Textes divers.

Textes divers. dans Liens st-f

Aimer: c’est aider les autres.

Les aider à leur faire prendre conscience qu’ils peuvent dépasser leurs limites.
Sans rien exiger d’eux
ou
de Dieu en retour.

Pour que passe la Lumière

Pierre D.(C)

Laval, Québec.

—————————————————————————–

Mon nom est Pierre D. et je suis alcoolique.
Je suis arrivé chez ce Mouvement d’Entraide le 16 décembre 1979. J’avais 33 ans et j’avais tout perdu.
L’alcool m’avait battu jusqu’aux moindres recoins de ma vie . Comment je suis arrivé au Mouvement? Seul Dieu le sait, toujours est-il qu’il m’y a guidé et j’en suis sûr aujourd’hui.
Ça m’a pris plusieurs années à comprendre ce qui m’arrivait. Je buvais pour m’assommer et les ‘’blacks out’’ étaient fréquents chez moi. Je buvais pour en perdre connaissance .Tellement, que parfois la nuit, j’avais des crampes aux deux jambes et je ne me réveillais pas. Le lendemain je tombais littéralement à genoux tordus par la douleur. J‘urinais dans mon lit et j’y vomissais aussi. Le lendemain je nettoyais mes dégâts et je recommençais de plus belle quelques heures plus tard, après que le mal de bloc était passé moindrement. Ma vie était centrée sur la bouteille et souvent sur le ‘’pot’’. Je ne voyais rien d’autre d’intéressant dans la vie que de boire, boire et boire.
J’étais excessivement malheureux, je pleurais souvent et j’étais toujours en dépression.
Pour noyer cette peine, les remords, la colère et la révolte je buvais du matin au soir et quand je me couchais, souvent, je désirais ne plus me réveiller pour faire face à cette vie de chien.
Ma dernière ‘’brosse’’ dura plus de 8 ans a boire tous les jours et en derniers toutes les heures ‘’ouvrables’’ d’une journée. De 1971 à 1979.
Je ne prenais plus de responsabilités, ne mangeais presque plus ni ne travaillais pas .Je me laissais vivre au gré des flots de l’alcool et de la fumée de ‘’mari’’.
J’attendais ma délivrance.
En décembre 1979, je me retrouvai dans un désespoir profond, gouffre dans lequel je découvrirai l’échelle de l’espoir.
J’ai été marqué dans mon enfance par plusieurs blessures et, encore aujourd’hui, quelques cicatrices me font mal lorsque j’y songe.
Je ne suis pas un enfant malin, un enfant turbulent ou agressif. Je suis sensible et très émotif, je pleure à rien, quelqu’un me parle un peu fort ; je ne réagis pas en criant ou en parlant plus fort, non je pleure. Avec le temps je vais me forger une carapace en acier trempé : une armure de dur, d’intouchable autant d’intransigeant .Mon comportement d‘alcoolique apparaît.
Je cache sous cette carapace Pierre le sensible, l’émotif et le doux.
J’ai connu l’inceste de mon père. Ces gestes dégradants m’ont fait haïr cet homme au plus haut point. J’en avais une peur bleue. Son manège dura quelques semaines, assez pour me débalancer pendant plus de trente (30) ans . J’avais 9 ans à l’époque.
Une journée, lassé par les séances de masturbation de salle de bain par mon père, je me décide d’en parler à ma mère, qui elle, avait coupé les vivres sexuelles à mon père depuis quelques années.
La réaction de ma mère en fût une de dégoût et une séance d’engeulade s’en suivit dans les minutes mêmes. Le crialogue de ma mère dura plusieurs minutes et mon père en prit pour son rhume et sa grippe. Mon frère qui suivait les débats me demanda ce qui se passait, alors je lui dit : ‘’ Bien le père faisait des affaires avec moi dans la salle de bain ‘’. La réponse de mon frère, assez pour me culpabiliser le reste de mes jours, fut : ‘’ Bah, t’aurais dû te la fermer, c’est ton père après tout il a bien le droit de faire ce qu’il veut.’’. Moi abasourdi, un flot de culpabilité me coula dessus comme une douche froide. Ma peur bleue envers mon père se transforma en peur morbide; je me réveillais la nuit de peur qu’il me tue ou me battre.
Évidemment que mon père lorsqu’il me croisait n’avait pas les mots doux et tendres à mon égard mais plutôt : ‘’ Tu n’es qu’un bon à rien, tu ne feras rien de bon dans la vie, tu es un nul, tu n’es même pas capable de faire ceci ou cela’’ et ça va se répercuté pendant de nombreuses années. Le lavage de cerveau était commencé et la dévalorisation prit le dessus. Mes notes à l’école en souffrirent beaucoup. Je doublai mes années et reculai dans les âges à l’école .Je me retrouvai avec des plus jeunes que moi ; j’étais la honte, le raté et le pisseux de lit car je mouillais mon lit la nuit à mon grand désespoir et ce , jusqu’à l’âge de seize ans.
Ils me firent monter en 8e année par charité comme on dit .Je réussissais un peu mieux.
De la culpabilité à l’orgueil je tergiversais entre les deux. Je voulais prouver aux autres que je pouvais réussir quelque chose de bien et je m’engageai dans les Cadets de l’Armée. Je voulais cacher profondément mon complexe d’infériorité. Là, dans les Cadets, plus tu geules plus tu obtient du galon et plus tu diriges; c’était ma place et je suis devenu très dictateur .Je voulais mener et commander. L’école n’était qu’un passe-temps.
Mon premier contact véritable avec l’alcool se fit lorsque j’avais seize ans. Je pris une cuite énorme et j’ai été malade; mais malade. Les gens me disaient de ne plus toucher à ça et, dans mon raisonnement, je ne les ai pas écoutés.
Je m’engage dans la vie avec ce comportement déréglé. Mes relations avec les autres étaient biaisées par des émotions très négatives. Je buvais mais socialement, saoul mais pas trop dérangeant. Je me donne en spectacle et les gens finissent par se lasser de mes singeries, je cherche à attirer l’attention. Je me fais des blondes qui, souvent, essaient de me changer.
J’arrive sur le marché du travail en 1966 et mon monde s’écroule. J’étais bien à l’école avec des plus jeunes et des plus vulnérables. Là je me retrouve avec ceux qui ont fini l’école deux ou trois ans avant moi. Je remonte le compte à rebours à l’envers. Je n’aime pas ce que je vois. Je me mets à boire avec des amis et des camarades de l’Armée de Réserve.
En 1967 je deviens pompier, endroit que je vais détester de la première minute jusqu’à la dernière. Je me marie en 1971, mariage qui dura sept ans.
Je sors des pompiers en 1972 après avoir manipulé, menti à ma femme sur mes intentions, pour aller faire un cours d’Officier dans l’Armée de Réserve. À nous le bon temps là on va boire et avoir du ‘’fun ‘’.Je découvre le ‘’pot’’ dans ces années-là.
A partir de 1972 ma ‘, dernière brosse’’ dura jusqu’au 15 décembre 1979.
Je retournai aux études par la suite, Sec V, CEGEP ( avec des enfants de 17 ou 18 ans ) Université ( en sciences –politiques) ensuite des organismes populaires et communautaires à Montréal pour en finir avec le Conseil Central de Montréal et la C.. . J’étais tellement révolté que c’était ma place mais vu que j’étais un peureux de nature je me cachais .
Et je buvais à plein temps et je fumais à temps plein. Je travaillais gelé et enivré.
En 1978 la débandade commença. Je perdis mon emploi à la C.., j’avais quitté ma maîtresse, une semaine auparavant, je décidai d’aller en France rejoindre une autre de mes blondes, la cousine de ma femme. Ma femme me dit : ‘’ Si tu y vas, je m’en vais ‘’. J’y allai. Ma blonde en France m’expulsa de chez elle après une semaine…j’étais en France là.pas à Longueuil. Je dû revenir à Montréal sur un billet d’avion que mon frère m’acheta, car j’avais, pour ma part, un billet nolisé bon que pour le 12 janvier et nous n’étions qu’au 12 décembre.
En arrivant à la maison ma femme avait fait ses boîtes et elle partait. Elle n’était pas là.
Je me retrouvai, seul, dans ce grand logement avec plus rien en avant de moi .J’étais assis dans mon salon et j’éclatai en sanglots.
Je suis déménagé dans les Laurentides, à Ste-Lucie, dans une maison isolée sur une route isolée. C’est là que je déversai un torrent de larmes en me rappelant toutes ces années perdues. Je voulais me suicider et mon voisin m’en parla un lendemain de cuite monumentale.
Je vais vivre chez mon père quelques semaines. Un soir après une cuite je reviens chez lui, et, il voit bien que je suis dans un état lamentable. Il me demande ce qu’il ne va pas. Jamais de sa vie, à ma connaissance, il m’a demandé une telle chose. Je suis totalement incapable de lui dire quoi que ce soit; tout bloque dans ma gorge, rien mais rien ne veuille sortir.
J’aurais voulu lui crier ma haine, mon dégoût et lui reprocher ses gestes qu’il m’avait fait plusieurs années auparavant .Je ne le ferai jamais.
Je suis resté encore un an dans ce marasme de dégringolades de décembre 1978 à décembre 1979.
Je redéménage à Montréal, coin St-Denis et Crémazie, pas loin d’un dépanneur.
Un an a déménager d’ici à là, de boire de taverne en taverne en brasseries en clubs et aller chercher ma bière aux dépanneurs qui me connaissaient que trop bien .Je végétais toute la journée. Je buvais en avoir des cauchemars et des hallucinations. Je vivais du chômage et je ramassais des bouts de cigarettes sur la rue pour fumer. Quelques fois j’allais dans les discothèques de la rue St-Denis et volais la bière des gens sur les tables. Pour me retrouver dans un appartement crasseux pour robineux de luxe dans le bas de la ville à Montréal, plus dans l’Est.
Nous étions en hiver et il manquait des carreaux aux fenêtres et la neige y entrait librement .
Il y avait un miroir, tout aussi crasseux, dans ma salle de bain et je m’y regardai et m’y parlai. Je me disais que ce n’était pas ça du tout que je voulais faire de ma vie. Et vlan ! Je le brise à coup de poing et en crise de larmes je vais me coucher.
Le lendemain, même scénario…..Caisse populaire ….Dépanneur….Bière….on boit.
Mes frères viennent me voir le 8 décembre, me porter, de la peinture et des effets de maison. Ils planifient de faire un gros party pour le temps des Fêtes et m’y invitent en me disant d’amener des filles, ils ne le savaient pas mais les filles ça faisait longtemps qu’elles me fuyaient.
Je leur dis OK et ils s’en allèrent. Je restai seul avec ma caisse de bière et me mit a pleurer. Je me suis dit : ‘’ Oui je vais y aller à leur party et je ne vais plus boire ‘’, je ne sais pas ce qui m’a fait dire ça.
Une semaine après, le 15 décembre 1979, par un beau samedi soir, je mis ma dernière bière vide dans ma caisse et dit : ‘’ Ça c’est la dernière bière que je buvais du reste de ma vie ‘’ Et, aussi, je me suis dit : ‘’ Si je passe au travers des Fêtes sans boire, je vais passer au travers de n’importe quoi. ‘’ Et je n’ai pas bu depuis ce temps.
Mais j’avais besoin d’aide pour passer au travers de ça. Quelques mois auparavant j’avais découpé dans un journal une annonce qui disait : ‘’ Si tu peux boire et tu le peux c’est ton affaire, mais si tu veux arrêter et ne le peux pas ; c’est notre affaire : avec un numéro de téléphone. Je regardais cette annonce que j’avais placée devant moi et la relisais souvent.
Je suis allé me coucher, pas chaud, pas saoul et pas gelé. Mais j’étais comme dans les vapeurs comme dans un rêve. Je me suis levé quelques heures plus tard pour aller à la toilette, dans mon salon je voyais comme une lueur blafarde, et une chaleur douce s’y était installée. Il y avait trois ‘’personnages’’, comme de vieux amis, assis en cercle qui discutaient entre eux. L’un d’eux m’adressa la parole en me disant : ‘’ Tu es décidé ? ‘’ Et moi, comme si je les connaissais depuis toujours, je me mis a leur parler :’’ Mais comment vais-je faire ? Je n’ai plus de travail,
D’argent, de famille, de statut social, je n’ai plus rien…’’
Eux de me répondre : ‘’ Ne t’inquiète pas de ça on s’occupe de tout, va aux toilettes et recouches-toi demain tu vas avoir des pas à faire ‘’. Sans mot dire je suis allé aux toilettes et je me suis recouché, je regardai vers mon salon et la lumière avait disparue.
Longtemps je n’ai pas parlé de ça ne voulant pas passer pour un illuminé, mais c’est arrivé, personnellement je les appelle mes Anges, d’autres soldats de Dieu venant aider un soldat pour le devoir.
Le lendemain, un dimanche, en ouvrant les yeux je savais, que quelque chose avait changé, que quelque chose s’était passé mais je ne pouvais pas dire quoi.
Assis sur le dossier de ma chaise dans la cuisine, je fumais un bout de cigarette avec des larmes qui me coulaient sur les joues et je me suis dit : ‘’ Allez Pierre, coup de pied au cul on avance! ‘’
Je me suis habillé et descendu au coin de la rue pour téléphoner à cet Organisme. Je croyais que c’était un groupe populaire ou une organisation qui s’occupaient de robineux et d’indigents. Je mis un dix sous dans la boîte et le téléphone sonna. Quelqu’un me répondit et je lui ai demandé à quelle heure c’était ouvert. Il me répondit : ‘’ De 09.00 à 23.00’’ Je lui dit :’’ Je vais probablement venir vous voir demain matin…salut ‘’. Je raccrochai et il me tomba mon dix sous et un autre dix sous.
Cette journée –là je n’ai pas bu, ma première journée d’abstinence. Je retournai chez moi, fatigué et je dormis jusqu’à midi.

Le reste de la journée et de la soirée passèrent assez vite.
Le lendemain je refis ma routine ….Caisse Populaire, Dépanneur mais pas de bière et je suis allé au restaurant prendre un…deux cafés.
Je me suis dirigé à l’adresse qu’on m’avait donnée la veille et je montai l’escalier. Mon cœur battait très fort, je me souviens.
En arrivant là, il n’y avait pas personne au bureau, pourtant il était plus de onze heures.
Je patientai et revirai de bord pour aller prendre un autre café. Il y avait un restaurant attenant à cet édifice et j’en profitai pour manger j’avais très faim. Je pris un autre café et remontai voir les gens de cet Organisme.
En arrivant là un type nommé Bernard m’a accueilli.
-‘’ Salut, je me nomme Bernard, et je suis alcoolique, puis-je t’aider ? ‘’
Moi tout gêné : ‘’ Oui je pense que j’ai un gros problème ‘’.
-‘’ Viens avec moi en arrière, je vais te faire rencontrer quelqu’un.’’
Il m’offre un café, encore un et j’attends.
Une membre AA se présente,’’ Salut, je m’appelle Madeleine et je suis alcoolique, puis –je t’aider ? ‘’
-‘’ Moi c’est Pierre et je pense que j’ai de gros problèmes……je ne suis pas capable d’arrêter de boire …….’’
-‘’ Bien tu es à la bonne place’’ – me dit-elle – tout en blaguant; mais moi je n’avais pas le goût de rire du tout .
Elle commence a me parler mais ça ne clique pas, ça ne roule pas elle voit bien que je n’accroche pas .Alors elle commence a me parler de Dieu et là je deviens réticent, elle s’en aperçoit et me dit :’’ Je ne suis pas bien bonne encore avec la 12e et je vais aller chercher quelqu’un qui va te rencontrer.’’
Elle revient avec un beau bonhomme qui dit s’appeler René et qu’il est alcoolique.
Il me dit qu’on se connaît, je lui parle de mes moult déménagements et lui parle de Chomedey.
L’étincelle se fait et il me dit qu’il vient de là et que son père a une grosse quincaillerie sur le Boulevard Labelle.
Il me dit aussi qu’il est alcoolique et que après avoir fait du ski il vend ses skis pour boire.
‘’Voilà le type de personne que j’ai besoin’’ me dis-je. Nous parlons et parlons et le message était passé. Il me demande si je veux faire un meeting le soir même et lui dit que je suis trop fatigué et que je vais retourner à la maison me reposer et on va s’appeler. Il me laisse son numéro de téléphone et je m’en vais.
Je retourne chez moi à pied, l’air me fait du bien .Il fait noir et j’arrête à l’épicerie pour de la bouffe et pas de bière. 2e journée sans alcool.
René m’avait laissé des petits dépliants de AA dont ‘’ Pour aujourd’hui seulement’’ que j, ai dévoré et appris par cœur et j’ai lu les autres dépliants.
Je me suis couché de bonne heure ce soir –là.
Le lendemain, 3e journée, je vais me faire couper les cheveux, le barbier me dit que c’est Noël bientôt et m’offre une bière. Je refuse lui disant que je ne buvais pas.
Le mercredi je vais faire mon premier meeting dans un groupe de cet organisme à Montréal .
Jules vient me chercher et nous allons au meeting que j’adopterai pour un certain temps.
En arrivant là, je vois des belles femmes bien habillées et souriantes, de beaux gars, polis bien habillés et recevant…..je venais d’arriver chez nous ENFIN !
Le gars qui a partagé ce soir là : Guy, parlait de sa situation qui était bizarrement…. la mienne.
Après le meeting on est allé prendre un café et ensuite Jules est venu me reconduire tout en me donnant son numéro de téléphone.
Je suis monté chez moi rempli de joie, de bonheur et d’allégresse. J’avais d’autre littérature et je m’y mis lentement ; j’étais curieux et voulais tout savoir.
Le jeudi je ne fis pas de meeting mais commençai a peinturer mon logement.
Le vendredi je peinturais encore lorsque je pris une pause. Je pris ma liste de meeting et cherchai un meeting à Laval, mon lieu de prédilection.
J’en trouvai un sur le Boulevard de la Concorde à Duvernay. ‘’J’y vais’’ me dis-je sans hésitation. Je finis de peinturer et mangeai un peu je m’habillai plus propre et prit l’autobus et le Métro et l’autobus de Laval.
Arrivé là, je rencontrai Jacqueline qui devient ma marraine et l’est encore aujourd’hui.
J’étais fier de moi, je n’attendais après personne pour faire mes meetings.
Ça va faire 28 ans de ça aujourd’hui. Je me remémore ces souvenirs et c’est comme si c’était arrivé hier.
Il y eut le fameux party des Fêtes chez mon frère (le 5 janvier 1980), et je leur appris que je ne buvais plus, quel soulagement pour moi. Et, je n’ai pas bu ce soir –là.
Mais la vie continue et la terre tourne. Le travail allait commencer pour de bon à partir de janvier 1980.
J’ai eu tout un cheminement depuis ces 26 années.
Ce que je vais relater ici, maintenant.
Je commence donc l’année 1980, abstinent d’alcool de ‘’pot’’. Je suis sur le bien-être social et je demeure toujours dans mon appartement crasseux que j’essaie de décorer tant bien que mal.
Je suis mélangé, perdu et désorienté. J’ai vraiment besoin des membres pour me guider, me diriger car je ne sais plus rien faire, moi qui a été capable d’organiser des manifestations monstres lorsque j’étais syndicaliste ou organiser des hommes dans l’Armée, je ne savais même pas planifié mes repas d’une journée .Je faisais du meeting et, longtemps, j’ai eu des difficultés a m’intégrer à certaines places. Pourquoi ? Je ne sais pas …….je n’étais pas comme les autres et évidemment je jugeais et démolissais. Plus tard certains membres me diront : ‘’ Mais Pierre c’est normal tout ça bien normal, on est tous un peu comme toi quand on arrive.’’
Je fais du meeting, cinq, six ou sept par semaine .Je ramasse le Gros Livre que j’engloutis en une journée, j’ai mes réponses qui vont me suivre encore aujourd’hui. Je me cherche, je fais une quête et enquête personnelle sur moi. Je lis toutes sorte de choses sur la Spiritualité. Je m’implique dans les groupes, accueil, café, animation, littérature, et Services.
Je me cherche encore et toujours mais ne bois pas et ne fume pas. Je me cherche du travail et en découvre. Je rencontre ma première femme depuis que je suis sobre et, là-dedans aussi, je suis très mélangé. Ça ne dure pas. Je déménage sur la Rue Messier à Montréal, endroit ou j’ai adoré vivre avec une bonne famille qui restait en bas de chez moi.
Je me sens prêt à reprendre quelque chose de sérieux sur le marché du travail. Je retourne à l, Université en Toxicomanies et je me fais engager dans un centre de réhabilitation à Rawdon. Mais auparavant j »ai été moniteur dans un camp de vacances et il y avait des jeunes et j’avais rencontré une fille qui m’avait donné un joint. Lors de ce camp je l’ai fumé et la seule chose que je sais c’est que quelques jours plus tard j’étais sur la Rue St-Denis à me chercher un pusher et je suis retourné chez moi avec sept grammes de ‘’hash’’ dans mes poches. Je n’ai pas bu mais si j’aurais continué ça aurait été le désastre.
J’ai perdu cet emploi de moniteur et, comme Dieu fait bien les choses, j’ai reçu ce téléphone pour l’emploi de thérapeute.
Je suis entré en thérapie pour six semaines (normalement trois).Je dégèle.
Après ces six semaines je commence, moi-même, a donner de la thérapie ce qui est très épuisant et ça me prend beaucoup de mon énergie.
J’ai vu des gens mourir à cause de l’alcool et des médicaments. J’ai vu des gens être enfermés dans des hôpitaux psychiatriques à cause de l’alcool et des médicaments. J’ai vu vraiment ce qu’était le vrai comportement alcoolique ; on ne se voit pas, mais là je me suis vu.
Notre Méthode je l’ai vraiment apprise là ainsi que le Mode de Vie des Douze Étapes.
J’avais à le mettre en pratique concrètement. Plusieurs évènements vont se succéder à un rythme fou. Je rencontre ma conjointe que je vais avoir pour plusieurs années, et en mai 1982 je perds cet emploi après plusieurs manigances de certaines personnes et une nonchalance de ma part.
Je me retrouve exactement dans le même édifice (coin Frontenac et Hochelaga) mais un étage plus bas. Je remets toute ma vie en question. Je suis avec une conjointe, je ne suis plus seul.
Mais j’étais avec une femme-enfant (j’en reparlerai plus tard). J’avais trente-cinq ans elle en avait à peine dix-huit.
De places en places nous finissons par nous établir Rue Beaubien à Montréal.
Je digère, tranquillement pas vite, ce qui m’arrive .Je suis plein de ressentiments et d’apitoiements contre moi et les autres.

Je recommence a faire du meeting mais ne me sens pas encore à ma place.
Je donne mon nom pour faire de la garde au téléphone à Montréal, ça m’aide beaucoup.
Après une année et quelques mois, nous décidons de quitter cet havre de Paix et d’aller s’installer dans les Laurentides, non loin de St-Jovite, décision que je vais regretter un peu plus tard.
En 1984 ma conjointe passe un test de grossesse et c’est positif. Je n’étais pas supposé avoir d’enfant, en étant été déclaré stérile quelques années auparavant.
Un fils nous est né en juillet. Je me voyais dans notre campagne, éloignés, pas d’auto et loin de tout, pas de travail, sur l’aide sociale. J’avais des choses a changer.
J, ai appliqué sur un poste d’éducateur auprès d’une clientèle d’adolescents (13/18) et eut le poste qui m’a fait faire un burn-out deux ans après. En 1987 un deuxième fils nous est né et en 1988 ma conjointe se retrouva encore enceinte pour la troisième fois .Je n’avais plus d’emploi et nous décidâmes de venir s’établir à Laval ou j’avais eu un emploi de concierge dans un gros édifice à logements ou j’y restai huit ans avant de me faire congédier. Notre troisième fils est né et ensuite je me suis fait faire une vasectomie car il était temps d’arrêter cette production.
En 1991, avec d’autres membres nous fondâmes un groupe qui fonctionne encore très bien aujourd’hui.
Je refaisais du meeting à mon rythme mais pas souvent.
Mon livre de prédilections depuis 1983 était : Les Réflexions de Bill. Je fis quelques séjours à St-Benoît du Lac et à Oka chez les moines trappistes.
Ma vie s’écoulait et ma vie de couple se détériorait à vue d’oeil. Ma conjointe avait renouée avec sa mère, longtemps séparées. Elle en développa une dépendance morbide .je restais souvent seul à la maison des fin de semaine de temps et plusieurs jours de suite. Je ne disais pas mot et la laissais faire, j’avais confiance et moi aussi je développai une dépendance affective assez grave.
Je ne me permettais pas d’essayer de régler le problème et de voir ailleurs. Nous donnions toujours la raison que les enfants étaient trop jeunes etc.…je travaillais et travaillais pendant ce temps, elle, ne travaillais pas et les enfants vieillissaient.
J’avais ce que j’avais de besoin, de l’affection, de la tendresse et du sexe qui servaient de monnaie d’échange dans notre relation, elle aussi ça faisait son affaire et de se retrouver toutes les fin de semaine chez sa mère et moi seul chez nous .D’ailleurs elle me disait qu’elle aimait mieux que je n’y aille pas .Je ne m’entendais pas du tout avec ces gens –là, on avait pas la même philosophie.
Je me sentais rejeté et dévalorisé. Je commençai une dépression car je cherchais comment se pouvait-il que je n’avais plus l’énergie, la motivation et le ‘’feu sacré’’ de faire quoi que ce soit
Je m’étais englouti moi-même dans une routine bête a mourir. J’ai laissé le groupe que nous avions fondé dans les mains de d’autres membres, car il y eut des controverses et des chicanes et j’aimais mieux m’ôter de là.
J’ai abandonné les meetings pour plus que dix ans et ça je ne veux plus le refaire aujourd’hui.
J’ai fait quelques meetings mais si peu. Je lisais toujours mes Réflexions de Bill.
En 1992, au printemps, mon père meurt. En décembre mon frère Alain meurt (43 ans) et je ne vais pas à son service funèbre à cause de chicanes de famille au sujet de ma mère qui est Alzheimer. J’en suis incapable. Mon frère Serge m’annonce que mon père m’a déséhirité (pour le peu qu’il pouvait avoir), ce qui me choque et brise les liens avec mes frères pour plusieurs années.
Je suis laissé à moi-même et j’ai besoin du Mouvement mais je suis comme prisonnier de ma propre vie et je ne sais pas comment m’en sortir……les enfants …..Le travail……les dettes……etc.…!
Et, en 1996, arrive la journée fatidique ou je me fais congédié, mais je le savais que le torchon brûlait entre mon employeur et moi. C’est arrivé en novembre 1996.

Mais ça été un soulagement et je me suis dit :
‘’ Enfin je vais sortir d’ici, les choses vont changer ‘’. Les enfants étaient toujours à l’école et il fallait finir ‘’la job’’ avec eux au moins jusqu’à vingt ans. Je suis retourné à l’école et appris un autre métier, j’avais 51 ans. Je me sentais vide d’énergie et ne comprenais pas pourquoi. Je finis mon cours et commençai a enseigner, ce que je voulais faire depuis bien des années.
On a déménagé, encore une fois, et cette fois nous y sommes depuis ce temps (1999).
La relation entre ma conjointe et moi s’est vraiment détériorée au point que l’on parlait souvent de séparation.
Et en 2002, le coup fatidique arriva ou elle m’annonça qu’elle ne m’aimait pas et qu’elle ne m’avait jamais aimé. Sa mère venait de mourir et elle n’avait plus rien a prouver à personne
(Ses propres dires).
Ce fut pour moi la plus grosse claque sur la gueule de ma vie, je sentis un rejet profond et un désir sincère de me venger d’elle et de la faire souffrir.
Je lui dit : ‘’ C’est la guerre que tu veux…c’est la guerre que tu auras’’. Pendant 2 ans je commençai un sevrage d’affection et de tendresse, J’allais voir des massothérapeutes pour mes besoins sexuelles et de tendresse. Mais ça ne suffisait pas.
Et, en novembre 2004 je lui ai demandé de quitter les lieux avant la fin de l’année.
Elle sursauta mais ça faisait énormément son affaire car elle était en relation avec un autre. Elle cachait bien son jeu et c’est ce qui me désespéra le plus .Elle jouait un double –jeu bien camouflé. Elle accumulait de l’argent sur mon dos depuis des années.
En décembre 2004 je pris mon gâteau de 25 ans à Trois-Rivières. Sur la fin de l’année elle quitta le domicile et ne revint pas.
Toute une période des Fêtes très plate et ennuyeuse.

En janvier, 2005 commença une longue quête pour retrouver ma Sérénité.
En septembre 2003 j’avais mis sur pied un groupe en ligne et là je m’en servais à très bonnes fins .Je partageais avec des membres à tous les jours au téléphone.
Mais ce n’était pas suffisant.
Lorsque j’allais faire mon ménage de Clinique Médicale sur la rue Jarry, en revenant sur Lajeunesse je voyais que le vendredi soir il y avait un meeting et je me disais, ‘’ Un vendredi soir je vais y aller avant de faire le ménage ‘’ et c’est ce que j’ai fais en fin février et il était vraiment temps que je revienne au mouvement .
Ce soir –là j’arrive ,encore sous l’effet du choc de la séparation et de quelques mois de solitude harassante et je suis bien accueilli. Mais je ne parle pas ni ne va à personne . Une membre vient me voir et me demande si je suis nouveau . Je lui dit : ‘’ Oui pour aujourd’hui ‘’. Et nous parlons quelques peu et là elle me redemande ça fait combien de temps que je connais le Mouvement et lui avoue que j’ai pris un gâteau anniversaire de 25 ans en décembre dernier. Elle n’en revient tout simplement pas , abasourdie .
Je me suis vite ré-impliqué dans le groupe. J’ai pris l’animation et un poste dans les services un peu plus tard . Je savais que si je voulais m’en sortir c’était de m’impliquer et de voir des gens . C’est ce que je fis . Je donnai mon nom pour faire du téléphone le samedi matin et, là aussi, ça m’a aidé. Donner pour s’oublier.
Pendant ce temps je remettais ma vie en question et mes agissements des dernières années.
Je partageais beaucoup avec les membres de mon groupe en ligne et les nouveaux membres que j’ai rencontrés.
J’avais de la difficulté a pouvoir identifier ce qui faisait que je pensais continuellement à mon ex-conjointe; c’était jour et nuit et nuit et jour .
J’étais exaspéré de penser seulement qu’à ça : était-ce le sexe, la tendresse, la solitude ? Je ne le savais pas et je ne pouvais pas mettre le doigt sur le bobo. J’allais sur le bord de la rivière de bonne heure le matin et j’en pleurais tout en demandant à Dieu de me guider et de me donner des réponses.
C’est ce qu’il fit .
Je fis une 4e Étape et une 5e Étape . je déversai mon fiel et mon amertume dans des oreilles attentives.
Ça m’a soulagé. Mais ce n’était pas suffisant .
Un soir de juillet n’en pouvant plus je me suis mis a rechercher sur Internet le mot ‘’violence ‘’ et trouvai : ‘, les pouvoirs des manipulateurs et manipulatrices’’.
Je venais d’avoir un début de réponse. J’explorai cette nouvelle avenue aidé des Réflexions de Bill et de ses Écrits. Le Mode de Vie redevenait ,pour moi, ma Raison de vivre à nouveau.

Enfin la lumière fût !

Je me regardai moi-même et mes agissements et enfin compris ce que j’avais vécu c’était de la dépendance affective à outrance et tout ça remontait très loin dans le temps , et ce temps ,justement , me montrait que mon exe conjointe , insensible à tout ce qui pouvait m’arriver et lui arriver n’était autre qu’une pervers narcissique……une personne sans histoire qui ne cherche qu’a s’accaparer de l’identité des autres sans avoir la sienne …ça m’a pris deux ans pour m’en rendre compte, le mal était grand et il me fallait l’exorciser. . Mais Dieu est plus fort que tout ça .
Je refis une 5e mais cette fois en partage dans différents groupe à Montréal et en Région.
Il me restait à faire mes Amendes Honorables ce qui se produisit plus tard .
Je m’étais enfin retrouvé, moi , Pierre.
Le mode de vie pour moi ,maintenant se vit une journée à la fois et pour moi il se retrouve vraiment dans le sens de l’Équilibre.
Je me disais si j’ai des peurs ou si je suis téméraires, bein je dois identifié ces situations car je le sais que c’est ce que je vis ;alors je me dis : ‘’ Quel est le contraire de la peur , c’est la témérité et vice-versa, mais je me dis pas avoir peur et ne pas être téméraire c’est quoi? Les limbes , le néant , le ‘’rien ‘’. Non je me suis mis à réfléchir et Bill dans ses Écrits nous parle de prudence.
Prudence dans nos faits et gestes et prudence quand nous prenons une décision.
Je me disais si je peux appliquer ça à la peur et à la témérité je pourrais l’appliquer aussi à d’autres contraires.

Je me suis mis à méditer sur ce concept.
Culpabilité/orgueil : Humilité
Égoïsme/égocentrisme : donner sans espoir de retour
Liberté/sécurité : Volonté de Dieu
Domination/dépendances : autonomie
Colère/apitoiement : pardon
Cœurs vaillants/cœurs saignants : anonymat
Espoir/désespoir : Confiance en Dieu
Obscurité/lumière : étincelle de vie
Gagnant/perdant : Paix
Je me disais qu’il y avait un point d’équilibre dans tous ces domaines et qu’il était sage d’y rester.
Dieu s’y trouvait .
Un Mode de Vie Spirituel doit se vivre une journée à la fois. Il n’y a personne de parfait mais nous pouvons tendre vers cette perfection en demandant à Dieu de nous donner les directives pour faire Sa Volonté.
Tout comme un soldat qui est prêt pour le combat. Il reçoit ses ordres et ses directives et il exécute sans poser de question. Il cherche à connaître, par des liens Spirituels, les directives et exécute. Sans rien demander en retour.
Pour moi, maintenant j’ai une Mission celle d’aider les autres a leur faire prendre conscience qu’ils peuvent dépasser leurs limites sans rien exiger d’eux ni de Dieu en retour.
Et, pour terminer, voici ce qui résume ma vie :

Mon nom est Pierre D. Et je suis alcoolique.

Pierre D(C)

Laval,Québec



Autres articles

Répondre

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose