. Me retrouver avec vous trois ici sur cette falaise et y voir et y sentir la brise chaude d’été et d’entendre tous ces oiseaux chanter tous en chœur. Admirer le paysage et n’en plus finir de s’exclamer en oh! Et en Ah ! Et voilà c’est fait.

Elle regarde ses interlocutrices qui l’écoutent attentives et songeuses tout de même. Gi  reprends et dit :
-Et la deuxième maman ?
Agnès la regarde et continue :
-La deuxième, et c’est un désir profond, c’est d’aller à un office religieux avec vous trois et avec vos maris et de prier tous ensembles.

Léony, n’ayant que  sept ans, demande :
-C’est quoi un office religieux maman ?

Kim lui répond :
-Ça se passe dans une église ma chérie, laisse parler mamie Agnès et on en discutera plus tard veux –tu mon trésor ?

La petite  réplique :
-D’accord maman  d’amour.
Kim la prend dans ses bras et lui colle un beau baiser sur sa joue moite. Elle dit :
-Continue mamie Agnès à venir jusqu’ici  ils sont  simples tes vœux.

Agnès  rajoute :
Là ça va se compliquer un peu car je ne sais pas si cela fera unanimité entre vous les filles…
Kim dit :
-Vas-y  nous verrons bien !
Agnès reprend :
-J’aimerais avant de faire le grand saut de voir ou de revoir toute ma famille.
Gi  s’exclame :
-Toute  maman ? Es-tu bien sûre ? Toute ? Tu sais ce que cela implique ?
Agnès baisse les yeux en toute humilité et affirme :
-Oui je sais mais c’est sur ma liste ! Je n’ignore pas que tes frères seront réticents et que je ne les pas vus depuis belle lurette, surtout à cause de ton père. Je continue, voulez-vous ?
Les trois acquissent.

-Vous savez ,la famille qui demeure non loin de ma maison;  ces gens défavorisés ? Bien j’aimerais leur préparer un très bon et succulent repas. Pour qu’ils mangent à leur faim et de gâter les enfants en cadeaux, vêtement et jouets. Nous pourrions y mettre toutes et tous la main à la pâte et les inviter  ou bien se rendre à leur résidence.
Elle regarde sa fille et sa petite fille, qui elle, la regarde comme une extra-terrestre sorti d’on ne sait où.

Elle continue :
-Le cinquième point serait de réaliser ensembles une œuvre commune : une courte- pointe, un jardin, un potager, une immense maison d’oiseaux ; je ne sais pas mais une œuvre qui pourra vous rester à vous et – regardant Léony- à vos enfants.

La petite s’exclame :

-Oh ! Oui une maison d’oiseaux à plusieurs étages pour loger toutes les familles avec leurs enfants !
Agnès la rapproche d’elle et lui dit :
-Tu me comprends donc toi ma petite fleur. Oui une belle maison d’oiseaux construite avec beaucoup d’amour et d’ingéniosité. Qu’en pensez-vous les filles ? Pas trop difficile jusqu’ici ? Vous voulez savoir la suite ?

Kim admet :
-Oui mamie vas-y c’est intéressant.
Agnès reprends :
-Pour le sixième item de la liste : je désire que tous mes biens soit distribués à des pauvres et à des œuvres de charité. Tous mes biens, maison, argents, vêtements et toutes mes possessions. Je sais que cela peut vous paraître difficile mais je ne veux pas qu’entre vous il y ait d’animosité, de chicanes, de prise de bec et d’ignominies.
Et cela va vous revenir, comme tâche,  de le faire en toute bonté et charité.

Elle fixe à présent Gi  et Kim  et les implore du regard. Elle y décèle un peu d’amertume mais connaissant leur cœur et leur amour elle sait qu’elles acceptent pour elle. Gi  lance tout à coup :
-Mais maman on dirait un testament ! On dirait tes dernières volontés; je me trompe ?

Agnès baisse les yeux lentement et sur ses joues coulent des larmes  de tristesse. Les enfants la regardent et comprennent ce qui se passe. Agnès dit :
-Oui ce sont mes dernières volontés j’ai su la semaine dernière que j’ai un cancer  agressif  et il ne me reste qu’environ six mois à vivre. Alors nous allons avoir de l’ouvrage.

Elle se tait. Le silence baigné dans la stupéfaction règne.

Gi et Kim, ne pouvant contenir leurs émotions entourent Agnès affectueusement de leurs bras ; Léony se joint à eux; elle pleure elle aussi. Elle dit :

-Mamie Agnès, non ne t’en va pas .Reste avec nous.

Toutes en larme s’embrassent et se câlinent. Kim reprends :
-Pourquoi tu as attendu si longtemps pour nous le dire ? Pourquoi ?

Agnès essuyant ses larmes dit :
-Croyez-moi, je voulais vous éviter toute cette tristesse et cette peine. Mais, dans les circonstances, j’ai accepté ma destinée. Que la Volonté de Dieu s’exécute je suis prête. Ne soyez pas tristes je serai et suis encore avec vous. Après mon départ j’y serai en esprit. La petite Léony vient s’asseoir sur les genoux de son aïeule et la serre tout en accotant sa tête sur son épaule. Gi et Kim lui tiennent chacune une main. Le vol d’outardes  passe au-dessus des feuillus pour piquer vers les champs de blé, qui eux, attendent toujours les regards admiratifs. La fillette se redresse et dit :
-Mamie Agnès tu as dit que tu avais sept vœux  et, moi, j’en ai compté que six ?

Agnès regarde  la petite fillette dans ses magnifiques yeux bleus et lui dit :
–Mais, tu as raison ma petite chouette .Veux-tu savoir mon dernier vœux ?
La bambine descend des genoux de son arrière grand-mère et se met à trépigner de joie :
-Oh! Oui Mamie Agnès ! Oh ! Oui !
Sérieuse, Agnès, dit :
-L’endroit où nous sommes a été l’endroit de prédilection de votre arrière grand-père et moi il y a de ça plusieurs années. Après mon service funèbre, donc  l’incinération, je veux que vous apportiez mes cendres ici et que vous les répandiez, discrètement et proprement .Et, lorsque le temps vous le permettra, venez passer une journée avec moi de temps en temps; nous serons réunies tous ensembles.

Le silence consolide ce moment. Il n’y a que les ailes de la brise telle le froissement des ailes d’une colombe qui se fait entendre. Kim chuchote :
-Nous allons le faire grand-maman, ça, et toutes les autres choses que tu souhaites. Nous te le promettons. Pour l’instant profitons de toute cette beauté et demain nous nous mettrons à l’œuvre. Léony retourne à ses occupations d’insectes tandis que les trois femmes préparent un agenda des futures activités pour les mois à venir.

Lors du décès d’Agnès, elle avait soixante-sept ans, Gi sa fille venait d’avoir quarante-sept ans, Kim, pour sa part, venait tout juste avoir vingt-sept et Léony avait toujours ses beaux sept ans.

Les cendres, selon les dernières volontés d’Agnès ont été rependues à l’endroit même de cette belle rencontre ;par un bel  après-midi  de mai. Toute la famille y était; tous en réconciliation. Au retour des outardes.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, le 5 novembre 2012

 dans Liens brumes-matinales-11-300x225

Brumes matinales…

 

Lancinement  les rayons du soleil s’effilochent entre les coulis de brume émergeant de l’obscurité et serpentant pour s’extirper des pénibles ténèbres. Le chevaucheur  des nuées galope. La lumière ne fait pas de quartier, elle envahit la contrée encore toute abasourdie de sommeil. Les  bancs de ouate s’agrippent  à tout ce qui ne bouge pas. Un climax s’installe aux grand dam des oiseaux qui ricanent. Le jour se lève, la routine retourne de son repos et l’air s’agite aux moindres soubresauts des doux courants. Mes yeux éveillés  s’accoutument  lentement au demi-sommeil   et à l’aurore. Des outardes, comme en préparatif  de combat, jacassent dans les fourrés tout au bas de  l’orée du bois. Leurs cris s’entendent à des kilomètres à la ronde et elles rejoignent leurs consœurs dans leur carré.

 

Un minuscule bosquet  de pins ou de sapins, isolé  ressemble à un radeau  tergiversant sur le dos des vagues .Il semble tout écarté dans cette mer calme  fort heureusement .Ne sommes nous pas nous aussi comme cette touffe de conifères verdâtres perdue dans l’immensité de la vie ? Allons-nous nous battre comme des diables dans l’eau bénite pour se démener contre de choses anodines et futiles ? Mes pensées me submergent .Et si nous laissions la vie se dérouler à soi-même ? Se laisser aller  au gré du vent et des vagues tout en douceur ; tout en abnégation. Quelques fois nous n’y pouvons rien et nous nous sentons impuissants face aux évènements de la vie. Rester calme et serein. Demeurer transparent. Let go and let God.

 

Les outardes se sont tues, les corneilles ont pris leur tour de garde accompagnées des gais bleus piailleurs. Les rayons de soleil, en force, gagnent du terrain  jusqu’à plus soif. Les ténèbres fuient en avant tête baissée. Les quelques étoiles argentées s’accrochent au reste de firmament noirâtre; du moins pour ce qui en reste. Elles tiennent à se retenir dans ce monde pour ne pas passer à l’autre et disparaître.
Au fait qu’est qui nous retient, nous, dans ce monde ? Le superficiel, les menus détails, le dessus. L‘éphémère et l’apparat. Et que fait-on de la profondeur, de l’esprit  et du magnifique ? Ne sommes nous pas, encore, comme ces étoiles scintillantes qui veulent briller à s’en vider le cœur ?

Des pigeons effrontés et frondeurs s’élancent  dans le vide  en vrillant et en faisant de la rase motte au sol pour remonter tout aussi rapidement vers l’infini du zénith. Leurs acrobaties circulaires et en spirales excitent les autres espèces ailées. Les premiers rayons de l’astre du jour s’étiolent  dans l’horizon vermillon et rosé. Le jour sera à l’heure pour son quart. Tout et tous se disent leurs salutations.
Je pense :

-Quelqu’un m’a dit hier que s’il y avait des civilisations possibles dans notre univers, l’immédiate serait à  deux-cent vingt mille  années lumière de nous. Donc mon salut à cette civilisation arriverait  quand ? Et cette civilisation serait-elle éteinte à l’arrivée de mon coup de chapeau ? J’espère que non  .Il est formidable de constater que notre esprit voyage plus vite que le temps, la lumière et les avions.
Mais oh! Combien ce monde veut l’empêcher, notre esprit, de voguer vers des endroits de magnificences et de Lumière. Combien notre ego nous stoppe, par ses besoins  souvent infantiles de progresser et surtout, surtout par  les peurs :
- Ne va pas là..tu vas tomber et te blesser…nous dit-il !
Chaque homme, femme ; tout être humain porte en lui ou elle l’infime portion de Lumière Divine. Mais cette étincelle, enfouie sous un  décombre magmatique, crie à l’aide pour émerger. Pour rejoindre le faisceau central. Tout comme le phœnix nous pouvons renaître de nos cendres et de nos malheurs. Ces affres sont notre fumier pour faire reverdir de belles fleurs et plantes; des hommes et des femmes d’Amour et de Paix.

Ce matin j’ai envie de dire au monde….. :
-Oubliez-moi ! Je ne fais plus partie de votre monde; ce monde de phantasmes de rêves, de fabulations, d’idéalisation, de fuite et d’illusions; de culture de mort. Je vis, je suis dans la Lumière en ce moment présent je suis dans cette Lumière terrestre émise par ce soleil radieux et bienfaisant. Je suis du monde  de l’Esprit. L’astre journalier déborde de son cadre pour devenir les ailes de ses rayons et le plumage de son éclat.

 

Je fixe mes prunelles sur le vol  incandescent et majestueux d’une buse virevoltant en cercles au dessus de la vallée; au travers des brumes de l’aurore. Ses tergiversations poétiques d’oiseau de proies semblent entonner un chant grégorien de splendeur. Magnifique !
La douceur de sa mélodie contraste d’avec ses serres et son bec. De ses ailes décrivant des tourbillons descendants et remontant le zénith on préfigure la mélodie de l’Alléluia.

Les bouts de ses ailes ouverts en empan guident son vol comme les ailerons d’un petit avion. Ses mimes glissent tout en douceur et en silence sur le visage du paysage. Il n’y a que cet oiseau dans le ciel, les autres ont fui la tourmente. Il se retrouve avec une maîtresse imperturbable, domptable et estimable ; la solitude. Il en a l’habitude car seulement son apparition effraie. De ses  coups d’ailes, en saccades, il poursuit ses vocalises champêtres tout en grimpant en crescendo et en redescendant circulairement pour s’élancer à nouveau au faîte de sa course. Il plonge à présent dans l’immense vide en dessous de lui. A-t-il aperçu sa pitance. Comme une flèche en rectiligne, téléguidée, il survole un minuscule bosquet. Rien ! Il repart de plus belle à coups d’ailes vers le ciel. Il s’éloigne vers le soleil levant pour éviter d’être bredouille.

 

L’astre du jour, d’un rouge écarlate, semble provoquer un incendie à la chevelure blonde des brumes. La scène en est époustouflante; à couper le souffle. En cet instant tout est annihilé dans mes pensées à partir de tout étiquetage des autres, des titres, de la gloire, des qualités et des défauts autant que les comportements, la couleur de la peau, de la religion, du sexe et de toutes catégorisations nominales humaines. Nous sommes Un; tous en Un.
Je ne peux m’expliquer pourquoi je pense subitement à cela mais j’y pense. Un moment de Lumière, un moment de lucidité. Un Amour magnifique m’envahit et me transporte. C’est ce que les moines appellent la contemplation et d’autres le Nirvana. Laisser  son esprit aller à cette dérive Divine, se laisser guider par les Courants divins et faire confiance .S’imaginer sur un radeau en pleine mer sans rames ni gouvernail et boussole. Faire totalement confiance en Dieu et voguer au bout du temps et de l’Esprit.

 

L’instant dure et perdure des minutes, des années ou des siècles. Je n’en ai pas la moindre idée. Ce que je vis est lumineux et extraordinaire .Et dire qu’il y a des hommes et des femmes qui affirment que Dieu n’existe pas. Que toute notre vie finira en queue de poisson, plus rien, le vide total, le trou béant : Rien ! Ils disent nous venons de rien et nous partons vers rien .Il s’entichent à des valeurs intrinsèques de ce monde matériel, physique et temporel. Et ils s’y accrochent assez fermement qu’ils se font coucher dans des cercueils tout garnis d’effilochage de satin, de broderies, et de soie. Pourtant ils ne ressentent rien ils sont morts. Et de leur vivant ils se sont cramponnés à des gadgets matériels qu’ils ne peuvent amener dans leur tombe; manque de place. Vanités de vanités…tout n’est que vanités. Ils n’ont pas su vivre le détachement. J’ai lu au cours de mes moments de lecture : abandonnes tout et tu trouveras tout et tu seras libre.

 

À toutes les fois que je peux vivre cet instant, en éclair, comme celui-ci surtout au lever du soleil je le fais .Je prends le temps de le faire car cela équivaut à bien des possessions matérielles, physiques, affectives. Je ne eux le comparer à autre chose, je ne peux citer d’autres occasions de faire refléter mon âme.

 

‘’Je prends les ailes du l’aurore  et vais me poser au-delà des mers’’ (Ps.138)

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Abbaye Saint-Benoît du Lac, Québec

10 octobre 2012.

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