Vivaldi, en quatre temps….!

Vivaldi… en quatre temps…

Printemps
(1968)

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Le temps ne semble s’écouler comme dans un sablier, grain à grain. Le soleil brille de tous ses feux par une joyeuse après midi de mai. Les gens circulent sur le grand boulevard ignorant, probablement, ou ils vont. La température invite à sortir de leur antre peu importe la direction. C’est dimanche et la mélodie de mon enfance : ‘’ Les enfants s’ennuient le dimanche’’ me revient à l’esprit. Je suis assis à l’extérieur de la caserne de pompiers et j’attends, comme mes confrères, le son de l’alarme pour mettre de l’action dans nos vies. Le tintement ne vient donc pas, pas encore .Je me demande, souvent, quelle idée saugrenue m’a prise de m’être engagé comme sapeur-pompier; l’action, le salaire ou l’aventure ? Je suis jeune et j’ai  beaucoup à vivre .Des étourneaux viennent pigosser des insectes  sur l’asphalte chaude. Je les regarde et les envie de leur liberté. Le dimanche est spécial. Nous sommes à la caserne pour vingt quatre heures d’affilées, jusqu’au lundi matin. Le temps est long si tu  travailles  avec une équipe avec qui tu as plus ou moins d’affinité. Ça m’est arrivé mais que quelques mois. L’Équipe est bonne présentement ; bien soudée. Nous apprenons à toutes les fois que nous commençons notre quart de travail et notre officier s’avère un bon prof et très bon pédagogue; cela me plaît. Des grives s’accrochent aux murs de la caserne et y cherchent des papillons de nuit camouflés pour se cacher de la chaleur du jour.

Je vois dans le ciel un avion qui se dirige plein ouest, il laisse sa trace blanchâtre sur le bleu azur immaculé. Les arbres bourgeonnement  tout au fond du stationnement laissant présager encore un bel été. Le vert tendre des minuscules pousses embellit ce spectacle de ciment et d’asphalte.  Des goélands, immigrés des villes, parcourent le sol bouillant sous leurs pattes croyant trouver une pitance à ma vue. Ils s’envolent vers le bord de l’eau ou ils seront plus chanceux. Je les vois se dissiper à coups de tirades d’ailes en formant un vol majestueux. Je repose mon regard sur le vert tendre des pousses d’érable, je prends une bonne respiration. En plein milieu de mon soupir le son de cloche tant attendu se fait entendre.

Comme par réflexe imminent je suis sur mes deux jambes et me retourne vers mon compagnon qui sort du bureau en nous criant l’adresse ou nous allons. Je cours à l’intérieur de la caserne, me déchausse, enfile mes bottes et mon imperméable, mon ceinturon et mon chapeau  grimpe  à l’arrière du camion. Nous partons toute sirène au vent et tous gyrophares à l’épouvante. Enfin de l’action. Le camion sillonne les rues; nous allons vers le centre de la ville inhabité où s’étalent  des champs vides. Je me dis :
-Un feu de champs près des habitations. Le vent et le soleil me caressent la peau tout doucement. Nous ralentissons et nous apercevons à quelques centaines de mètres la fumée qui s’élève en tourbillonnant du milieu de l’espace vide. Le feu se propage lentement sur une distance d’environ cinq ou six cents mètres. Nous devons le contrôler pour ne pas qu’il approche des résidences  à proximité. Le camion s’immobilise dans un minuscule chemin de terre sèche. Nous prenons avec nous des balais à feu et des extincteurs à eau  et  nous nous dirigeons vers le monstre en puissance. Les soldats du feu, comme nous appelle notre officier. À chacun son rôle. Il s’agit d’arrêter la progression de l’animal dévastateur .Je me dirige vers le sud et tout de suite j’allume un contre-feu, contrôlé, pour stopper net la progression du malfaisant sinueux. Les deux flammes se rencontrent et consument les herbes sèches de l’automne passé. Un moyen brasier s’élève vers le ciel tout en dégageant une odeur aromatique d’herbes en fusion. J’aime cette odeur. Le feu  décadent s’amenuise pour s’écraser, enfin, en quelques brindilles qui résistent à disparaître. Je balaie le sol pour annihiler complètement cet ennemi autrement bénéfique. Je reluque le voisinage et, encore ici et là, quelques étincelles récalcitrantes rebondissent de tisons éparpillés dans les champs ce qui a pour effet de remettre le feu et de continuer à consumer les herbes folles. Mais tout est sous contrôle. Dans ma poursuite de l’élément déclencheur j’arrive à un immense rocher. J’y grimpe et admire le paysage. Le feu récent  a laissé un sol noirâtre. Il y a du avoir un autre feu récemment ou  sous ce tapis noir de nouvelles pousses ressurgissent. De tendres brins d’herbe frayent leur chemin vers la lumière. J’enlève mon chapeau et profite des rayons de soleil chauds de ce mois de mai. Je fixe mes yeux au loin à l’horizon. Pour un instant je ne suis rien. Ni pompier, ni soldat du feu,

Je suis assis sur un rocher en plein champs au mois de mai, mois du muguet et du renouveau. J’écoute  la nature et le vent ; une douce impression vient m’entourer. Je lève la tête et une envolée d’outardes passe scindant le cercle lumineux. Des criquets, heureux, s’épivardent que le désastre soit terminé. On dirait qu’ils viennent me remercier. Je remets mon chapeau et examine les lieux pour voir s’il n’y a pas de traces de fumée qui pourraient signaler encore du feu. Non. Je me redirige  vers le camion ou mon compagnon me fait signe que nous devons aller vers un autre endroit.

Une autre envolée d’outardes passe subtilement vers le nord, l’été est tout proche et j’apprécie cette minute de sérénité.

 

Été
(1982)

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Comme à tous les matins, lorsque je suis en devoir dans ma semaine, j’exécute ma routine ; ouvrir les fenêtres, replacer les chaises de la  salle de cours magistraux, ramasser les papiers et crayons qui sont laissés à l’abandon par les résidents. Examine le projecteur et les diapositives. Ensuite je descends à l’étage de la cuisine et de la salle à manger  pour me faire un café et me dirige vers  la grande véranda à l’extérieure  pour y admirer le fleuve et la nature environnante. Les oiseaux, ce matin là du mois d’août, sont en grande pompe et  en symphonie romanesque. Les goélands, rassemblés en centaine, virevoltent dans le firmament pour s’exhiber en spectacle rocambolesque. Accompagnés des gaies bleus, tout fou-fou dans les conifères,  les engoulevents piétinent la grève au pas de marche. Les criquets et grillons chantent en contrebasse pour battre la mesure. Un tantinet de brise  effleure les feuilles des peupliers et des érables. Tout vit et explose de joie.

Une symphonie- me dis-je- mais c’est une symphonie grandiose. Le soleil darde de ses rayons; déjà à cette heure matinale. Je respire à fond car dans quelques minutes j’aurai besoin de toute mon énergie pour enseigner aux gens, qui me sont assignés, les rudiments de l’abstinence et de la sobriété sans alcool, sans drogues et sans médicaments. Tâche ardue. J’en sais quelque chose; j’ai vécu cette expérience.

Sur les rebords de la véranda, ou nous avons installé une gigantesque fraise, nourriture adorée des colibris, des gloires du matin se dandinent aux frais de la brise estivale. Un oiseau-mouche vient se délecter du précieux nectar savoureux. Je fixe mon regard sur la fragilité de son vol et de son plumage. Rassasié il prend la tangente ; direction le bord du fleuve. Je le regarde se faufiler entre les jacinthes et les herbes sauvages.  Mes yeux se posent sur un immense navire qui se dirige vers la grande ville. Je me vois sur ce navire sillonnant les mers au gré des vagues.

J’entends des craquements dans la maison. Ce n’est pas une nouvelle construction mais elle a son cachet. Les planchers crissent aux pas des gens. Je me demande bien qui s’est levé aussi de bonne heure. Je me dis :
-Encore dix ou quinze minutes et j’irai voir …
Quelques boules de ouates déboulent dans le ciel bleu limpide; rien d’énervant. Mon café terminé j’entre dans la maison et m’en verse un autre. Je décide de monter à l’étage supérieur pour voir qui y est.  En entrant dans la salle de thérapie j’y aperçois, tout au fond bien callée dans un divan, une résidente qui est avec nous depuis peu. Elle a un problème de dépendance aux  médicaments et est religieuse. Elle est toute menue et délicate. Elle porte son uniforme blanc et noir de sa congrégation. Je m’installe sur une chaise confortable face à elle et lui dis :
-Bonjour Louise, comment allez-vous ce matin ? Bien dormi ?
D’une voix basse et à peu inaudible elle me répond :
-Oui merci.
Je vois qu’elle est en train de réciter son chapelet qu’elle égraine à chaque Ave.
-Si je vous dérange vous me le dites ?
Elle me regarde et me dit :
-Non, non vous ne me dérangez pas j’avais fini. Oui je vais bien mais j’ai des maux de tête qui m’ont empêché de bien dormir cette nuit.

Je la regarde et l’interroge de mes yeux et ose :
-Croyez vous qu’en récitant votre chapelet cela va vous aider ? Mais avant de me répondre croyez-vous en Dieu ? Croyez-vous au Christ ?
Abasourdie par ma question elle me dévisage, elle !  Une religieuse, et je continue :
Croyez-vous que le Christ peut faire quelque chose pour vous et votre dépendance aux médicaments ?  Parce que vous avez de sérieux problèmes, ma sœur, à ce que votre supérieure et votre médecin nous ont confié. Mais que vous  niez . Quelle est votre solution ma sœur pour votre problème ?

Elle me regarde pour me défier et me lance :
-Mais c’est à vous de me donner la solution ce n’est pas à moi de ….
Elle s’arrête sec et pile  détourne la tête et laisse couler une larme de ses yeux fatigués. Je lui dis alors :
-Vous savez ma sœur, et ils vous ont sûrement enseigné cela dans votre communauté, que la Lumière vient de l’intérieur de nous les humains et qu’il s’agit d’avoir la Foi pour l’atteindre et la transmettre à d’autres; ceux qui souffrent. Je vous transmets une parcelle de ma Lumière ma sœur et que Dieu vous bénisse. Votre problème de médicaments, tout comme moi j’ai eu un problème de dépendance à l’alcool, sont des problèmes semblables.
Elle me regarde, comme si je venais de toucher un point sensible de son iceberg d’indifférence et me dit :
-En quel sens vous dites cela ?
Je la regarde tout au fond de ses beaux yeux bleus remplis de Lumière :
-Mon Dieu c’était l’alcool ; vous c’est la pilule et votre volonté personnelle tout comme moi dans mes instants de révolte…
Elle me coupe et me dit :
-Vous! Vous… révolté!

Je la regarde avec tendresse et lui réponds :
-Oh ! Que oui ma sœur; Oh! Que oui. Jusqu’au jour ou j’ai abdiqué et pris conscience que j’étais impuissant devant les ravages que cette substance faisait sur moi et, tout comme l’enfant prodigue, j’en suis revenu au Christ. Maintenant mon Dieu c’est lui.
Je  garde silence, le temps qu’elle réfléchisse, me lève et va à la fenêtre et murmure :
-Il fait si beau et la nature est en pleine effervescence, profitons-en l’automne approche à grands pas.

 L’automne avec  ses coloris et les départs des outardes pour le sud.

Je me retourne et ma petite sœur récite son chapelet  les yeux fermés. Je redescends sur la véranda pour savourer quelques moments d’intimité avec la nature et avec Dieu. Priant pour la petite religieuse pour que  la Lumière fût. Je ne l’ai jamais revue.

Automne
(2012)

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‘’Revêtu de magnificence
Tu as pour manteau la lumière !

Comme une tenture Tu déploies les cieux
Tu élèves dans leurs eaux Tes demeures
Des nuées Tu te fais un char
Tu t’avances sur les ailes du vent
Tu prends les vents pour messagers
pour serviteur, les flammes des éclairs

Psaume 103’’

 

Oui je suis devant le plus beau jardin de la terre. Aux petites heures de l’aurore, temps des myriades de lueurs rosées, l’astre du jour annonce en grande cérémonie sa venue. Posté sur le belvédère du clocher du Monastère j’attends avec patience et sérénité le maître du jour. De mon endroit de prédilection c’est comme être devant une peinture que l’artiste nous dévoile au fil de la pénétration de la lumière.

Des chants d’oiseaux, ici et là, ils gloussent discrètement dans les brumes accroupies dans les  grandes herbes. L’air est plutôt frais en ce matin d’octobre. Le coloris des feuilles détonnent lentement à la venue de l’amorce du luminaire. Le firmament, d’un lilas très pâle rend admirablement bien les derniers éclats des étoiles retardataires. Une buse matinale cherche sa pitance. Les autres oiseaux l’ont aperçue et n’osent bouger. Décrivant ses cercles, le prédateur s’éloigne laissant le territoire à qui mieux mieux . Les tout premiers à sortir de leur cachette sont les grives roucoulantes. Le soleil pousse sa candeur en annonçant ses couleurs. L’horizon se pare d’un vermillon rosé flanqué sur un bleu azur. Le moment fatidique approche.

Avec ma caméra je suis prêt je n’attends que le moment propice pour capter la boule rouge sang grimper le zénith :
-Le voilà !
Me dis-je sans sourciller. Je le fixe de mon objectif et j’entends le déclic du mécanisme intérieur. Et encore une fois et une dernière fois. Je me déplace le long du parapet et prend plusieurs autres photos aussi inspirantes les unes que les autres. Dans mes déplacements je n’ai pas remarqué que je ne suis pas seul  au belvédère. Il y a un moine qui prend des photos tout comme moi. Je le salue  par un signe de tête et nous ne parlons pas car la Règle nous incite à garder le silence à partir des Complies en soirée jusqu’aux Laudes le lendemain. Le soleil, immense boule de feu, trône maintenant au ciel. L’éclat est vivifiant. J’admire ce paysage féérique. La magnificence des couleurs inonde la vallée. Les conifères  se sentent gênés de déteindre sur autant d’aquarelles. La scène est fantasmagorique que j’ose exprimer un soupir de beauté :
-Merci mon Dieu pour ta Création.
Le  Père, à mes côtés, me regarde et me dit :
-Vous pouvez le dire tant et tant de fois. À toutes les fois que je viens ici, en toute saison, je suis émerveillé. Le soleil n’est pas toujours à la même place cela est dû à la rotation de la terre. Et, à toutes les occasions, l’angle est différent.
J’esquisse un signe de tête et lui dit :


Si nous n’aurions de pas de montre ou perdu la notion du temps, je pourrais vous dire en quel mois nous serions. Il me regarde, curieux et me lance :
-Bien vous allez me faire connaître votre secret, j’erspère !
Avec un petit sourire en coin  il attend ma réplique. Alors je dis :
-Voyez vous ces encavures dans la dalle de pierre, bien si on y pose la main droite ouverte et d’y installer à gauche le pouce et à droite l’auriculaire dans les petits sillons encavés, nous avons avec la main bien étendue un empan qui indique la position du lever du soleil en ses mois  .Le pouce correspond au mois de mai et en remontant jusqu’au l’auriculaire qui indique septembre.

Présentement nous sommes hors champs de la main ce qui correspond à octobre à l’arrière de la Nef de l’Église. En novembre le soleil décline ainsi qu’en décembre. J’ai remarqué cela à toutes les fois que je suis venu admirer les levers de soleil ici sur le belvédère. Je me tais et le moine me lance :
-Belle contemplation mon frère ! Je vais prendre d’autres photos .Je vais en profiter avant que toutes ces belles couleurs disparaissent dans les bourrasques de vent d’automne et que le gel s’installe ; ensuite la neige. Eh oui ! L’hiver qui a son  cachet aussi. J’aime l’hiver et sa majestueuse suite. Je vous salue et vous souhaite une très belle journée dans la Paix du Seigneur.
Je réplique :
-À vous aussi mon Père bonne journée dans la Paix du Seigneur.

Sur ce il me quitte et je retourne admirer une dernière fois l’explosion des fresques automnales. Oui l’hiver s’en vient à grands pas.

 

Hiver
(2011)

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Ah ! Comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! Comme la neige a neigé
!

(Émile Nelligan, Soir d’hiver)

 

Ce matin, à la bonne heure et très tôt, je décide d’aller fureter aux abords de la rivière. Il fait froid ; nous sommes en février. Par chance nous vivions un redoux depuis quelques jours. Je me demande si la neige pourra supporter mon poids en empruntant le petit chemin qui longe la berge. En descendant de l’auto je vérifie, sur le champ,  mes appréhensions. Je pose un pied sur la croute blanchâtre et, effectivement, elle est assez solide pour que je m’y aventure. J’avance lentement et surement  en me dirigeant vers mon banc de prédilection. Tout respire le calme, la sérénité et le silence. La rivière complètement gelée est saisie par une couche de glace immobile.

L’activité normale printanière, estivale ou automnale est absente totalement. Il y a bien quelques oiseaux, épars ici et là, qui gazouillent quand même mais à peine les entend-on. La surface de la couche de glace, par endroits, s’est recouverte de monticules de neige ce qui lui donne l’aspect d’un ‘’no mans land’’ ébouriffé .Le vent joue à cache -cache avec  des filets duveteux de neige fo-folle  qui s’épivardent entre les butes de flocons accumulés. Le soleil, de son angle hivernal, illumine ce spectacle à sa façon. Au travers des vapeurs d’eau et des coulis de fumée des cheminées il s’imbrique nonchalamment dans la fresque frigorifiée.

Debout les deux mains bien campées dans mon manteau, face à la rivière, j’hume l’air pur et frais. Mes oreilles sillent le silence. Le vent vient me toucher le visage. Je sais que je ne resterai pas longtemps mais j’y suis, j’y reste le temps qu’il faudra. Sur l’onde glacée  une joyeuse bande de goélands se narguent. Leur cris perçants fendent l’air matinale .Qu’ont-ils découvert ? Pourquoi se chamaillent –ils ?

Seul Dieu le sait. Des petites mésanges viennent s’abriter dans les arbustes dégarnis de leur feuillage. Je les observe du coin de l’œil. On dit que l’hiver est un temps mort, ce que je vois c’est la Vie .Tout est endormi, paralysé et immobile  semble- t’on croire. Mais ce n’est que partie remise, préparation à un temps nouveau, désert qu’on doit franchir pour une autre étape, protection pour continuer la Vie. Car dans quelques mois tout revivra, tout éclatera de Lumière; une nouvelle naissance.

Je décide d’aller un peu plus loin sur le chemillon recouvert de neigeote. Je fais une centaine de pas vers un saule avec ses branches arcboutées pliant sous le frimas. Je le fixe pour contempler  sa posture. Il est magnifique. Je refais le chemin dans l’autre sens et aperçois une silhouette qui s’avance vers moi. Je reconnais la personne; celle qui vient ici par les beaux matins au lever du soleil. Nous avons les mêmes habitudes .Nous nous saluons et échangeons quelques brides de paroles de circonstance. Elle me dit :
-Pas trop chaud ce matin, n’est-ce pas ? Mais le spectacle, même en hiver, en vaut la peine ! Avez-vous remarqué les couleurs des rayons de soleil?  Extraordinaire ne trouvez-vous pas ?
Je regarde l’astre du jour et lui répond :
-Sublime ! Très différent des matins d’été.
Je souris et je continue :
-Venez-vous tous les jours, comme à votre habitude, même en hiver ?
Elle me regarde avec ses yeux bleus éclaircis et me dit :
-Oui tous les jours quand c’est possible et praticable. C’est ma dose d’oxygène, ma dose de positif et aussi, je me dois de le dire, ma dose de prière au Seigneur. Les gens ne prient plus .Dans le complexe d’appartement où je vis nous sommes à majorité de personnes âgées, du troisième âge comme il est préférable de dire aujourd’hui, et dans toute cette majorité il y en a beaucoup qui font dépression sur dépression. Ils vont voir des médecins, qui eux, leur donne des médicaments pour supposément les relever .Mais ils ne relèvent pas ils dépérissent .Et à chaque fois qu’ils vont voir ces médecins, heureusement qu’il y en a encore d’excellents médecins, ils leur donnent d’autres médicaments pour conter les effets des premiers médicaments  et la roue tourne et retourne jusqu’à leur tombe.

Ils ont peur de souffrir  mais ils souffrent de leurs angoisses, de leur anxiété et de leurs peurs. Alors ils essaient de s’immuniser contre la douleur mais ils vivent à plein leurs souffrances. Ils vont même plus loin, lors de leur mort ils exigent que leur cercueil soit rembourré de doux tissus comme de la dentelle et  du satin ; ils sont morts, ils ne sentent plus rien !
Elle s’arrête et d’un large sourire  me regarde et me lance :
-Excusez-moi de déblatérer de la sorte ce matin. J’étais en discussion avec une amie, hier, qui a ce problème de surconsommation de médicaments et je lui ai recommandé de prier. Mais, pour elle, ce n’est que de la foutaise. Et j’ai lâché prise mais je l’aime et je ne peux rien y faire sauf de prier pour elle et c’est pour cela que je suis venue ici ce matin. Merci de m’écouter, je vais continuer ma route .Bonne journée.
Je lui réponds :
-C’est moi qui vous remercie. Bonne chance et bonne journée.
Je  me retourne vers la rivière et je soupire.
-Merci mon Dieu pour la Vie.

‘’ Ah! Comme la neige a neigé !

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

22 février 2013 



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